Gravure de Pierre d’Hancarville, extraite des Monuments de la vie privée des douze Césars, 1786

« -  Qui arrive ?
C’est l’homme de toutes les femmes,
Et la femme de tous les hommes ! »,

entonna la garde qui fermait le cortège.
Les légionnaires, ivre de vins et de conquêtes se lâchaient et peu à peu, c’était toute la colonne défilant qui surenchérissait :
«  – Citoyens, surveillez vos femmes
Car nous ramenons le baiseur chauve
»
Massée le long de la voie Sacra, la plèbe, toujours moqueuse, riait et raillait à son tour ; les familles patriciennes, d’abord muettes de stupeur, s’esclaffaient maintenant bruyamment. Beaucoup craignaient encore pour leur liberté ou leur vie ; ce fut un défouloir pour eux de reprendre les diatribes de la troupe.
Nous étions dans le grand triomphe de l’année 46 avant J.C. Et du haut des marches du Capitole, les vieux sénateurs, qui pleuraient la fin attendue de la République, savouraient le scandale qui entachait la pompe du nouveau maître de Rome.
La troupe braillait de plus belle :
« - César a conquis les Gaules et Nicomède a conquis César
César triomphe aujourd’hui pour avoir soumis les Gaules
Et Nicomède ne triomphe pas pour avoir soumis César »

Devant, point de mire de tous, impassible sur son char et sous les lauriers de la victoire, Jules César rentrait dans le Forum.

Débauché ?, queutard invétéré et avec les femmes des autres ?, et même, à voile et à vapeur ? Le grand Julius Caius Caesar ? Que nous racontez-vous là, l’abbé ? Du stupre, et du plus vicieux, oui, l’histoire de Rome en est pleine, mais il traîne sous les toges des empereurs dégénérés qui ont suivi, ce vieux bouc de Tibère, par exemple, qui avait dressé de petits garçons – « ses poissons », comme il disait- à lui sucer les parties pendant qu’il nageait, ou encore Caligula, qui s’amusait, jeune, à déflorer ses sœurs. Mais le Conquérant des Gaules, Le pacificateur de Rome, le Protecteur de l’Egypte, celui qui hâta le renouveau de Rome en empire universel, c’était un père fondateur, un homme de travail et de vision qui n’avait pas de foutre à perdre.
Et puis le soupçonner de se laisser travailler le fondement comme un Grec efféminé ? Mais c’était un crime abominable pour les Romains qui voyaient dans la virilité du phallus dressé, l’emblème même du pouvoir. On pouvait bien l’enfoncer dans le cul d’un petit esclave. Le déshonneur n’était absolument pas d’avoir un faible pour les garçons, mais de montrer une molle passivité en subissant l’assaut.

Il est vrai mes chers lecteurs que sur ce dernier point, il ne s’agit que d’une rumeur.
En 80 avant Jésus-Christ, César a vingt ans, et dévoré déjà par l’ambition, il essaie de se faire un nom dans une campagne militaire en Orient. En ambassade à la cour de Bithynie, dans l’espoir d’obtenir une aide capitale, il aurait su jouer du goût du roi Nicomède IV pour son corps athlétique. Cicéron, qui n’était pourtant pas là, raconta la suite : « le roi l’aurait fait conduire par ses gardes dans sa chambre à coucher et là allongé sur lit d’or couvert de pourpre, il se laissa monter frénétiquement toute une nuit »
Une rumeur donc mais sur un seul épisode qui n’aura pas de suite ni de preuves et que ses adversaires pourtant entretiendront ; en face puis dans le dos, les sobriquets se renouvelaient : la « courtisane de Bithynie », le « Romulus inverti », l’ « étable de Nicomède »
Du coup, on peut y voir aussi une basse calomnie pour ternir son irrésistible ascension. Un historien comme Paul Veyne pense ainsi que si César avait vraiment montré une disposition de ce genre, il n’aurait jamais pu gagner l’estime de ses hommes ; il voit plutôt dans la bronca des soldats rapportée ci-dessus, une façon fraternelle pour eux de rappeler à leur chef, à son apogée, qu’il leur doit tout et à ses ennemies que César peut être ce qu’il veut puisqu’il est le plus fort.

Ce qui est vrai, en revanche, c’est que César ne démérita jamais du sang de Vénus qui était supposé couler dans les veines des Julii. Toute sa vie, il multiplia les amours, femmes ou hommes, et ce qui est fascinant, c’est que le sexe fut toujours pour lui une autre façon de faire de la politique.
Tantôt il se maria ou divorça pour s’assurer des alliances ou récupérer des dotes. Un an après avoir épousé la riche Cossutia et sa dote, il la répudia par simple lettre parce qu’il avait besoin du soutien d’un parti et donc d’un nouveau mariage.
Tantôt, il donna libre cours à ses instincts charnels mais toujours avec le souci d’en tirer un prestige ou un pouvoir. Telle sœur de sénateur devenait folle amoureuse de lui ; il lit ses lettres enflammées au frère de la jeune victime, pour l’humilier. Pour se distraire, comme tout noble romain, il consommait des esclaves, des deux sexes ; mais toujours les plus beaux et les plus chers. Durant la Guerre des Gaules, un de ses lieutenant, Marmura, risquait peut-être de lui faire de l’ombre ; il en fit son amant et celui-ci en retira le titre de « fiotte de César ».
Il est vrai qu’il était beau le Jules et qu’il le savait, grand pour un romain, de beaux yeux noirs vifs et fins, élégant et sportif, une conversation intelligente et déliée. C’était un aristocrate racé. Il n’y avait que sa calvitie précoce qui le complexait ; ce pourquoi ses soldats l’appelaient le « baiseur chauve ». Mais à son sommet, plus rien ne résistait à ce conquérant de peuples et de corps. Flatté qu’il eut remarqué, la belle reine Eunoé, le roi de Mauritanie  lui offrit tout simplement sa femme. Servilia, que César aima mais dont il s’éloignait, lui prostitua sa propre fille, Tertia, d’en l’espoir de le garder encore sous sa coupe.
Et sa légendaire liaison avec Cléopâtre ? Il eut de la passion mais aussi du calcul. On rapporte que le sachant arrivé à Alexandrie, elle se présenta à lui, enroulée nue dans un tapis et qu’elle lui offrit sa virginité. On dit qu’elle le manipulait pour qu’il l’aidât à reconquérir son trône ; il est vrai qu’il l’épousa selon le rite égyptien, lui fit un enfant, le seul garçon qu’il eut reconnu, et l’installa à Rome. On prétend que César avait complètement succombé à son charme, au point de ne plus voir qu’il irritait le peuple avec sa « putain fardé » et que cela l’avait conduit à sa perte. Mais il faut voir aussi que s’unir à Cléopâtre et la garder à Rome était une façon pour César d’asseoir son contrôle, de la plus agréable des façons, sur l’Egypte et ses richesses.

Tel était Julius Caius Caesar ; il dessina le premier cette figure du chef latin énergique dont l’autorité s’impose soit du bout du glaive, soit du bout du gland. Une figure qui, vous en conviendrez mes chers lecteurs, continue d’hanter notre imaginaire politique.

Sources :
-  Vie des douze Césars par Suétone
Sexe et pouvoir de Dimitri Casali et Antoine Auger, aux éditions de la Martinière
Sexe et Pouvoir à Rome, de Paul Veyne, chez Point


3 réponses à “Jules César avait la gaule”

  1. Anonyme dit :

    c nul

  2. Anonyme dit :

    c’est trop bien marquer

  3. Anonyme dit :

    je te laisse j’ai un rendez vous chez mon avocat

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