monologueOù le sexe est-il passé ? Non, ne regardez pas dans votre pantalon ou celui de votre voisine (sentez-vous libres de remplacer ce vêtement par tout autre, de la djellaba au collant, du kilt-jupette à la culotte de peau, c’est un article interactif, « hands in »), nous parlons des scènes de théâtre ! Là aussi la question se pose et travaille les auteurs contemporains. Et ceux-ci ont bien du mal à traiter le sujet car le public aujourd’hui est gavé de sexe et d’érotisme publicitaire. Le sexe n’est plus si tabou que cela, il reste néanmoins provocant et la société hésite entre pornophilie et pudibonderie. Autour de 1968, il suffisait de s’exposer nu pour choquer le bourgeois et titiller et attirer le spectateur, souvent rapidement les mêmes. J’ignore si vous avez déjà eu l’occasion de passer par l’Allemagne, mais j’ai des souvenirs de spectacles avec passages obligatoires en rien suggestifs, souvent turgescents.
Aujourd’hui le sexe est partout, montré à foison, consommé à outrance,  et simultanément des barrières sont érigées au nom du respect, rappelant que tout flirt peut finir devant les Prud’hommes. Tout devient abus de pouvoir, offense verbale, incitation compromettante ou attouchements inutiles,  et la peur côtoie le désir. Jamais a-t-on autant parlé pédophilie ou maltraitance conjugale. Finalement, le public reste mal à l’aise avec un sujet pourtant très abondamment partagé.  Deux chemins sont en conséquence majoritairement choisis par les créateurs actuels : la voie pédagogique et celle de la « resensibilisation ».
Les monologues du vagind’Eve Ensler instruisent et émeuvent le public depuis 1996. 800′000 spectateurs français ont déjà vu cette croisade contre la violence faite aux femmes au travers du témoignage sans fard ni gêne de femmes qui parlent librement de leur vie sexuelle et de l’instrument de plaisir, de douleur, de pouvoir, d’horreur que peut devenir leur vagin. Depuis août 2001, plus de 50 actrices se sont succédées sur diverses scènes parisiennes, pour déjà plus de 3500 représentations. Et la pièce, désormais culte, poursuit son œuvre intelligemment féministe de vulgarisation entre humour et gravité.
Certains auteurs, en revanche, comme Olivier Py, estiment que le sexe n’est plus vraiment à expliquer car ni refoulé, ni subversif, ni tabou : il fait vendre, met la presse de son côté et ne peut plus être central ; il s’est embourgeoisé, banalisé et ne sert plus au mieux qu’à illustrer une parole poétique ou un questionnement métaphysique. Les scènes crues sont sans intérêt, car notre quotidien ne laisse déjà plus place à l’imaginaire, et celles-ci  nous enfoncent plus encore dans une terne normalité.
Enfin, quelques-uns choisissent la voie de la resensibilisation à la magie et au mystère de la res sexualis. Dans des styles et avec des approches totalement différents, opposés mêmes, Pierre Meunier ou Delphine Léonore défient la pauvreté de notre imaginaire et la honte ou les peurs face à un acte si intime. Meunier dans Sexamor transforme les évidences du quotidien, objets, rencontres, lois physiques, pour exprimer  le désarroi et la force qu’entraîne le désir sexuel et amoureux. Essayant de déjouer les clichés sur la question sans renier les contradictions,  la fragilité, la viscéralité du sexe, il propose un spectacle métaphorique ambitieux où Nadège Prugnard et lui dansent, s’effleurent, s’excitent, s’effraient, se rejoignent au milieu d’un meccano de sons primaux et d’objets ingénieux.
Delphine Léonore investit les travées plus populaires et classiques de la comédie de boulevard, dans Sexe, Mensonge et Thérapie. La mécanique comique des portes qui claquent et des quiproquos habituels est bien huilée, mais au delà il s’agit aussi pour le jeune couple au centre de la pièce de retrouver la compréhension de l’autre et la magie du désir sexuel qui s’est estompée au fil du temps. Bien entendu ils ne seront pas forcément aussi aidés qu’ils auraient pu l’imaginer par les deux coachs sexuels new agequi les reçoivent dans le Larzac, c’est le propre de ce genre de comédie. Et au travers du rire et de la confusion des personnages, une réflexion s’installe à propos du sexe, si régulièrement centre de nos pensées, sempiternellement dans nos angles morts.
Votre intérêt est-il piqué, ô lecteur, vous n’avez plus qu’un souhait, vous presser au théâtre, afin de vous instruire et vous divertir, mais aussi, qui sait, de vous presser plus complètement, plus intelligemment, plus sensuellement, bref mieux contre ce que vous désirez, voici la marche à suivre :
Les Monologues du Vagin d’Eve Ensler, mise en scène d’Isabelle Rattier (http://www.visioscene.com/spectacle.php?idProduct=2059&video=1&page=5&btns=3)


Une réponse à “Quels sexes au théâtre?”

  1. ronie dit :

    Il faut avoir vu les « Monologues » mais pour ma part, je n’ai pas été impressionné. Ou plus exactement, si j’ai été impressionné, c’est par l’ignorance crasse du sexe féminin que cela révèle. Et on n’apprend avec la pièce qu’à parler du sexe par rapport aux non-dits. Mais cela n’instruit pas. D’ailleurs, première erreur, il ne s’agit pas du vagin qui ne se voit pas mais de la vulve (moule si vous préférez). Quand tel personnage découvre la vue de son sexe c’est la vulve qu’elle voit et non pas le vagin. La pièce aborde surtout la timidité de chacun face au sexe féminin, mais n’évoque que trop peu, vraiment trop peu, l’abaissement de la femme (excision, maltraitance, etc.) et la domination masculine qui tarde à s’estomper, quand elle ne connaît pas un regain islamique jusque dans nos rues. La pièce ne lève qu’un coin de voile et pourrait faire mieux.

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