Ca y est, vous vous êtes décidé : vous vous lancez dans la cuniculiculture. Vous êtes entré dans la boutique, mais en me voyant, vous avez aussitôt renoncé à faire de l’élevage. Vous avez littéralement craqué pour moi, et m’avez adopté. Très vite, vous me laissez gambader en toute liberté dans votre chambre, mais depuis quelque temps, vos nuits sont légèrement perturbées par la manifestation du dévolu que j’ai jeté, non sur une de mes congénères chinchilla, Sablée des Vosges ou angora, mais sur vous. Ainsi, vous commencez à regretter votre laxisme : en effet, j’aime à bondir sur le lit en émettant un son nasal caverneux régulier, agrémenté de claquements secs et rapides de mes grandes pattes arrières sur le sol. J’arbore alors systématiquement le même circuit infernal autour de votre corps alangui, sautant du sol sur le lit et du lit sur le sol, de plus en plus nerveusement. Cette sympathique parade durera environ six mois, chaque nuit, soit cent-soixante-dix nuits au total ; le plus ardent troubadour y laisserait sa santé. Animal lyrique donc, passionné et fougueux, je perds mes nuits à vous chanter ma sérénade rythmée, et quand je n’y tiens plus, que vous résistez, je repars ma petite queue ronde entre les jambes, pour aller saillir n’importe quelle peluche qui traîne ou autre objet de ma taille : mon mince phallus n’excédant pas deux centimètres se dresse alors et imprime de frénétiques à-coups sur le sex toy improvisé, telle un mini marteau-piqueur. Le rapport dure entre cinq et quinze secondes, format économique mais efficace, durant lequel je mordille le cou de ma dulcinée artificielle en plaquant sur mon dos le galbe de mes grandes oreilles. Si vous êtes un amoureux de la nature, vous aurez le réflexe de venir humer le produit de cet acte d’amour, et pourrez constater que ma semence exhale un merveilleux parfum de sève de pin.
Alors, qui suis-je ?
