Sur meetoc, pour « pécho », certains meetocards l’ont bien compris : il faut rentabiliser son abonnement. Rentabiliser en contactant un maximum de meeticiennes, bien évidemment, mais aussi optimiser son profil : choisir soigneusement ses photos (la pose « couv de Télé 7 jours » revient à maintes reprises, jouant volontiers sur l’attrait inconscient des midinettes pour les regards de côté), et investir dans une annonce fiable, sérieuse et efficace : l’annonce « j’aime / j’aime pas », la bonne recette qui marche toujours.
Car, dans ce cas précis, nous n’avons pas forcément affaire à un affreux meetocard, appliquant avec vice des méthodes éhontées dont il est pleinement conscient. Non, il s’agit du bon meetocard un peu bonhomme et sympatoche, qui a décidé de bien faire son boulot proprement, en remplissant comme il se doit une annonce la plus exhaustive et consciencieuse possible. Un chic type potentiellement, (ou un gros tocard aussi, hein, puisque, ne l’oublions pas, nous sommes sur meetoc, le plus gros élevage en batterie de tocards prêts à servir) mais à qui il manque sans doute un brin d’imagination. D’ailleurs, le profil le plus récurrent le confirme : en moyenne la quarantaine, profession pépère (style commerçant), souvent voulant ou ayant des enfants, un bon chrétien pratiquant vivant avec chiens et chats à la maison.

Comme son nom l’indique, l’annonce « j’aime / j’aime pas » consiste à énumérer successivement… hum? Oui? Ce qu’on aime et ce qu’on n’aime pas. Bravo. Trois qui suivent.
Ainsi, nous obtenons des sommets de littérature tels que l’exemple suivant :
… J’aime l’Afrique, le bon vin, l’humour, le charme des vieilles pierres, Hemingway, le thé à la menthe, l’Italie, le sport, les coquillages, les voyages, un bon whisky, la musique Irlandaise, les chapeaux, l’odeur de l’herbe fraîchement coupée, la Provence, la géopolitique, le bleu, la lumière après un orage, un champ d’oliviers aux pieds de la Sainte Victoire….

Pas mal, me direz-vous? Effectivement, bel effort, tous les ingrédients de la caricature de l’annonce « j’aime / j’aime pas » y sont. Car, chers lecteurs, je vous l’annonce, l’équation de référence pour cette annonce est :  Clichés + poésie à deux balles = annonce « j’aime / j’aime pas »

Ici, on a en effet un brin d’exotisme avec les références internationales, un soupçon de références culturelles, de gastronomie, et quelques allusions imagées se voulant purement poétiques (franchement, vous imaginez ce pauvre type allant renifler la pelouse après le passage du jardinier municipal?)

Dans 90% des annonces de ce genre, vous trouverez effectivement : le bon vin, les voyages, et l’Italie. C’est le tiercé gagnant de ces annonces : connaissez-vous énormément de gens qui n’apprécient au moins une de ces trois choses?
Evidemment, cette poésie s’avère assez vite inopérante lorsque l’annonce dévie sur le domaine culinaire, prenant des allures de bande-annonce pour une émission de Cyril Lignac :
J’aime la paella, les anchois (de préférence à la provençale), la ratatouille, le kiwi, les fruits exotiques et rouges, les macarons ( à la pistache entr’autre ), les cannelés….. mais je n’aime pas les salsifis, le céleri remoulade, et certains fromages dont le fromage corse ( très dangereux, il peut faire exploser un bâteau pirate, Astérix en Corse en est la preuve)…mais je mange quand même des légumes. Ma boisson préférée est le lait (avec des Granola ou des petits Lu c’est meilleur), mais je ne reste pas indifférent devant une Pina Colada fraîche (à boire avec modération).

L’objectif sous-jacent (ne parlons pas ici de stratégie) de ce genre d’annonces n’est pas vraiment de se définir, et de décrire sa personnalité. Car, en quoi un paragraphe comme celui-ci apporte-t-il une quelconque information sur son auteur? Nul ne peut savoir à la lecture de ces quelques lignes si il s’agit de quelqu’un de posé, de sain, et de fiable, ou au contraire d’un simple névrosé, potentiellement borderline ou caractériel. En d’autres termes, impossible de déceler si c’est un mec normal, voire un bon mari potentiel (question essentielle pour 90% des meetocardes), ou juste un énième spécimen de petit branleur qui vous jouera la grande sérénade, puis, après avoir joyeusement trempé son biscuit, filera à l’anglaise en ayant omis de vous laisser son numéro de téléphone (le goujat, mince alors…).

Non, ici, l’objectif est double : d’abord donner l’image attrayante d’un bon épicurien, avec qui vous allez vivre des moments inoubliables, et goûter enfin à la dolce vita (le fameux cocktail vin-Italie-voyages). Ensuite, dans une visée plus poussée, il s’agit en fait d’ouvrir un potentiel de points communs, en fournissant une liste suffisamment étendue de propositions dans lesquelles la meetocarde avide d’indices « d’affinités » potentielles avec son futur mari ne manquera pas de se retrouver. Ainsi, je défie quiconque de ne pas parvenir à se retrouver au moins une fois dans une description telle que celle-ci :
arriver au dessus d’une ville la nuit en avion, penser avec le Coeur, les lieux chargés d’histoire, les vieux meubles tibétains, l’odeur du pain grillé, aller au ciné le matin, boire un café en terrasse, me réveiller dans un pays lointain, dîner dehors surtout les soirs d’été, le calme éphémère du petit matin…

Idem d’ailleurs pour son pendant négatif :
Je n’aime pas : tourner la dernière page d’un bouquin, les préjugés à répétition, prendre un kilo, les gens trop pressés, la routine qui dépasse une semaine, le dentifrice rouge et blanc, les choux de Bruxelles, me réveiller à la sonnerie d’un réveil…

Exception faite des adoratrices de choux de Bruxelles, chacune sera tentée de se dire à la lecture de cette liste : « Oh, c’est fou ce qu’on se ressemble !! ».

Alors, une fois n’est pas coutume, j’ai envie de me montrer charitable envers les auteurs de ce type d’annonces, et de leur répondre « pourquoi pas, à condition de bien maîtriser la forme ». Car, il est à craindre un certain nombre de dérives qui font vite de cet exercice un ratage complet.
Le premier danger est sans conteste de tomber dans un politiquement correct risible façon « j’aime l’amour, et les gens gentils / je n’aime pas la guerre et les menteurs », ou une banalité par trop lapalissadienne style « j’aime le soleil et le beau temps / je n’aime pas la pluie et le froid ».
En général, ça ne loupe pas :
Je n’aime pas la violence, l’hypocrisie, les préjugés, la variété française qui est une forme de violence à sa manière. (Enfin si vous en écoutez c’est pas très grave, vous pourrez en écouter en mon absence)

Cependant, pardonnons à celui-ci qui a malgré tout le bon goût de vomir la variété française.

Le deuxième écueil serait de ne pas tenir la contrainte formelle de l’énumération qui donne toute son identité à ce genre d’annonces, et de partir à trois kilomètres de son propos à force de digressions trop nombreuses. On peut citer en exemple cette annonce malheureuse, presque touchante de maladresse :
J’aime le soleil, farnienter sur une plage non pas trop lézarder mais pour lire de temps en temps un bon livre et pour prendre des couleurs (mais lézarder est assez sympa tout de même, au retour des vacances tout le monde se doute que l’on revient de la mer), le vent car on ressent une caresse (douce parfois brusque) sur le visage, une sensation de fragilité, de pureté devant cette force naturelle, et parfois la pluie si celle-ci n’est pas trop glacée avec une préférence si cette dernière précède le soleil.

Et l’auteur de perdre totalement son sujet de vue, pour carrément raconter sa vie :
Il m’arrive d’aller au restaurant pour y goûter les différentes cuisines du monde (Tibétain, Brésilien, Italien, Ezpagnol, Français (cuisine traditionnelle biensure)), …., Paris est pratique pour cela. La gourmandise m’oblige parfois à transgresser certains accords passer avec ma conscience comme manger des petites douceurs tels le chocolat, les confiseries (nounours à la guimauve par exemple, sans oublier ces fameux m&m’s, surtout le jaune non le rouge, non les deux car l’un ne va pas sans l’autre), « les petits plaisirs de la vie » et bien d’autres… Il m’arrive également de lire Marianne, le Canard enchainé, bref une presse qui ose la critique…

Enfin, on peut craindre que le meetocard ne maîtrise pas suffisamment la figure stylistique centrale de ce genre d’annonces : le zeugma. Le zeugma est une figure qui consiste à associer dans une même formule deux éléments de nature sémantique ou syntaxique différente : « Il prit son chapeau et la porte ». L’exemple le plus connu étant la fameuse formule de Victor Hugo « Vêtu de probité candide et de lin blanc ». Desproges, avec le talent qu’on lui connaît, a perverti la figure de façon jouissive : « Après avoir sauté sa belle-soeur et le repas du midi, le Petit Prince reprit enfin ses esprits et une banane ».
Appliqué à notre annonce « J’aime / j’aime pas », le risque est grand : « J’aime faire l’amour et le cassoulet toulousain » ou encore « J’aime me faire draguer, et les petites chattes bigarrées ». Hum…

Et oui, lorsqu’on se laisse aller à la facilité de ce genre d’annonces, mieux vaut savoir en prendre le contrepied, au risque de tomber au bout de deux mots dans la niaisierie la plus impardonnable. Alors, chers auteurs de ces annonces, de grâce, creusez-vous un peu la tête pour les rendre un brin savoureuses, parce que, dans ce cas, moi aussi je peux me contenter de finir ma chronique par cette formule honteusement pléonastique: « J’aime les bonnes annonces, je n’aime pas les annonces pourries. »

NB : tous les extraits cités sont de véritables extraits de mails restitués tels quels.

Bob

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Le meetocard du mois Celui qui aime/n’aime pas Par Bob Février 2010Tags :