
Plusieurs sources d’informations ont relayé courant septembre le succès commercial retentissant de « Bienvenue chez les ch’tites coquines », remake pornographique du film de Dany Boon réalisé par Fabien Lafait. Flanqué de l’exergue « Sortez vos biloutes! », il proposerait apparemment un enchaînement de scènes pornographiques sur les lieux emblématiques du film (les environs du canal, le carillon, la friterie…). On imagine que l’effort d’adaptation n’aura pas été poussé plus loin.
Si ce genre d’exercices de style sont relativement fréquents dans le monde du film X (voir l’article quand le X détourne les classiques dans cette même rubrique), des succès aussi retentissants le sont moins. Certes, le film de Danyboon a généré nombre de produits dérivés opportunistes dont cette version porno ne fait que grossir le nombre, mais pour qu’il se vende aussi bien, il a quand même fallu qu’on en parle en dehors des cercles fermés de l’information pornographique. De fait, Fabien Lafait ne se prive pas de relater sur son blog la petite médiatisation de son film dans la presse locale, en mettant notamment en avant un sujet diffusée dans le journal régional de France 3 qui donne la parole à l’autochtone bienheureux d’avoir pu trouver une nouvelle pierre à ajouter à son régionalisme. C’est ça aussi, la pornographie: le film relégué à la valeur de produit dérivé dans une collection commémorative, au milieu d’un tee-shirt, d’une bouteille de bière cuvée spéciale et d’un autographe.
Mais le plus consternant dans l’histoire, c’est une fois de plus le suivisme des médias de divertissement, les Ruquier et consorts qui ne se sont pas privés de parler du film sans jamais ne serait-ce qu’évoquer sa vacuité artistique. Enième preuve que son aspect anecdotique et fun suffit désormais à faire et justifier une information sans qu’on ne prenne plus la peine de la critiquer. Les suivantes lignes trouvées dans Libération font donc bien plaisir. A ma connaissance, ce sont les seules à s’être montrées un tant soit peu rabat-joie avec cette daube :
En tant que cinéaste, il s’acquitte de son opportune mission ch’timie sans aucun égard particulier pour le champion toutes catégories du box-office. Il s’agirait pour Lafait de pasticher Oliveira ou Barratier, ce serait exactement la même chose : le titre n’est qu’un clin d’œil paresseux derrière lequel ne se cachent aucune interprétation ni même aucun travail de subversion du film original. C’est juste le prétexte à filmer du cul franchouillard et pas toujours bon enfant. Par exemple, la lourdeur des accents surjoués, jusque dans les orgasmes déjà eux-mêmes caricaturalement simulés, fait basculer l’aventure vers un humour ringardisant les personnages, à rebours de l’entreprise danyboonesque qui vise à rendre cette authenticité sympa.Mais alors, qu’en est-il de la fameuse transaction triviale, la promesse érectile, la fonction première du genre porno auquel indubitablement cette parodie ressortit ? Disons que ce décalque est aussi bandant que l’original est drôle (à chacun d’apprécier), mais qu’il est aussi plus drôle que le premier n’est bandant. Faudra-t-il compter avec la concurrence de Bienvenue chez les Ch’tiotes, (Tomax Production), déjà sur les rangs ?
