Guilain Omont habite Paris, a 27 ans et une tête de beatnick. Après avoir travaillé quelques années comme ingénieur, il profite actuellement d’une année sabbatique qu’il met à profit pour baiser et dormir réfléchir et tourner des films sur les pédagogies alternatives, les écoles différentes, la psychologie du développement, la philosophie morale. Et quand il lui reste un peu de temps, il sert la cause du polyamour. Du quoi? Je lui ai posé la question. En le tutoyant contrairement aux interviews précédentes, mais je ne vais pas non plus faire semblant de ne pas le connaître.
C’est quoi, le polyamour ?
Alors, le polyamour… ça consiste à remettre ouvertement en question le principe d’exclusivité amoureuse. Le polyamour tend à permettre à chacun de vivre plusieurs relations amoureuses (mais rien n’oblige à en vivre plusieurs), sans les cacher les unes aux autres (tromper son conjoint n’est pas considéré comme une forme de polyamour).
Le mot « polyamour » est une traduction du mot anglais « polyamory » (présent dans le Oxford English Dictionary). Il vient du grec et du latin : « plusieurs amours », il est synonyme d’amours multiples, d’amours pluriels. Personnellement, j’utilise de plus en plus le terme « amours pluriels » parce que « pluriels » renvoie à la notion de singularité, alors qu’avec « poly » ou « multiples », on est plutôt dans l’interchangeable, le technique…
Il n’y a pas un modèle à suivre dans le polyamour, mais des situations à réinventer en permanence en fonction des attentes, des envies, des besoins et des limites de chacun… A partir du moment où l’on remet en question l’exclusivité amoureuse, beaucoup de questions peuvent être approchées différemment : la jalousie (qui peut être douloureuse sans être invivable), la traditionnelle dichotomie « tout ou rien » (on est complètement « ensemble » ou pas du tout « ensemble »), les ruptures, la pression subie dans la relation, le rapport à la solitude, les séductions, les frustrations, l’entre-aide dans les moments difficiles, les raisons de se voir et de passer du temps ensemble, etc.
Quelle différence entre un polyamoureux et quelqu’un qui partage son temps entre divers « sex friends »?
Quelqu’un qui partage son temps entre divers « sex friends » et qui ne cache pas ses « sex friends » les uns aux autres ? C’est déjà une forme de polyamour. Mais le polyamour ne se limite pas à cela, puisque le polyamour n’exclut pas l’implication, l’engagement, la cohabitation, la conception d’enfants, le romantisme, la passion, etc. ou même le mariage !
Théoriquement, ou dans les faits? Tu as vraiment un cas de mariage polyamoureux à me citer en exemple ?
Il ne s’agit pas de mariages à 3, 4 ou plus… Il s’agit de mariages ordinaires, entre 2 personnes (de sexe différent, si l’on parle de la France).
Etre polyamoureux n’empêche pas de se marier. On peut remettre ouvertement en question l’exclusivité amoureuse et vouloir quand même se marier (ou se pacser) avec quelqu’un : fiscalité, contrat de solidarité mutuelle, enfants, héritage, romantisme, envie de célébrer un amour avec les amis et la famille, etc.
Quand deux jeunes mariés passent à l’église, on leur explique clairement qu’ils se doivent fidélité l’un à l’autre… Faut-il en déduire que le mariage polyamoureux est nécessairement civil? Et donc athée? Ou religieux contrarié?
Même dans le mariage civil, le maire parle de fidélité (art. 212). Donc le mariage de polyamoureux est de toute façon un mariage contrarié
Ou alors il faudrait interpréter le terme de fidélité comme le soutien du conjoint (qui va avec le « secours, assistance » du même article 212) et/ou comme le fait de ne pas lui mentir. Cette interprétation est souvent donnée par des polyamoureux, qui se disent fidèles. Mais personnellement, je n’aime pas détourner les mots de leur sens habituel (sauf pour le cas très particuliers des injures, qu’on peut revendiquer fièrement pour en retourner le sens, comme gay, salope, queer, geek, etc.)
Heureusement, en France, la loi est de plus en plus souple concernant cette fidélité : depuis 2005, peu importe que le divorce soit prononcé pour faute (par exemple l’infidélité de l’un des conjoints) ou non. Cela n’a plus de conséquence pratique (sauf, et c’est tant mieux, dans les cas de violence conjugale).
Dans les pays anglo-saxons, des gens réclament la possibilité de faire des mariages à plus que deux, mais en France, on n’en est pas là. Et personnellement, peu m’importe qu’on ne puisse pas se marier ou se pacser à plus que deux.
Le mariage, traditionnellement, c’est aussi l’union du père et de la mère d’un ou de plusieurs futur(s) enfant(s). Comment le polyamour considère-t-il la question de la procréation?
C’est une question qui occupe de la place dans la plupart des bouquins qui traitent du polyamour. Personnellement, je connais 3 couples polyamoureux qui ont des enfants. Ce n’est pas toujours évident, notamment le regard des autres enfants sur les enfants des polyamoureux (dans le cas des petites villes où tout se sait). Ma conviction, c’est qu’on n’est pas obligé de cacher le polyamour à ses enfants, et que ceux-ci s’intéressent plus à l’ambiance relationnelle entre les parents qu’à leur vie amoureuse respective. Lorsque les parents se sentent bien ensemble, ça ne change pas grand chose que maman s’absente un après-midi pour jouer au tennis ou passer du temps avec son amant… Je crois qu’une règle astucieuse est de présenter aux enfants les gens qui viennent dans le domicile familiale comme des amis, et de ne pas préciser si c’est des amants ou non (sachant qu’ils savent que ça pourrait éventuellement être des amants).
Une petite anecdote : j’étais chez des amis polyamoureux. Ils ont des enfants. On était dans le salon et je faisais un hug (se prendre dans les bras) avec C. (même si on n’est pas amant). L’un des enfants a pleuré. F. a bien pris soin de lui demander si c’était parce que C. faisait un hug avec moi qu’il n’était pas content. Bon, ce n’était pas ça, mais j’ai bien aimé ce souci de vérifier que les enfants ne sont pas déstabilisés par les situations parfois inhabituelles.
Cela fait longtemps que j’ai dans la tête une cellule familiale idéale : 2 apparts séparés, sur le même étage d’un immeuble. Une coloc de 4 ou 5 personnes dans chaque appart. La mère dans l’une des colocs, le père dans l’autre. Les chambres des enfants donnant sur les 2 appartements ! Avantages : les enfants ont plusieurs adultes référents, la pression sur la relation entre les parents est moindre (ils n’habitent pas vraiment ensemble)… Mais bon, de toute façon, je ne pense pas avoir d’enfant d’ici 10 ou 15 ans, et peut-être que je n’en aurai jamais…
Ta cellule familiale idéale m’inspire une autre question: s’il y a un père et une mère, c’est qu’il y a de fait un binôme polyamoureux qui baise sans capote. Et les autres? Un polyamoureux couche-t-il sans se protéger avec plusieurs personnes à la fois? Ou existe-t-il malgré tout une « hiérarchie », et donc un « couple » qui serait plus « couple » que les
autres, ne serait-ce du fait de cette simple distinction rapport protégé/non protégé?
On peut tout imaginer :
- tout le monde baise toujours avec capote et on fait de la procréation médicalement assistée (avec option « mère porteuse indienne »)
- 2 amoureux baisent sans capote mais avec capote pour tous les autres partenaires (cela créé effectivement une certaine hiérarchie dans les relations, mais le polyamour ne consiste pas forcément à mettre toutes ses relations amoureuses sur le même plan)
- un certain nombre d’amoureux baisent entre eux sans capote, et avec capote avec le reste du monde (notion de polyfidélité)
- c’est au petit bonheur la chance
En ce qui me concerne, je « pratique » plutôt le point 2. Mais pour être honnête, tout n’a pas toujours été aussi carré… Notamment, il m’est arrivé une fois d’être dans l’option 2 avec P. et de faire l’amour sans préservatif avec une autre femme. Je l’ai bien sur dit immédiatement à P., évidemment ça l’a complètement énervée, la confiance en avait pris un coup, et on a du changer d’option… J’ai aussi remis des préservatifs avec l’autre femme après cet épisode peu glorieux…
On baisait beaucoup plus facilement sans capote et avec n’importe qui dans les années 70. Finalement, est-ce que ce qui a tué l’élan polyamoureux des années post-68, ce n’est pas juste le sida? Et à ton avis, si on annonçait demain matin la création d’un vaccin infaillible contre le sida, y aurait-il une vague de polyamour sur le monde? Ou le polyamour est-il freiné par d’autres formes d’obstacles?
Alors… Il y a une distinction importante à faire, entre polyamour et libertinage tel qu’on l’entend aujourd’hui. Par rapport au libertinage, le polyamour est moins orienté vers le sexe et plus orienté vers le relationnel, l’affectif, les sentiments… La majorité des polyamoureux que je connais ne veut pas entendre parler de « baiser n’importe qui » : les sentiments amoureux sont pour eux indispensables pour le sexe. Et d’un autre côté, je crois qu’une bonne partie des libertins refusent que leur partenaire développe d’autres relations amoureuses (affectives, sentimentales) que la leur. Bien sur, il existe des polyamoureux libertins, dont je fais partie.
A mon avis, le polyamour a toujours existé, et je n’ai aucune donnée fiable pour dire que le nombre de polyamoureux augmente ou diminue. J’ai l’impression que l’élan des années 70 ne correspond pas à la façon actuelle de vivre le polyamour : parmi les polyamoureux que je connais, je constate une certaine indépendance entre les différentes relations amoureuses (même si, parfois, deux amant(e)s se rencontrent ou une triade se forme, les relations restent majoritairement entre deux personnes). La vision que j’ai de cet élan des années 70, c’est surtout des polyamoureux vivants en communauté ou des libertins…
Sans le SIDA, il y aurait encore les autres MST. Le safer-sex resterait pertinent, et donc, les questions parfois problématiques qu’on vient d’évoquer ne disparaitraient pas. Je pense que le SIDA a surtout ralentit la remise en question des morales « sex negative » du genre : « le sexe est déshonorant (surtout pour les femmes, et surtout s’il n’y a pas de sentiment) et dangereux parce qu’il rend les gens agressifs, incontrôlables (surtout les hommes) ». Ce genre de morale puritaine n’empêche pas vraiment le polyamour, mais empêche plutôt le libertinage…
Un polyamour conforme à une certaine morale puritaine… Finalement, est-ce que ça n’en fait pas une forme revisitée de la polygamie? Un genre de « polygamie paritaire »?
Oui, le polyamour n’exclut pas forcément une certaine forme de morale puritaine, mais en général, je trouve que les polyamoureux sont quand même moins puritains que la moyenne…
Effectivement, on peut rapprocher le concept du polyamour et de la polygamie. On emploie souvent le mot « polygamie » à tort, pour désigner la « polygynie » (1 homme peut se marier à plusieurs femmes). C’est un abus de langage. La vraie définition du mot « polygamie » (celle du Petit Robert par exemple), c’est qu’une personne (homme ou femme) peut avoir plusieurs conjoints du sexe opposé. Même en rétablissant cette vraie définition, il reste des différences avec le polyamour. D’une part, contrairement au polyamour, la polygamie est très orientée « mariage » et « reconnaissance légale par la société » : c’est un régime juridique. D’autre part, le polyamour peut prendre des formes plus variées que la polygamie, puisqu’il s’agit de vivre des relations amoureuses et non d’avoir des conjoints…
Tu fais la nuance entre « vivre une relation amoureuse » et « avoir un conjoint »? Faut-il en déduire que le polyamoureux n’a pas plusieurs conjoints?
Pas forcément, non… Mais il peut aussi avoir plusieurs conjoints. Il existe beaucoup de sortes de polyamour… Tout comme il existe beaucoup de façon d’être dans une relation amoureuse avec quelqu’un…
Il existe beaucoup de façons d’être dans une relation amoureuse avec quelqu’un, mais il me semble que le propre de la relation exclusive, c’est qu’elle est gouvernée par le sentiment d’exclusivité et donc de jalousie, qui existe certes à des degrés très variables selon les individus et l’avancée de leurs introspections, mais qui est toujours plus ou moins là. Comment les polyamoureux règlent-ils le problème de la jalousie? En sont-ils dégagés, ou doivent-ils s’y confronter? Formulé différemment: le polyamoureux est-il structuré psychiquement d’une façon différente de l’amoureux potentiellement jaloux, ou doit-il faire des efforts pour raisonner sa jalousie?
Parmi les polyamoureux que je connais, la grande majorité éprouve de la jalousie, moi compris ! Et je crois qu’il est illusoire d’attendre de la raison qu’elle annule ce sentiment. Il s’agit donc de faire avec…
Il existe une croyance très répandue concernant la jalousie : elle serait insurmontable et détruirait forcément la relation amoureuse. Cette croyance n’est pas justifiée. Les douleurs provoquées par la jalousie sont le plus souvent supportables, surtout si le ou la partenaire arrive à écouter et à entendre cette jalousie sur un mode non-défensif et empathique. Le temps et la discussion empathique permettent presque toujours de trouver des solutions qui satisfassent chacun. De telles capacités d’écoute peuvent s’apprendre.
De plus, être confronté à ces sentiments de jalousie est une occasion de se poser des questions essentielles : « pourquoi est-ce que j’éprouve cette jalousie ? », « de quoi ai-je peur ? », « quel est mon rapport à la solitude ? », « qu’est ce qui est le plus important dans ma relation avec mon ou ma partenaire ? », etc.
Des livres tels que « the ethical slut » (la salope éthique – 1997 puis 2009), traitent très bien de ce sujet !
Mon plus gros a priori vis à vis du polyamour, c’est qu’il fait disparaitre la solitude qui suit le deuil amoureux, et qui à mon avis est nécessaire au travail qu’il demande. En clair: si tu romps une histoire, tu n’es pas seul, tu as toujours un ou deux amoureux dans ta vie, de quoi d’une part te consoler, d’autre part continuer d’avoir ta dose d’amour. Ce qui m’inspire les deux questions suivantes : 1. Comment faire un deuil amoureux efficacement sans affronter les démons de la solitude et les saines questions qu’ils te posent? 2. Certains polyamoureux ne le sont-ils pas pour des raisons de dépendance affective?
Avec le polyamour, il y a mille et unes occasions d’affronter ce que tu appelles « les démons de la solitude » : amoureux principal occupé avec quelqu’un d’autre ou sans grande envie de partage pendant une période, amoureux distants géographiquement, période de célibat polyamoureux (si si !), etc. L’une des conditions indispensable pour être capable de vivre le polyamour, c’est justement de se sentir bien avec soi-même et avec ces périodes de solitude… C’est de cela que traitent les 8 premiers chapitres de « the ethical slut » : il s’agit de sortir du mythe des moitiés, pour s’éprouver comme un être entier…
Je trouve que les deuils amoureux des polyamoureux ont tendance à être plus paisibles que la moyenne. Il est beaucoup plus facile de rester amis : pas de ressentiment lié à une trahison, plus de fluidité et d’indépendance dans la relation, etc. En ce qui me concerne, mes deux deuils amoureux se sont passés en douceur, même s’ils ont étés douloureux, et je suis encore dans une relation amicale proche avec mes deux « ex »… Autrement dit, à mon avis, tu n’as pas besoin d’une souffrance aiguë liée à un deuil pour expérimenter et apprivoiser la solitude…
Oui, il y a certainement des personnes qui sont polyamoureuses pour des raisons de dépendance affective. Mais j’ai l’impression qu’en général, les personnes en dépendance affective vont plutôt se tourner vers l’exclusivité amoureuse, parce qu’elles seront inquiétées par le côté imprévisible, mouvant et sans cesse à ré-inventer du polyamour !
Combien as-tu d’amoureuses en ce moment? Y a t-il un nombre moyen d’amoureux/se par polyamoureux/se constaté? 2 ou 3? Ou plutôt dans les 25?
Alors, en ce moment, je suis avec une amoureuse depuis 2 mois (rencontrée sur adopteunmec.com !). Je fonds complètement pour elle, je suis dans une phase passionnelle, presque fusionnelle (quand je ne la vois pas 48h, je souffre !)… Dès le début, je lui ai écrit que je vis les amours pluriels. Au niveau intellectuel, elle n’est pas contre, mais elle a peu de confiance en elle-même et elle n’est pas sure de supporter ses sentiments de jalousie. Du coup, au bout de quelques rencontres, nous avons décidé de partir sur 4 mois d’exclusivité amoureuse : il s’agit de nous laisser le temps de parler des amours pluriels et de nous connaître mieux…
Ma vie amoureuse a commencé tard, et je n’ai eu que deux longues relations amoureuses (plus de deux ans puis un peu plus d’un an). Les deux fois, j’ai vécu d’autres relations amoureuses en même temps, mais beaucoup moins intenses, et moins suivies… Donc, en comptant mes périodes de célibats (quelques mois par ci, quelques mois par là), ma « moyenne » tourne autour de 1
Ceci dit, je reste très proche de mes deux « ex » et je les vois souvent ! C’est une forme d’amitié particulière que j’apprécie beaucoup…
La plupart des autres polyamoureux que je connais ont une « moyenne » qui tourne aussi autour de 1. Mais, comme pour mes deux « ex », il devient très vite difficile de distinguer la relation amicale de la relation amoureuse. Il n’y a plus une séparation nette, comme c’est le cas pour ceux qui ne vivent pas le polyamour : « on est ensemble ou on n’est pas ensemble : pas d’alternative possible ! »… Donc plus ça va, plus j’ai du mal à définir cette fameuse « moyenne »…
Ce qu’apporte le polyamour, ce n’est pas que la multiplication des relations amoureuses, mais c’est aussi (et je dirais surtout) la transformation de la nature des relations amoureuses !
Et en t’engageant pour 4 mois d’exclusivité, te sens-tu privé de quelque chose? Ressens-tu un besoin frustré? Si oui, de quel ordre?
Je ne me sens pas privé de grand chose, notamment parce que cette exclusivité est temporaire. Je peux continuer à cultiver des amitiés ou même des fantasmes avec des femmes qui m’attirent, que je les connaisse depuis longtemps ou pas, en me disant que rien ne sera exclus dans quelques mois…
Que se passera t-il dans quelques mois si B. (la nouvelle « amoureuse ») ne se sent pas prête à en découdre avec ses sentiments de jalousie ? Peut-être que je sentirai qu’elle a déjà bien avancé et que ça ne sera pas trop d’efforts pour moi de prolonger la période d’exclusivité… Peut-être que la passion entre nous sera moindre et qu’il sera plus facile d’envisager la non-exclusivité… Peut-être qu’elle sera elle-même attirée par un autre homme… Ou peut-être que nous choisirons de devenir simplement amis pour un moment… A défaut de solution idéale, nous chercherons la solution la moins pire pour tous les deux… Comme on se dit entre nous : « on verra bien » !
Une dernière question: pourquoi ce prosélytisme? Qu’est-ce qui t’anime? Quels résultats espères-tu obtenir en répondant à cette interview, en rédigeant des pages web, en traduisant des textes sur la question du polyamour? Bref: pourquoi allier la promotion à la pratique?
Mon prosélytisme est lié à pas mal de choses…
Pour la plupart des gens, les relations amoureuses ne peuvent se vivre que dans l’exclusivité, dans la tromperie ou dans la version moderne du libertinage, et il n’y a pas d’autres alternatives viables. Je trouve cela dommage ! Je pense que certaines personnes qui ne se sentent pas bien, ni dans l’exclusivité, ni dans la tromperie, ni dans le libertinage, seront intéressés de découvrir cette « 4ème voie »…
Ensuite je n’ai aucune envie de cacher ma façon de vivre aux gens. Or, ceux qui n’ont jamais entendu parler du polyamour ont souvent des réactions désagréables, du style : tu es (un sale) égoïste, tu n’es qu’un consommateur (ou, version réservée aux femmes, une salope), tu es immature, tu verras que tu en reviendras, etc. Je peux discuter de tout cela calmement, mais d’une part c’est éprouvant et d’autre part, ces discussions comportent un piège : celui de vouloir prouver à ces personnes qu’elles ont torts, par la suite, avec mes actions ultérieures. Ce serait dommage que j’en arrive là, parce que ce qui m’intéresse, dans le polyamour, c’est justement l’absence de dogme et de modèle préétabli. J’ai l’impression que plus le polyamour sera connu du grand public, moins les réactions seront désagréables. Les gays et les lesbiennes sont beaucoup mieux acceptés depuis quelques dizaines d’années… C’est en partie parce qu’ils acceptent d’apparaitre des les médias et qu’ils organisent les « LGBT prides »… Tiens, d’ailleurs, tous les ans, une « poly pride » réunit plusieurs milliers de gens à New York…
Donc ça, c’est mon côté militant. Au niveau purement personnel, ça me plait de rencontrer des gens qui vivent le polyamour. Pour que cela soit possible, il faut bien que les gens sachent que ça existe et que je dise que je les vis…
Et enfin, j’aime bien quand tu me portes de l’attention :-)
Pour en savoir plus, visitez le site de Guilain: amours.pl

En visitant le site de Guilain, j’ai appris l’existence de soirées, les « cafés-poly », organisées « pour discuter autour d’un verre, de polyamour, de relations, de tout et de rien, pour prolonger la discussion virtuelle en discussion réelle… »
ça se passe ce samedi 9 janvier 2010, à 19h, quartier de l’Etoile au bar Sir Winston, 5 rue Presbourg, et les informations sont ici:
http://polyamour.info/evenement/-d-/Cafe-Poly-Paris-Samedi-9-janvier-2010/
Faut-il y voir une invitation?
Les polycurieux y sont aussi bienvenus, c’est sûr!
Pour répondre à la question sur le mariage, je suis mariée depuis plus de 30 ans et Lutine (amoureuse plurielle) depuis à peu près autant, tout comme mon mari. Mon livre « Aimer plusieurs hommes » http://fsimpere.over-blog.com/article-aimer-plusieurs-hommes-42039229.html
raconte cette histoire, et parle notamment des enfants (mes filles sont adultes aujourd’hui), de la jalousie et de l’autonomie, terme que je préfère à solitude. Le Lutinage n’est pas une voie facile, mais elle a l’avantage d’ouvrir les possibles amoureux, et même, comme pour Guilain, d’inclure des périodes d’exclusivité ou, comme moi, des périodes de solitude (je suis un jour partie quatre mois seule sur une île). L’autre avantage est de voir des liens perdurer tout en évoluant: avec les années, on voit aussi ceux qui sont vraiment importants, et ce ne sont pas toujours ceux qui ont suscité le plus de passion folle!
Pour la capote: toujours en cas de pénétration, sans exception (puisque le partenaire quotidien est aussi Lutin), et quand on n’en a pas envie… il y a plein de façons de faire l’amour sans risques, le safe sex stimule l’imagination. Et pour faire les enfants? Test, puis période « monogame » le temps d’être enceinte car personnellement je préfère savoir qui est le père
… pour ne pas dire: qui est le Simpère-père.
Pardon-don.
Bonjour Guilain,
Intéressant témoignage. Je viens également de jeter un œil à ton site : j’ai beaucoup aimé la traduction de l’extrait de l’article d’Esther Rothblum : « Poly-Friendships ». Je ne connaissais pas, mais je m’étais déjà dit que ce genre d’expérience de pensée serait propre à aider les « monos » à relativiser les choses…
Bien à toi,
Mikaël
Bonjour, j’apprecie énormement l’interview, autant les quéstions comme les réponses, je suis un polyessayant (je ne sais pas si on peut dire ce barbarisme en francais, desolé), alors les polyessayants-es sont ceux et celles qui balancent entre les polycurieux et les polyamoureux, ceux qui sentent et pensent avoir une identité lutine mais ca se verra dans la pratique… pour tant je suis bien content de trouver des gens qui essayent des facons plus simples de vivre, car je pense que c’est plus simple de vivre dans sa verité que toujours devoir mentir à soi même et aux autres.
Bissus.