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L’association Ni putes ni soumises, épaulée par sa consoeur Regards de femmes, s’est indigné par communiqué de presse interposé d’une opération de publicité organisée par la maison de disque de Kool Shen avec l’Olympique Lyonnais. Le 8 novembre dernier, à l’occasion du match OL/OM, le logo de l’ex-moitié de NTM fut en effet le sponsor d’un soir du club lyonnais.

Selon les féministes : « Accepter le nom d’un rappeur pour la promotion de son dernier album dans lequel figurent des morceaux incitant à la violence avec des titres comme salope.com est scandaleux et inacceptable. » Passons outre l’amalgame douteux entre « rappeur » et « sexisme », qui même s’il traduit souvent une réalité mérite toutefois qu’on la nuance (surtout dans le cas de Kool Shen), et venons-en directement à l’objet du litige, en l’occurrence la chanson « salope.com ».

Les salopes décriées par Kool Shen désignent en réalité les gens, sans précision de sexe pour le coup, qui pourrissent les forums, sites web et blogs d’artistes (en particulier dans le rap) de commentaires injurieux, confortablement cachés derrière leurs connexions ADSL. « Salope » est donc dans ce cas précis à interpréter comme « langue de pute », et certainement pas comme « jeune fille violée par quinze rappeurs dans une cave ».

Ce qu’on aimerait savoir, c’est si ces associations ont juste parlé un peu vite sans véritablement se renseigner sur le contenu des paroles du morceau de Kool Shen, ou si elles ont décidé de les pointer du doigt en passant outre leur contenu pas du tout sexiste et en se focalisant à dessein sur le mot « salope ».  Car cela reviendrait alors à placer tout homme qui le prononce dans le camp des ennemis de la femme, sans même lui laisser la possibilité de le dire par amour, et donc en maintenant la femme dans cette apparence de « respect » pour le coup bien sexiste qui consiste, en l’isolant de la souillure de l’injure, à la placer éternellement comme objet d’adoration maternelle. Que des féministes fasse la promotion de cette idée, c’est tout de même un comble.


8 réponses à “Ni putes ni soumises ni tellement féministes”

  1. Alchméonide dit :

    Pour autant… Je trouve que l’analyse de Monsieur R ne va pas assez loin. En effet, et même si le texte est sans équivoque :

    « Le public est averti, ici c’est la sère-mi
    T’auras en fait affaire qu’à des pauvres MC’s AZERTY
    R’tournes sur YouTube, là t’es l’king
    Ici t’es foutu, à part peut-être porter l’string
    Télécharge ma musique si ça t’fait kiffer
    Passe ta vie sur des sites si ça t’fait kiffer
    Ne parle pas sans savoir
    Avant d’partir en couille faudrait d’jà qu’tu commence par en avoir…  »

    ceux qui écoutent du rap – et pas seulement ceux de la rue d’Ulm – associent le terme de « salope » à tous les couards, les lâches et autres fiers-à-bras, rappelant ainsi que ce qui est féminin est rattaché à l’ignoble, au condamnable…

    Aux Etats-Unis pendant la ségrégation raciale, Malcom X soulignait souvent dans ses discours que tout ce qui était « blanc » était positif ou bénéfique et ce qui était « noir » négatif et dangereux.
    Il faut y voir cette dimension de la part de l’association même si, hors contexte, cela peut faire gloser et sourire.

    Dans un monde de médias où l’information chasse l’autre, il est toujours saint que de telles réactions puissent exister.

    Voilà.

    PS : j’ajoute que c’est toujours très excitant d’utiliser avec accord de la partenaire le terme de « salope », ou « tiens petite salope » ou « prend ça… etc. » lors d’ébats amoureux…

  2. Monsieur R. dit :

    J’entends bien, mais il y a quelque chose qui me chiffonne dans votre raisonnement, c’est qu’il revient à « blacklister » certains mots par ailleurs si réjouissants à prononcer au motif qu’ils peuvent éventuellement masquer de viles associations. Il me semble qu’un combat féministe véritablement audacieux serait, plutôt que d’en faire des épouvantails, de se réapproprier ces mots. A ce sujet, même si j’ai adhéré sans condition au mouvement Ni putes ni soumises et aux discours de Fadela Amara au moment de sa création, j’ai toujours trouvé que le nom de l’association passait à côté de son sujet. Ce n’est pas « Ni putes ni soumises » qu’il aurait fallu clamer, mais « Pute et soumise, si j’ai envie de l’être. »

  3. Candice Elias-Dubosc dit :

    (…) Si j’ai envie de l’être, et j’ai pris cinq minutes pour me demander pourquoi j’en avais envie, histoire de pouvoir écarter toute suspicion d’oncle-tomisme.

    Parce que le consentement et le désir comme seuls critères de sélection, je me demande si ça va pas finir par faire court. De fait, je veux bien admettre qu’il soit « très excitant » de donner du « salope » à sa « partenaire », mais il y a probablement matière à se demander pourquoi.

    Par ailleurs, quand même, consentement ou pas, mais « etc. » comme adjuvant de l’injure amoureuse, je trouve que vous y allez fort.

    On commence comme ça, et rapidement on se met à ponctuer chaque coup de reins d’un « dito ».

    - Prends ça!
    - Dito!
    - Dito!
    - Dito!

    Et c’est l’escalade, et on finit par annoncer l’imminence de ses décarrages en hurlant « et ainsi de suite ».

    Franchement, parlez-moi d’un final.

  4. Monsieur R. dit :

    Nous sommes bien d’accord. J’aurais du faire la distinction entre le consentement réfléchi et le consentement subi, défendre le consentement qui corrobore un désir, voire une ambition amoureuse, en opposition à celui que suggère un conditionnement, mais ça aurait commencé à faire beaucoup, pour un article, rappelons le, consacré à une pub pour le dernier album de Kool Shen sur un maillot de football.

  5. Candice Elias-Dubosc dit :

    Ah mais j’entends bien, j’entends bien que nous sommes d’accord: mon commentaire était plutôt destiné à l’édification de notre jeune public, que je devine innombrable à nous lire eu égard au sujet de départ, et dans l’espoir que le « désir » ne deviendra pas pour eux ce que semble être devenu le « respect »: un truc qui s’obtient à coups de tatanes.

  6. Alchméonide dit :

    Vous avez raison Candice… c’était un trait d’esprit en post-scriptum. Mais je le revendique pourtant !
    Cela a du sens puisque si l’utilisation du terme « salope » – que je réprouve à être mis sur une « liste noire » (sic) Monsieur R – peut être associé à une certaine animalité (il faut vraiment un contexte précis parce que comme mot d’amour un soir de semaine au dîner en mangeant des nouilles ça ne revêt pas du tout la même signification, y’aurait comme un décalage…). On oublie trop souvent que notre dimension animale ne doit pas être tue au risque de créer un vide, un manque ou plus généralement une frustration. J’entends bien certains me dire que l’homo faber n’a que faire de son cerveau primaire et pourtant il en possède un comme tout un chacun. Donc épousons nos instincts, mais pas de n’importe quelle manière cela va sans dire.
    Cela revient donc à dire que c’est la qualité de l’émetteur et l’assentiment du récepteur qui donneront un sens ou un autre au terme de « salope ». Au risque d’insister, Kool Sheen l’emploie pour désigner des types qui se servent d’internet et de l’anonymat (euh comme moi en fait…) pour le décrier et vider leur sac sur la toile contre lui. Si l’association « ni putes ni soumises » a réagi (j’ai expliqué ma position plus haut) c’est que le terme voyage avec sa chanson jusque dans les cages d’escaliers ou les collèges de banlieue. Des jeunes – appelons-les alors pour notre analyse des récepteurs – vont utiliser ce terme à d’autres fins. C’est aussi simple que ça. Un même mot peut être utilisé différemment, l’un confortant la féminité (animale pendant quelques – plus ou moins – nombreuses minutes) tandis que l’autre devient un objet de soumission à l’encontre des femmes : « eh, tsssii, tsssii… va-s-y salope regarde-moi pétasse là, tu fais ta bourgeoise ou quoi ?! ». On touche-là à un public bien caractéristique que je n’entends pas stigmatiser mais qui, d’expérience, existe bel et bien, public même qui va imposer le voile et des mœurs austères à sa sœur et qui va insulter celle qui a épousé les principes républicains de la liberté de la femme.
    Mon raisonnement est logique et ne me chiffonne donc pas. C’est un avis, voilà tout.

  7. Monsieur R. dit :

    J’entends bien vos arguments et je cautionne votre discours en tous points. J’admets aussi que cette micro-affaire Kool Shen n’était peut-être pas l’occasion la plus adequat pour faire la promotion d’une idée qui m’est chère, mais n’empêche: elle m’est chère. Alors je vous contredis de nouveau, pour le sport.

    Quel est le sens le plus couramment admis pour salope? Une femme qui aime le sexe, qui a des envies qu’elle ne devrait pas avoir, qui n’est pas bienséante, qui n’est pas « respectable ». Bref une femme qui corrobore le sempiternel cloisonnement de la maman et de la putain (également nommé « la bourgeoise et la putain » chez Bruckner qui n’écrit pas que des conneries), qui conduit nombre d’hommes (j’en connais tellement, et pas seulement chez les petits caïds de banlieue, que je ne fréquente d’ailleurs pas) à tromper les femmes qu’ils prétendent aimer au motif qu’ils les « respectent » trop pour assumer leurs composantes les plus déviantes avec elles, et qui préfèrent donc les vivre avec des maitresses, que donc, il ne respectent pas (au final ils ne respectent personne).

    Mon idée est donc de réhabiliter la salope pas seulement quelques minutes dans un jeu sexuel librement consenti en couple, mais plus généralement dans l’identité féminine. En clair, donner à la femme le droit paritaire d’envisager la sexualité comme un homme, c’est-à-dire en en parlant librement, en vivant sans rougir une part animale, perverse pourquoi pas, sans que cela ne menace ni le respect ni l’amour qu’elle est en droit d’attendre.

    C’est ça que j’dis.

  8. alchméonide dit :

    Mouais… pas très convainquant.

    Bon, je retourne à la cuisine, j’ai intérêt à finir la vaisselle avant que ma femme ne rentre sinon ça va encore barder (déjà qu’hier j’avais pas fini le repassage…)!

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