Dans l’ombre des campagnes anti-fourrures de la SPA et de ses équivalents internationaux, les partisans du manteau à poil assouvissent clandestinement l’amour déviant qu’ils vouent aux bêtes. Avec la curiosité du candide et la neutralité du journaliste, j’ai rencontré, accompagné du photographe Bruno Lévy, deux farouches partisans de l’érotisme de la fourrure : Gala Fur, dominatrice parisienne célèbre dont le pseudonyme est une allusion direct à la Venus in Fur de Masoch, et Gérard, fétichiste et collectionneur de fourrure. Une rencontre organisée en maître par romancier cinéphile Patrice Herr Sang, lui-même fidèle apôtre du manteau en poil de bête.

Vendredi 16 octobre 2009, 19h30, dans le spacieux salon d’un appartement parisien. Tandis que Bruno prépare son matériel, Gala se bande les yeux. « Gala Fur ne se montre jamais à visage découvert », explique-t-elle en demandant à Bruno s’il compte prendre beaucoup de photos. « Je n’aime pas qu’on me prenne en photo. Je suis réalisatrice, et donc d’un certain côté de la caméra. Je n’aime pas être de l’autre. » Finalement la séance de photos durera le temps de cette interview, soit environ une heure. Gérard, qui n’avait pas prévu de poser, se joindra à Gala en couvrant son visage de ses mains.

fur4Gérard, parlez-nous un peu de votre manteau…

C’est un manteau en poils de loup que j’ai acheté récemment en Italie via internet, mais il date des années 80. Les manteaux en fourrure de loup et de renard sont interdits depuis 1985.

Et avant internet ?

C’était plus compliqué : il fallait éplucher les petites annonces spécialisées, les ventes aux enchères… pour finalement ne tomber la plupart du temps que sur des manteaux de vison… Internet a non seulement ouvert le choix mais également fait baisser les prix.

Et c’est quoi, les prix ?

Aujourd’hui, il faut compter 3500 euros en moyenne pour une pièce.

Et vous en avez combien ?

Une dizaine : loup, marmotte, vison… tous sous la forme de longs manteaux à l’exception d’une veste en renard-lynx blanc, pour laquelle j’ai eu un tel coup de foudre que je n’ai pas pu faire autrement que de l’acheter. Mais je ne la porte pas volontiers à l’extérieur, elle est trop féminine pour moi. Alors qu’un manteau, de mon point de vue, est unisexe.

Depuis quand vous intéressez-vous à la fourrure ?

Mon attirance pour la fourrure remonte à l’enfance. Je me suis un jour focalisé sur une fourrure aperçue dans un placard qui m’a permis d’échapper à la dureté de mon éducation. Jeune homme, la fourrure m’a donc d’abord apporté chaleur et réconfort, puis je l’ai intégrée progressivement à ma sexualité en utilisant comme une caresse particulièrement douce et agréable. Aux alentours de la quarantaine, la fourrure est devenue l’actrice à part entière de ma sexualité.

C’est-à-dire ? Vous en avez besoin pour jouir ?

Oui.

Et vous Gala ? Quels rapports entretenez-vous avec la fourrure ?

J’aime le contact de la fourrure, faire l’amour sur une peau de bête, devant une cheminée. J’aime aussi la porter. Cette veste de putois que je porte aujourd’hui pour la photo, je la porte habituellement à l’envers, ce qui me permet d’une part d’être en contact avec le poil, et m’évite d’autre part de me prendre un coup de couteau dans le dos !

C’est à ce point ?

L’hostilité se calme un peu en France depuis quelques temps, mais en Angleterre, elle est encore si vive qu’on ne peut même pas laisser sa fourrure au vestiaire…

Et dans le SM ? Quel rôle joue la fourrure ?

Elle m’offre la possibilité de revêtir la peaux d’animaux intéressants pour leur sauvagerie, comme le loup ou le renard. Mais pas question de les faire porter à mes patients, bien sûr ! Je leur réserve en revanche des petits accessoires comme des menottes en fourrure, tabliers bordés de fourrure, ou des oreilles de lapin ou de chat, très populaires en ce moment, qui sont fabriqués en Chine.

A vos « patients ? » Est-ce à dire qu’ils viennent chez vous pour se soigner ?

Je suis comme une psychanalyste : ouverte à ce qu’ils ont à raconter et à l’écoute de leurs désirs, qui sont aussi parfois leurs problèmes. Quand quelqu’un veut être fouetté pendant très longtemps, il y a matière à se poser des questions !  La différence est qu’ils ne les manifestent pas verbalement, mais physiquement. Mes patients ne font pas d’analyse, c’est l’un ou l’autre. Dans le SM tous les gens que je connais en lien avec l’analyse sont des psychanalystes, et ils sont dominants.

Est-ce à dire que les gens de pouvoir ne sont jamais soumis ?

Dans les courses hippiques, il y a les chevaux qui courent, très heureux, et les chevaux qui entraînent les chevaux qui courent, que l’on appelle les bout en train, et qui sont très malheureux : entraînés comme des chevaux de course, ils n’ont pour autant jamais l’occasion de faire une course, et en nourrissent donc une frustration terrible, et le sentiment de culpabilité qui va avec. C’est ça, le profil type du soumis. Les gens de pouvoir, politiciens ou chef d’entreprises, sont plus proches des lapins : éjaculateurs précoces perpétuellement empressés, ils se vident très rapidement entre deux portes et deux rendez-vous. D’ailleurs, il ne faut pas croire que le milieu SM n’attire que des gens des catégories sociales aisées. Dans mes hommes de ménage actuels, j’ai un postier, un électricien…

Vos hommes de ménage ?

Oui. Comme leur nom l’indique. Ils font mon ménage dans la tenue qu’ils affectionnent : l’un déguisé en femme, l’autre habillé en mohair, j’en ai même un qui s’habille dans une tenue jaune citron assortie aux gants mapa, c’est très chic.

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Postier, électricien, est-ce à dire que vous ne prônez pas, comme d’autres, une pratique élitiste du SM ?

Je suis pour la démocratisation du SM, mais à condition qu’elle ne s’accompagne pas d’affadissement et de vulgarité, ce qui est malheureusement un peu la tendance. Je trouve les soirées BDSM de plus en plus bas de gamme, les gens ne savent pas exactement ce qu’ils y font. Au même titre que l’échangisme ou le libertinage ils considèrent le SM comme une façon de pimenter leur sexualité, mais sans en connaître les règles, ce qui donne du grand n’importe quoi. Récemment, dans une soirée Torture Garden à Paris, j’ai vu une dominatrice se faire enlever sa culotte pour se faire lutiner par des soi-disant soumis. Il suffit de connaître un tant soi peu le SM pour savoir que c’est une absurdité totale ! Se balader en latex avec sa copine en laisse ne suffit pas à définir une relation de soumission.

osez_galaJustement, vous venez de publier aux éditions La Musardine un second ouvrage dans la célèbre collection Osez  : « Osez les jeux de domination et de soumission ». A qui s’adresse-t-il ?

A tous ceux qui débarquent dans le SM. Ce livre leur apportera toutes les idées nécessaires pour enrichir leurs scénarios. Pour chaque cas de figure, je présente ce qui peut se passer classiquement dans le SM, et ce qu’ils peuvent en retenir à leur compte pour éviter que ça ne parte dans tous le sens. Et pour rester dans le thème de cette interview, je parle notamment de la fourrure et de quelques bêtes à poils.

Quelle différence entre ce « Osez les jeux de domination et de soumission » et le « Osez le SM » que vous aviez déjà publié dans la même collection ?

« Osez le SM » était plus un livre d’initiation au SM. Il était beaucoup plus didactique. Le dernier est plus pratique : il présente plein de petits scénarios et de petits jeux.

Toujours chez La Musardine, Vous avez également publié deux récits : « Les soirées de Gala » et « Séances »…

« Les soirées de gala » sont une autobiographie qui raconte la vie d’une dominatrice dans tous ses détails, y compris les plus problématiques : problèmes amoureux quand elle tombe amoureuse d’un patient, problèmes occasionnés par plusieurs patients qui entrent en guerre au point d’en venir aux armes, le tout entre l’Angleterre, l’Allemagne, la France et la Hollande, lors de la grande époque SM des années 90.

Il y a donc eu une « grande époque » du SM ?

Oui, indubitablement. Une grande époque magique, ponctuée de fêtes incroyables qui relevaient presque de l’hallucination collective : les soirées Rubber Ball, Torture Garden, les soirées du Château à Cologne… Tout cela est derrière nous.soireesdegalapoche

Et « Séances » ?

J’y raconte une grosse dizaine de séances avec mes patients, toutes très différentes des unes des autres : ça va du patient amateur d’arts martiaux qui a envie de se faire dérouiller au patient dont le grand truc est de se faire étouffer jusqu’à la suffocation.

seances« Séances », on retombe dans la métaphore psychanalytique…

Effectivement. Du reste, comme avec certains psychanalystes, pour devenir mon patient ou ma patiente, on écrit une lettre de motivation. Et je choisis ou non de donner suite.

Et on paye ?

Bien sûr. A chaque début de séance, comme en analyse.

Un autre livre en projet ?

Oui, un recueil de nouvelles SM que j’ai dirigé avec Wendy Delorme, qui sortira début février à la Musardine.

Et vous Gérard, pas de livre à promouvoir ?

Je rêverais d’écrire un livre sur la fourrure, mais je n’ai malheureusement pas le talent pour l’écrire…

Et vous diriez quoi, dans ce livre ?

Je prendrais un point de vue militant pour défendre la fourrure, comme je suis en train de le faire aujourd’hui dans cette interview, et comme je le fais dans les cercles que je fréquente. Je défendrais mon point de vue contre celui des anti-fourrures, qui mettent le monde animal au même niveau que le monde humain. Pour moi on ne peut pas les mettre sur le même niveau, c’est absurde. Et je fustigerais aussi les manteaux en « fausse fourrure ». Pourquoi les appeler ainsi, puisqu’ils ne sont pas de la fourrure ? Il n’y a pas la vraie et la fausse fourrure, il y a la vraie fourrure, et pour le reste, il faut inventer un autre mot.

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Et la fausse fourrure, justement, tous les deux, vous en pensez quoi ?

Gala : Elle est moins douce, et les coupes ne sont souvent pas terribles…

Gérard : Pour moi ça ne m’intéresse pas, ce n’est pas de la fourrure, c’est autre chose.

Gala : C’est de la moquette à poil long.

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LA VENUS A LA FOURRURE AU CINEMA

La Venus à la Fourrure est un roman de l’Autrichien Leopold von Sacher-Masoch, narrant la soumission d’un homme à une dominatrice via le fétichisme de la fourrure. Sa jouissance est associée au fait que Wanda, sa dominatrice, portait de belles fourrures lors de leurs séances amoureuses.

Le nom de son auteur est devenu un nom commun recouvrant, au-delà de la fourrure, toutes les expériences de soumission, le MASOCHISME, tout comme le nom du divin marquis de Sade couvre celles liées à la domination, le SADISME.

Evidemment, le cinéma s’est emparé d’un tel sujet et une bonne demi-douzaine de films ont vu le jour autour de ce thème, parmi lesquels :

LE MALIZIE DI VENERE (connu aussi sous le titre Devil in the flesh) de Max Dillmann, pseudo cachant le réalisateur italien Massimo Dallamano, avec Laura Antonelli dans le rôle de Wanda. Un thiller où, déception, la fourrure est quasi absente, hormis dans la scène finale de dénouement. (Allemagne/Italie 1969). Disponible en VHS.

VENUS IN FURS/PAROXISMUS de Jess Franco (Espagne 1969), un polar érotique et exotique. Disponible en DVD.

VENUS IN FURS de Joe Marzano (Etats-Unis 1967), en noir & blanc, d’une facture gentiment grivoise. Disponible en DVD.

VERFüHRUNG : DIE GRAUSAME FRAU (Séduction femme cruelle en français) de Monika Treut & Elfi Mikesch (Allemagne 1985) avec Mechthild Grossmann et l’acteur culte Udo Kier. Disponible en DVD, en France.

VENUS IN FURS, une des meilleures adaptations, un film de Maartje Seyferth et Victor E. Nieuwenhuijs (Pays Bas 1994), avec un parti pris de noir & blanc et de modernité. Disponible en DVD en France.

Et enfin surtout, le nec plus ultra, MASOCH de Franco Brogi TAVIANI, un des trois frères Taviani (Italie 1980) avec Francesca de Sapio. Ce film qui colle au plus près de ce fétichisme est adapté du livre de Wanda von SACHER-MASOCH/von DUNAJEW, qu’elle a écrit en 1906 : « MEINE LEBENSBEICHTE » ou « La confession de ma vie ».  Disponible en VHS.

Et ce n’est pas fini car d’autres adaptations sont en cours dont le Venus in Furs de Kourosh Esmailzadeh pour courant 2010.

Patrice del Sado
Auteur de L’alphabet du S/M (éditions Vertiges Tabou)
Ces films peuvent être obtenus auprès de Hors-Circuits (patrice@horscircuits.com)


4 réponses à “Rencontre « autour de la fourrure » avec Gala Fur et Gérard”

  1. Furnet dit :

    Des choses interessantes,mais hélas noyées dans un « prosélytisme » beaucoup trop réducteur…

    Je conseille à ces personnes de venir en discuter sur le CLUB…Il y a beaucoup de choses à dire sur le fétichisme des fourrures…et de façon plus « étoffée »,si je puis dire…;-)

  2. Monsieur R. dit :

    C’est-à-dire qu’il s’agissait de parler à la fois de la fourrure, du BDSM, des livres de Gala Fur… (sans prosélytisme pour le coup). J’ai fait le choix du « fourre-tout », mais libre en effet aux uns et aux autres d’approfondir telle ou telle question en allant voir ailleurs.

  3. FourrureClub dit :

    hmmm, oui… comme mon ami Furnet, un peu réducteur comme portrait… dommage de se cantonner au SM et à un seul témoignage…

    Bon, un passage sur les forums où on cause montrerait en effet que les origines de l’amour de la fourrure sont assez souvent identiques, et que la grande préoccupation, en plus de l’acceptation du fait d’aimer la fourrure, est de savoir si l’on est seul au monde à ressentir cette attirance…. Internet joue un bon rôle là dedans en permettant à chacun de se rassurer sur le fait qu’il n’est pas seul, mais la mauvaise facette du web est également de proposer une telle abondance d’images et de vidéos que certains se terrent dans le mutisme et ne pratiquent plus que la « navigation à une main », vivant totalement seuls leur passion… dommage

  4. Miss_Tofu dit :

    « qui mettent le monde animal au même niveau que le monde humain. Pour moi on ne peut pas les mettre sur le même niveau, c’est absurde ».

    Il ne s’agit pas de comparer l’intelligence d’un humain et celle d’un animal. Il s’agit de souffrance. Un animal qu’on dépèce souffre tout autant qu’un humain à qui on infligerait le même traitement. Partant de là, la comparaison n’a rien d’absurde, bien au contraire.

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L'interview du mois Rencontre « autour de la fourrure » avec Gala Fur et Gérard Par Monsieur R. Novembre 2009Tags :