Une question de Ludivine, 19 ans : « Mon copain ne veut plus jamais faire l’amour sans utiliser de sextoys. Ça craint ou pas ? »

Ta question est intéressante en ce qu’elle me semble pointer un risque de dérive de l’utilisation des sextoys. Je suis tout à fait favorable à leur usage raisonné dans le couple, surtout si, comme ça semble être votre cas, vous en avez parlé pour déterminer les conditions de cet usage. Mais je veux aussi prévenir des risques qu’il y aurait à leur donner trop d’importance – ce que tu sembles, à raison, redouter dans les attentes de ton copain.

Le risque de surinvestissement dans le sextoy me semble en effet réel, et causé pour partie par les vertus émancipatrices dont ils sont parés dans leur perception sociétale. Les sextoys ne sont plus présentés comme de simples jouets, de simples accessoires visant au plaisir sexuel, mais quasiment comme des émancipateurs, des libérateurs, spécialement des femmes. C’est grotesquement disproportionné. Ce ne sont que des jouets. Il serait certes inquiétant de vivre dans une société qui en condamnerait l’usage, mais, à l’inverse, encenser celle qui ne le fait pas est inepte. Les sextoys ne sont pas un moyen d’émancipation : au mieux leur non-réprobation est-elle l’indicateur d’une (toute relative) tolérance. Et même ce constat est déjà excessif, tant le seul fait de considérer ensemble, sur un même plan intellectuel, sextoy et liberté, me semble déjà être le signe d’une grossière dérive. Pour moi, je me méfie davantage de ce que l’atmosphère cherche à me vanter, que de ce qu’elle cherche à m’interdire. Ainsi, à force d’être assaillie de messages louant les qualités libératrices du sextoy, je finis par me demander, au contraire, s’il n’est pas un objet d’asservissement. Et à force de me faire rabattre les oreilles, je vous préviens, je vais finir par considérer le gode comme une ceinture de chasteté actualisée. Car enfin, d’accord, très bien, tu peux pourvoir toi-même à ton plaisir, tu ne dépends plus des hommes. Très bien. Mais tu « peux » aussi, du même coup, rester chez toi, et te cantonner à quelque chose entre zéro et un « partenaire ». Et si le un doit s’absenter longuement, peut-être pas pour partir en croisade, mais quand même longuement, eh bien très bien, tu es enfin « libre » de rester chez toi, où tu pourras te carrer le machin dans la niche sans être « contrainte » de chercher d’autres « partenaires », pouvant alors te prévaloir d’encore moins de justifications qu’avant pour le faire – car oui, oui, ce point, lui, n’a pas changé, tu dois toujours te justifier si tu veux faire état de plus de un « partenaire », à défaut de quoi tu continueras de te voir décerner, comme nombre de tes ainées, ton certificat de salope.

Alors la liberté par le sextoy, merci bien, vous repasserez.

Mais je digresse, et ta question reste parfaitement pertinente indépendamment de ces considérations. Oui, les sextoys peuvent être utilisés dans le couple, oui, ils peuvent vous permettre de varier, voire d’augmenter les plaisirs, mais attention : ils doivent rester un moyen, et pas une fin. Ils doivent servir votre entreprise de recherche de plaisir, et ne pas s’y substituer. Et le risque est réel. Imagine par exemple un instant que ton copain se mette en tête d’essayer des préservatifs fluorescents. C’est anodin, c’est rigolo, c‘est ludique, ça ne mange pas de pain. Passons sur ce que ça vous oblige quand même, mine de rien, à tringler dans le noir (nouvelle indication du caractère tout relatif des prouesses émancipatrices des sextoys, si tu veux mon avis), et considérons simplement les impacts potentiels d’un divertissement de cet ordre, car ils peuvent en avoir, et d’assez inattendus. Tu sais comme Jules est joueur, il te suffit de te figurer la scène : le voilà trépignant d’anticipation, qui déroule sa capote fluo sur son sexe fringant, fait quelques pas en arrière pour t’offrir une vue panoramique, et éteint la lumière. Stupeur enchantée : facta est lux. Certes pas Vegas vue du ciel, mais quand même, très distincte, une lueur. Le gars est ravi. Il s’agite, sautille, remue le bassin, et, à contretemps mais docile, la luciole chibrière s’agite, sautille, et remue avec lui. Le gars est aux anges. Il tourne sur lui-même pour prévenir les navires de la dangereuse proximité de votre table de chevet, se jette au sol du haut de la commode en beuglant à la queue de la comète et te pressant de faire un vœu, caracole sur le lit en exhortant ses troupes à suivre son panache vert, bref, le gars joue, le gars s’amuse, le gars est jouasse. D’un coup, il se fige, s’empoigne le manche au pommeau, et porte au néant un violent un coup de taille. La simple possibilité du geste le laisse saisi d’extase. Il recommence, encore, puis encore, de gauche à droite, de droite à gauche, tantôt avançant d’un pas, tantôt amorçant une esquive, et accompagnant bientôt chaque coup d’onomatopées visant à reproduire le bruit que ferait une bourrasque de lumière : il vient de se découvrir armé d’un sabre laser. Il exulte. Il n’envisage pas d’autre félicité. Il taille, frappe, tranche, esquive, attaque, cogne, pare, s’active, bref, il se démène, à coups de fluomandrin, pour sauver son empire. D’un nouveau coup, il se fige encore, et se précipite hors de la pièce, prenant à peine le temps de t’assurer qu’il revient. Et certes il revient, le chibre toujours fanal, et ayant cette fois revêtu une cape noire, et couvert son chef de cet invraisemblable casque de Darth Vader qu’à des vingt-cinq ans révolus il lui avait absolument fallu acheter, celui avec le micro qui lui fait une voix de volaille asthmatique, celui qui avait failli être pour vous cause de rupture, parce qu’il voulait absolument le porter en soirée, et que quant à toi, non, non, non, pas question, à la cave ou ceinture, et, bon, très bien, bongréant maugréant, il avait quand même préféré ton intimité à Star Wars, mais voilà que d’un coup de capote fluorescente il vient de trouver le moyen de vous réunir : à peine revenu, toujours en garde, il t’enjoint à lui présenter ton Côté Obscur –on l’entend distinctement prononcer les majuscules – et se met en devoir de d’estoquer l’oignon à coups de chibre laser, énergiquement, râlant sous son casque dans son micro catarrheux, et, juste avant d’à la fin de l’envoi te doucher, gueuler qu’il est ton père, qu’il est ton père, qu’il est ton père, qu’il est ton père.

Tu ne me croiras sans doute pas, mais, sauf à avoir déjà formé le projet de concevoir – à ton jeune âge, à quelque âge, quelle idée – avec lui, ce ne sera pas encore trop inquiétant. Certes, tu ne pourrais pas confier l’assaut final, proto-incestueux, à toutes les oreilles, mais au moins était-il le produit du désir. L’affaire était encore sexuée, érotisée, rugueuse border violente, occasionnellement craspec, résolument tringlière. Le jeu, par le truchement du déguisement, aura ici servi l’objectif de plaisir. Mais tu dois quand même veiller à ce que tout ça ne se répète pas trop souvent : à force de réitérations, ton copain pourrait bien se mettre par errer, perdre de vue vos objectifs, se focaliser sur le jeu, et finir par oublier que vous n’êtes pas tant là pour jouer que pour jouir.

Et ne prends l’affaire à la légère, ma fille : tout ça peut aller très vite.

Très, très vite, nous l’allons voir.

Ainsi, ton copain aura adoré l’expérience Star Wars, mais en gardera quand même une petite gêne, un truc qui l’aiguillonnera aux heures solitaires, un caillou dans la conscience, il ne saurait dire quoi – en fait, ne saurait se l’avouer, mais c’est bien le sentiment d’avoir souillé la belle princesse Léïa, chaste, pure, et dénuée d’orifices, qui le hante – alors il aimerait bien réessayer, tout pareil, mais un peu autrement quand même. Un truc un peu moins ambigu. Plus carré. Plus angulaire. Moins, comment, tu vois ? Sexué ?

Et d’un coup il verra : il voudra tringler Transformers. Voilà, ça c’est bien, c’est propre, c’est net, ça va faire comme Star Wars, mais sans filles, sans garçons, sans confusions possibles : du vérin, du piston, du moyeu tant que t’en veux, mais pas de princesse prude-chaste qu’on risquerait de souiller, pas d’impair, pas de problème de conscience.

Voilà, c’est dit : lui fera Mégatron, toi Optimus Prime, parce que quand même, ça l’amuserait joliment de te voir clignoter des nichons. Mais si, mais si, le genre burlesque, tu vois ? Et puis, pardon, mais jouer à pouet-pouet-camion avec une fille qui peut se transformer en camion – n’est-ce pas, elle ne va pas se contenter de le dire, elle va le faire – t’imagines la qualité du pouet-pouet ? Ah, ça, parlez-moi d’une mise en abîme. Alors, très bien, c’est dit, va pour une partie de Transformers – non, enfin, non, va-t-il se reprendre un peu tard, on va faire l’amour, mais déguisés en Transformers, le genre cosplay pour adultes responsables et consentants, hein, si t’aimes mieux – si bien qu’il va se mettre en devoir d’en trouver, des costumes de Transformers. Pour toi, pas de problème, des panoplies d’Optimus Prime, treize à la douzaine qu’on en trouve, mais pour Mégatron, vous aurez beau chercher, non, rien, vous ne trouverez rien, décidément rien – Y aura bien un gars, dans une friperie, qui aura essayé de lui vendre une veste, comme neuve, dont il jurera qu’elle a été portée,  mais à peine, par Éric Besson en personne, et qui vous croyez que c’est, le vrai patron des Decepticans ? Hein ? Mégatron ? Mais vous plaisantez, allons. Mégatron ? T’une marionnette. Un pantin. Le vrai taulier, c’est lui, là, qu’il dira, en pointant la veste – mais sans ça, rien.

À force, tout ça va finir par le contrarier, ton copain. D’autant qu’à la réflexion, ça le dérange pas de faire le méchant, mais il aimerait autant gagner. C’est rien, c’est juste que quand il joue, il préfère gagner. C’est comme ça. Il est joueur, mais joueur gagnant. Et puis, et puis, qu’est-ce que c’est que cette histoire de nichons, finalement ? On avait dit pas de filles, pas de garçons, non ? Alors pas de nichons, ou bien ? Non, non, décidément, ça ne va pas, ça ne va plus, laissons tomber l’idée, faisons autrement. Ce qu’on va faire, voilà, plutôt, c’est qu’on va tringler, hein, bien entendu, c’est le but, et comment, qu’on va tringler, ah-ah, pardon, ça oui, on va tringler, mais en usant de figurines Transformers comme de sextoys. Voilà. Mais si, comme des sextoys, pour adulte consentant et désireux et tout. Et aussitôt dit, aussitôt fait : il lui suffira de plonger dans son placard – à des vingt-cinq ans révolus, je te jure – pour produire un Optimus Prime et un Mégatron flambants neufs, et tout le monde à poil.

Ah, ça, mais c’est ça, quand on ouvre la voie : on ne sait pas nécessairement où aller. Ainsi, vous passerez les premiers instants à tâtonner. D’un côté ton copain, à poil, très, très, trop humblement érigé, indécis, manifestement mal à l’aise, dansant d’un pied sur l’autre, Optimus Prime dans une main, Mégatron dans l’autre, et toi de l’autre, à poil aussi, ne sachant vraiment pas quoi faire, t’inquiétant déjà de l’insistance que ton copain semble mettre à ne pas bander, pensant que c’est peut-être de ta faute, peut-être ne fais-tu pas ce qu’il faudrait : après tout, toi, les Transformers, faut bien admettre, tu n’en sais rien, alors à tout hasard, souriante, aguichante, tu avances un peu, dansant un peu, chaloupant un peu, et tu tends une main hésitante vers Mégatron – ah, l’indulgente fille, déjà prête à le laisser gagner – mais non, voilà que ton copain recule, brusquement, et amorce un geste protecteur autour de sa figurine, alors tu interromps ton mouvement, ta progression, continuant à danser sur place, continuant à sourire malgré tout, regardant ton copain jusqu’à ce qu’il se détende à nouveau, et puis tu oses une question, mutine, « Peut-être qu’on devrait lubrifier Optimus ? », mais non, « Touche pas à Optimus, morue ! », qu’il te crache au visage, pour toute réponse, et, franchement, si l’ambiance était déjà curieuse, elle devient carrément sordide, et tu n’as plus vraiment le cœur à aguicher, sans parler de tringler.

Le gars va quand même reprendre ses esprits, te faire des excuses, il ne sait pas ce qu’il lui a pris, c’est la nervosité, tu comprends, puis il se résoudra à poser Mégatron sur le paddock, doucement, sans te quitter des yeux, pour bien te faire comprendre, sans nouvel esclandre, qu’il ne faut pas y toucher, qu’il s’occupe de tout. Et, grands dieux, ne sachant quand même trop quoi faire, à défaut d’autre inspiration, il se résoudra à essayer de te caresser avec Optimus. Qu’est certes beau comme un camion, mais quand même salement angulaire, conséquemment pointu, et tellement fait d’arêtes qu’on en vient à chercher les surfaces qu’elles devraient joindre. Moyennant quoi, ton réchauffement n’ira pas de soi, ce dont ton copain, quand même, s’apercevra à sa prompte exaspération, qui lui fera abandonner sa pataude tentative d’érotisation. À tout hasard, laissant quand même assez clairement percevoir qu’il ne sait pas du tout où il va, il t’invitera à t’allonger, et essaiera de poster sa figurine à divers endroits de ton anatomie, te demandant tantôt de lever un genou, de bouger un bras, de soutenir tes nichons, et – enfin – d’ouvrir les cuisses, au creux desquelles il renoncera finalement à embusquer Mégatron, estimant que ça risquerait de le salir, mais continuant quand même à essayer d’organiser son affaire, récupérant de nouvelles figurines dans son placard, donnant des ordres, dirigeant la manœuvre, s’emportant progressivement, s’enfiévrant, poussant des cris, puis jouant tout à fait, beuglant des « Attention ! », des « À moi ! », des « Optimus, derrière toi ! » – Gigatron et Thundercracker avaient essayé une manœuvre en tenaille, contournant tes nichons à plat ventre, les ordures – bref, s’absorbant tout à fait dans la fièvre de la bataille, oubliant complètement de lui conférer la plus petite touche de lascivité, et semblant finalement considérer que ton consentement portait sur l’usage de ton corps comme d’un théâtre d’opérations. Consternée, tu essaieras quand même de le ramener à la déraison, de lui rappeler qui vous êtes et ce à quoi il était convenu que vous vous consacreriez, et il semblera se raviser, réaliser qu’effectivement, il avait un peu perdu le fil, alors il retournera dans le placard, cette fois pour y récupérer ce mignon canard vibratoire offert dans un paquet de lessive, ou de céréales, on sait plus, par quelque industriel soucieux de ton émancipation sexuelle, et s’efforcera quand même, t’ayant rapidement salivé l’abricot, de sexualiser un peu la scène. Las, ce sera compter sans Bonecrusher, qui s’était planqué un instant à l’abri de ton aine pour se ressouder deux plaques, se changer un pneu, et généralement se remettre d’une peignée infligée par Oméga Suprême, et qui, avisant le canard, décidera que, bordel, c’est sans doute pas juste, mais rien à foutre, il est avec les méchants, alors tant pis, c’est le mignon canard qui va prendre pour les autres. Et il va morfler, le canard. Ah, ça, putain, tu peux me croire, il va morfler. Une dégelée d’anthologie, qu’il va prendre, avec plumaison définitive au laser, et colmatage du cloaque à coups de tatane-camion-benne dans le fondement. Ah, ça, il s’en va y faire passer le goût de vibrer, à la volaille. Y va rien en rester, du bestiau. On pourra même pas compter récupérer le foie. Sans parler d’un jour, espérer pouvoir s’en taquiner à nouveau l’engrenage.

Passant outre ce regrettable incident, après quelques nouveaux cris et autant gesticulations, ton copain décrétera la partie terminée, l’amour fait, l’orgasme éprouvé, victoire totale pour les Autobots, défaite cuisante pour les Decepticans, une seule victime collatérale, autant dire rien quand on considère les moyens déployés – sur la fin, on dénombrait une grosse douzaine de robots à te danser sur la couenne – bref, tout lui semblera pour le mieux, et, dans un soudain effort d’observance du rituel amoureux canonique, il te demandera – et sa voix laissera quand même assez paraître combien il est fier que vous ayez contribué à le dépoussiérer, ce rituel – si « Alors, heureuse ? »

Et, non. Bien entendu non, pas heureuse. D’autant que, là, maintenant, d’accord, tu pourras vraiment commencer à t’inquiéter. Car il sera désormais manifeste que ton copain ne considère déjà plus le jeu comme un moyen d’accéder au plaisir sexuel, mais comme une source de plaisir en soi. Ainsi, il ne réclamera désormais plus, aux heures où vos corps s’approcheront, de pouvoir user de sextoys, mais simplement de jouer, de jouer, et encore de jouer. Et à force de jeux, de jeux, et encore de jeux, il retombera inéluctablement en enfance, en enfance propre, savonnée, asexuée.

Dès votre étreinte suivante, que du reste il te réclamera très vite, et avec encore plus de presse que d’habitude, il demandera à recommencer, là, tu sais, comme la dernière fois ? Il aura toutefois noté, lors de la première expérience, que le théâtre des opérations était décidément trop petit, mais il n’aura pas le cœur à essayer de l’étendre en invitant d’autres filles (retournant rapidement en enfance, il commencera déjà à reconsidérer que les filles, c’est bête, et l’amour, dégoûtant), alors il décidera de remballer ses Transformers, et de leur préférer des Playmobils. Un monde de perspectives s’ouvrira à ce qu’il s’obstinera à appeler vos jeux : les Playmobils, ça se nettoie facilement, c’est pas trop gros, et c’est tout en rondeur, alors, oui, là, vraiment, il pourra sereinement envisager la réintégration de ton vagin à l’aire de jeux. Volontiers, même. La caverne enchantée, là, avec la fontaine magique? Ah, oui, pensez, si on va savoir l’exploiter. Pensez. On va pouvoir en réfugier, du monde. On va pouvoir en organiser, des retournements de situation, avec des gentils qui se prennent une déculottée, parviennent à faire retraite, trouvent refuge dans la caverne enchantée, prient la Bonne Fée de faire pleuvoir son Baume Salvateur, et se refont une santé avant de repartir coller une dérouillée aux méchants. Ah, ça, on va pouvoir. Très sage décision, les Playmobils. Très bien vu. Il s’en félicitera vivement. Il te priera, en outre, pour parfaire, de bien vouloir de porter de la lingerie, beaucoup de lingerie. Il n’y aura hélas rien de tant soit peu érotisant dans sa requête, son objectif sera de maximiser le métrage de bretelles, jarretelles, brides, baleines, nœuds, rubans, volants, bref, de fanfreluches, parce qu’il estimera qu’elles vous offriront tout un tas de nouvelles possibilités, le gars pressentant notamment une épique reconstitution de l’ascension du K2 par la face Nord. Tiens, du reste, tu seras gentille de passer des serviettes hygiéniques aux tampons, on n’aura jamais trop de cordage.

Et ainsi iront désormais vos ébats, de « Pirates, à l’abordage ! » à « La prise de la forteresse du dragon rouge », de « Premier de cordée » à « L’attaque de la diligence ». De l’aventure, de l’action, du suspense, de l’angoisse, tant que t’en veux, mais de plaisir, plus jamais.

Rapidement, les scènes deviendront trop complexes, certaines nécessitant de synchroniser les déplacements de plusieurs groupes de personnages. Jules ne pourra plus faire tout seul, et ne pourra pas requérir plus de ta participation, ton immobilité étant le plus souvent requise, sans parler des postures acrobatiques qu’il te faudra adopter. Il appellera donc des petits camarades de son âge à la rescousse, et tu finiras le plus souvent par te retrouver, dévêtue en mi-pute et chaussée de talons impossibles entre lesquels il arrivera qu’on ait tendu une ficelle (« La traversée du ravin maudit » : allongée sur le dos, les cuisses repliées sur ton ventre, les mollets contre les cuisses de sorte que tes pieds se retrouvent en suspension au-dessus de ton sexe, une ficelle tendue entre les talons, et nos valeureux héros qui devront traverser d’un pied à l’autre, sans tomber dans le ravin, donc, maudit – ce que fera quand même immanquablement l’un d’entre eux, sans quoi c’est pas drôle, mais, ouf, heureusement, il pourra se rattraper à la végétation qui pousse dans le coin, hein, il faudra donc, bien entendu, cesser de t’épiler, sauf si tu veux qu’on risque de perde un homme, inconsciente), entourée d’une bande de pré-trentenaires affairés à déplacer des figurines, à remanier le script, à brailler, courir, s’agiter, et s’exciter jusqu’à s’en faire parmi, sans qu’aucun d’entre eux n’ait eu simplement l’idée d’essayer de te voler un baiser, de se désaper, sans parler même de bander – mais si, tu sais, c’est quand tu as le zizi tout dur, le matin. Bien entendu, il faudra aussi que tu leur prépares de quoi goûter, « Des crêpes ! Des crêpes ! Ludivine, des crêpes ! », en n’oubliant surtout pas que le petit Théo, vingt-sept ans, est allergique au gluten, c’est très, très important, il pourrait en mourir, sa maman a bien insisté là-dessus quand elle l’a amené – c’est peut-être quand même bien ça le pire, tiens, devoir socialiser avec les mères quand elles amènent les mioches, hein, faut bien au moins leur offrir un café, discuter cinq minutes, et va parler de la pluie et du beau temps alors que tu n’es vêtue que d’une guêpière ornée de mousquetons, et que tu surplombes ton interlocutrice de quinze centimètres de talons – alors il faudra bien penser à prévoir quelque chose spécialement pour le petit Théo, je sais pas moi, un yaourt, une crème aux œufs, si bien que, évidemment, le petit Maxence, vingt-trois ans, qui a déjà eu ses trois crêpes, va réclamer lui aussi une crème aux œufs, « Ludivine, moi aussi, j’en veux, une crème ! Ludivine, une crème ! Ludivine, une crème ! », il fait suer, tiens, celui-là, toujours à réclamer un truc, Ludivine ceci, Ludivine cela, et le plus souvent c’est la fontaine, hein, évidemment, « Ludivine, la fontaine ! Ludivine, la fontaine ! », c’est toujours le premier à réclamer la fontaine, et quand c’est pas la fontaine, c’est jamais tellement loin – tiens, l’autre jour, c’est pas lui qui voulait remanier « La traversée du ravin maudit » en « La traversée du geyser cocasse » ? C’est pas lui ? Tout le monde se tuait à lui expliquer qu’on ne traverse pas un geyser, au pire on attend cinq minutes et on le contourne, mais lui, non, « Il est dans le ravin, le geyser, on peut pas le contourner ! Ludivine, le geyser ! Ludivine, le geyser ! »

Non mais, je te jure, le geyser.

Est-ce que tu en demandes, toi, des geysers ?

Est-ce que tu en demandes à Jules ?

Jules, le geyser ! Jules, le geyser !

Mais non. Jules joue, Jules ne geysère plus. Jules a abdiqué toute forme de virilité. Jules ne mérite plus son mâle petit nom, et devrait en endosser un autre, propre, savonné, imberbe, inodore, frais talqué, un prénom qui n’a pas mué, un prénom qui trouve que les filles c’est bête et l’amour dégoûtant. Jules n’éjacule plus, Jules ne bande plus, Jules n’entreprend plus, il a envoyé paître sa sexualité, oblitéré jusqu’à son dernier fantasme, s’est soustrait à toute urgence du désir, et a laissé son Kâma-Sûtra s’étioler jusqu’à ne plus maîtriser que la position du mictionnaire.

Et encore oublie-t-il le plus souvent de relever la lunette.


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La question sexo Mon copain ne veut plus jamais faire l’amour sans utiliser de sextoys. Ça craint ou pas ? Par Candice Elias-Dubosc Mars 2010Tags :