Il existe une catégorie assez répandue sur Meetoc : le meetocard qui sait qu’il vient sur un supermarché de la rencontre, et qui assume pleinement le fait qu’il vient choisir une femme, comme il choisirait une pintade au rayon volailles : un peu dodue mais pas trop grasse, pas trop jeune mais pas une vieille carne non plus, tendre, goûteuse, élevée au grand air, naturelle, bon rapport qualité / prix, etc, etc… (c’est fou le nombre de correspondances que la langue française offre entre les volailles et les femmes).

Revenons à notre meetocard : conscient de la concurrence qui traîne sur ce site, et désireux de ne pas tomber dans les stratégies grossières de ses congénères (peut-être aura-t-il eu la bonne idée de lire mes chroniques!), notre homme a entrepris de procéder différemment : y aller franco, foncer carrément, ne pas y aller avec le dos de la cuillère, se relever les manches et fourrer sa main dans le cul de la volaille pour lui vider les tripes… bref, y aller « adonf », comme disent les jeunes dont nous ne faisons plus partie… nous l’appellerons donc notre meetocard « franc du collier ».

Ce meetocard « franc du collier » est un animal domestique un peu stupide mais sympathique au demeurant, une sorte de cocker au regard vide et aux oreilles pendantes (j’ai dit, les oreilles…). Il remue la queue quand il est content, et fait un tour sur lui-même avant de s’asseoir (cette dernière phrase n’ayant aucun sens, mais donnant une bonne image de l’impression que peut laisser un tel individu : un truc inutile mais qui fait marrer quand on le regarde).

Dans la plupart des cas, l’attitude décomplexée et directe du « franc du collier » relève moins d’un naturel assumé, d’une absence totale de calcul, que d’une incapacité à séduire par le verbe. Ainsi, on pourrait citer l’exemple suivant : « que tu dir plus que ton profil m’attire et ta photo encore plus .. ca t dit de faire l’amour avec moi ?.. oups c’est un peu direct … ». Ici, l’habileté littéraire laisse sans voix, et on comprend aisément que l’auteur de ces mots (mais peut-on encore appeler cela des mots, d’ailleurs?) ait préféré procéder sans détours. De là à ce que franchise se fasse maladresse, il n’y a qu’un pas, comme ici : « Je ne suis vraiment pas exigent, si j’en crois mes experiences j’aime bien les filles ch… Mais laquelle ne l’est pas quand elle est avec un mec (nan je plaisante les filles!!), mais j’aime bien les filles un peu ch.. qd meme! Allez, La bise.. » Oui, c’est ça, bon vent, l’ami, et bonjour à ta mère… aborder une femme en lui faisant comprendre qu’elle pourrait potentiellement faire partie des chieuses qui excitent le fond de masoschisme (de connerie?) qui est en lui, c’est d’une finesse à toute épreuve.

Parlant de finesse, la franchise consiste aussi à dire sans détours ce que le meetocard attend de vous, et de vous exposer un par un ses critères de choix :
-Tout d’abord, c’est l’âge. J’ai 35 ans et j’aurai dû, peut être, mettre plus ou moins 5 ans mais j’ai une sœur qui a 27 ans et qui au niveau maturité m’égale et même me dépasse. Très surprenant que de se l’avouer que ta petite sœur est plus mûre que soi !!!
Au vu de ton mail, cela ne paraît pas si surprenant, je t’assure…
- Pas d’enfant : c’est une aventure à deux, vierge d’expérience pour les deux.
-le poids et la taille : plus ou moins 5 kilos/5 cm. C’est pour respecter le principe des proportions mais c’est vrai qu’une fille plus grande me ferait bien marrer. Mais le poids est important. Comme on dit : « bien dans sa tête, bien dans son corps ».
Si l’on en croit cet adage, on peut imaginer quel physique ingrat le pauvre malheureux se traîne…
Et le même meetocard de conclure, pour vous assurer (et cela vous fera le plus grand plaisir) que vous avez brillamment passé son « test » :
« Tu es rentré dans ma moulinette et voilà. » Tu es rentrée dans ma moulinette, et voilà…  mis à part l’irrésistible envie d’ajouter « dit la jeune mariée » à cette phrase, force est de constater que là, vraiment, on frise les sommets du lyrisme, Lamartine n’a qu’à bien se tenir… « Que puis-je dire sur moi ? » Rien, n’en dis pas plus, par pitié… « Je suis comme j’écris : honnête, normal ! » honnête, c’est sûr ; normal… permets-moi d’en douter… « Comme tout bon mailing, il faudrait relancer. Mais dans notre cas, je ne pense pas qu’il soit nécessaire de le faire. » Non, effectivement, ce n’est pas nécessaire… « Un mail ou un silence suffira ». Je te confirme que ce sera un silence, donc… « Voilà ! Le premier pas est fait, le deuxième est pour toi. »

Parfois, la franchise flirte, volontairement ou pas, peu importe, avec un humour dont on ne saurait évaluer le degré, tant le tout laisse le lecteur dans une impression de confusion proche de celle d’un spectateur désoeuvré qui viendrait de s’enquiller quatre épisodes de « Plus belle la vie » à la suite.
Ainsi, ce mail plein de fraîcheur de « Sébastien qui le vaut bien » (c’est ainsi qu’il signe) :
« Bon, ben voilà, comme disais le poète, avant de mourir, l’homme veut mettre sa zigounette dans le pilou-pilou de la dame, et c’est ça qu’est beau. Aimons-nous vivants, n’attendons pas que la mort nous trouve du talent. François Valéry. »
You see, le cocker sympathique et marrant? Il n’y a que lui pour citer François Valéry sur un site de rencontres. Là où l’on se dit qu’il ne peut y avoir aucune stratégie derrière tout cela, c’est lorsqu’on pense que l’auteur de ce mail n’a en aucun cas pris la peine de se demander ce qu’une fille normale aurait bien pu répondre à un tel mail :  « j’aime ce qui est beau, venez mettre votre zigounette dans mon pilou pilou »? ou « J’ai toujours aimé les poètes, en particulier François Valéry, et Herbert Léonard…  PS : ce que vous êtes cultivé… »… Franchement…

On en arrive ainsi à notre deuxième hypothèse de travail : notre « franc du collier » ne veut ni nous charmer, ni paraître honnête… il veut juste gagner du temps, en éliminant toutes les candidates qui pourraient attendre de lui un quelconque discours amoureux ou pseudo-galant qu’il n’est en aucun cas disposé à servir… La preuve en est, le mail suivant, qui décrit avec une délicatesse remarquable, histoire de donner envie à la demoiselle de répondre, comment pourrait se dérouler une première nuit d’ébats, avec notre cocker : « Pour ma part, sache que je suis célibataire, téméraire raisonnablement, et que j’ai toujours une bouteille de champagne dans mon coffre, au cas où, que je pourrais la livrer à n’importe quelle adresse un soir pour le début d’une belle histoire ! ». Oui, c’est bien connu, les belles histoires d’amour commencent toujours par une bonne beuverie… « Bien évidemment, la livrer comme repartir, dans l’hypothèse où l’on ne se plairait pas en vrai. Et oui c’est un Pack ! Cela coûte quoi après tout, si ce n’est une belle chance de croquer la vie qualitativement et durablement ! » Alors, qualitativement, coco, ne te vante pas trop vite s’il-te-plaît, et durablement, ce n’est pas avec les litres de champagne que tu auras ingurgités que tu risques d’assurer de ce côté-là….. « Vivre ses rêves et non rêver sa vie est un art ! En plus il va faire froid dès ce soir et tout le we !!! » Voilà… l’argument choc… j’avais oublié qu’il allait faire froid, ça change tout, forcément…
Encore plus expéditif, que Monsieur « Pack », voici la nouvelle version de la centrale vapeur JP525, en vente dans tous les bons magasins d’électro-ménager : « Si tu n’a pas le temps tu peut trouver l’homme d’une nuit ou de plusieurs suivant ton bon vouloir je suis un bon amant sain physiquement et moralement a ta disposition  bise  jean pierre ». Je n’en demandais pas tant, cher Jean-Pierre…
La version ultime de cette « efficacité par la franchise » se résume dans cette formule on ne peut plus sincère et droite : « Je recherche une future amie qui serait l’exacte contraire de mon ex-epouse ».

Qu’il s’agisse de maladresse verbale, d’une méconnaissance totale des femmes et des lois de séduction à appliquer auprès d’elles, ou d’un humour déplacé, le « franc du collier », dans 9 cas sur 10, se juge plutôt fin et habile dans son approche. Pour exemple, citons Eric, qui, après s’être épanché sur son « fantasme de bureau », conclut son mail de façon fort charmante, qualifiant son approche de « proposition élégante et originale » : Alors si jamais, tu en as plus dans la culotte (petite ou grande…) et la tête, que dans le soutien-gorge, si jamais, tu es une femme assez directe, curieuse, mais avec une optique constructive, si tu es ouverte d’esprit, spontanée, coquine évidemment, aimante, bonne vivante, si tu sais enfin faire la différence entre une proposition élégante, originale, concrète et inopinée, avec une proposition glauque… et si, bien entendu, si tu as envie de saisir la première, et bien lance toi… Je suis prêt et libre. Alors appelle-moi au 06-60-** ** **. Je m’engage à te mettre à l’aise dans tous les cas. Pour ça, je n’en doute pas, très cher…

Je finirai en citant la palme des mails « francs du collier » : « Plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien ; plus je connais les chiennes, plus j’aime ma femme… definitively. » J’ignore comment l’auteur de ce message pouvait espérer, ne serait-ce qu’une seconde, pouvoir séduire une femme avec ce type d’approche, mais il aura au moins eu le mérite de surpasser tous ces congénères…

NB : tous les extraits cités sont évidemment de véritables extraits de mails récoltés sur internet, avec patience et minutie, par votre cher serviteur, et restitués tels quels, fautes d’orthographe comprises.

Bob

7 réponses à “Le franc du collier”

  1. JP Samba dit :

    Dis-moi Bob, ce que je ne comprends pas – c comment tu fais ta récolte de mails… Tu serais une fille … Mince alors !!! C trop fort

  2. Monsieur R. dit :

    Aucun d’entre nous n’en a eu la preuve formelle, en tout cas. Et son cas est d’autant plus suspect qu’elle a moins de seins qu’au moins trois des éléments masculins de cette équipe. Le mystère reste donc entier.

  3. Monsieur D. dit :

    A noter que quelques extraits sont piégeux : le François Valéry commence par une adaptation de Desproges. Lequel Desproges se fait déformer une autre citation sur les chiennes et sa femme.

  4. Bob dit :

    Je suis asexué, voilà tout…
    PS : les trois mecs de l’équipe en question sont des blondes à forte poitrine…

  5. Benjamin Fau dit :

    Ah non : je suis intégralement brun, à l’exception de quelques cheveux blancs à la tempe droite.
    Non mais oh.

  6. Monsieur R. dit :

    Et sur le torse? Pas de poils blanc? Moi deux. Ca craint ou pas? Faudra que je pose la question à Candice Elias-Dubosc.

  7. Bob dit :

    au fait, je précise à l’adresse de JP Samba qu’il existe, parmi les profils féminins de meetocardes (même avec photos), une foultitude de faux profils, qui sont en fait des mecs poilus et barbus, qui se gaussent sur le dos de leurs copains meetocards… ceci explique peut-être cela…

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Le meetocard du mois Le franc du collier Par Bob Septembre 2009Tags :