« Un petit bout de bonheur » est un livre sur le clitoris. On y parle de l’ignorance (des hommes comme des femmes) qui entoure le clitoris, on y évoque le rôle fondamental qu’il joue pourtant sur le plaisir féminin, on explique comment y accéder et s’en occuper, on emballe ça d’anecdotes historiques, de généralités sociologiques, d’éclaircissements médicaux… C’est clair, concis, l’information est là et agréablement présentée, bref ce n’est ni le meilleur ni le pire livre sur le sujet, ni le premier ni le dernier, mais son but pédagogique et féministe avoué est de toutes façons louable et mérite qu’une flopée d’autres lui succèdent. On le rangera donc volontiers aux côtés de « La revanche du clitoris » de Maïa Mazaurette et Damien Mascret (La Musardine), « La caresse de Vénus, les rêves secrets du clitoris » de Gérard Leleu (Leduc S. éditions), « Osez la masturbation féminine » de Jane Hunt (La Musardine), entre autres ouvrages sur le même thème, qui mériteront tous d’exister et d’être lus tant qu’on continuera dans le monde à exciser des femmes.

La valeur ajoutée du livre de Rosemonde Pujol, c’est Rosemonde Pujol elle même. « Attachée de presse de l’INSEE, elle devient chroniqueuse économique spécialisée dans les problèmes de consommation, à France Inter et au Figaro notamment. Ecrivain elle a publié une douzaine d’ouvrages », nous dit le dossier de presse avant de révéler l’âge de l’auteur: 90 ans. Et c’est là ce qui donne tout son charme à ce livre: le fait que son auteur, qui à son âge devrait plutôt écrire des recueils de recettes de confiture ou des méthodes de tricot, s’attèle à un panégyrique de la jouissance clitoridienne. « On fait confiance à une grand-mère, même transformée en loup », explique-t-elle ironiquement en présentant ses méthodes pour recueillir les témoignages qui composent une bonne partie du livre. « Clitoris? Certaines se montrent choquées de ce mot prononcé par une dame d’âge respectable. »… En jouant volontairement de son âge, en assumant l’évidence qu’il instaure une distance entre le texte et son lecteur, Rosemonde Pujol l’embarque en douceur dans son enquête qui connaît son point d’orgue le plus intéressant dans un chapitre consacré à la ménopause.

« Je, nous, vous. Le tapis des années se déroule: 50, 55, 60, et la suite. Qu’en est-il de vous ? Je l’ignore. Pour je, pour nous qui avons comparé notre état, il est meilleur qu’avant et même jubilatoire. Honnies soient celles qui disent « j’ai fermé la boutique » ! Nous, au contraire, nous l’avons agrandie. Elle n’est plus – ne sera plus – fermée pour cause de sang chaque mois ou pour raison d’enfantement. Nous voilà donc libres d’exercer une sexualité sans travaux imposés. » Un peu plus loin, le même message, encore plus militant: « Nous avons cru à cette saison maudite dont la domination masculine faisait – fait encore – ses choux gras en nous vulnérabilisant derechef, en nous rendant fautives d’une faute que nous ne commettons pas: « elle est en pleine ménopause! » clament-ils. Bon prétexte pour masquer leur démon de midi qui préfère l’ado en âge d’ovulation à la femme désormais stérile.(…) La ménopause est un pont entre l’âge utile et l’âge futile. Entre l’âge du sexe-au-travail et l’âge du sexe-au-plaisir. » Enfin: « Passé la ménopause, rien apparemment n’a changé dans l’espace vulvaire. Toutefois, le vagin n’est plus une voie pour la conservation de l’espèce. Il est désormais stérile. A l’égal du clitoris. Cependant, un examen plus précis révèle que les petites lèvres qui encapuchonnaient le clitoris se sont rétrécies. Comme un rideau qui s’écarte. Ou à la manière d’un survêtement qu’on enlève afin de rendre les mouvements plus aisés, en donnant plus d’espace au clitoris. Nouveau cadeau de la ménopause, tandis que pour le vagin sont finies les hantises des tu-accoucheras-dans-la-douleur, des pilules et des stérilets. Il est devenu inutile. C’est-à-dire destiné au seul plaisir comme c’est le cas naturel du clitoris. L’un en creux, l’autre en bosse, ils peuvent s’épanouir – nous épanouir – en accordant, en solo ou en choeur et sans contraintes, leurs partitions musicales. »

Plus que le « manuel de clitologie » revendiqué en sous-titre « Un petit bout de bonheur » est un véritable cri en faveur de la sexualité, et disons même de la jouissance des personnages âgées. Et ce message, pour le coup, est autrement plus rare… et donc précieux.


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Livres Rosemonde Pujol – Un petit bout de bonheur Par Monsieur R. Septembre 2008Tags :