Le mois dernier, j’ai commencé à discourir devant vous de choses et d’autres tournant autour du porno, et aussi un peu autour du pot, avouons-le. Nous en étions resté au moment où il était entendu que l’image pornographique était devenue, pour le meilleur et/ou pour le pire, une composante de l’imagerie contemporaine – c’est-à-dire que plus grand monde ne peut prétendre n’avoir jamais d’images ou de films représentant des actes sexuels non simulés. Soit. Reste à savoir ce que notre petite tête en fait, de toutes ces informations classées X. Et là, ça se corse (dans les montagnes, du côté de Calvi, à regarder le soleil se coucher sur les remparts de la vieille ville, oh oui c’est là que j’aimerai tellement être – je sais, j’ai besoin de vacances).
L’une des critiques les plus fréquemment émises à l’encontre de la pornographie, et pas des moins recevables repose sur la piètre image qu’elle véhiculerait de la Femme. Instrumentalisées, soumises, « réifiées » hasarderait l’étudiant en lettre s’il s’égarait dans ces pages, les porno-women interchangeables se résumeraient dans l’esprit du porno-matteur à une série de mensurations et de notations objectives : seins plus ou moins gros, fessiers plus ou moins rebondis, clitoris plus ou moins proéminents, lèvres roses, rouges ou n’importe quelle teinte intermédiaire, émissions de sons plus ou moins fréquents et/ou stridents, tout cela compose un tableau anatomique un peu consternant si l’on croit qu’il suffit à distinguer un être humain d’un autre. Certes. Réduites ainsi à une question de centimètres en plus ou en moins, de discriminations physiques arbitraires ou relevant des préférences purement subjectives du spectateur, les centaines d’incarnations féminines qui défilent devant les pupilles du porno-matteur, se confondent et se fondent, ne se distinguent qu’exceptionnellement et finissent au mieux dans un coin de cerveau au rayon des « est parvenue à me faire hisser pavillon pendant quelques minutes, juste le temps de parvenir à me soulager de quelques grammes de substance superflue ». L’objectif de toute une vie, la consécration, le panthéon, quoi. L’objectivisation de la femme dans la pornographie est une évidence, qu’il est impossible de nier à moins de disposer d’un stock de mauvaise foi comparable à celle des administrations Bush père et fils – ou de ne pas même savoir ce qu’est une femme. Les personnalités ne passent pas la pellicule du porno – et pourtant, dans la vraie vie, ce sont quand même les personnalités qui prolongent la plupart du temps la bandaison au-delà des premières semaines de lapinage passionnel. Sinon, tous les hommes se contenteraient de vagins en caoutchouc et autres poupées gonflables et jamais gonflantes.
Mais justement : l’homme, là-dedans, hein ? L’image masculine véhiculée par le porno contemporain, quoi. Vaut-elle vraiment mieux, en définitive, que celle de la femme ? Qui, dans l’honorable lectorat qui est sans aucun doute celui d’une publication de haute volée comme L’Autre Sexe, a vraiment envie de ressembler aux porno-boys américains aussi pleins de stéroïdes anabolisants que vides de matière grise ? A ces étalons priapiques dont l’existence se résume finalement à bander suffisamment longtemps pour appliquer à sa partenaire une série de positions souvent imbéciles – car dictées par les besoins du cadrage et non par le plaisir que les pratiquants en retirent – jusqu’à ce qu’elle crie suffisamment fort pour s’imaginer qu’elle jouit ? A ces mâles crétins dont la testostérone a bouffé le cerveau et qui appliquent le libéralisme sexuel dans ce qu’il a de plus injuste, inégalitaire et humainement destructeur ? A ces caricatures de ce que l’homme a de plus à vomir dans son comportement social et sexuel, qui ne sont finalement pas moins indifférenciés (et généralement encore moins « beaux ») que leurs contreparties féminines ? Tout homme qui s’est masturbé devant un porno connaît la crainte du plan de coupe sur le mâle au moment de l’orgasme : une mauvaise inspiration du monteur, un vieux coup de malchance et nous voilà à asperger de foutre la face rubiconde d’un acteur gominé aux veines saillantes et à la bouche entrouverte en rond façon anus. Reconnaissons quand même que cette circonstance traumatique est un peu extrême. Profiteur béat et abêti, figure larvaire de l’humanité, l’acteur porno n’est pas moins chosifié que sa contrepartie féminine – et ce n’est pas pour rien, du même coup, qu’on peut imaginer qu’un sex-toy un tant soit peu perfectionné puisse procurer à son utilisatrice autant sinon plus de plaisir qu’un homme dans leur plumard. Ce n’est là qu’un retour de bâton, si je puis me permettre cette image un peu osée : quand on pense qu’on n’a pas besoin des gens, les gens se rendent compte très vite qu’ils n’ont pas besoin de vous. Merdum, voilà que je me mets à écrire comme un scénariste de Grey’s Anatomy…
Bon, c’est pas tout ça, mais me voilà tout échauffé d’avoir devisé galipettes avec d’aussi désirables personnes que vous, lectrices, et d’aussi troublants éphèbes que vous, lecteurs. Il me faut à présent retourner à mon travail d’exégèse de l’œuvre de Jean-Marie Pallardy. « Nichons et aréoles – usages de l’imagerie mammaire dans L’Arrière-Train Soufflera Trois Fois et Règlements de Femmes à OQ Corral », que ça va s’appeler. Rien que ça. Si je laisse mon taux d’hormones sexuelles monter encore un petit peu, je n’aurai plus qu’à m’acheter un camescope et filmer mes ébats torrides avec la fille de ma boulangère (la même dont je vous parlais déjà en octobre, c’est pour voir s’il y en a qui suivent), histoire de faire péter le marché du gonzo farineux, d’exposer les plus belles miches du XVIIIe arrondissement, d’exploser les quotas de raisins dans mes petits pains et de fourrage à la crème dans mes gros beignets, de bien garnir en confiture les contours de mes tartes aux pommes (1).
Ou pas.
Et c’est ça qui est bien.
(1) Cette phrase prouve par l’exemple qu’on peut écrire à peu près n’importe quoi et qu’il y aura toujours le moyen d’y voir un sous-entendu salace ou sexuel quelconque… Suffit d’y mettre le ton adéquat (comme Sheila). Cool, non ?

Excellent ! Quel style ! Merci pour cet article.