Ces dernières semaines, plutôt que de me consacrer au bien de l’humanité et de mes patients, la direction d’un certain site Internet m’a poussé au visionnage presque compulsif de séries télévisées. Quand je dis « presque », bien sûr, il s’agit d’un euphémisme.

Je l’avoue, j’ai tout à fait déserté mon cabinet. Ma secrétaire est furieuse, mon comptable ricane. Et certains de mes patients me menacent des pire sévices – difficile de dire cependant s’ils m’en veulent : les sévices sont parfois chez eux l’expression de l’affection.

Traquant le sexe dans les séries télévisées pour L’Autre Sexe, je suis tombé par hasard sur un épisode d’Entourage qui vaut cependant la peine de ces quelques lignes. Il s’agit du septième de la quatrième saison (on écrira 4.07, à l’américaine), diffusé en 2007, et intitulé (très) sobrement « The Day Fuckers » – tout un programme.

L’une des intrigues parallèles de l’épisode tient au fantasme assez rare de la mascotte en peluche. A la fois une forme de travestissement ou de déguisement (assez classique) – et une variation sur la pédiophilie (le fétichisme des poupées, des ours en peluches, etc.).

C’est assez innocent, c’est suave, c’est mignon. C’est assez peu contraignant sinon les déguisements (encombrants) et le partenaire (à trouver).

Au sens strict, ce n’est même pas tout à fait une paraphilie.

Dans l’ordre des perversions, c’est en effet à peu près aussi anodin que de s’enduire une ou plusieurs zones érogènes de confiture, de crème chantilly ou de sauce soja (quoique)… Il n’y a aucun rapport de domination, de souffrance ou de violence véritablement induite par la chose. C’est un jeu de rôle – et encore.

Un costume d’infirmière ou d’écolière, une robe d’avocat ou de bure, un uniforme de l’armée allemande ou d’académicien, impliquent des relations sociales supposées et fantasmées qui ont toutes à voir avec une forme de domination ou de transgression. Dans le cas de l’écureuil ou du lapin géant, c’est moins sûr. D’autant qu’en théorie, les deux partenaires se déguisent.

C’est pourquoi, à l’exception d’un casse-tête relatif pour un biologiste consciencieux, quand une tortue d’un mètre quatre-vingts pénètre un chiot de soixante kilos, cela ne déclenche pas un grand émoi du côté des ligues de vertu. Aussi puristes soient-elles. Pourtant, Entourage ne ment pas, ce fantasme existe bel et bien.

Mais de quoi s’agit-il ? Du contraire de ce qui nous occupe ici, finalement, et ce n’est pas sans charme.

En réalité, deux mascottes de NBA qui baisent, cela n’a pas de sens.

Du moins au sens strict.

Après, c’est comme pour tout, si les deux mascottes en peluches sont sado-masochistes, c’est autre chose. Mais c’est hors sujet. Je ne traite pas ici des lapins que l’on fouette et des écureuils que l’on entrave. Je ne traite même pas de lapins ou d’écureuils en fait. Ce ne sont évidemment pas des représentations réalistes de nos petits amis de la forêts – que les zoophiles se détournent, eux aussi.

S’il faut y voir quelque chose, c’est du côté pédophile que cela se passe (peut-être),ou en tout cas régressif (pour sûr).

Se déguiser en animal en peluche géant revient dissimuler totalement son corps, à nier ses arguments, atouts et organes sexuels (ou quasi, mais ce n’est pas très important, ici). En ce sens, c’est une forme de régression épurée et fourrée qui ne rassure pas – sans trop inquiéter non plus. A l’évidence, Peter Pan rôde près du lit ou de la fenêtre de votre chambre.

L’assouvissement du désir dans le déni d’une quelconque maturité sexuelle, d’une puberté même animale.

Et puis, sous un déguisements comme celui-là, on n’est pas vraiment en mesure de reconnaître son partenaire (voir l’épisode d’Entourage pour plus d’exemples).

C’est un stade avancé de ce qui commence quand on refuse d’enlever la chemise de nuit de grand-mère ou quand on réclame l’obscurité totale. C’est l’inverse d’une soirées Eyes Wide Shot (on peut dire cela, désormais, l’échangiste est cinéphile) ou le masque (le loup) révèle autant qu’il cache. C’est d’ailleurs la fonction du masque.

Bref, ce n’est pas nous qui faisons l’amour, c’est Tic et Tac.

Il y en a que cela arrange.


5 réponses à “Tic et tac”

  1. Justine dit :

    écroulée de rire du début à la fin, je vous embrasse Dr Karl

  2. Chiantos dit :

    Le fait de sodomiser virtuellement un paladin en armure à pointe dans un JDR est ce du même ordre (en étant sois même, avec la barbe, la hache, etc)? Après tout cela reste imaginaire et l’on ne voit pas le partenaire :p.

  3. Karl Gustav II dit :

    Je vous embrasse aussi, Justine, cela égaye ma journée qui bulle dans son coin… Et cher Chiantos, pour répondre à votre légitime interrogation, je vous dirais que c’est à la fois du même ordre (mais lequel ? des templiers ? de Malte) et pas du tout. La régression est bien là, certes, mais moins fourrée, ce qui a son importance. Et puis surtout, deux paladins qui montent à l’assaut l’un de l’autre, cela reste une histoire de rapports de force et de domination. C’est quand même un chouïa sadique. Alors que la peluche, pas du tout. Elle peluche et puis c’est tout.

  4. Monsieur R. dit :

    A cette nuance près qu’une peluche représente bien souvent un animal, et qu’il existe des rapports de force et de domination au sein du règne animal. Imaginez deux individus se livrant à des attouchement l’un dans un costume de king kong, et l’autre dans un costume de panthère rose: au final lequel des deux se fait démonter?

  5. Karl Gustav II dit :

    Vous faîtes le malin, Monsieur R. Evidemment, même dans le règne animal, on peut trouver des rapports de domination. Mais si Tic et Tac s’entre-peluchent ? Hm ? Et un lapin avec un écureuil ?

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