Mathieu Riboulet nous emmène dans la vie d’un jeune homme, Jérôme. Au cœur de la campagne profonde de son adolescence, il vit des relations sexuelles avec son père et d’autres hommes et, entre soumission et consentement, se donne à leur violence. Nous le suivons ensuite à Toulouse, puis Paris, où il vit chez deux de ses tantes, en pleine épidémie de sida.
Tué de son vivant par une adolescence vide, les assauts de son père et l’absence de sa mère, c’est en côtoyant la maladie d’un jeune voisin sidéen proche de la mort, que Jérôme retrouve un semblant de vie, un soupçon de sens, et se jette tout entier dans le soin et la présence auprès de lui.
C’est peut-être ça qui est le plus frappant dans ce roman : la mort psychique du personnage, dès les premières pages, son absence à lui-même, l’absence de mots et de réflexions, le don de son corps inconditionnel et entier, la soumission consentie à la violence du désir masculin, qui ne se connectera avec sa volonté que tardivement dans le roman où enfin, lorsque Jérôme fait une rencontre amoureuse, le lecteur respirera un peu mieux. Quoi que.
Sur le style, on note la présence ambiguë du narrateur, d’abord distant puis se rapprochant, jusqu’à devenir observateur participant vers la fin du roman, et s’adresser au lecteur. Ambiguës aussi, ces phrases qui rythment le récit, « on en était là », « c’était l’amour », qui parfois prennent sens pour le lecteur, et parfois restent obscures et se perdent dans l’exercice de style. Plus généralement, on se sent bringuebalé, un peu perdu, entre un approximatif qui frise la lourdeur, dans certaines allusions trop peu contextualisées, et un style tout à fait abouti, magnifique dans certains passages qu’on relit plusieurs fois, lentement, en retenant son souffle.
Bref, un roman qui tour à tour emporte tout entier avec lui, puis vous laisse brutalement sur le côté le temps de quelques pages et ainsi de suite, jusqu’à la fin où pour ma part, c’est sur le côté que je suis restée. Mais un roman qui marque, questionne, tout à la fois sombre, violent que rempli de vie et de tendresse. Troublant.
