
Dans sa grande croisade pour l’aseptisation des corps, l’inquisition hygiéniste n’a jamais manqué d’imagination. Elle nous le prouve une fois encore avec la pastille Linger. Vouée à être introduite dans le vagin une heure avant les rapports sexuels, elle promet de le désodoriser en y installant un goût de fraise sensé rendre le cunnilingus plus agréable. Après avoir imposé le sexe imberbe, et donc juvénile, comme nouvelle norme de désirabilité du sexe féminin, voilà que l’inquisition hygiéniste enfonce encore un peu plus le clou de sa pédophilie chronique en se mettant en tête de le parfumer à la fraise, saveur emblématique de l’enfance (dentifrice à la fraise, sirop pour la gorge à la fraises, tout ce qui rebute les enfants devient intéressant dès lors qu’on le parfume à la fraise…). Le révoltant rejoint donc l’inutile, et même doublement inutile : d’une part car ce n’est pas en parfumant un sexe à la fraise que les réfractaires à l’idée de le lécher se mettront à avoir envie de le faire (la répulsion allant bien au-delà d’une question de goût, et il n’y a pas besoin de s’être tapé l’intégrale de Freud pour le savoir), d’autre part car la pastille Linger consternera tous ceux qui aiment vraiment lécher les sexes des femmes, c’est-à-dire, notamment, pour se régaler de ses arômes.

Monsieur R., je suis embêté parce que je suis à la fois d’accord avec l’essentiel de ce que vous dites ici, et à la fois en désaccord.
En effet, malgré mon âge avancé, il m’arrive d’aimer avaler des fraises Tagada même si mon dentifrice est désormais goût menthol (toutefois si la pastille avait été goût menthe, je pense que votre charge aurait été la même, me trompé-je ?).
Il se trouve que la vision sous-tendue par votre discours me paraît un peu primitive, voire moraliste (« la femme doit être aimée telle que la nature l’a faite, avec ses poils et ses phéromones » pouvant rappeler Pie XII en croisade contre la péridurale, « tu enfanteras dans la douleur » – évidemment je force un peu le trait avec ce qu’il faut de mauvaise foi).
Je suis peut-être formaté, déformé par notre société décadente, mais j’avoue que je peux trouver bandante une femme dont les ongles seraient peints d’un vernis rouge profond. Alors, la chatte parfumée, ce n’est pas franchement dans mes attentes mais pourquoi pas ?
Ha ha, mais moi aussi mon ami, je bande volontiers pour des ongles vernis et tout autre piège féminin grossier (talons aiguilles, etc). Quand je prone le naturel, ce n’est pas au nom de la morale, c’est au nom de la diversité. Prenons l’exemple du poil: une chatte épilée m’excite autant qu’une chatte qui ne l’est pas du tout, simplement, au fil des rencontres, je ne croise plus que des chattes épilées, et mon goût pour le poil s’en trouve donc frustré. Alors certes, je suis de mauvaise foi avec la pastille Linger, ce n’est pas comme si toutes les femmes l’utilisaient, n’empêche: elle est une pierre parmi une multitude d’autres sur le mur de la dictature eugéniste qui décide de plus en plus des formes que doivent prendre les corps, et dont la loi tient en un slogan de trois mots « rien qui dépasse ». L’odeur, c’est comme le poil ou le gras, c’est quelque chose qui dépasse, qui déborde, qui se répand de ce corps juvénile idéal en passe de devenir le référent du désir. Je sais, je suis chiant, mais un jour, vous me direz merci.
Ci-dessus, deux réponses à Monsieur R. qui me plaisent. Monsieur R. se permet de nous dire ce que nous devons apprécier ou pas. Je n’aime pas particulièrement le goût artificiel de fraise, mais j’avoue que si je découvrais par surprise cette senteur lors d’un cuni, cela me ferait rire et ferait partie des jeux que l’on peut adopter. A part ça, je n’en rechercherais pas le goût. Quant au sexe épilé, je n’ai pas d’appétence sexuelle pour l’enfance mais j’apprécie de bien sentir la peau et ses moindres recoins sous la langue. Donc épilation des lèvres et nymphes je dis oui, j’aime. Et du triangle au dessus pour avoir l’âge de ses poils ! Mais Monsieur R. je ne juge pas ton goût pour les foufounes très barbues. Je regrette pour tes partenaires qu’elles ne puissent bien ressentir ta langue trop éloignée de leur peau par le matelas pileux. En plus tu dois chercher et avoir des difficultés pour trouver les bons endroits. Bref, fais comme tu veux mais je plains tes copines. Comme dit l’autre, c’est vous qui voyez…