Strasbourg: son Parlement européen, ses restaurants gastronomiques divins (Au crocodile), son magnifique musée d’art moderne avec des Giotto, des Courbet, des Boticelli, des Chassériau en veux-tu-en-voilà, sa cathédrale, ses bretzels, ses touristes allemands qui se baladent le long de l’Ille…
Et puis, aussi, pour les gens qui aiment évoluer nus comme des vers, comme moi, il y a les bains romains de la piscine municipale.
Imaginez un bâtiment Art Nouveau splendide, un peu délaissé, un peu délabré (mais ça fait son charme), avec robinetterie en laiton et pommeaux de douche qu’on croirait sortis d’une brocante; imaginez une petite piscine aux formes rondes et féminines, sa fontaine en forme de «coquillage vénusien»…
(Je m’égare)
Deux parties, donc, dans les thermes romains* de Strasbourg : en bas, la piscine, où des familles s’ébrouent en maillot de bain. En haut, les fameux thermes, où des gens se baladent en toge. Ou nus.
Alors, enthousiasmée par la beauté de ce bâtiment exceptionnel, extatique à l’idée de me mettre nue dans un endroit aussi charmant, je m’apprête, ravie et enthousiaste, à utiliser, -pour la première fois de ma vie-, des thermes romains.
Un homme en sandales assez affable, l’accent alsacien, nous accueille et nous explique par le menu comment les utiliser, selon un ordre très précis que je n’ai absolument pas suivi:
- ÉTUVE
- CABINE DE SUDATION
- BAIN À 15°
- BAIN À 35°
- JACUZZI
En théorie, il faut rester une dizaine de minutes, voire vingt, dans chaque bain. Au total, donc, vous pouvez y passer trois heures. Sauf que vous vous voyez, vous, entièrement nu pendant dix minutes dans une bassine à 15°, avec la peau ridicule d’un petit poulet congelé? Non, bien sûr. J’y ai passé une heure, tout au plus, et c’était déjà beaucoup. En passant, (et comme ce n’est pas tout à fait le sujet de cette chronique, je le dis vite), c’est excellent pour la peau.
Merveilleuse sensation, en tout cas, que d’être nue dans un tel endroit, entourée de jolis pommeaux de douche en laiton (on ne rit pas, je suis sensible à ce genre de détails). Je me souviens qu’il se diffusait dans cette étuve strasbourgeoise une lumière orangée assez troublante; je me souviens avoir tenté de distinguer des corps humains, d’avoir souligné du regard leurs courbes; je me souviens avoir contemplé dans le bain à bulles les seins d’une jeune femme qui était venue seule: des seins très beaux, un peu allongés et assez lourds; je me souviens aussi avoir été regardée avec bienveillance par quelques hommes; et je me souviens enfin de cette plaisante sensation: évoluer dans une atmosphère érotique.
Oui, c’est vraiment dans ces thermes romains que j’ai vécu ma première expérience «érotique» de nudité en public. Je mets les guillemets sur ce mot bien volontairement, parce qu’il ne s’est rien passé de sexuel ce jour-là. Seulement, contrairement à mes précédentes expériences, contrairement à ce que j’avais ressenti nue en baskets dans ma forêt naturiste, ou nue dans la rue sur mon Vélib’ devant un appareil photo, il y avait là, dans cette étuve, une vraie tension érotique; mais elle n’était pas le préliminaire d’un quelconque acte sexuel. Elle existait, et c’était tout.
C’était à la fois troublant et sain. Je vous le conseille.
Dans la salle de repos, des hommes lisaient le journal, et nos affaires nous attendaient dans des casiers joliment boisés. Je me suis longuement rhabillée, en traînant à chaque vêtement, la culotte, le soutien gorge, la robe légère; pas envie de partir tout de suite.

Bravo pour cette évocation très simple, claire et basée sur du ressenti qui fait envie d’essayer…Ca tomber bien je ne connais pas Strasbourg et j’y vais bientôt!
Pourvu que vous ayez suffisamment aimé pour y retourner…