
L’histoire de l’expression « tailler une pipe » est un véritable roman à elle toute seule :
C’est en effet dans la première moitié du XXème siècle que l’expression « faire une pipe » a remplacé celle, non moins élégante, de « faire un pompier », utilisée jusqu’alors par les prostituées, pour désigner la petite gâterie.
En effet, à l’origine, l’expression « faire une pipe » équivalait à se rouler une cigarette à la main, habitude répandue chez les filles de joie. Passant le temps entre deux clients de cette manière, elles en profitaient du même coup pour afficher une gestuelle provocante et aguicheuse : le roulage tabagique, avec ses mouvements de doigts et ses va-et-vients de langue le long de la cigarette, ne manquait pas d’attirer l’oeil des passants des bas-quartiers, et de susciter quelques envies… dans leurs bas-quartiers à eux…
C’est ainsi qu’au fil du temps, la pipe a remplacé le pompier dans la bouche de ces dames, en quelque sorte… L’influence de l’expression « avaler la fumée », qui désignait au XIXème siècle une fellation « complète » (avec avalement de sperme), n’est sans doute pas étrangère à cette évolution linguistique.
L’expression « tailler une plume » joua également un rôle. Elle avait à cette époque la même signification. En effet, les femmes, pour tailler les plumes d’oie, humectaient le bec avec leur langue pour en attendrir le bout avant de le couper. Les libertins du XIXème siècle s’approprièrent l’expression avec malice pour désigner la fellation, qui ensuite se combina avec « faire une pipe » pour donner « tailler une pipe », que nous connaissons aujourd’hui.
Une autre explication étymologique de l’expression « tailler une pipe », plus farfelue, et non attestée, rapporte la légende d’une femme, excentrique et bohème, célèbre tailleuse de pipes (en bois), dont la renommée devint si grande qu’elle fut amenée à tailler des pipes pour les plus grands de ce monde, dont fit partie entre autres Napoléon Bonaparte. Or, la légende raconte que, pour personnaliser ses pipes, elle avait pour étrange habitude de choisir leur diamètre en le calquant sur celui des sexes de leurs propriétaires… et prenait elle-même les mesures !…
Certains diront que cette explication est quelque peu… pipée… mais laissons les dire…
Pour conclure, on notera avec ravissement que « tailler une pipe » se dit littéralement « faire un français » en allemand et en espagnol, et… « faire un Clinton » en japonais !! Mais là, inutile de se répandre en explications, tout le monde aura compris…
