Aujourd’hui, l’un des sujets les plus populaires de mon cabinet de consultations s’offre à nous – si j’ose dire : la zoophilie. L’étymologie ne posera pas de problèmes aux hellénistes distingués. En grec, « zoophilia » signifie l’amour des animaux (????, zôon, « animal » et ?????, philia, « amitié » ou « amour »). Au sens large, Brigitte Bardot est zoophile. Les psychologues ou les psychiatres préciserait qu’elle est une « zoophile émotionnelle » puisqu’il est communément admis qu’elle n’entretient pas de commerce charnel avec les bébés phoques. Je suis sûr qu’ils rajouteraient pleins d’autres termes savants pour qualifier son cas, mais ce n’est pas notre sujet ici (voir une prochaine consultation « le curieux cas Brigitte Bardot »). Ce qui nous intéresse ici, d’ailleurs, ce sont les autres, les « zoosexuels » comme ils disent.
Puisqu’on a commencé grec, continuons grec. Le pays de la sauce blanche et du Parthénon a depuis longtemps une tradition intellectuelle et sexuelle zoophile. Comme toutes les grandes civilisations de l’Antiquité. En Inde, à Rome, à Athènes, la zoophilie existe en mythologie comme en réalité. Pasiphaé s’accoupla ainsi avec un taureau blanc pour donner naissance au Minotaure. On rapporte qu’au sixième siècle, l’impératrice Théodora ne dédaignait pas les plaisirs bestiaux pendant ses orgies du samedi soir.
Les religions libertaires de l’antiquité n’eurent cependant qu’un temps.
L’obscurantisme sexuel des monothéismes condamna la zoophilie comme d’autres plaisirs simples : sodomie, fellation, masturbation. La Bible avait prévu le coup : « Tu ne coucheras point avec une bête, pour te souiller avec elle. La femme ne s’approchera point d’une bête, pour se prostituer à elle. C’est une confusion » (Lévitique, 18.23). Elle se répétait même, un peu plus loin, pour les distraits : « Si une femme s’approche d’une bête, pour se prostituer à elle, tu tueras la femme et la bête ; elles seront mises à mort : leur sang retombera sur elles » (Lévitique, 21.16). Bigre !
L’un des procès en zoophilie les plus célèbres et les plus charmants demeure celui de Claudine de Culam (si ce n’est pas prédestiné, ça !) devant le Parlement de Paris, en 1601. Ladite Claudine, délicate enfant de 16 ans, domestique chez Monsieur le Prieur de Reverevourt depuis ses douze ans, était convaincue d’avoir eu « habitation charnelle avec un chien blanc tachetée de roux ». A la demande de la mère de la jeune fille, une cour d’experts uniquement composée de femmes accepta de procéder à un examen scientifique de l’affaire. On fit donc venir Claudine et le chien. A peine avait-on déshabillé la jeune fille – pour constater d’éventuelles griffures ou traces de pénétration canine – que le chien, saisi par l’apparition, se précipita sur elle pour la saillir. Le procès-verbal note : « une relation sexuelle s’est produite ». On étrangla les amants, on brûla leurs dépouilles et on dispersa leurs cendres.
Comme d’autres pays européens traversés par les lumières, la France, depuis 1791, avait dépénalisé dans un même geste généreux l’homosexualité et la zoophilie. On pouvait enfin filer le parfait amour avec son poulet ou connaître de tendres moments avec une jument. Cette période dorée a pris fin en 2004. La loi condamne désormais les amoureux des animaux un peu trop empressés. Et je ne parle toujours pas de Brigitte Bardot. La loi dit en effet : « Le fait, publiquement ou non, d’exercer des sévices graves ou de nature sexuelle ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. À titre de peine complémentaire, le tribunal peut interdire la détention d’un animal, à titre définitif ou non » (loi du 29 juillet 2004). On précise néanmoins que « les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Elles ne sont pas non plus applicables aux combats de coqs dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie. » Votre praticien préféré dit « mouais ». Pas convaincu, mais bon, c’est la loi. Et elle ne rigole pas. En 2007, un homme a ainsi été condamné à un an de prison avec sursis et 2000 euros d’amende pour avoir sodomisé son poney. Poney soit qui mal y pense, ai-je envie de rajouter.
Auparavant, la loi ne réprimait que les mauvais traitements. On ne considérait pas un petit coup dans la niche comme un mauvais traitement. Pénétrez ce chien, mais ne le battez pas comme plâtre. Au titre de la maxime « ne fais pas ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse », je suis assez d’accord. La pénétration, oui, les coups de pied, non. Mais le professionnel du bien public que je suis vous aura rappelé ce que la loi condamne. On vous aura prévenu.
Pourtant, comme je sais qu’une importante proportion de vicelards contamine progressivement mon public, je voudrais bien attirer l’attention générale sur un ou deux points creux de la loi (et de la logique) qui permettent au transi des bêtes de s’en sortir avec les honneurs et le plaisir. Rien ne vous empêche d’engraisser un animal jusqu’à lui péter le foie. Rien ne vous empêche en effet non plus de le tuer pour le manger. Il vous reste donc une solution, amis zoophiles, celle de tuer le compagnon rendu obèse. Et de le baiser ensuite. Je vous donnerai d’autres précisions dans une consultation prochaine intitulée « la nécro-zoophilie ». Mais retenez bien cela : personne ne vous reprochera jamais de parvenir au dernier bien avec un gros poulet mort. Sur ce, merci.
