happy-sex-coverAmenons une pointe de gaudriole en ce site reconnu pour son humour glacé et sophistiqué et pour ces articles et témoignages qui ne sont que pertinence éditoriale, informations fouillées et pédagogie ludique, parlons de Zep (Philippe Chappuis) et de son dernier opus, réservé aux adultes : « Happy Sex ».

Un sexe pas forcément joyeux, turgescent, humide ou vainqueur, mais un sexe tendre, taquin et gentiment moqueur qui montre bien la curiosité amusée de l’auteur et sa volonté de parler simplement d’un sujet central mais à son avis encore trop tabou. S’il parlait déjà quelque peu de sexe dans « Titeuf », la série qui le rendit riche et célèbre, Zep abandonne ici son univers enfantin pour se consacrer aux adultes uniquement. Ce ne sera pas la première fois. On peut se souvenir de ses premières œuvres ou plus récemment de ses fugues musicales telles « Dans l’enfer des concerts », ou autobiographiques comme « Découpé en tranche ». « Happy Sex » poursuit néanmoins dans la veine de la dérision ludique et camarade, plutôt que de choisir l’exagération obscène ou le fantasme pornographique.

L’album est composé de 64 planches, à l’aquarelle. Chaque histoire dépassant rarement la page, une soixantaine de scénettes esquissent un panorama de la vie sexuelle et des expériences du plus grand nombre. Celles-ci vont de la masturbation au triolisme, de l’éjaculation précoce à l’usage du godemiché, de l’usage du porno au SM. Il est à noter que ces explorations restent bien sages et qu’elles ne s’aventurent pas dans les terrains pourtant amplement labourés de l’homosexualité, la bissexualité ou les territoires plus en jachère de la zoophilie ou autres déviances moins acceptées. La BD, quoiqu’interdite aux moins de 18 ans, reste bon enfant et ne s’éloigne jamais d’un très léger érotisme grand public, familial et hétérocentré. Comme le souligne l’auteur, il s’agit surtout de « gags de société mais avec des gens tout nus ».

Zep propose ainsi des tranches de vie, dans lesquels le lecteur lambda devrait se reconnaître. Pas de situations exceptionnelles, somme toute c’est une déclinaison humoristique de ce qu’on pourrait  considérer comme la normalité sexuelle chez nos contemporains, sans fards. Et si les situations parfois dérapent ou virent à l’absurde leurs points de départ restent assez ordinaires. Le talent de l’artiste tient à jouer sur le décalage, en particulier celui qui s’instaure entre le sexe imaginé qui peuple nos magazines et nos télévisions (culte de la performance, etc.) et la réalité dans laquelle le ridicule et l’éclat de rire peuvent intervenir à tout moment.

Et c’est ce qui arrive à la lecture de cet album pas vraiment « sex » si vous cherchez le frisson, mais qui normalement devrait vous laisser « happy ». Delcourt ne s’y est pas trompé,  75’000 exemplaires supplémentaires ont été publiés en plus des 150’000 initiaux depuis sa sortie le 14 octobre dernier.

(Pour combler votre curiosité ô lecteur : http://www.happy-sex.fr)


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