A priori le titre de l’exposition ne laisse pas présager une découverte essentielle sur l’histoire de la pornographie « Lanterne magique et film peint. 400 ans de cinéma », à la cinémathèque française ces temps-ci, me faisait même plutôt a priori penser à quelque distraction mignonnette pour enfants ou divagation sur la préhistoire du cinéma pour érudits. Pas du tout.

L’exposition retrace quatre siècles de l’histoire de l’image animée, avant l’apparition du cinéma: apparues au 16è siècle aux Pays-Bas, les lanternes magiques utilisent une technique d’animation et de projection d’images. Imaginez plutôt la révolution : les premières images animées, projetées sur les murs. Les premières salles obscures. La préfiguration de la magie du cinéma.

La nouvelle a fait le tour du monde, jusqu’en Chine, et les lanternes magiques, grosses machines traînées par des colporteurs de villes en villages, ont véhiculé tous types d’images, de vie quotidienne, des villes et paysages du monde, de contes et légendes, fantasmes et croyances.

Et comme à chaque apparition d’un media, le sexe s’y aménage une confortable place. C’est ainsi que les lanternes ont été les premiers supports de représentations animées du désir sexuel, il y a trois siècles, des cours royales aux campagnes les plus reculées. « Au XVIIIè siècle les spectacles des colporteurs alternent vues lestes, voire pornographiques et images scatologiques » dit le guide de l’exposition. Il dit aussi que lorsque les projections se terminaient et que la lumière revenait, il ne se trouvait pas un homme dans la salle qui ne se soit « emparé » d’une femme.

On trouve donc un petit cabinet spécial dédié à cette utilisation de la lanterne magique: soulevez le lourd rideau et vous y êtes, dans l’Histoire de la pornographie. Admirez les images, la liberté des suggestions, les attitudes des corps, l’ardeur des amants. Laissez votre imaginaire filer, rêvez que vous participez à la première projection dans le village de ces images extraordinaires, imaginez ces hommes et femmes attendre l’arrivée des colporteurs de ces « plaisirs du soir », s’émerveiller, rire de l’audace des dessinateurs et peintres, chercher à se procurer ladite machine pour une utilisation privée… Le romantisme du film pornographique des origines. Vous les voyez? Moi je les ai vus, et j’ai été définitivement convaincue par leur magie, à ces grosses lanternes.

Exposition « Lanterne magique et film peint », à la cinémathèque française, rue de Bercy, Paris 12è, entrée 7euros. Jusqu’au 28 mars 2010.

Présentation de l’évènement sur le site de la cinémathèque française


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L'expo du mois L’ancêtre du porno à la cinémathèque française Par Lina C. Février 2010Tags :