Une question de Perle, 19 ans : « Mon copain pense qu’on devrait essayer le fist-fucking pour trouver mon point G, ça craint ou pas ? »
Si ça craint ?
Ton copain se propose de t’enquiller 400 cm3 de phalanges dans le tabernacle pour y pêcher un pouième de brisure d’hostie, et si ça craint ?
Je vais t’expliquer, si ça craint.
Faisons comme si, et je vais t’expliquer.
Vous allez donc essayer le fist-fucking. Je vous fais confiance, vous n’êtes plus des enfants, vous êtes déjà mûrs et responsables, encore trop peu expérimentés pour avoir pris la pleine mesure de l’élasticité de ton Saint-Siège, mais déjà suffisamment pour réaliser que, quoi qu’il en soit, l’affaire va nécessiter beaucoup de douceur, de lubrifiant, de tendresse, de lubrifiant, de patience, de lubrifiant, de complicité, de lubrifiant, de confiance, de lubrifiant, d’amour, et de lubrifiant. Vous saurez donc attendre la faveur d’une soirée d’été, un tête à tête, un souper léger, en amoureux, quelques coquillages, l’un ou l’autre crustacé, des fruits de saison, une cuillère de sorbet, un verre de cet excellent vin, et puis un autre, et encore un autre, peut-être un myorelaxant, ou un dé de GHB, et les corps se rapprochent, les langues se lient, les vêtements s’effacent, les peaux se rencontrent, les chairs s’alanguissent, les muqueuses s’émollient. D’adoration, Monsieur s’humilie, prend langue avec ton abricot, et fait si bien qu’il obtient vite ton assentiment : l’ingression peut débuter. Doucement, progressivement, lubrifiant, un doigt d’abord, un doigt bourgeois, l’index, peut-être, puis un deuxième, le majeur, certainement, tendrement, lubrifiant, puis un troisième, l’annulaire, vraisemblablement, lubrifiant, mais d’abord en faisceau avec les deux autres, puis, délicatement, frontalement, lubrifiant. L’auriculaire ensuite, et l’affaire devient invasive, singulièrement : lubrifiant. Enfin le pouce, qui continuait de te faire tourner l’engrenage, va, petit à petit, précautionneusement, lubrifiant, rejoindre les autres doigts, en faisceau, et la chair (rouge) va s’ouvrir, les laisser passer, pour se refermer sur le poignet. Vous v’là rendus : lui sénestré, toi muée en demi-manchon, et en tout cas l’un parfaitement et réciproquement tributaire de l’autre.
Vous en passerez alors par un petit instant de flottement, de doute, pas très confortable, à vous demander, l’un et l’autre, ce que, exactement, vous foutez là, et à mesurer combien, effectivement, il va vous falloir de douceur, de lubrifiant, de tendresse, de lubrifiant, de patience, de lubrifiant, de complicité, de lubrifiant, d’amour, et de lubrifiant, pour en revenir à une situation un peu moins embarrassante. Vous resterez ainsi un petit moment, à vous sonder du regard, l’une cherchant dans les yeux de l’autre la promesse qu’il ne va surtout pas paniquer et chercher à extirper sa main brutalement, l’autre cherchant dans les yeux de l’une l’assurance qu’elle le laissera bientôt reprendre son autonomie, tout en essayant de lui cacher l’effroi que lui cause le brusque constat de la puissance de sa musculature vaginale, et la certitude qu’il vient de concevoir qu’à ce très inattendu bras de fer, il serait quoi qu’il advienne douloureusement perdant. « Mon amour », dira-t-il alors, d’une voix peu assurée, presque chevrotante, dans l’espoir que cette déclaration fera suffisamment diversion pour t’empêcher de percevoir la terreur qui l’assaille, et agira sur ton vagin comme d’autres incantations, dans les contes de son enfance, sur les portes qui barraient l’accès à des grottes que, de l’extérieur, on rêvait de pouvoir explorer, et dont, de l’intérieur, on n’avait plus que, rapport aux trolls, la hâte de s’échapper. Et de fait, ce mot, ainsi que le geste rassurant que tu le verras esquisser de sa main libre vers un tube de lubrifiant encore plein, auront bien un effet rassérénant, et te permettront de relâcher un peu l’étreinte exercée par ton vagin. Un peu rassuré, ton copain s’efforcera alors de refermer doucement sa main, restée faisceau, en un poing plus conforme à l’idée qu’un travail de documentation préalable lui avait permis de se forger du bon déroulé de la pratique du fist-fucking, et, ayant imprimé de très légers mouvements de rotation à cette main devenue poing, cherchera à nouveau ton regard avant de formuler la seule question qui lui semblera alors valoir, celle qui brûle ses lèvres, et fait béer les tiennes : « Alors ? »
Alors, effectivement.
Ce sera un peu exactement ce que tu te demanderas aussi : alors ?
Parce que, d’accord, il l’aura peut-être trouvé, ton point G, mais il aura aussi trouvé le reste de l’alphabet, et une tétrachiée d’idéogrammes planqués au bas bout de ton intimité. Il l’aura peut-être trouvé, mais au terme d’une découverte à la Pyrrhus : il aura aussi trouvé tellement d’autres trucs au passage qu’on ne sera plus foutus de retrouver le point G dans le butin – butin très discutable par ailleurs, car, si le point G est un vecteur de plaisir, il se trouve aussi là un bon paquet de points dont tu auras tout le loisir de réaliser qu’ils sont manifestement consacrés à tout autre chose, et notamment à faire mal. Salement mal. Après tout, il est convenu que tu enfanteras dans la douleur, et le bon Dieu, tout ubiquitaire soit-Il, ne peut pas passer Son temps derrière chaque parturiente, si bien qu’Il a intégré des trucs à faire mal au principe même de ta matrice, s’assurant ainsi que toute une chacune morflera automatiquement aux passages de chiards, même s’Il ubiquite ailleurs. Parce que, franchement, non, à l’époque, Il est désolé, mais Il avait vraiment pas pensé qu’on pourrait vouloir se carrer des poings au tréfonds des cavités. Non. Il s’excuse bien, notez. Il est désolé. Il a quand même un peu d’imagination, hein, on peut pas le Lui enlever, mais ça, Il est bien désolé, mais non, Il avait pas prévu. Ah, ça, quand ce sera à refaire, hein, comptez sur Lui, Il a bien noté le problème, et Il fera en sorte que nos successeurs puissent conjuguer harmonieusement enfantement dans la douleur et fist‑fucking récréatif. Mais d’ici là, Il est navré, Il a pas de solution à proposer.
Moyennant quoi, la réponse à son « Alors ? », ton copain va facilement la déduire du mutisme que t’imposeront tes mâchoires bravement serrées : ton point G, vous ne le tenez encore pas.
Flûte alors, qu’il jurera, à part lui.
Flûte alors.
Raté.
Mais le gars, toujours animé par l’optimisme des gens curieux, n’est pas du genre à se laisser abattre : une tape sur la fesse pour dédramatiser la situation, beaucoup douceur, de lubrifiant, de tendresse, de lubrifiant, de lubrifiant, de lubrifiant, de complicité, de lubrifiant, d’amour, et de lubrifiant pour vous libérer sans heurts, et il s’emploiera déjà à t’exposer un nouveau plan d’action pour le trouver, ce point G. Il se serra justement souvenu avoir eu vent, peu auparavant, d’une étude scientifique ayant visé à le caractériser en sondant des sœurs jumelles, et le gars, qui se pique de science, aura choisi d’en comprendre qu’il s’agissait là d’une approche stéréoscopique de la question: il sait en effet que la technique stéréoscopique facilite la perception du relief, et est, dans sa foi bonhomme en l’arrangement cohérent et harmonieux de toutes choses, persuadé que le point G, puisqu’il n’est certes pas visible à l’œil nu sur un sujet vivant, doit donc nécessairement pouvoir être repéré par palpation, à la faveur d’un changement de texture, d’un renflement, d’une dépression, d’un cairn ou d’un fanion qui aurait été laissé là afin que tout soit pour le mieux, bref, d’un relief spécifique dont il aura conçu qu’il devrait être d’autant plus facile à percevoir dans le cadre d’une palpation stéréodactyle. Son plan sera donc simple : te trouver une jumelle, et vous baiser au poing de concert dans l’espoir de « mieux sentir un truc ».
L’ineptie du projet te laissera coite, au moins après que tu lui auras rappelé que tu es fille unique.
Qu’à cela ne tienne, le gars nourrit une conception toute comptable de la qualité, partant, de la similarité : il maintiendra que l’essence d’un individu se caractérise par quelques chiffres clés – nombre de genoux, nombre de seins, nombre de nez – si bien qu’il aura tôt fait de te découvrir, dans la première gourgandine croisée, une jumelle – « Regarde, ma chérie, deux-deux-un, exactement comme toi, quel pot, allons lui parler » – et, comble de bonne fortune, non seulement vous serez tombés sur une parfaite jumelle deux-genoux-deux-seins-un-nez, mais encore elle se trouvera être un esprit libre dans un corps non moins tel, ayant voué son existence à la réalisation en groupe de figures conçues pour maximiser le nombre de cavités comblées, et de membres et/ou accessoires employés à ce faire, et se déclarera donc enchantée par ce projet de double fist-fucking, d’autant qu’elle éprouve elle aussi quelque peine à se localiser le G – ah, mais si, bien entendu, elle l’a déjà trouvé, pensez, mais jamais vraiment au même endroit, et c’est quand même un peu agaçant, à la fin –, et que voilà bien une figure, le fist-fucking gémellaire, qu’elle n’avait simplement jamais envisagée, hein, c’est idiot, mais il en va ainsi des grandes découvertes, raisonnera-t-elle, enthousiaste, ça n’est qu’une fois qu’on les a sous le nez que l’on réalise pleinement leur évidence, alors allons-y, allons-y, allons-y.
Vous irez, vous irez, vous irez.
Bien entendu, ce nouveau contexte obligera à une approche un peu moins précautionneuse de l’objectif, si bien qu’il faudra faire une croix sur le souper, les crustacés, les sorbets, tout ça, et aller droit au carné : le temps de remonter une grosse de tubes de lubrifiants de la cave, et tout le monde à poil, au paddock, et au turf, la jumelle à main gauche, toi à main droite. Toi et ta jumelle devrez bien évidemment vous charger des postes de lubrification, puisque ton copain se trouvera alors un peu court en mains, mais n’empêche qu’il vous faudra toujours beaucoup douceur, de lubrifiant, de tendresse, de lubrifiant, de lubrifiant, et de lubrifiant, cependant que ton copain, tout à fait absorbé par le caractère novateur de sa démarche scientifique de recherche de plaisir, s’efforcera de progresser aussi symétriquement que possible chez l’une et chez l’autre – « C’est fou, pour des jumelles, vous n’êtes vraiment pas foutues pareil en d’dans, j’ai idée que ça annonce de la grosse découverte sur la question du G » – et que ta jumelle, qui se révèlera être aussi pleine de ressources qu’exempte d’inhibitions, et qui aura exhumé de son sac, et déjà embouché, un monumental gode flexible, double, nervuré, translucide, effroyablement teinté d’une couleur sise à l’impossible conjonction du vieux-rose, du mauve, et de la lavande – une couleur dont le Créateur Lui-même, qui se trouvera ubiquiter dans le coin au même moment (ce qui s’y prépare L’intéresse, rapport à une étude qu’Il doit encore mener, fist-fucking récréatif et enfantement douloureux, hein, Il a bien noté, Il ne vous oublie pas), se demandera bien comment elle a pu se retrouver là, parce qu’Il s’en souvient distinctement, de la création des couleurs, c’était juste après le commencement, au premier jour, Tu peux décemment pas oublier ça, merde, le premier jour, c’était quand même quelque chose, eh ben, ce premier jour, juste après qu’il avait eu fait en sorte que la lumière, donc les couleurs, furent, Il l’avait bien repéré, ce vieux-rose-mauve-lavande, hein, y a quand même un contrôle qualité, tout incréé qu’On soit, On n’est pas à l’abri d’une bourde, la preuve, le vieux-rose-mauve-lavande, là, y avait manifestement eu gourance, ça n’aurait pas dû être, et ça ne sera pas, allez-allez, au rebut, hop-hop, pas de discussion, alors tu penses s’Il est jouasse de le retrouver là, le vieux-rose-mauve-lavande qui ne devrait pas être, ah, non, décidément, tout va de travers aujourd’hui, Je vais te la reprendre par le menu, la Création, Moi, ça va pas traîner – t’exhortera à te carrer l’autre extrémité dans le gosier, au motif qu’il « Haut hermer ha houcle, haut hermer ha houcle ! », hein, va parler distinctement, avec un machin pareil entre les dents, et fermer la boucle, fermer la boucle, d’accord, toi, tu veux bien, un peu de mysticisme, au point où vous en serrez, ça ne risquera pas vraiment de déparer le tableau, mais vous auriez aussi bien pu vous tenir les mains, au moins ça aurait été raccord – « hou hu héfères l’ahus ? », qu’elle finira par interroger, voyant que tu ne réagis pas, alors, non, non, allez, ha hour ha houche, ha hour ha houche, en espérant qu’elle l’aura quand même un peu nettoyé, son gode : créative comme elle se révèle, va deviner le dernier truc qu’il aura pu obturer.
Ces digressions auront au moins eu l’avantage de te permettre de ne pas te crisper sur la progression de la main de ton copain, et, alors que tu te seras finalement résolue à fermer la boucle par voie orale, tu constateras en reportant ton regard vers lui que, ça y est, vous voilà réunies en un fier manchon, le gars a touché au but, et vous regarde alternativement l’une et l’autre, manifestement agacé du peu d’attention que vous lui portez, et surtout du peu de réponses qu’il semble avoir obtenu à sa grande question du « Alors ? »
Alors, pour ce qui te concerne, pas plus. Et un coup d’œil vers la jumelle te suffira pour comprendre que, alors, elle non plus. « Hai hien henhi hun huc… » – l’heure étant plus à la suspicion de fiasco qu’à l’expérience mystique, elle préfèrera briser la boucle et recracher le gland avant de reprendre – « J’ai bien senti un truc, mais ça a encore bougé ».
Flûte alors.
Décidément, flûte.
Ton copain connaîtra un moment d’abattement, peu courant chez lui, perceptible à l’affaissement de ses épaules, et restera un instant dans le vague, la tête basse, toujours agenouillé, toujours emmanché, à ruminer la situation, à se demander ce qui pourra bien avoir foiré.
Soudain, il relèvera la tête vivement, vous regardera brièvement l’une et l’autre, esquissera un mouvement de la main droite qui te fera tressaillir, puis un autre, de la main gauche, qui fera visiblement réagir la jumelle, et tonnera, l’œil vif, l’enthousiasme retrouvé, qu’il vient de concevoir une idée.
« Gwendo » – Gwendoline, ce sera nécessairement le prénom de la jumelle – « Gwendo, à mon signal ? » – et d’un mot, de ce mot, elle aura compris ce qu’on attend d’elle, alors que toi, non, tu ne comprendras vraiment pas de quoi on cause, et encore moins pourquoi ton copain criera « Rideau ! », et que, oui, tiens, le lourd rideau de velours rouge derrière lequel tu constateras tout soudain que vous vous teniez s’ouvrira, à l’italienne, pour révéler une petite salle garnie de quelques fauteuils profonds, non moins velours, non moins rouges, ayant certainement été confortables en leur temps mais se montrant désormais surtout râpés, tassés, et poussiéreux, à l’exemple des quelques vieillards se trouveront assis là, à vous regarder attentivement, sur la scène sur laquelle vous vous trouvez – mais oui, tiens, qu’est-ce que vous foutez sur une scène ? –, la plupart bouche bée à force d’expectative, certains singulièrement mal mis, débraillés, défaits, même, leurs pantalons de tweed élimés ouverts sur de confuses résurgences d’une virilité qu’ils s’emploieront à pétrir, plus par habitude que dans l’espoir d’y convoquer quelque tumescence.
Sans te laisser la plus petite marge de réalisation, ton copain se mettra alors à agiter inopinément sa main droite, la tienne, provoquant chez toi une série de réactions très perceptibles par l’assistance, certaines sonores, pas toutes désagréables, mais en tout cas très inconvenantes dans cet impénétrable contexte, et s’adressera à ce qu’il faudra bien te résoudre à comprendre comme un public : « Attention, les enfants, voilà le gendarme, et Guignol ne le voit pas venir ! ». Le public se lèvera comme un seul homme, provoquant la dégringolade de plus d’un pantalon et la brutale exposition d’une triste collection de cous de dindon, avant de se mettre à hurler à l’adresse de la jumelle, « Attention ! Guignol ! Voilà le gendarme ! Guignol ! Le gendarme ! », ce à quoi la jumelle, décidément très vive dans ce genre d’exercice, et motivée par la gigue de main gauche que lui dansera ton copain, s’emparera du monstrueux gode vieux-rose-mauve-lavande resté là, et se mettra en devoir de t’en avoiner le travers de la gueule, « Tiens ! Prends ça pour ta peine, gendarme ! Prends ça, inique représentant d’une autorité que le peuple ne reconnaît plus ! Prends ça, fasciste ! Et ça ! Et encore ça!», et il pleuvra des coups de gode, souple, nervuré, translucide, vieux-rose-mauve-lavande, sur pauvre de toi, cependant que ton copain s’emploiera, en guise de final, à t’essorer la niche, et que les quelques gérontes du public entameront, ravis, culs nuls, la grande ronde de la célébration libertarienne.
Rideau.
La sortie de scène demandera encore pas mal de lubrifiant, de lubrifiant, de lubrifiant, de lubrifiant, et de lubrifiant pour vous désolidariser, si bien qu’il vous faudra quand même un peu de temps avant d’en revenir à vos costumes civils, généralement trop pour la patience de votre public qui aura eu de son côté divers problèmes de vessie à régler urgemment, moyennant quoi vous ne pourrez quasiment jamais le rencontrer, ce public, ce qui vous privera d’abord d’un intéressant retour critique sur leur appréciation de la séance, et ensuite et surtout, de l’essentiel, pour ne pas dire la totalité, de vos revenus, puisque vous aurez choisi de faire votre recette au chapeau. Il vous faudra donc rejoindre votre roulotte les poches vides, et vous hâter, dans l’espoir d’y gagner enfin quelques subsides, vers la prochaine étape de votre tournée des anciens cinémas pornos en cours de reconversion en scènes ouvertes de one-man, stand-up, slam et autres installations pour public consentant de la région « Coteaux du Lyonnais – Pays de Beaujolais », sélectionnée par ton copain dans la conviction que les locaux verraient dans la tournée des spectacles de la troupe « Guignol, Gendarme & Gräfenberg » une audacieuse actualisation de l’héritage de Laurent Mourguet, le très lyonnais créateur de Guignol, ce qui contribuerait à susciter leur curiosité, et à emporter leur pleine adhésion.
Las, force sera de constater vous jouerez le plus souvent devant des salles quasi vides, et que même votre tentative d’extension du champ de vos représentations aux cabines de peep-show des sex-shops du coin ne changera pas décisivement la donne : votre entreprise ira, inéluctablement, périclitant. Lubrifiant.
Ton copain succombera aux boissons locales, que l’on sait charmeuses, joufflues et fruitées, mais qui n’aideront en rien à tempérer l’hémorragie pécuniaire dont vous serez frappés. Pour limiter les frais de fonctionnement, vous devrez vous résoudre à cesser d’acheter du lubrifiant, dont vous tenterez de pallier le cruel, cruel, cruel, cruel, cruel, cruel, et cruel manque par une consommation accrue de ce Chiroubles dont ton copain se sera amouraché, et dont il fera alors rentrer une douzaine de caisses, arguant de l’opportunité d’économies d’échelle. Ce douteux investissement terminera de parfaire votre ruine : la pauvre mule qui tirait votre roulotte, et qui supportait déjà mal le régime avoine/lubrifiant, trépassera après quelques jours de la diète « économie d’échelle, Chiroubles toutes » que ton copain lui aura imposée, et vous devrez alors vous relayer pour que la roulotte puisse se mouvoir sans la précieuse contribution de cet admirable et déjà très regretté bestiau.
L’abus de Chiroubles te fera tourner cirrhotique, les fist-fuckings répétés entraîneront d’incessantes mycoses vaginales, et le trait de la roulotte perclura ton pauvre dos. C’en sera trop : ton point G, ils pourront se le foutre où tu penses – pour toi, ce sera déjà fait, merci, à cause cette foutue fistule recto-vaginale – tu rendras ton tablier, et tu retourneras bossue, le foie saillant, allant à l’amble dans l’espoir de diminuer les irritations vulvaires, chez ta mère, ta pauvre mère, celle-là même qui, quand tu étais encore fillette, te passait la zézette au gant de crin si elle te prenait à te l’agacer.
Terrible, terrible bilan d’une pourtant bien légitime quête de connaissance et de plaisir.
Terrible bilan.
Alors, oui, ma fille, oui, ça craint : ton G, mieux vaut le trouver toi-même. D’autant qu’il n’est pas question de le trouver – un coup d’œil à la littérature te fournira toutes les indications topographiques nécessaires – mais bien de le mettre en branle. Et un truc qui se met en branle à coups de poing, c’est soit un ennemi, soit un téléviseur : à l’un ou à l’autre, je serais toi, je ne confierais pas mon émoi.

Quel talent!