sexemensongeA l’occasion de sa première création « Sexe, mensonges et thérapie », jouée à partir du 20 novembre 2009 au théâtre le Méry, Bob, notre envoyée spéciale de luxe, a interviewé Delphine Léonore, à l’origine scénariste pour la télévision.

Pour commencer, quel est le pitch de votre pièce?

Il s’agit d’un jeune couple, Samuel et Juliette (interprétés par Mezir Mohandi et Marie-Sophie Vulliez), qui se rend dans un gîte rural du Larzac. Le premier, Samuel, pense venir à un week-end d’initiation à l’oenologie, alors que sa compagne l’a en fait amené à un stage de coaching sexuel, dans l’espoir de résoudre le manque de désir qui plane entre eux. Le temps qu’il s’aperçoive de la situation, il va se retrouver, ainsi que sa chère et tendre, confrontés à deux coachs New-Age totalement dingues, et va devoir enchaîner malgré lui les exercices les plus incongrus.
A ce contexte propre au burlesque se greffe ensuite une intrigue typiquement « boulevard » sur le thème de l’infidélité conjugale.

Racontez-nous la genèse du projet… Serait-ce autobiographique ?

(rires) Pas que je sache! En tout cas, je n’ai jamais suivi de stage de coaching de quelque sorte que ce soit, dans le Larzac ou ailleurs ! Cela étant dit, c’est presque dommage, car je pense que je m’y serais beaucoup amusée ! En fait, le projet est une commande des deux producteurs et comédiens, Mezir Mohandi et Marie-Sophie Vulliez, qui souhaitaient monter une comédie de boulevard moderne et légère, apte à séduire aussi bien les trentenaires parisiens que les couples « seniors ». Je leur ai proposé cette histoire, un brin loufoque, autour du thème du désir.

Justement, pourquoi choisir d’aborder ce thème du désir?

C’est LA question centrale du couple. N’importe quel texte littéraire traitant du couple va aborder, peu ou prou, de front ou de biais, cette question du désir, que ce soit en traitant la rencontre amoureuse, la jalousie, la perte du désir, le désir malmené, etc… Ici, ce n’est pas le thème en lui-même qui vaut par son originalité, c’est plutôt le contexte de l’histoire (un stage de coaching sexuel), et la folie des personnages qui lui donnent du sel et du relief.
D’ailleurs, la pièce aborde aussi d’autres thèmes connexes et plus classiques, comme la non-communication, ou l’infidélité…

Le couple en difficulté, dans votre pièce, décide de se tourner vers le coaching sexuel pour résoudre ses problèmes. Qu’est-ce qui vous a incité à traiter le sujet de cette manière?

Le coaching est un phénomène de mode fascinant. Aujourd’hui, les gens sont tellement perdus dans leur vie, se connaissent si peu eux-mêmes, qu’au lieu de chercher la solution en eux, ils préfèrent se tourner vers ce genre de « solutions miracles », sorte de « chemin de vie en kit », et avoir un package de solutions pour savoir enfin comment réussir leur carrière, leur couple, leur vie sexuelle, etc… Je trouve cela très symptômatique de notre société occidentale moderne : mettre des « patchs », des pansements de fortune sur les problèmes plutôt que de les analyser, et de les traiter en profondeur. Sans vouloir porter un jugement de valeur sur toutes ces techniques, j’ai l’impression que la plupart est simplement un bon filon pour charlatans. J’avais envie de traiter de cet aspect-là, mais par le biais du rire.
Et puis, le personnage du coach en lui-même, en termes scénaristiques, est une figure de comédie formidable, et parfaitement adaptée à la forme du texte théâtral : il représente le « guide » qui accompagne le protagoniste dans un voyage initiatique, un schéma narratif classique. Or, si l’on fait de ce guide, comme je m’y suis amusée, un fou furieux ou un incompétent notoire, la comédie n’est jamais bien loin.

Avec un tel sujet, l’écueil principal de ce genre de spectacles est sans aucun doute la vulgarité. Comment l’éviter à votre avis?

Et bien, concernant la vulgarité d’un texte, l’appréciation est très relative selon le lecteur (ou le spectateur), et j’ai fréquemment l’occasion de m’apercevoir que le curseur est étonnament très variable d’une personne à l’autre.
Cependant, je pense qu’on évite la vulgarité quand on ne se laisse pas aller au comique facile, et que les références au sexe font sens par rapport à l’histoire. Une référence au sexe devient vulgaire ou pornographique dès lors qu’elle n’a pour seule visée qu’elle-même. C’est sa vacuité qui la rend vulgaire, en somme.
La pièce peut paraître osée, mais à ma connaissance, il est très rare que les spectateurs la trouvent vulgaire, sans doute pour plusieurs raisons : d’abord parce que la sexualité est abordée de façon assez technique (par les coachs) ; c’est d’ailleurs cette technicité excessive, saugrenue ou maladroite, qui crée assez souvent le comique.
Ensuite, parce que les situations où la sexualité est présente ne sont pas en décalage avec les personnages. Par exemple, il y a une très courte scène relativement osée dans la pièce. Et bien, cette scène emporte toujours beaucoup de rires, parce que, selon moi, elle fait sens dans l’histoire, et que les actes des personnages sont en accord avec la façon dont ils ont été caractérisés. Grâce à la justesse de la mise en scène (signée Stéphane Douret), les deux protagonistes (le jeune couple) accompagnent le regard du spectateur, en adoptant le même point de vue que lui, un point de vue naïf et innocent devant les méthodes souvent incongrues des coachs.

Pour conclure, Delphine Léonore, que conseilleriez-vous aux couples en difficulté?

D’aller voir ma pièce ! Ça les fera, je l’espère, un peu rire, et qui sait, leur donnera même peut-être quelques idées pour la suite de leur soirée (sourire) ! Plus sérieusement, au risque de paraphraser le Dr Ruth ou je ne sais quel sexologue médiatisé, je leur conseillerais de communiquer avant tout, et surtout de faire travailler cet outil fabuleux et inépuisable qu’est l’imagination, pour instiller à nouveau un peu de désir dans leur couple. Le quotidien a un effet dévastateur sur le désir et l’amour, mais les couples font également souvent preuve d’une certaine paresse vis-à-vis de cette situation. Alors, pour paraphraser Voltaire, je dirais qu’il faut… « cultiver notre désir » !

« Sexe, Mensonges et Thérapie » de Delphine Léonore
Mise en scène : Stéphane Douret
Avec : Philippe Cariou, Daphné de Quatrebarbes, Mezir Mohandi, Marie-Sophie Vulliez
Costumes : Brigitte El Bar
Décor : Caroline Mexme
Musique : Stéphane Zidi et Laurent Sauvagnac
Coiffure : Philippe Arque

Au théâtre le Méry, 7 place de clichy 75017 PARIS, Métro Place de clichy Ligne 13 et 2
Du mercredi au samedi 20h
Le dimanche 17h
Location : 01 45 22 03 06 et www.theatrelemery.com, FNAC, TICKENET, BILLETREDUC, kiosque théâtre et points de vente habituels.

Bob

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L'interview du mois Itw de Delphine Léonore, auteur de « Sexe, mensonge et thérapie » Par Bob Janvier 2010Tags :