La crise est partout en ce début d’année jusque dans nos sous-vêtements. L’austère quotidien Les Echos va la dénicher dans les soutiens-gorge des demoiselles. Les ventes de prothèses mammaires ne sont plus aussi florissantes. Quinze pour cent de baisse, c’est une femme sur six tentées par la chirurgie esthétique, qui préfère donner une chance au chocolat plutôt qu’au silicone, fut-il bio.

- Certes, me direz-vous, mais est-ce un mal ? Le plaisir du toucher excède celui des yeux et la nouvelle, bien qu’elle bouleverse sans doute nos amis chirurgiens, ne remet pas en cause ni ma vie, ni ma sexualité.

Oui, mais attendez, impatients lecteurs,  amateurs de plaisirs et frivolités que je vous assène la nouvelle suivante : George Perec avait fait disparaître la voyelle « e », un groupe de chercheurs et médecins britanniques ont annihilé le point G. Oui, vous avez bien lu, le fameux Graal, la zone sacrée située dans la paroi antérieure du vagin, « découverte » par Dr. Ernst Gräfenberg, dans les années 1950 n’est plus ! Nommée point G en l’honneur du bon docteur au début des années 1980 par des sexologues américains (Addiego et al, 1981 puis Ladas et al., 1982), cette zone érogène correspondant aux glandes de Skène est aujourd’hui admise par tous même si jusqu’à présent aucun travail scientifique n’apporte la preuve irréfutable de son existence et de sa position.

Selon le Times, une équipe de médecins et scientifiques du King’s College de Londres menée par le généticien et épidémiologiste Pr. Tim Spector a conclu après avoir étudié 1804 vraies et fausses jumelles britanniques, âgées de 23 à 83 ans que « le point G est une donnée totalement subjective ». En effet, « 56 % des femmes étudiées affirment posséder un point G, mais ces femmes sont souvent les plus jeunes et les plus actives sexuellement. D’autre part, si une personne affirme avoir un point G, sa jumelle monozygote devrait le posséder également, or l’enquête révèle que la fréquence de mêmes réponses est identique entre vraies jumelles et jumelles hétérozygotes ! Au vu de ces résultats, il semble évident que les femmes qui disent avoir un point G sont influencées par les sexologues et les magazines ou livres traitants du sujet …»

De fait, dans les trente dernières années, cette quête légitime de plaisir a enrichi de nombreux guides et éducateur de ce territoire érogène avec souvent d’excellents résultats. Beverly Whipple, une des sexologues qui ont vulgarisé ce point dans les années 1980,  a souligné en dénigrant l’étude qu’ « on ne nait pas avec un point G, on le trouve », en fait  qu’il faut l’activer. « C’est bien ce que nous affirmons » fut la réponse venue de King’s.  Car si chacun s’accorde à trouver une zone particulièrement innervée sur les paroi vaginale, la question est de savoir si elle vous mènera généralement à l’orgasme et sera véritablement érogène ou pas. Et c’est là que les avis divergent brutalement, et comme dirait Desproges dix verges cela fait quand même beaucoup pour un point.

Et j’ignore si vous vous trouvez du côté des zélateurs et croyants comme la brillante et pugnace Agnès Giard, ou plutôt dans le camp des réfutateurs et sceptiques comme la sage et charismatique Françoise Dolto, mais n’êtes-vous pas frappé de la violence de cette polémique et d’une ignorance aussi étendue de nos corps et des manières de les contenter ? Que penser d’une société où la jouissance est si présente et tellement taboue, plus encore si elle est féminine ? En ce moment même des équipes de gynécologues français et italiens mené par Dr Sylvain Mimoun et Dr Odile Buisson parlent de machisme médical, tandis que leurs collègues britanniques vont jusqu’à répondre que cette défense acharnée du point G n’a qu’un but terroriser et culpabiliser les femmes et leurs partenaires présumés incompétents. Avec un certain pragmatisme un chirurgien esthétique californien propose une augmentation de cette zone innervée supposée érogène, afin de maximiser le plaisir de ces clientes. Problème ! Elles deviennent si sensibles que les vibrations du train ou celles de leur automobile leur cause parfois trop d ‘émotions et que celles-ci sont rarement agréables.

Décidément, sale temps pour les prothèses et plus encore pour les aventuriers du plaisir. Restent l’idée que la zone est malgré tout plaisante pour bien des femmes, et qu’elle peut s’éduquer, alors foin de toutes ces hésitations, explorons, explorons, et partageons toutes nos bonnes vibrations.


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