Pas branleur pour un sou, je passe pourtant ma vie sur les vastes plages de sable léchées par les marées. Dans ma famille les arthropodes, on est pourvu d’une cuticule et de cinq paires de pattes, dont la paire antérieure exhibe une proéminence propre à faire pâlir les baigneurs les mieux pourvus par la nature. C’est notre bite à nous, qu’on peut dire, parce que la vraie, elle, se planque dans un segment de pléon gros comme un chas d’aiguille. Quand je vois une arthro-blonde frétiller du telson devant moi, je creuse un trou dans le sable, et je construis avec le petit monticule dégagé une pyramide qui lui signale ma présence, pis hop, dans le trou Bébert ! J’attends le bon moment pour la choper et lui limer la coxa. Quand j’ai fini mon affaire, je retourne à ma principale activité : le cannibalisme. Je me tape un ou deux autres crustacés qu’on appelle chez nous « anomoures » – rien que d’en parler ça me met l’écume aux maxillaires – d’où l’adage des vieux routards de grève et autres putes exosquelettiques : après l’amour, à nous l’anomoure !

Alors, qui suis-je ?

(solution du mois précédent: le crapaud)


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