Un e-mail de Lilou, 19 ans: mon copain veut que je lui dise des cochonneries pendant l’amour, ça craint ou pas?

Il est tout à fait normal de parler pendant l’amour. C’est même recommandé. C’est ce qui te permettra d’une part d‘indiquer clairement tes attentes à ton copain, sans avoir à réprimer aucun de tes désirs, ou à te soumettre tacitement à tous les siens, et d’autre part d’instaurer d’inventifs jeux de rôles susceptibles de pimenter vos ébats.
Cela dit, attention: parler, d’accord, mais certainement pas pour débiter les sempiternelles invocations de la litanie tringlière. Les « Baise ta pute », « Je sens bien ta grosse queue », et je ne sais quel « Défonce-moi le cul ». Certainement pas. Je comprends bien, et toi aussi, que, même s’il n’ose pas le demander explicitement, c’est exactement dans cet assommant lexique que ton copain espère que tu vas puiser, mais il n’est pas question de le laisser se vautrer le trivial, et encore moins d’y entraîner votre couple. Ton copain a déjà assez de mal à admettre que le tout devrait être supérieur à la somme de ses parties pour ne pas l’encourager à t’y réduire davantage. On a assez du salariat pour son avilissement quotidien, merci bien. Tirer, d’accord, mais vers le haut. Et ne va pas te laisser influencer par les sermons retors d’une psychanalyse toute dédiée à la cause patriarcale, au terme desquels les « mots violents » ne seraient que des « transgressions » destinées à te « familiariser avec l’absence de respect », car « s’il n’y a pas d’irrespect, il n’y a pas de plaisir », puisque cet irrespect n’est destiné qu’à « la mère ou la sœur » – la mère et la sœur de ton « partenaire », s’entend, puisque, quant à savoir si toi, tu voudrais continuer à les respecter, ta mère et ta sœur, c’est accessoire: pour l’heure, il est uniquement question d’aider ton « partenaire » à écarter, à grands coups d’irrespect, toute tentation incestueuse, si bien que, certes, tu essuies du « salope » à longueur de tringle, mais c’est uniquement pour préserver l’espèce de la dégénérescence endogame, alors tu vas pas non plus nous faire suer avec tes aspirations égocentriques, salope, d’autant que nous sommes dans « la magie des mots », qui sont autant de « remparts contre les actes », alors, hein, bon, mollo sur la revendication, y a pas mort d’homme. De femme, voire. Mais d’homme, y a pas.
Non, Lilou, ma fille, ma sœur, si tu assumes sans sourciller le rôle de la chienne, tu peux compter que ton copain se jettera sur celui de Pavlov, et finira par agiter une clochette afin te mettre la salivation en branle à chaque fois qu’il voudra te conter fleurette à coups de chibre. Bientôt, vous ne parlerez plus que pour permettre à ton copain de t’irrespecter au bénéfice de l’espèce, et le Verbe, celui-là même qui, excusez du peu, était au commencement, était tourné vers Dieu, était Dieu, et s’est fait chair et a planté sa tente parmi nous, ce Verbe-là s’étiolera peu à peu, pour finir, une fois réduit à une lugubre litanie de « salope », « chienne », « chatte », et « bite », par décamper définitivement. Et une fois qu’il aura fait son balluchon, le Verbe, la chair pourra bien se dandiner et faire sa maligne, et que je te l’avais bien dit, qu’on s’arrangera bien sans lui, allez, reviens-là que je t’enfile, salope, mais les premiers signes de flétrissement auront tôt fait d’apparaître, puis ce sera la dessiccation, puis le retour à la poussière, et puis plus rien. Rendus à ce stade, vous constaterez rapidement que vous n’avez plus rien à vous dire, que tu n’as plus rien à te mettre, que vous ne sortez jamais, que tu n’es qu’un meuble, et qu’il faut que tu fasses un break, deux semaines, loin, pour réfléchir. Et tu ne reviendras pas.
Tu ne peux donc pas accéder directement à la demande de ton copain. Bien au contraire, il te faut l’aider à prendre conscience de ce qu’elle a d’avilissant. Et pour ce faire, magie des mots effectivement, tu peux, comme il t’a fallu te résoudre à le faire pour l’orgasme, simuler l’énonciation de ces « cochonneries » qu’il te réclame. Pour comprendre les mécanismes en œuvre, il faut d’abord réaliser qu’il en va du papotage de tringle comme du soliloque avec son chien: l’intonation l’emporte sur le propos. Tu peux expliquer à Médor que son haleine est pestilentielle, si tu y enjoues le ton, il frétillera d’aise. De la même façon, entre deux coups de reins, avec cœur, avec conviction, même un « Passe-moi le sel » à l’oreille de ton copain, et il frétillera itou. Et c’est par ce biais que tu pourras l’extirper de l’ornière dans laquelle il cherche à vous entraîner. Ainsi, il veut du « Baise ta pute » ? Claque-lui un impérieux « Baise ta Groult », un comminatoire « Baise ta Fouque », ou un « Baise ta » quelque autre figure du combat féministe qui aurait ta préférence, et dont le nom s’adapterait à l’exercice (« Baise ta Théroigne de Méricourt » est hors de propos). Alternativement, si tu penses que cet artifice serait irrespectueux envers tes glorieuses ainées, tu peux aussi travestir de célèbres slogans féministes : « Je mouille comme la femme du soldat inconnu », « Défonce mon cul de prolétaire du prolétaire », « Je pars à dame, pourquoi pas vous », ou que sais-je. Dans l’urgence du moment, ton copain ne réalisera pas la substitution, croira avoir enfin posé un pied en Dorcelie promise, et redoublera de fougue, au péril de ses digues de balloches. Mais la graine séditieuse sera plantée, et s’épanouira de façon subliminale. À force de répétitions, ton copain finira par porter un regard lucide sur la condition féminine, par réaliser qu’il n’était jusqu’alors qu’un organe inconscient de la perpétuation des structures de pouvoir patriarcales en place, par résilier sa carte de membre du club Dorcel au bénéfice d’une adhésion aux Furieuses Fallopes dont il réalisera un peu tard que, foutu pénis oblige, il ne pourra pas tellement profiter, et surtout, par cesser de ponctuer chaque coup de bite d’un « salope » compulsif.
Dès lors, vous pourrez enfin renouer avec une parole lucide, éclairée, dispensée au bénéfice de votre plaisir commun, en une geste perpétuelle, chaque fois réinventée, chantée à la gloire de vos muqueuses. Ainsi, à l’heure d’un prochain orgasme, alors que ton copain, après avoir ôté sa capote avec la nonchalance affectée d’un dandy ramenant un pan de son écharpe derrière son épaule, et l’urgence du gars qui sent bien que, sauf à vouloir foirer sa sortie, il ferait bien se mettre le dandysme en veilleuse pour le céder à l’empire de ses glaouis, alors qu’à cet instant qui le voit s’apprêter à exprimer son essence en longs traits dextrement dirigés vers ta craquette, plutôt que de l’encourager d’un embarrassant « Gicle-moi tout sur la chatte », tu pourras enfin prendre le risque de l’émulation intellectuelle et du jeu de l’esprit, et le défier d’un audacieux « Repeins-moi l’Origine du monde ». Avec un peu de chance, il relèvera le gant, ravalera dans l’instant son orgueil et sa montée de sève, enfilera sa blouse de Gustave Courbet, et t’invitera plutôt à te retourner afin de te « coller sa colonne Vendôme aux Invalides ». D’accord, ça continue de signifier qu’il veut t’enculer, mais au moins votre dernière visite à Orsay n’aura-t-elle pas été tout à fait vaine.

Il est tout a fait normal de vouloir partager ses envies de dialogue dans un contexte qui ne cesse d’évoluer vers un seul but ou objectif… l’orgasme, de suivre un sentier qui n’est du début jusqu’à la fin aucunement balisé et de se découvrir des qualités d’actrice ou d’acteur et de parcourir ce qui est en nous avec toutes la richesse de la langue. les mots crus en font partie, c’est juste un champs lexical comme un autre.
Je rajouterai une nuance qui me parait être un point qui n’a d’importance que juxtaposé à l’imagination. Il est vrai qu’il n’en faut pas beaucoup pour mettre en situation un homme avec des mots pour le moins facile et non moins efficace mais bien entendu qui n’a pas le désir de rendre la pareil, car il ne faut pas oublier une chose, il faut se découvrir et cela peut se faire à deux. A ce moment là, les mots peuvent prendre leurs sens le plus profond. Partager ses envies et ses fantasmes « ça aide ». Qu’on se le dise, le marquis de Sade connait la chanson mais personne n’a encore égalé le maitre dans l’art de l’obsession mélangé à la perfection de l’usage de la « langue » française.
Bref, les mots n’ont de sens que par celui qui les prononces et du rôle des acteurs. Ces acteurs qui loin sans faux, on le désir de découvrir une porte dérobé, savoir s’ils sont capable d’être eux même en étant quelqu’un d’autre. Comme dirait si bien Molière « l’amour est un grand maitre, ce qu’on ne fut, il nous l’enseigne à l’être »
J’encourage, donc avec un certain enthousiasme, tous ceux qui le souhaite de se laisser aller à prendre le chemin des interdits. Vivre l’espace d’un instant blottis dans son lit tout contre sa bien aimé, son cher et tendre, des moments intenses de dialogue, de mises en scène, de jeux de rôle, afin que chacun prennent sa place et puissent profiter de toutes les facettes des mots. Il faut être deux.
Tu peux donc accéder indirectement à la demande de ton copain, en lui faisant imaginer, au fur et à mesure, à arpenter ses désir d’entendre de ta bouche des situations aussi équivoque improbable, l’histoire dont vous êtes l’ »ero »ine le fera monter au septième ciel, si chemin faisant il en devenait le co-auteur. Les mots viendront d’eux mêmes il n’est pas nécessaire d’aller directement au trou du cul du monde, un petit détour sera suffisant.
Les mots sont là pour nous aider à communiquer il faut juste être d’accord sur le vocabulaire et l’enrichir à deux.
GonZague
Parler pendant l’amour ?
J’ai 40 ans, mais déjà à 18 ans je parlais quand mon compagnon était en moi. Il y a en à qui ça décuplait le plaisir. Mais quelqu’un m’a directement reproché : « les femmes font pleurer les hommes (de plaisir), et toi tu pleures entre les mains d’un homme ».
Une remarque qui m’a littéralement afaissée. Il est vrai que je pleure pendant l’amour en plus des mots.
Mais je me suis rendue compte de la différence des hommes, quand un autre m’a fait comprendre que le jour où je cesserai de parler, de crier, nos ébats perdraient de leur saveur.
Avec mon tout dernier compagnon, au début, j’ai pleuré. Il m’a tendrement demandé de ne pleurer mais de jouir. J’en ai été bloquée. Par la suite, constatant que je ne pleurais plus, il me demandait de pleurer pendant l’amour. Et je répondais « c’est bien toi qui m’a dit de ne pas pleurer ». Comme réaction : » je ne t’ai jamais dit ça ».
Avec un autre, je ne pouvais parler, mon regard plein de douceur suffisait à « l’emballer ». Il semblait lire mon plaisir dans les yeux au point qu’il m’a dit : « tu es très belle quand tu jouis ».
Je réalise qu’une femme peut être tout aussi différente selon…
J’aimerai moi aussi prononcer des mots crus mais je n’y arrive pas.
Mais je parle, je parle : « je suis à toi », « je te sens en moi », « tu es tout au fond de moi ».
J’aimerais bien que vous réagissez à mes préoccupation :
1) je suis très sensible, pour être honnête trop sensible. Souvent il suffit que mon homme me touche (même pas de caress) pour que je fonde comme une crème au soleil. Et là, il me reproche d’avoir « joui ». Je suis obligée de leur dire toujours que ce n’est pas le cas. Je suis de cette nature. Une simple proximité avec mon compagnon que j’aime suffit à déclencher la « fuite ». C’est toujours suivi d’interrogation de la part de l’homme. A quoi cela peut être du ?
2)je suis rarement « rassasiée ». Je pourrais faire l’amour plusieurs fois de suite. Mon analyse est que tous ces actes ne sont pas accompagnés d’orgasme.
J’ai l’impression qu’une partie de moi accélère, « expédie » le plaisir pour ne pas en connaitre véritablement. J’ai peur de découvrir le vrai plaisir. Car quand je me masturbe, au point culminant, je sens une lachée de liquide qui me fait peur. J’ai l’impression que c’est de l’urine et je me retiens. Cela gache naturellement mon plaisir. J’ai peur de me laisser aller avec l’homme pour que ce liquide ne s’échappe, et pour ne pas pleurer davantage que je ne l’ai encore fait.
Que me suggérez-vous ?
Merci de votre réaction.