Bufonidé, qu’on m’appelle. Je suis joufflu et laid, ma peau est véreuse et secrète un venin capable de tuer un petit mammifère, si je me sens menacé. C’est vous dire si c’est compliqué de choper. Féroce, donc, mais aussi et surtout entêté, je séduis ma belle à force de persévérance (et il en faut, avec la gueule que j’ai). Chaque année, à la fin de l’hiver, je sors de mon abri pour retourner au bord de l’étang qui m’a vu naître, et aller tenter ma chance. Je ne suis pas le seul au rendez-vous, une horde de mes congénères se dirige au même endroit. Là débute une interminable lutte : nous gonflons nos sacs vocaux et émettons un chant d’amour lancinant ; un chœur vibrant dans la nuit, pour attirer nos dulcinées. Les plus résistants d’entre nous seront grassement récompensés. Celui qui aura encore du souffle après quinze nuits d’opéra pourra venir s’agripper à la croupe de la grosse gourgandine, et déposer un spermatophore dans son cloaque… Mais n’entrons pas dans les détails pornographiques, je ne voudrais surtout pas provoquer chez le lecteur une érection intempestive. Ce serait tout à fait déplacé.

Alors, qui suis-je ?

(solution du mois précédent: le lapin)


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