Monsieur R. responsable de la bande d’anarchistes qui compose ces articles originaux et pointus qui font votre plaisir ô lecteur, m’a appelé pour me confier une tâche sous la forme de deux livres à recenser. Deux ouvrages érotico-pornographiques publiés par la Musardine, que cette maison d’édition dans son infinie bonté et par la grâce attentive de son attaché de presse nous a envoyé parce que voyez-vous « L’Autre Sexe », c’est quand même le kiffe man, de la balle, ou trop top, ou superbath, ou chouette en diable selon votre âge et votre milieu ; selon cette étude en vocabulaire j’aurais d’ailleurs entre 89 et 278 ans, je suis donc fort aise d’avoir pu m’adapter à ce nouvel outil informatique dont tout le monde parle tout le temps.

Bref, je me suis penché tout d’abord sur Le Bâton et la Carotte d’un des plus connus et prolifiques écrivains de la pornographie française selon Jean-Jacques Pauvert et Wolinski, le sieur Esparbec (Georges Pailler). Sa réputation d’auteur  se base sur un vocabulaire choisi et un style qu’il souhaite neutre et efficace pour tous ceux qui ne voudraient lire que d’une main. Je devais avoir choisi la mauvaise main car je fus plus irrité qu’excité. La platitude de cet écrit n’était rehaussée que par des expressions qui en 1970 étaient peut-être audacieuses mais qui depuis ont perdu de leur mordant : « Vous venez encore me tripoter, hein, sale individu !», tout le charme de l’obsolescence.

Je suppose que vous n’êtes que vaguement intéressé par l’argument, sachez qu’après lecture de ces 218 pages je vous comprends. Il s’agit de deux jeunes filles bourgeoises, Marie-Hélène et Amandine, qui dans des relations de pouvoir, de soumission et domination, à la base de la plupart des pornos, s’éveillent aux sens propres et figurés de la carotte et du bâton, séparément ou dans la même expression. Elles ont la cuisse fraiche, le sein arrogant et les dialogues de votre arrière grand-mère lors de ses moments les plus polissons, voire obscènes. « Sucez-moi le bouton Isidore, ici oui ! »

Comme Esparbec reste le pornographe le plus vendu en France, il est probable que mon goût ne rejoigne pas celui du plus grand nombre. On m’avait vanté les talents littéraires de l’auteur, son humour (à moins que le titre … non, tout de même pas), la croustillance de sa crudité, son art de trouver le mot qui titille le creux des reins. Ses autres œuvres doivent certainement refléter ces qualités, je vous laisserai donc aller les explorer.

La baronne n’aime pas que ça refroidisse n’a pas les mêmes ambitions littéraires, il s’agit beaucoup plus d’un divertissement revendiqué par le dessinateur fripon que peut être Philippe Bertrand. Que les aficionados de France Inter ne le confonde par avec son homonyme journaliste, les psychopathes-amateurs avec la jeune victime de Patrick Henry, et les contempteurs de l’UMP avec le rond Xavier, ce Philippe fait dans la bande dessinée. Dernièrement Le Montespan avec Jean Teulé, ou auparavant Rester normal et Rester normal à Saint-Tropez avec Beigbeder ont bénéficié de ses talents graphiques, de son trait détaché et doux, presque indifférent faisant ressortir avec drôlerie l’anormalité ou le choquant des situations représentées.

Ce court roman policier illustré reprend cette même structure et le résultat est attachant. L’auteur s’amuse à reprendre les règles du pulp et du porno anonyme où sexe, inceste, sang, blasphème et viol abondaient sans vergogne suivant le fil ténu d’un scénario cousu de fil blanc. Le jeune inspecteur Morel est chargé d’infiltrer le manoir de la baronne, que son commissaire soupçonne d’être une terrible tueuse en série. Désormais majordome, Morel est alors immergé dans un monde de stupre et de turpitudes luxurieuses dans lesquelles Thanatos suit souvent Eros. L’humour décalé omniprésent, l’absurdité des scènes et son héros dépassé ne mène pas à l’extase, ni même franchement à l’excitation, mais la lecture est plaisante et l’expérience amusante.

Je ne suis pas un lecteur régulier de ce genre de littérature mais n’ai pu m’empêcher de remarquer dans ces deux ouvrages une fascination toute chabrolienne pour la haute bourgeoisie provinciale, apparemment fort débauchée. Et si je n’ai pas été très surpris de croiser plus de jeunes femmes accortes et délurées en deux fois deux cents pages que de détracteurs de Domenech (Raymond), j’ai été surpris par les dialogues, me demandant naïvement si ils représentent ne serait-ce que lointainement une quelconque réalité. Je passe incidemment un appel solennel à la gente féminine lectrice de ces lignes : avez-vous à l’instar des jeunes demoiselles consentantes de ces deux romans énoncée avec régularité des paroles fortes telles « Oh, je suis contente, Amandine, on est deux salopes toi et moi, pas vrai ? Deux perverses ! » ou encore « Oui, c’est ça, jutez-moi sur la tronche. Ne vous gênez pas ! » ? Parce que parfois, il me vient des envies de littérature certes fantasmatique mais crédible.


Une réponse à “« La bâton et le carotte » et « La baronne n’aime pas que ça refroidisse », deux nouveautés La Musardine lues par le tatillon David Vauclair.”

  1. Justine dit :

    David, non je n’ai jamais prononcé de paroles aussi fortes.

    Pour autant, je dois admettre que s’il m’énerve, Esparbec me fait parfois de l’effet. Vous constaterez là que je l’énerve aussi cela étant ;-)

    http://www.lemague.net/dyn/spip.php?article3420

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Livres « La bâton et le carotte » et « La baronne n’aime pas que ça refroidisse », deux nouveautés La Musardine lues par le tatillon David Vauclair. Par David Vauclair Mars 2010Tags :