Je suis le mammifère de prédilection des rois et des princes de ce monde. Mon élégance et ma nonchalance naturelles y sont pour quelque chose. Fier et incorruptible, je ne me laisse pas facilement apprivoiser, je reste toujours impétueux et farouche. Nul ne s’approche de mon altière personne sans mon assentiment souverain. Belle allure, vous l’aurez compris, je suis impressionnant de majesté. Une demi-tonne de musculature et une toison d’or qui brille telle une parure sous le soleil du pays chaud où je vis. Sous ma peau, une vasque secrète que tous les animaux me jalousent. Mais je ne suis pas là pour vanter mon exceptionnelle adaptation à mon milieu aride. On m’a demandé de raconter quel inénarrable amant j’étais.
Le cul, je fais ça bien, tout en délicatesse, et j’offre aux yeux ébahis des hôtes de dame nature le triomphal spectacle de ma parade nuptiale. Vivant en harem, je n’ai que l’embarras du choix, mais je m’offre le luxe d’une cour royale à ma dulcinée.
D’abord : l’appât. Mon plus bel attrait reste ma voix de baryton. Tel le brame de mon compère des forêts septentrionales, mon chant millénaire est une aubade qui s’envole aux confins de tous les déserts. C’est là que ma muse apparaît soudain sur le haut de la dune, ma sylphide découpée dans la voûte céleste, qui me scrute de son œil ébaubi.
Et puis vient le moment d’agir. Je fais ni une ni deux et je fonce sur elle sans sourciller, je me dérouille les rotules, je me culbute les roustons et me cogne le bazar, je me dézingue les cornichons dans un bastringue d’enfer, j’ai le bocal qui déménage, je dépasse la vitesse du MIG-21, le voile de mon palais se décolle et forme un gros sac rougeâtre qui pendouille sur le côté de la trogne et ça bave, ça bave, jusqu’à former une mousse et me faire la gueule d’un crapaud qui a bouffé un gros savon d’Alep, la moukère sait qu’elle va passer à la casserole et se faire lessiver par mes soins, mes glandes occipitales exsudent un jus puant qui vient s’ajouter au reste et suinter tout le long de mon cou pour bien faire comprendre aux autres mâles du secteur que c’est pas le moment de me faire chier, et hop, je fais mon affaire en lui enfournant le matos dans le clapier, ni vu ni connu je t’embrouille.
C’était l’exaltant récit de mes ébats romantiques au pays de Shéhérazade.
Alors, qui suis-je … ?
(solution du mois précédent: le crabe)
