Avant, pour moi, le naturisme c’était quelque chose comme Cap d’Agde, odeur de pieds et postures ridicules. Pousser un caddie à poil, ça vous a un côté un peu cheap, un peu facile, limite vulgaire. Alors moi, comme tous les gens qui se croient meilleurs que tout le monde, je me lovais dans des tartufferies bien-pensantes, me persuadant que le naturisme ce n’est pas pour moi; je pensais que la beauté du corps est sublimée par ce que l’on cache et ce que l’on dévoile petit à petit, et certainement pas par ces bêtes corps nus exposés aux regards.
Et puis, surtout, j’étais torturée par de troublantes interrogations: comment font ces gens pour marcher en baskets les fesses à l’air dans une pinède sans se sentir idiot? Comment se baissent-ils pour remettre leur lacet sans se sentir obscène ? Et comment font-ils, surtout, pour parler avec naturel à la personne en face d’eux sans regarder la taille de ses seins, les fossettes de ses fesses, le mat de ses jambes?
Et puis, il y avait aussi les naturistes à la télé. Une fois tous les six ans, vers le quinze août, une caméra facétieuse vient en rencontrer quelques spécimens sur une plage vulgos du Var; il y a là Jocelyne, la peau burinée par le soleil et l’accent jovial, qui se sent obligée, face caméra, le visage filmé en gros plan, de vous assurer que «nous, on n’est pas des voyeurs; de toute façon, les voyeurs on les vire tout de suite, on sait les repérer». Et puis il y a, -et c’est pire-, les ricanements embarrassés du commentateur télé qui, tout fier de pouvoir inventer des jeux de mots pathétiques autour de la nudité, ne s’en prive pas, ce qui ne fait rire personne, et gêne tout le monde.
Et puis un jour, paf, je rencontre des gens, à Paris, ils sont gentils, ils sont habillés, et ils me disent: «Ecoute, nous, on passe tous nos week-ends dans un chalet dans une forêt naturiste, c’est vraiment sympa. Faudra que vous veniez un jour».
Alors un jour, c’est bien simple, on y va. C’est même pas loin. Quand même, la vie est bien faite, on peut jouer à Adam et Eve en 45 minutes de RER. Arrivée là-bas, je tombe sur un camping, mais un drôle de camping, qui porte un drôle de nom, un nom très seventies pour un camping de babas-cools utopistes: Héliomonde.
Il faut imaginer un camping très camping, avec un petit règlement intérieur tout de même, qui dit en somme qu’ Attention, Ceci N’est Pas Une Boîte Echangiste mais un camping familial naturiste. Une sorte de Center Parc, mais tout nu. Et comme dans naturiste, il y a nature, dans le paysage, on croise voitures électriques pour se déplacer dans la forêt, vélos, piscine, chalets en bois, boucs et chevreuils.
Nous restons deux jours, nous ne sommes bien sûr pas obligés de nous déshabiller tout de suite. En vérité, nous pouvons nous déshabiller quand nous le voulons, mais c’est difficile, finalement, d’ôter ses vêtements lorsqu’aucune tension sexuelle ne vous y oblige. Difficile aussi de se mettre dans la tête que le corps peut être aussi une machine animale comme les autres, qui évolue dans la nature plutôt librement.*
Et puis, il y a un déclic: le dimanche, nous décidons d’aller au hammam, et à la piscine et moi je demande, naïvement : «Il faut mettre un bonnet de bain pour aller à la piscine, non?» -Ben écoute, me répond-on (l’oeil amusé, j’ai vu), si tu fais ça tu seras à poil avec un bonnet de bain, mais bon, c’est pas interdit».
J’ai comme l’impression que j’attendais depuis deux jours qu’on me dise: Mais oui, tu as le droit de te mettre nue.
Arrivée au hamman, vite les vêtements dans les casiers, déshabillage impatient, je sais que je ne les reprendrai plus, ces vêtements, et je goûte ma liberté tout neuve. C’est l’été: je sens sur ma peau, toute ma peau, et sur mes muqueuses aussi, passer une douce brise. Mon sexe est dehors, vivant. Mes jambes sont nues, et je ne sens plus mes seins. Ils sont juste présents.
Après le hammam, nous nous baignons, et c’est le bonheur de sentir l’eau fraîche sur ma peau nue: c’est comme un bain de minuit, mais sans les rapports sexuels subséquents, et sans la tension liée à la nuit et à la transgression. Là, c’est tout simplement le bonheur de se baigner nu, la journée, sans avoir besoin d’acheter au préalable un 300 m2 dans le Lubéron avec piscine. C’est ça, le naturisme? Et puis, je suis étonnée, et heureuse, de voir des enfants, et des adolescentes : je regarde leurs seins naissants, je les vois se baigner avec leurs parents, avec leurs petits défauts, à tous, et puis je sens les miens de petits défauts, mon cul bas par exemple. Je regarde tous ces corps sous la douche ensuite; c’est très beau d’observer des corps humains, leurs disparités, leurs hétérogénéité, leur qualité.
Et puis nous nous promenons. Ca y est, je suis à l’aise. Je me sens presque naturiste (illusoirement). Comme nous sommes en forêt j’ai chaussé des baskets de running. On a vu plus élégant. Et j’observe, un peu amusée, des scènes banales que la nudité rend incongrues : «Tiens, Monsieur Frémaux, ça va? Oui, et vous ? Vous êtes là pour le week end ? Et les enfants, ils font quoi cette après-midi ? Du vélo?»
(Faire semblant que tout est normal, que le débonnaire Monsieur Frémaux, tout gros et tout rouge, n’est pas, lui aussi, TOUT NU avec des baskets.)
Nous rentrons au chalet, et j’ai du mal à me rhabiller. Pourtant, je le fais, parce que je ne veux pas sentir le bois du banc contre mes fesses (j’ai peur pour mes muqueuses, c’est si fragile les muqueuses). Et puis je me dis, tout ceci est trop peu. Il faut revenir.
Revenue à Paris en robe-sandales, je me dis que je rêve, finalement, de m’habituer à cet état de nudité; je rêve de ne plus y penser, et de pouvoir observer, tant que je peux, la diversité des corps humains. Et surtout je loue cet état de nature, simple et joyeux. Il fera ricaner d’autres journalistes dans dix ans, mais je m’en fiche bien; je suis avant tout reconnaissante à ces néo-babas utopistes de m’aider à le préserver.
** A ce sujet, le film Human Nature de Michel Gondry montre cela très bien, même si ce fut un bide monumental à sa sortie. Rosanna Arquette y est parfaite.

Article pas très convainquant et contradictoire parfois, mais de bonne volonté donc laissons… Quelques fautes d’inattention aussi, les voici :
§07 lorsqu’aucune /lorsque aucune
§10 hammaN / hammam ou hamam
§10 liberté toutE neuve
§11 … le bonheur de se baigner nuE (Anna)
§11 leurs hétérogénitéS,
leur qualité / leurS qualitéS[?]
§12 le week[ ]end / le week-end
§12 des baskets de [running] / chaussures de course à pied /~ de compétition
Une phrase drôle : “…on croise voitures, vélos, piscine, chalets en bois, boucs et chevreuils…”
Quel trafic !
Quelques répétitions : x3 nudité x7 nu/nue
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Sont-ce des erreurs de traduction ?