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	<title>L&#039;Autre Sexe &#187; Dr. Karl Gustav II von Laks</title>
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	<description>Le magazine des sexualités au pluriel (manifestement)</description>
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		<title>Le plus vieux métier du monde (aux Etats-Unis)</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Apr 2010 08:15:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
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La prostituée est une figure passante et courante à la télévision américaine, tout comme en littérature. Pour des raisons qui tiennent cependant à la représentation du sexe à la télévision aux Etats-Unis, elle ne s’éloigne pas d’une image d’Epinal à frou-frou et au grand cœur, jusqu’à la fin des années 90. Avec les premières [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong> </strong></p>
<p>La prostituée est une figure passante et courante à la télévision américaine, tout comme en littérature. Pour des raisons qui tiennent cependant à la représentation du sexe à la télévision aux Etats-Unis, elle ne s’éloigne pas d’une image d’Epinal à frou-frou et au grand cœur, jusqu’à la fin des années 90. Avec les premières séries policières objectivement réalistes, comme <strong><em>New York Police Judiciaire </em></strong>(depuis 1990), elle sort progressivement de l’ombre : être humain sans visage, ravalée au rang de sac à maladies, de victime et de collectionneuse de seringues d’occasion. En grande majorité, les gagneuses du petit écran oscillent entre un constat tragique et une figure caricaturale. Dans quelques séries américaines, cependant, elles s’en émancipent. La question se pose évidemment desquelles, et de leurs points communs.</p>
<p>Le constat est évident : il s’agit de fictions des origines. Que ce soit sur un mode post-apocalyptique dans <strong><em>Jeremiah </em></strong>(2002-2004), guerrier dans <strong><em>Band of Brothers </em></strong>(2001), ou pionnier dans <strong><em>Deadwood</em></strong> (2004-2006), le vivier des prostituées, c’est la boue, le sang et la merde – ce mélange qui achève les anciens mondes et en fertilise de nouveaux. La série la plus intéressante de ce point de vue, c’est évidemment <strong><em>Deadwood</em></strong>, reconstitution virtuose et mensongère des origines d’une petite cité de chercheurs d’or dans le Dakota du Sud. Elle impose en effet la logique suivante à l’activité sociale humaine : d’abord l’argent, ensuite l’alcool et les prostitués. La famille, la loi, le confort sont des objectifs différés. Les besoins essentiels sont ailleurs : le cul, la cuite, les cailloux.</p>
<p><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/04/dwai.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-999" title="dwai" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/04/dwai.jpg" alt="" width="300" height="400" /></a>Dans cette série qui détient aujourd’hui le nombre record de « <em>fuck</em> » prononcés à la minute (en fait à peu près <em>toutes</em> les minutes), très esthétisante, profonde et qui ne rencontra pas tout à fait son public, le saloon d’Al Swearengen est le premier lieu de vie et premier lien social de la communauté. A la fois débit de boisson, salle de jeux et bordel. Accessoirement, salle des fêtes, mairie, voire consistoire. Les prostituées y règnent plus ou moins en maîtresses, sous les injonctions gouailleuses de leur maquereau – l’homme le plus puissant de la région. La sexualité tarifée y est considérée comme un service social, une consolation du pauvre et du travailleur, une juste récompense. Why not. Le plus surprenant est ailleurs.</p>
<p>Au fil des trois saisons de la série, en effet, la petite bourgade devient une ville, instaure un système politique, développe des infrastructures et se normalise. On pourrait même dire qu’elle se <em>civilise</em>. Le premier stade de ce développement est capitaliste : il passe par l’explosion du négoce et des activités marchandes, au premier rang desquelles, on retrouve (encore une fois) la prostitution. Un nouveau bordel ouvre en face du premier, plus grand, plus beau, avec des filles plus jolies et en meilleure santé. Puis, c’est au tour d’une maison close tenue par deux femmes, sur un mode plus vicieux, plus luxueux encore, plus escort que pute. L’irruption de la loi commune, par la nomination d’un shérif, ne semble pas du tout un problème. Ni le qu’en-dira-t-on. En revanche, la passe devient plus hypocrite. La fille pas très jolie et en haillons qui se vendait dans un couloir devient une bourgeoise. Le médecin de la ville concède des abonnements aux établissements : il fait sa tournée. On appelle cela le progrès.</p>
<p>Histoire de la naissance d’une communauté dans la douleur et la sauvagerie, <strong><em>Deadwood</em></strong> est aussi celle d’une normalisation progressive. A posteriori cependant, la série valide l’idée que la prostitution est effectivement le plus vieux métier du monde (avec barman, cependant). Elle valide également l’idée (plus problématique) qu’il s’agit d’un service et d’une régulation indispensable à la vie en société. Sans en avoir l’air, elle milite, si l’on veut, et son camp est choisi depuis longtemps. A vrai dire, pour un connaisseur avisé de la conquête de l’Ouest, cela n’a rien de renversant : la prostituée de saloon est en effet une figure imposée et valorisée. Aux origines du monde, quand tout était possible, quand l’homme était à peine plus qu’une bête parmi les bêtes, la prostitution était tout à fait acceptable. C’est en se prenant pour la miniature d’un Dieu étriqué et conservateur qu’il finit par la trouver répugnante.</p>
<p>Qu’il finit par dérober cette activité-là à la sphère publique. Par cacher ce sein que l’on paye.</p>
<p>De l’autre côté de l’histoire américaine – et du spectre de la série – il ne faudrait pas oublier en effet les premiers épisodes d’<strong><em>A la Maison Blanche</em></strong> (1999-2006). Reprenant ici un autre trope, celui de la compulsion sexuelle des hommes politiques – très associé au parlementarisme occidental (une pensée pour Félix Faure et son amie, la « pompe funèbre ») – le nègre du Président des Etats-Unis s’amourache d’une escort girl. Heureusement pour les ligues de vertu, l’honneur est sauf : il ne l’a pas payé, et l’amour est aveugle. En fait, ce n’est pas le sexe qu’il ne faut pas voir, c’est l’argent. Ah oui ? Si, si. Même au pays du libéralisme économique, l’esprit du protestantisme a encore fort à faire. Mais cela va mieux quand on le dit.</p>
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		<title>L’amour à mort : la nécrophilie</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Apr 2010 08:15:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
				<category><![CDATA[Avril 2010]]></category>
		<category><![CDATA[La consultation du docteur Von Laks]]></category>
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		<description><![CDATA[Pour une fois, tentons de garder notre sérieux pour aborder une paraphilie à la fois curieuse et contradictoire, aussi répandue qu’exceptionnelle : la nécrophilie. Au sens propre, elle désigne une excitation sexuelle pour un corps mort, elle est condamnée dans la plupart des pays – et très rare, de fait. Quelles que soient les méthodes statistiques, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/04/necrophilie.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1029" title="necrophilie" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/04/necrophilie.jpg" alt="" width="276" height="400" /></a>Pour une fois, tentons de garder notre sérieux pour aborder une paraphilie à la fois curieuse et contradictoire, aussi répandue qu’exceptionnelle : la nécrophilie. Au sens propre, elle désigne une excitation sexuelle pour un corps mort, elle est condamnée dans la plupart des pays – et très rare, de fait. Quelles que soient les méthodes statistiques, on ne dépasse jamais plus de quelques dizaines de cas recensés à l’échelle européenne, la plupart concernant des hommes entre 20 et 50 ans qui exercent un métier en rapport avec la mort.</p>
<p>Au sens métaphorique, cependant, la nécrophilie est plus courante. On parle parfois de pseudo nécrophilie, ou de nécrophilie secondaire. Il s’agit de tout acte sexuel impliquant une personne « comme morte », c’est à dire inconsciente, endormie, ou jouant la comédie. On pensera par exemple à l’une des premières scènes du <em>Kill Bill</em> (2003-2004) de Quentin Tarantino quand un infirmier viole Uma Thurman plongée dans le coma. Rien à voir selon moi avec un jeu de rôle anodin où Gisèle fait sa poupée chiffon en roulant des yeux – mais bon.</p>
<p>En ce qui concerne la nécrophilie au sens propre, il faut néanmoins considérer qu’elle semble avoir été à l’occasion pratiquée ici et là dans les sociétés antiques. La systématisation de la condamnation judiciaire tenant principalement à l’effroi religieux, on peut imaginer l’inverse, le contre-pied, il est vrai. Rien ne s’y oppose. Mais en général, le respect des morts vaut immunité sexuelle, et la règle veut que l’incinération, l’inhumation ou l’embaumement soit plus populaires que la sodomie sauvage de Mémé Catherine par l’abbé Mons, post-mortem en ce qui la concerne – s’entend.</p>
<p>Le corps mort est sacré, il doit être préservé, y compris du pourrissement, a fortiori du commerce charnel. C’est pourquoi l’un des rares Etats américains qui n’avait pas de législation claire sur le sujet, la Californie, statua sur ce sujet dès l’élection d’Arnold Schwarzenegger, sous la pression des lobbies chrétiens.</p>
<p>D’un point de vue métaphorique, artistique ou fantasmatique, la nécrophilie ou pseudo nécrophilie ne souffre pas vraiment de condamnation morale. Elle est même cultivée et encouragée par les romantismes européens. Bien sûr, il ne s’agit en l’occurrence que de mises en scènes poétiques chez Shakespeare ou Baudelaire – ou encore de fantaisies comme le <em>Frankenstein</em> de Mary Shelley. Ce qui compte, c’est la perfection de la mort à l’instant M, sa beauté immobile et figée, ainsi que la sublimation de l’amant qui préfère la morte (qui préfère la mort). En d’autres termes, c’est une esthétique certes morbide, mais surtout il s’agit d’un absolutisme amoureux et suicidaire.</p>
<p>Le plus curieux, ceci étant, c’est que ce fantasme se retrouve chez les <em>vrais </em>nécrophiles, pour un quart desquels la réunion avec un être aimé et décédé est la motivation principale. En littérature, précisons cependant que les textes les plus récentes comme le merveilleux <em>Nécrophile </em>de Gabrielle Wittkop (1972, réédité en 2001 aux éditions Verticales), tendent plutôt à l’exploration esthétique qu’à l’adoration romantique du corps mort.</p>
<p>Et quand on dit exploration, Pépé Alphonse l’a senti passer, même cané.</p>
<p>Sur le même fil métaphorique, l’une des grandes motivations fantasmatiques de la nécrophilie participe de la victoire érotique d’un être rejeté sur un objet qui le rejette. Pour 60% des nécrophiles avérés, et pour un nombre mal quantifiés de nécrophiles secondaires, il s’agit d’une vengeance, d’une prise de pouvoir, d’une violence. D’un viol. Mort, le corps m’est soumis, si l’on peut dire, et la souillure religieuse, la profanation, est une manière de coloniser et de contaminer l’autre, ou alors de le condamner et de le bannir – ce qui revient en même.</p>
<p>En effet, qu’il soit mien ou qu’il ne puisse être à personne, Brandon est vaincu – petit bêcheur prétentieux, va ! Contemple ce bon coup de bite dans ton cul mort, car cette bite-là (la mienne, enfin, un pénis en général, quoi) est définitive. On rigole moins, hein ?</p>
<p>Dernier détail pourtant, avant de clore ce moment de solennité scientifique (et de recueillement mystique) : le nécrophile est quasi exclusivement un homme, et hétérosexuel : Brandon peut dormir tranquille.</p>
<p>Ce qui m’invite à penser que la <em>rigor mortis </em>doit y être pour quelque chose. Car avant d’être un pantin désarticulé, un corps mort est surtout un corps en train de raidir. Dans le cas des pendus, l’avant-garde de la raideur était même cette érection subite provoqué par l’afflux massif de sang.</p>
<p>Avec le sperme qui jaillissait de certains pendus, les sorcières ont longtemps fertilisé leurs jardinières de mandragore. On ne me dira pas que c’était en vain, non ?</p>
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		<title>Carte de la prostitution à Paris</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Apr 2010 08:15:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
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		<description><![CDATA[(ce document, honteusement piqué sur le site du journal Le Monde, mérite donc son franc et honnête &#171;&#160;copyright Le monde&#160;&#187;)
Ville cosmopolite, Paris était connu au dix-neuvième siècle pour ses nombreuses courtisanes et ses plaisirs raffinés. La réputation amoureuse et érotique de la femme française (et de la Parisienne) fut d’abord celle de ses prostituées, pauvres [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/04/carte_prostitution_paris.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1003" title="carte_prostitution_paris" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/04/carte_prostitution_paris.jpg" alt="" width="588" height="395" /></a><span style="color: #888888;">(ce document, honteusement piqué sur le site du journal Le Monde, mérite donc son franc et honnête &laquo;&nbsp;copyright Le monde&nbsp;&raquo;)</span></p>
<p>Ville cosmopolite, Paris était connu au dix-neuvième siècle pour ses nombreuses courtisanes et ses plaisirs raffinés. La réputation amoureuse et érotique de la femme française (et de la Parisienne) fut d’abord celle de ses prostituées, pauvres ou riches. On a avancé des chiffres fantaisistes et délirants quant au nombre de celles-ci, entre la Révolution Française et la première guerre mondiale. 10 000 ou 50 000, qu’importe finalement : ce que cet enthousiasme statistique révèle, c’est qu’à Paris, tout est possible, chaque femme est une professionnelle qui s’ignore – ou qui mériterait de l’être. A l’évidence, il y aurait beaucoup à dire de cette idéologie, qui porte aussi sa part de discrimination et d’ambiguïté politique.</p>
<p><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/04/peri.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1017" title="peri" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/04/peri.jpg" alt="" width="309" height="245" /></a>Il y a un siècle, on accourait donc de toute l’Europe pour goûter contre paiement aux raffinements de la culture sexuelle française. De la même manière qu’aujourd’hui, certains passent leurs week-ends à Amsterdam, à Bruxelles, à Francfort ou à Cologne. Depuis la loi de 1946 sur les maisons closes, et celle de 2003 sur le racolage, les prostitués ont progressivement déserté les rues, les bordels n’existent plus (même clandestins, les cas sont rares). En revanche, la prostitution, elle n’a pas disparue. Elle a changé. Elle s’exerce aujourd’hui en grande partie sur Internet, et de manière discrète dans certains quartiers, à certaines heures, auprès de certaines femmes. Il faut savoir pour voir, les bourgeois peuvent dormir tranquille.</p>
<p>Deux géographies coexistent à Paris en 2010. Une géographie réelle et une autre virtuelle. Une géographie du lieu et une autre de l’origine. Une grande partie des femmes qui se prostituent à Paris sont d’origines étrangère, aujourd’hui, parfois de passage, parfois sous couvert d’immigration. Une grande partie d’entre elles racolent sous couverture également, c’est à dire sur Internet, dans les salons de massages, les clubs, les discothèques. Encore une fois, il faut savoir pour voir. Pour aller voir.</p>
<p>On peut habiter à Paris depuis toujours et ne croire qu’il ne reste qu’une douzaine de vieilles professionnelles du côté de la rue Blondel dans le 2<sup>e</sup> arrondissement. A l’inverse, l’habitué sait <em>exactement</em> où aller (à pied ou sur Internet) pour trouver <em>exactement</em> ce qu’il cherche. La vie est dure, car pour les statisticiens, la cause est perdue d’avance. Depuis la loi de 2003, et l’explosion d’Internet, difficile de savoir combien de divisions. C’est une science au doigt mouillé.</p>
<p>On regrettera un jour les licencia stupri, cela simplifiait bien les choses.</p>
<p>En ce qui concerne la prostitution de rue (visible), on peut résumer la carte à un menu : par tranches d’âges, langues, statuts sociaux et origines diverses.</p>
<p>Dans le centre de Paris, du côté du Faubourg Saint-Denis et de la rue Blondel, il n’y a guère que quelques femmes mûres, françaises en général, parfois africaines, qui s’affichent sur le pas d’une porte. De manière plus discrète, sur les grands boulevards, entre porte Saint-Denis et Porte Saint-Martin, on trouve un certain nombre de femmes plus jeunes, asiatiques et roumaines (ou celles que le racisme courant appelle « roumaines ») principalement.</p>
<p>Au Nord, autour de Pigalle et de la Place de Clichy, le constat est encore plus pauvre, puisqu’à l’exception de quelques travestis et de quelques transsexuelles, les rues sont presque désertes. Parfois, sur l’avenue de Clichy, on croise quelques asiatiques dans l’après-midi, mais elles sont presque invisibles. En réalité, s’il reste une prostitution à Pigalle, elle se trouve à l’intérieur : dans les pubs, les discothèques et les clubs, parfois dans certains bars à hôtesses. Mais ce dernier phénomène est aussi limité que régulièrement contrôlé par la Police. Dans certains salons de massages du 9<sup>e</sup> arrondissement, on propose également masturbations et fellations. En remontant vers Barbès et La Chapelle, une prostitution africaine demeure visible malgré les changements et la présence policière à la Goutte d’Or.</p>
<p>A l’Est, les prostitués ont déserté la République, la Gare de Lyon et le douzième arrondissement, à l’exception de quelques-unes, près de la place Daumesnil – et de l’enclave très particulière de la communauté chinoise du vingtième. A Belleville, en effet, nombre de femmes déambulent entre le métro Belleville et la place du Colonel Fabien, sans se cacher. Il faut noter dans le quartier la prolifération, ainsi que dans le 19<sup>e</sup> arrondissement, de salons de massages.</p>
<p>A l’Ouest, si la rue Joubert, près de l’Opéra, n’est plus qu’une ombre, il reste un certain nombre de femmes qui vendent leurs charmes, près de la Madeleine, et bien sûr autour des Champs-Élysées et de l’avenue Foch. Françaises près de l’Eglise de la Madeleine, ces femmes s’internationalisent du côté de l’Etoile, avec un certain nombre de jeunes femmes d’Europe de l’Est notamment.</p>
<p><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/04/nuit.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1018" title="nuit" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/04/nuit.jpg" alt="" width="300" height="303" /></a>Aux portes de Paris et sur les boulevards des Maréchaux, la prostitution est toujours très présente, notamment le soir et la nuit. En général, une prostitution de pauvres pour les pauvres. Populations plus ou moins sans papiers, transsexuelles, femmes soumises à un abattage parfois terrible. Multiplication des BMC (Bordels Militaires de Campagne, à savoir une camionnette tapissée de matelas abritants deux à trois femmes), des passes bradées sous un tunnel du périphérique, et des fellations sur parking.</p>
<p>Filles originaires d’Europe orientale au Nord de Paris, asiatiques à l’Est, Africaines, transsexuelles et travesties un peu partout se succèdent à intervalles réguliers. La police démantèle à l’occasion un réseau ici, chasse un gang là.</p>
<p>Le bois de Boulogne mérite aussi sa description. En pire. On lui adjoindra la porte Dauphine voisine, qui concentre le même type d’activités tarifées, plus glauques encore qu’ailleurs. Prostitution masculine épisodique, BMC nombreux, transsexuelles dans les allées du bois lui-même, certes, voilà pour la description. Mais c’est oublier la nuit au bois de Boulogne, particulièrement triste, parfois violente, toujours en plein air, exposée. Autant la curiosité est souvent possible dans Paris (comme ces touristes qui prennent des photos du quartier rouge à Amsterdam), autant elle est véritablement dangereuse au bois.</p>
<p>Certes, la prostitution a presque disparu de la rive gauche (à l’exception de quelques rues ici ou là, près de Montparnasse), mais rive droite, elle subsiste très clairement, même cachée, même affaiblie. Encore ne parle-t-on que de prostitution de rue.</p>
<p>A considérer la prostitution sur Internet, la carte de Paris change radicalement. La rive gauche, notamment, qui s’anime considérablement du côté de la Place d’Italie, entre la rue Monge et Jussieu, dans le quinzième arrondissement aussi, entre la place Cambronne et la rue du Commerce – ou vivent visiblement un grand nombre d’escorts girls et d’accompagnatrices (puisqu’il faut les appeler comme cela). Un grand nombre également d’étudiants et d’étudiantes pauvres qui se logent dans les chambres et les studios aux alentours des facs et des écoles du cinquième arrondissement.</p>
<p>De même dans le seizième arrondissement, plutôt du côté d’Auteuil et de la Porte de Saint-Cloud que de Passy, dans le Marais, côté Hôtel de Ville, dans le vingtième, près de la place Gambetta, dans le dix-huitième côté Chapelle ou Marcadet, dans le dix-septième entre la Fourche et Villiers. Plusieurs explications sont possibles à ces concentrations-là : studios et chambres partagées, notamment pour les femmes et transsexuelles d’Amérique du Sud.</p>
<p>A regarder de plus près sur Internet, on remarque également des hôtels parisiens qui sont autant de chambres régulièrement louées à la semaine pour des escorts girls « en tour ». Ce n’est plus exactement les hôtels de passe miteux de l’entre-deux-guerres, c’est moins sordides. Mais ce qui s’y passe revient au même. Dans certains établissement de gamme moyenne autour des gares et des grandes places parisiennes (Montparnasse, République, Place de Clichy) : un grand nombre de jeunes femmes d’Europe de l’Est, tchèques, roumaines, ukrainiennes et russes, surtout.</p>
<p>D’un certain point de vue, la carte de la prostitution à Paris demeure identique à ce qu’elle a toujours été. La prostitution s’est toujours développé autour des gares, des nœuds routiers, des centres de communication, se distribuant selon les quartiers riches et pauvres. Toutes les activités commerciales ont tendances à la concentration d’une part, et au partage du marché selon les compétences de chacun, de l’autre.</p>
<p>A Paris, quelle que soit la façon dont on la combat, dont on la tolère ou dont on l’approuve, la prostitution change sans changer. Elle s’efface pour ne pas risquer trop gros, sans que la police donne l’impression de pouvoir les contrôler, ni surveiller les conditions de vie et de travail de ces femmes, de ces hommes et de ces transsexuelles. A se promener dans les anciens quartiers de plaisirs de la capitale, on trouve tout cela très poli et très discret. C’est une illusion.</p>
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		<title>La nanophilie ou la bêtise</title>
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		<pubDate>Tue, 09 Mar 2010 12:11:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Mars 2010]]></category>
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		<description><![CDATA[Depuis quelques semaines, les messages se font plus pressants. On trouve que je ne prends pas parti. Comme s’il le fallait. Certains d’entre mes lecteurs me demandent si je crois vraiment à cette différence entre le normal et le pathologique. Si les paraphilies existent – ou si ce n’est qu’un argument poétique. Je ferais dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/velasquez_portrait_d_un_nain_assis_a_terre_1645.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-913" title="velasquez_portrait_d_un_nain_assis_a_terre_1645" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/velasquez_portrait_d_un_nain_assis_a_terre_1645.jpg" alt="" width="202" height="267" /></a>Depuis quelques semaines, les messages se font plus pressants. On trouve que je ne prends pas parti. Comme s’il le fallait. Certains d’entre mes lecteurs me demandent si je crois vraiment à cette différence entre le normal et le pathologique. Si les paraphilies existent – ou si ce n’est qu’un argument poétique. Je ferais dans la paraphilie comme d’autre font des blasons érotiques ou des sermons pour la messe. Bref, toutes mes consultations ne sont-elles réductibles qu’à une figure de style ? Est-ce du vent ?</p>
<p>Le principe d’un bon thérapeute est de ne pas s’émouvoir. De garder une saine distance qui n’a rien à voir avec le silence des analystes (plus précisément : de certains analystes) ou les hauteurs avec vue des artilleurs (à dire vrai : cela dépend du terrain). Pourtant, parfois, je l’avoue, je sors de mes gonds. Je bous. Je ne l’exprime pas – ou très peu. Même quand, cette semaine, un patient me dit son angoisse d’avoir eu des relations sexuelles avec une personne de petite taille. Je corrige : « avec une naine ? » Il opine : « est-ce pervers d’être excité par une naine ? » Je garde pour moi : « et ta sœur, connard ! »</p>
<p>Je lui en aurais bien allongé une, pour tout vous dire. Mais j’ai gardé mon calme. Pourquoi faire tout un plat d’un triple imbécile qu’il faut avant tout mettre sous lexomil – et qui de toute façon est probablement irrécupérable.</p>
<p>Le soir venu, avec ma tisane et mon double scotch sans eau ni glace, j’ai repensé aux messages que je reçois ici. Au normal et au pathologique, cette vaste blague. A cette notion de paraphilie qui n’existe que pour le confort intellectuel des spécialistes de la chose. Si l’on regarde de plus près, il existe un mot pour définir une attirance particulière pour les nains et les naines : la nanophilie. Pour être franc, il existe aussi un mot pour dire l’excitation sexuelle pour les personnes handicapées, amputées, obèses, enceintes, poilues ou pas. Bref, cela n’étonnera pas les poètes : il y a un mot pour tout – et parfois les mots, ce sont des lâches à qui l’on ferait dire n’importe quoi.</p>
<p>Car de quoi parle-t-on ? En vérité, le principal problème est celui du registre. Parce que je me cherche souvent des excuses, je voudrais vous rappeler que c’est l’objet de cette chronique : le registre. Je m’efforce de considérer un mot qui désigne une paraphilie sous un certain registre : littéraire, juridique, psychologique, historique, médical, etc. Ce qui est une manière de l’interroger et de le démentir. Ou comme le dirait n’importe quel thérapeute de salon : il y a toujours un atome de vérité dans le plus grand des mensonges. Concernant la paraphilie en général, sa définition est aussi une question de registre.</p>
<p>Cliniquement parlant, tout d’abord, puisque l’on n’est pas censé parler de paraphilie à moins d’une exclusivité vérifiée dans la durée de l’excitation sexuelle à un certain fétichisme. On parle de six mois ou d’un an. Pour le dire autrement, on n’évoque une paraphilie que dans le cas très précis où vous ne parvenez à l’excitation que selon un certain schéma exclusif. On conviendra que ce n’est ni précis ni très pertinent, mais que cela relève de l’obsession. Pour autant, je n’arrive pas à mettre sur le même plan le zoophile, le masochiste radical, le nanophile ou l’exobiophile. En ce qui me concerne, cela heurte un autre de mes registres favoris, le registre politique – qui me semble bien plus juste, en l’occurrence.</p>
<p>D’un point de vue politique, en effet, certaines paraphilies sont problématiques. Ainsi le cas exemplaire de la zoophilie, mais pas seulement. Si vous ne parvenez à être excité qu’en présence d’un écoulement de sang de votre partenaire, cela peut être un peu risqué – surtout si l’on n’a gardé des couteaux à l’intérieur de la maison. En revanche, en quoi cela pourrait-il être un problème d’aimer les personnes de petite taille ? Ou obèses ? Ou handicapées ? — Oui, mais si c’est exclusif ? Je ricane. Je me gausse. Car en général, le cerveau se charge de ses propres illusions. Et l’obsession consumériste est souvent le fond des paraphilies qui se succèdent dans mon cabinet. Pour ne pas s’embarrasser d’hypocrisie, lâchons le mot : la bêtise. Souvent, c’est de la bêtise, et rien d’autre. Et certainement rien de psychiatrique. Juste une immense bêtise.</p>
<p>On peut en effet tout aussi bien être révolté par la pratique contemporaine des annonces sur les sites de rencontre. Des annonces qui regorgent de portraits racistes, intolérants et profondément stupides de l’âme sœur. Je veux qu’il soit noir. Je déteste les arabes. Je ne recherche que des gros seins. Je n’aime que les grandes bites et les couilles épilées. Voire : je le voudrais bien installé dans la vie, avec un vrai métier et de l’ambition (traduction : je veux un mec riche). Plans culs s’abstenir. Sarkozistes, allez voir ailleurs. Si l’amour, c’est l’infini mis à la portée des caniches, je vous prie de croire que le caniche est un grand démocrate. Lui. Et que la paraphilie, les préférences sexuelles (au-delà de considérations raisonnables concernant le genre, la maturité sexuelle ou la santé de ses partenaires), ce n’est souvent rien d’autre qu’un grand moment de fascisme régressif.</p>
<p><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/seneque_par_rubens.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-914" title="seneque_par_rubens" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/seneque_par_rubens.jpg" alt="" width="200" height="288" /></a>Ceci dit, revenons à la politique, car le sexe est avant tout social. Mieux encore, la définition du normal et du pathologique est avant tout sociale. Tout dépend du concept politique de référence. Dans les sociétés antiques (à Rome, par exemple), c’est la virilité qui prime. Pas l’hétérosexualité, mais la virilité, c’est à dire le rôle sexuel actif. La part dominante. Ces sociétés s’entendent comme une division entre dominants et dominés. Et le crime, c’est d’être dominé quand on appartient à une classe dominante. En revanche, femmes, esclaves, jeunes gens doivent être dominés, sauf rares exception. Sénèque – qui n’est pas un rigolo mais qui sait taquiner le brochet, à l’occasion – ne dit-il pas que « la passivité est un crime chez un homme de naissance libre ; chez un esclave, c&#8217;est son devoir le plus absolu » ?</p>
<p>Au dix-neuvième siècle, dans un grand nombre de pays occidentaux, la référence, c’est la reproduction. Autrement dit, une sexualité qui n’est pas reproductive est une transgression. Selon le moment et l’endroit, c’est un plaisir plus ou moins toléré. Pour les anarchistes (comme Fourrier et son <em>Nouveau Monde Amoureux</em>, 1817), rien n’est pathologique à partir du moment où les deux partenaires sont satisfaits – sans le déplaisir, la souffrance ou la spoliation d’un autre. A titre personnel, j’avoue que je ne trouve pas cela idiot, pour le coup.</p>
<p>C’est ce que je m’efforce de dire à mes patients : « mais votre partenaire, qu’est-ce qu’il en pense ? » Et selon la réponse, je sais rapidement à quoi m’en tenir. Car tous ceux qui cherchent la tangente, la sortie de secours ou l’escalier de service prouvent en fait que leur partenaire n’est pas un sujet qui mérite que l’on s’intéresse à lui. Il n’est qu’un objet sexuel parmi d’autres. Seul son propre plaisir compte, ce qui me choque infiniment plus – et m’inspire généralement plus de pitié que d’horreur ou de dégoût. On retrouve la politique. Ici, le maître et l’esclave, l’exploité et l’exploiteur. A partir du moment où ceux qui travaillent pour vous (et pour votre plaisir, votre jouissance, votre gratification égoïste) n’ont aucun droit, vous ne valez pas grand-chose. Malade, obsessionnel, peut-être. Mais surtout minable.</p>
<p>Sur ce : bien à vous. Et pour aller plus loin, lisez donc <em>Le normal et le pathologique</em> de Georges Canguilhem. Je vais le relire. Car je sens que mon agenda de la semaine va être moins rempli.</p>
<p><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/Canguilhem1.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-916" title="Canguilhem" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/Canguilhem1.jpg" alt="" width="200" height="304" /></a></p>
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<p class="MsoNormal">La nanophilie ou la bêtise</p>
<p class="MsoNormal">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Depuis quelques semaines, les messages se font plus pressants. On trouve que je ne prends pas parti. Comme s’il le fallait. Certains d’entre mes lecteurs me demandent si je crois vraiment à cette différence entre le normal et le pathologique. Si les paraphilies existent – ou si ce n’est qu’un argument poétique. Je ferais dans la paraphilie comme d’autre font des blasons érotiques ou des sermons pour la messe. Bref, toutes mes consultations ne sont-elles réductibles qu’à une figure de style ? Est-ce du vent ?</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Le principe d’un bon thérapeute est de ne pas s’émouvoir. De garder une saine distance qui n’a rien à voir avec le silence des analystes (plus précisément : de certains analystes) ou les hauteurs avec vue des artilleurs (à dire vrai : cela dépend du terrain). Pourtant, parfois, je l’avoue, je sors de mes gonds. Je bous. Je ne l’exprime pas – ou très peu. Même quand, cette semaine, un patient me dit son angoisse d’avoir eu des relations sexuelles avec une personne de petite taille. Je corrige : « avec une naine ? » Il opine : « est-ce pervers d’être excité par une naine ? » Je garde pour moi : « et ta sœur, connard ! »</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Je lui en aurais bien allongé une, pour tout vous dire. Mais j’ai gardé mon calme. Pourquoi faire tout un plat d’un triple imbécile qu’il faut avant tout mettre sous lexomil – et qui de toute façon est probablement irrécupérable.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Le soir venu, avec ma tisane et mon double scotch sans eau ni glace, j’ai repensé aux messages que je reçois ici. Au normal et au pathologique, cette vaste blague. A cette notion de paraphilie qui n’existe que pour le confort intellectuel des spécialistes de la chose. Si l’on regarde de plus près, il existe un mot pour définir une attirance particulière pour les nains et les naines : la nanophilie. Pour être franc, il existe aussi un mot pour dire l’excitation sexuelle pour les personnes handicapées, amputées, obèses, enceintes, poilues ou pas. Bref, cela n’étonnera pas les poètes : il y a un mot pour tout – et parfois les mots, ce sont des lâches à qui l’on ferait dire n’importe quoi.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Car de quoi parle-t-on ? En vérité, le principal problème est celui du registre. Parce que je me cherche souvent des excuses, je voudrais vous rappeler que c’est l’objet de cette chronique : le registre. Je m’efforce de considérer un mot qui désigne une paraphilie sous un certain registre : littéraire, juridique, psychologique, historique, médical, etc. Ce qui est une manière de l’interroger et de le démentir. Ou comme le dirait n’importe quel thérapeute de salon : il y a toujours un atome de vérité dans le plus grand des mensonges. Concernant la paraphilie en général, sa définition est aussi une question de registre.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Cliniquement parlant, tout d’abord, puisque l’on n’est pas censé parler de paraphilie à moins d’une exclusivité vérifiée dans la durée de l’excitation sexuelle à un certain fétichisme. On parle de six mois ou d’un an. Pour le dire autrement, on n’évoque une paraphilie que dans le cas très précis où vous ne parvenez à l’excitation que selon un certain schéma exclusif. On conviendra que ce n’est ni précis ni très pertinent, mais que cela relève de l’obsession. Pour autant, je n’arrive pas à mettre sur le même plan le zoophile, le masochiste radical, le nanophile ou l’exobiophile. En ce qui me concerne, cela heurte un autre de mes registres favoris, le registre politique – qui me semble bien plus juste, en l’occurrence.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">D’un point de vue politique, en effet, certaines paraphilies sont problématiques. Ainsi le cas exemplaire de la zoophilie, mais pas seulement. Si vous ne parvenez à être excité qu’en présence d’un écoulement de sang de votre partenaire, cela peut être un peu risqué – surtout si l’on n’a gardé des couteaux à l’intérieur de la maison. En revanche, en quoi cela pourrait-il être un problème d’aimer les personnes de petite taille ? Ou obèses ? Ou handicapées ? — Oui, mais si c’est exclusif ? Je ricane. Je me gausse. Car en général, le cerveau se charge de ses propres illusions. Et l’obsession consumériste est souvent le fond des paraphilies qui se succèdent dans mon cabinet. Pour ne pas s’embarrasser d’hypocrisie, lâchons le mot : la bêtise. Souvent, c’est de la bêtise, et rien d’autre. Et certainement rien de psychiatrique. Juste une immense bêtise.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">On peut en effet tout aussi bien être révolté par la pratique contemporaine des annonces sur les sites de rencontre. Des annonces qui regorgent de portraits racistes, intolérants et profondément stupides de l’âme sœur. Je veux qu’il soit noir. Je déteste les arabes. Je ne recherche que des gros seins. Je n’aime que les grandes bites et les couilles épilées. Voire : je le voudrais bien installé dans la vie, avec un vrai métier et de l’ambition (traduction : je veux un mec riche). Plans culs s’abstenir. Sarkozistes, allez voir ailleurs. Si l’amour, c’est l’infini mis à la portée des caniches, je vous prie de croire que le caniche est un grand démocrate. Lui. Et que la paraphilie, les préférences sexuelles (au-delà de considérations raisonnables concernant le genre, la maturité sexuelle ou la santé de ses partenaires), ce n’est souvent rien d’autre qu’un grand moment de fascisme régressif.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Ceci dit, revenons à la politique, car le sexe est avant tout social. Mieux encore, la définition du normal et du pathologique est avant tout sociale. Tout dépend du concept politique de référence. Dans les sociétés antiques (à Rome, par exemple), c’est la virilité qui prime. Pas l’hétérosexualité, mais la virilité, c’est à dire le rôle sexuel actif. La part dominante. Ces sociétés s’entendent comme une division entre dominants et dominés. Et le crime, c’est d’être dominé quand on appartient à une classe dominante. En revanche, femmes, esclaves, jeunes gens doivent être dominés, sauf rares exception. Sénèque – qui n’est pas un rigolo mais qui sait taquiner le brochet, à l’occasion – ne dit-il pas que « la passivité est un crime chez un homme de naissance libre ; chez un esclave, c&#8217;est son devoir le plus absolu » ?</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Au dix-neuvième siècle, dans un grand nombre de pays occidentaux, la référence, c’est la reproduction. Autrement dit, une sexualité qui n’est pas reproductive est une transgression. Selon le moment et l’endroit, c’est un plaisir plus ou moins toléré. Pour les anarchistes (comme Fourrier et son <em>Nouveau Monde Amoureux</em>, 1817), rien n’est pathologique à partir du moment où les deux partenaires sont satisfaits – sans le déplaisir, la souffrance ou la spoliation d’un autre. A titre personnel, j’avoue que je ne trouve pas cela idiot, pour le coup.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">C’est ce que je m’efforce de dire à mes patients : « mais votre partenaire, qu’est-ce qu’il en pense ? » Et selon la réponse, je sais rapidement à quoi m’en tenir. Car tous ceux qui cherchent la tangente, la sortie de secours ou l’escalier de service prouvent en fait que leur partenaire n’est pas un sujet qui mérite que l’on s’intéresse à lui. Il n’est qu’un objet sexuel parmi d’autres. Seul son propre plaisir compte, ce qui me choque infiniment plus – et m’inspire généralement plus de pitié que d’horreur ou de dégoût. On retrouve la politique. Ici, le maître et l’esclave, l’exploité et l’exploiteur. A partir du moment où ceux qui travaillent pour vous (et pour votre plaisir, votre jouissance, votre gratification égoïste) n’ont aucun droit, vous ne valez pas grand-chose. Malade, obsessionnel, peut-être. Mais surtout minable.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Sur ce : bien à vous. Et pour aller plus loin, lisez donc <em>Le normal et le pathologique</em> de Georges Canguilhem. Je vais le relire. Car je sens que mon agenda de la semaine va être moins rempli.</p>
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		<title>Shim Chong, fille vendue</title>
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		<pubDate>Tue, 09 Mar 2010 12:10:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Mars 2010]]></category>
		<category><![CDATA[Numéros]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
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		<description><![CDATA[Hwang Sok-yong, Shim Chong, fille vendue, roman traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Jutte, Editions Zulma, 576 pages, 23 euros 50.
Le principe de la littérature est d’être à plusieurs entrées. Il n’y a jamais une interprétation qui vaille, elles s’ajoutent toutes les unes aux autres, et complètent un tableau jamais terminé. Pour le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/shim_chong.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-925" title="shim_chong" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/shim_chong.jpg" alt="" width="295" height="449" /></a>Hwang Sok-yong, </strong><strong><em>Shim Chong, fille vendue</em></strong><strong>, roman traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Jutte, Editions Zulma, 576 pages, 23 euros 50.</strong></p>
<p>Le principe de la littérature est d’être à plusieurs entrées. Il n’y a jamais une interprétation qui vaille, elles s’ajoutent toutes les unes aux autres, et complètent un tableau jamais terminé. Pour le dire autrement, on peut tout dire d’un grand livre sans le réduire à un seul argument. En ce qui concerne le dernier roman de Hwang Sok-yong, <em>Shim Chong, fille vendue</em>, cela tombe bien puisque c’est à peu de choses près, un chef-d’œuvre. Je dis à peu de choses près pour ne pas céder à la précipitation de mon enthousiasme. A vous de voir, à vous de lire.</p>
<p>L’intrigue repose sur une vieille légende coréenne, maintes fois écrite et transposée, notamment en opéra. Une jeune fille est vendue pour permettre à son père de recouvrer la vue. Dans son roman, ce dernier aspect est passé sous silence, puisque Hwang Sok-yong resitue la légende au dix-neuvième siècle et qu’il l’intègre à une toute autre problématique : la traite des femmes. Shim Chong est une fille que l’on vend à des proxénètes, et c’est tout. Le reste est une odyssée, celle de Shim Chong sur les deux mers de Chine, celle de son corps qu’elle vend et qu’elle utilise pour satisfaire ses ambitions. Elle ira ainsi de Corée en Chine, puis à Singapour, à Taiwan, au Japon.</p>
<p>A l’évidence, le sujet de ce livre est avant tout une cartographie humaine et politique. Il s’agit de montrer des courants immuables qui emportent les femmes et les hommes dans cette région du monde, depuis toujours. Avec l’arrivée des occidentaux et l’introduction du capitalisme, les courants se transforment en tourbillons. Shim Chong devient une courtisane et une femme de pouvoir, pourtant. Car elle renverse à son avantage l’objet du délit : son corps de jeune fille. Elle décide d’en éprouver du plaisir plutôt que d’en souffrir. D’en tirer parti plutôt que de subir.</p>
<p>En Corée, ce livre a fait jaser, notamment les féministes qui ont reproché à Hwang Sok-yong de rentre acceptable la prostitution, de faire de son héroïne une femme finalement satisfaite. Dans la ligne de mire, évidemment, les nombreuses scènes de sexe, particulièrement belles, particulièrement sordides parfois, en tout état de cause terriblement ambiguës. Car comment raisonnablement tolérer de s’amollir et de s’attendrir au récit d’une esclave qui jouit. Son initiation est particulièrement difficile pour les belles âmes. De l’initiation sexuelle, du roman de formation ou du témoignage d’une prostitution infâme, on ne sait dire de quoi il s’agit vraiment.</p>
<p>Ce roman dit une fascination : celle des hommes (mais aussi des femmes) pour l’expertise du plaisir. D’aucuns sauraient faire jouir à coup sûr. Sinon jouir eux-mêmes. Moralement, cela relève d’un vieil interdit, celui qui norme et régule la sexualité. Que l’on associe le sexe au sentiment amoureux, à la procréation ou à toute autre chose, cela revient au même : il nous faut une part d’indécision, voire d’incertitude. La mythologie des geishas et des courtisanes tient à cela. A leur caractère moralement impossible. Ce sont elles, les mythes.</p>
<p>La force de l’écrivain, c’est de maintenir ce mythe sans perdre de vue la femme. Certes Shim Chong est une experte, mais il n’empêche qu’elle est violée, prostituée, ou encore amoureuse ou déçue. Le sexe est un levier de pouvoir politique et économique. Tout tourne autour. Et pourtant, cela ne suffit, nous dit-il. Car si la respiration de ce livre est sexuelle, c’est dans l’expiration du reste – le désespoir, les ambitions, la responsabilité, le goût du savoir – que se trouve la vérité. Dans ce qui peine à jouir. Dans ce qui n’est pas satisfait, forcément.</p>
<p>Pour être tout à fait prévenant avec nos lecteurs, signalons que <em>Shim Chong, fille vendue</em> compte 600 pages et qu’on ne le finit pas d’un coup d’œil entre Saint-Lazare et Place Monge (même avec de nombreuses correspondances superflues). Mais disons-le tout de go : on s’en moque, on le dévore, poussé par un mélange de curiosité malsaine, de désir et de sentiment persistant de la beauté. Un grand écrivain. Un grand livre. Et l’érotisme qui ne se contente pas de titiller vaguement une zone érogène – même à considérer qu’il puisse s’agir du cerveau.</p>
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		<title>Battlestar Galactica ou le sexe sous surveillance</title>
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		<pubDate>Tue, 09 Mar 2010 12:10:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
				<category><![CDATA[Mars 2010]]></category>
		<category><![CDATA[Numéros]]></category>
		<category><![CDATA[Sex and the series]]></category>
		<category><![CDATA[Battlestar Galactica]]></category>
		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>
		<category><![CDATA[séries]]></category>

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		<description><![CDATA[Beaucoup d’amateurs de séries télévisées ont commencé à regarder Battlestar Galactica (2004-2009) en souvenir de l’autre série du même nom, diffusée en 1978-1979 – désormais plus communément appelée Battlestar Galactica 1978 ou Galactica, tout simplement. Pour qu’on ne confonde pas. Mais cette fois, force fut de reconnaître que le remake allait plus loin que l’original, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/battlestar_galactica1.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-920" title="battlestar_galactica" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/battlestar_galactica1.jpg" alt="" width="410" height="307" /></a>Beaucoup d’amateurs de séries télévisées ont commencé à regarder <em>Battlestar Galactica</em> (2004-2009) en souvenir de l’autre série du même nom, diffusée en 1978-1979 – désormais plus communément appelée <em>Battlestar Galactica 1978</em> ou <em>Galactica</em>, tout simplement. Pour qu’on ne confonde pas. Mais cette fois, force fut de reconnaître que le <em>remake</em> allait plus loin que l’original, beaucoup plus loin. Comme quoi, le progrès existe aussi à la télévision. Et surtout qu’érotiquement parlant, sexuellement chantant, les scénaristes ont pris la mesure d’un discours nouveau, plus libéré et plus profond, qu’on devinait déjà dans un space opéra comme <em>Farscape </em>(1999-2003), par exemple.</p>
<p>Bref, pour le dire plus simplement : <em>Battlestar Gallactica</em> parle de sexe – et pas qu’un peu, et pas mal du tout. Pour ceux qui n’aurait jamais jeté le coin d’un œil plein de conjonctivite sur la chose, résumons l’argument de l’épopée en deux mots : les cylons, robots humanoïdes créés par les humains, se sont révoltés contre leurs maîtres. Après une première guerre qui s’est soldée par un match nul, une trêve de quarante ans. Puis un second conflit – objet de la série. Après le premier épisode, l’humanité est atomisée, il n’en reste que 50 000 individus en guenilles et en fuite dans l’infinité sidérale. Protégés par un unique vaisseau de combat antédiluvien : le Battlestar Gallactica.</p>
<p>Mais qu’est-ce que tout cela vient faire sur le seul site de cul que l’on peut consulter au bureau, me direz-vous. Pour toute réclamation, adressez-vous à Monsieur R., notre seul vrai capitaine <em>on </em>et <em>of the board</em>. En ce qui me concerne, j’aurais déjà compris dès la première ligne, mais bon. Tout le monde n’est pas obsédé à ce point. Car qui dit maîtres et esclaves suppose qu’ils vont coucher ensemble. Ce qui tombe bien, puisqu’une nouvelle génération de cylons a pris l’apparence humaine. De chair et de sang, mais artificiels (un peu comme le faux cuir qui est en fait du plastique). Cela simplifie l’excitation, voire la pénétration. Mais ce n’est pas tout. Qui dit qu’il n’en reste que 50 000 suppose qu’il va falloir se reproduire de toute urgence : c’est l’un des gimmicks de la série.</p>
<p>A vrai dire, c’est un principe de survie commun à toutes les espèces en voie d’extinction. Le sexe est un moyen d’augmenter ses chances de persister sur la surface d’un globe ou de plusieurs. Le plaisir n’est plus qu’un prétexte destiné à tromper le désir dans le but de procréer. C’est un argument religieux très classique, voire une nécessité politique. L’intérêt sexuel du groupe passe avant l’intérêt sexuel des individus. Cela conduit notamment à un débat sur l’avortement ou sur la fécondation <em>in vitro</em> pas piqué des vers, on le suppose. Mais pas que. En effet, la grande différence, a priori, entre humains et cylons, c’est bien que ces derniers ne peuvent se reproduire « biologiquement » : ce sont des machines – produites à la chaine, ou clonées. Nécessité, donc, mais identité, aussi.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/battlestar_galactica_le_dernier_souper.jpg"><img class="size-full wp-image-921 aligncenter" title="battlestar_galactica_le_dernier_souper" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/battlestar_galactica_le_dernier_souper.jpg" alt="" width="600" height="388" /></a></p>
<p>Au fil de la série, cependant, tout part en couille (pleine, puisqu’il le faut). Tout le monde se met à coucher avec tout le monde – mais sans trop insister sur l’aspect reproducteur de l’acte. Il y a quelques naissances, mais pas celles que l’on croit. En effet, s’il semblait acquis que les cylons ne disposait pas de gamètes, et qu’ils étaient tout plaisir (parce qu’ils aiment cela : les esclaves sont à l’image des maîtres), il y a quand même des exceptions – et troublantes. De l’étreinte d’un cylon et d’un humain, il y a tout à redouter. De fait, le principal personnage d’enfant de la série est un hybride d’humain et de cylon : Héra – qui s’avère en fait être le véritable héros épique de la saga dans la dernière saison.</p>
<p>Et là, d’un coup, on parle d’autre chose. Au-delà du débat du plaisir et de la procréation, on disserte abondamment de ce que Buffon aurait appelé une relation contre-nature. Au sens propre, en effet, pour les naturalistes et les biologistes, une relation contre-nature est une relation sexuelle entre deux individus de deux espèces différentes. Entre les races, ce n’est pas bien vu. Entre les espèces, c’est contre-productif, dit-on. A voir les humains et les cylons batifoler puis enfanter, c’est un peu court. Rappelons à cette occasion qu’au 18<sup>e</sup> siècle, Buffon considérait les hommes et les femmes noirs comme de grands singes – ou à peu près. Et que pour relever un peu le niveau de son blason, son racisme n’en était pas un. C’était pire que cela. Deux espèces différentes.</p>
<p>Du point de vue de Buffon et des naturalistes, <em>Battlestar Galactica</em> est ainsi une réponse – en forme de contradiction. La grande histoire érotique de la série concerne un être humain, l’ambigu Docteur Baltar, et une cylon, Caprica Six (de la sixième série de clones). L’obsession érotique du Docteur Baltar est telle qu’il la voit, qu’il la baise (et oui) même quand elle n’est pas là. Interprétation psychanalytique de comptoir, me direz-vous. La série se fonde plutôt sur un théorie projective, dématérialisée, voire télépathique, en effet. Mais bon. Il n’en demeure pas moins de savoureux moments de plaisir solitaire du Docteur Baltar.</p>
<p><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/caprica_city.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-922" title="caprica_city" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/caprica_city.jpg" alt="" width="600" height="338" /></a></p>
<p>De fait, si <em>Battlestar Galactica</em> est une série de survie et de désespoir (ce qu’elle est), le sexe est la réponse. L’unique réponse. Car que peut-on faire d’autre quand on est coincé dans de gigantesques boites de conserve spatiales, à votre avis ? Des rats se seraient entretués, les hommes et les femmes forniquent. Surtout qu’un principe (aussi hideux que réaliste, d’un point de vue scénaristique) de sélection naturelle ne laisse de vaillant que les plus forts, les plus résistants, les plus fertiles. <em>The perfect match, you may say</em>. C’est un lupanar.</p>
<p>Au moment de prendre leur plaisir, la colonne vertébrale des cylons rougeoie à travers la peau, comme une résistance électrique. En anglais, le terme péjoratif pour cylon, c’est « <em>toaster </em>» &#8211; ce qui fait sens, d’un coup. Ceci étant, une petite réflexion : si l’on considère que les êtres humains ne se rendent jamais compte qu’ils couchent avec un cylon, c’est qu’ils n’ont pas beaucoup d’imagination, ni de variété dans leurs positions. Cela suppose de ne jamais voir le dos de son ou de sa partenaire. Pas de levrette. <em>No reverse cowgirl either</em>. La tendresse nous interdit cependant d’en faire le reproche aux scénaristes. Il faut bien quelques incohérences.</p>
<p>On le devine, plus les saisons passent, et plus ces relations entre cylons et humaines – sexuelles ou pas, mais surtout sexuelles – sont au cœur de la série. Dans la microsociété hyper contrôlée des derniers êtres humains, le sexe est sous surveillance. Pureté de l’espèce ou pas ? Les opinions divergent et les conclusions changent. Il n’en reste pas moins que l’on observe et que l’on contrôle. Le spectateur, lui, en a pour son argent (ou pas, car parfois, c’est gratuit). Depuis sa position privilégiée de voyeur doué d’ubiquité, il se régale. Bien sûr, cela ne vient pas de nulle part. Que ce soit <em>Lost, les disparus</em> (2004-….) pour son côté survivant, ou <em>Deadwood</em> (2004-2006) pour l’articulation entre chaos et sexe, ou encore <em>The Wire</em> (2002-2008) pour l’obsession de la surveillance, les meilleures séries américaines de ces dernières années tissent toutes ensemble un drame de la survie, de la décadence et du contrôle social. Quelque chose de <em>post 9 / 11</em>, ici ? Qui sait. En tout cas, le cul, c’est de la politique. Et inversement.</p>
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		<title>Tic et tac</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Feb 2010 15:01:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ces dernières semaines, plutôt que de me consacrer au bien de l’humanité et de mes patients, la direction d’un certain site Internet m’a poussé au visionnage presque compulsif de séries télévisées. Quand je dis « presque », bien sûr, il s’agit d’un euphémisme.
Je l’avoue, j’ai tout à fait déserté mon cabinet. Ma secrétaire est furieuse, mon comptable [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/02/entourage.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-851" title="entourage" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/02/entourage-300x187.jpg" alt="" width="300" height="187" /></a>Ces dernières semaines, plutôt que de me consacrer au bien de l’humanité et de mes patients, la direction d’un certain site Internet m’a poussé au visionnage presque compulsif de séries télévisées. Quand je dis « presque », bien sûr, il s’agit d’un euphémisme.</p>
<p>Je l’avoue, j’ai tout à fait déserté mon cabinet. Ma secrétaire est furieuse, mon comptable ricane. Et certains de mes patients me menacent des pire sévices – difficile de dire cependant s’ils m’en veulent : les sévices sont parfois chez eux l’expression de l’affection.</p>
<p>Traquant le sexe dans les séries télévisées pour <em>L’Autre Sexe</em>, je suis tombé par hasard sur un épisode d’<em>Entourage</em> qui vaut cependant la peine de ces quelques lignes. Il s’agit du septième de la quatrième saison (on écrira 4.07, à l’américaine), diffusé en 2007, et intitulé (très) sobrement « The Day Fuckers » &#8211; tout un programme.</p>
<p>L’une des intrigues parallèles de l’épisode tient au fantasme assez rare de la mascotte en peluche. A la fois une forme de travestissement ou de déguisement (assez classique) – et une variation sur la pédiophilie (le fétichisme des poupées, des ours en peluches, etc.).</p>
<p>C’est assez innocent, c’est suave, c’est mignon. C’est assez peu contraignant sinon les déguisements (encombrants) et le partenaire (à trouver).</p>
<p>Au sens strict, ce n’est même pas tout à fait une paraphilie.</p>
<p>Dans l’ordre des perversions, c’est en effet à peu près aussi anodin que de s’enduire une ou plusieurs zones érogènes de confiture, de crème chantilly ou de sauce soja (quoique)… Il n’y a aucun rapport de domination, de souffrance ou de violence véritablement induite par la chose. C’est un jeu de rôle – et encore.</p>
<p>Un costume d’infirmière ou d’écolière, une robe d’avocat ou de bure, un uniforme de l’armée allemande ou d’académicien, impliquent des relations sociales supposées et fantasmées qui ont toutes à voir avec une forme de domination ou de transgression. Dans le cas de l’écureuil ou du lapin géant, c’est moins sûr. D’autant qu’en théorie, les deux partenaires se déguisent.</p>
<p>C’est pourquoi, à l’exception d’un casse-tête relatif pour un biologiste consciencieux, quand une tortue d’un mètre quatre-vingts pénètre un chiot de soixante kilos, cela ne déclenche pas un grand émoi du côté des ligues de vertu. Aussi puristes soient-elles. Pourtant, <em>Entourage </em>ne ment pas, ce fantasme existe bel et bien.</p>
<p>Mais de quoi s’agit-il ? Du contraire de ce qui nous occupe ici, finalement, et ce n’est pas sans charme.</p>
<p>En réalité, deux mascottes de NBA qui baisent, cela n’a pas de sens.</p>
<p>Du moins au sens strict.</p>
<p>Après, c’est comme pour tout, si les deux mascottes en peluches sont sado-masochistes, c’est autre chose. Mais c’est hors sujet. Je ne traite pas ici des lapins que l’on fouette et des écureuils que l’on entrave. Je ne traite même pas de lapins ou d’écureuils en fait. Ce ne sont évidemment pas des représentations réalistes de nos petits amis de la forêts – que les zoophiles se détournent, eux aussi.</p>
<p>S’il faut y voir quelque chose, c’est du côté pédophile que cela se passe (peut-être),ou en tout cas régressif (pour sûr).</p>
<p><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/02/petitsourssympas.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-852" title="petitsourssympas" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/02/petitsourssympas.jpg" alt="" width="285" height="214" /></a>Se déguiser en animal en peluche géant revient dissimuler totalement son corps, à nier ses arguments, atouts et organes sexuels (ou quasi, mais ce n’est pas très important, ici). En ce sens, c’est une forme de régression épurée et fourrée qui ne rassure pas – sans trop inquiéter non plus. A l’évidence, Peter Pan rôde près du lit ou de la fenêtre de votre chambre.</p>
<p>L’assouvissement du désir dans le déni d’une quelconque maturité sexuelle, d’une puberté même animale.</p>
<p>Et puis, sous un déguisements comme celui-là, on n’est pas vraiment en mesure de reconnaître son partenaire (voir l’épisode d’<em>Entourage</em> pour plus d’exemples).</p>
<p>C’est un stade avancé de ce qui commence quand on refuse d’enlever la chemise de nuit de grand-mère ou quand on réclame l’obscurité totale. C’est l’inverse d’une soirées <em>Eyes Wide Shot</em> (on peut dire cela, désormais, l’échangiste est cinéphile) ou le masque (le loup) révèle autant qu’il cache. C’est d’ailleurs la fonction du masque.</p>
<p>Bref, ce n’est pas nous qui faisons l’amour, c’est Tic et Tac.</p>
<p>Il y en a que cela arrange.</p>
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		<title>Sex and the series – saison 1, épisode 0</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Feb 2010 15:01:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
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		<description><![CDATA[A première vue, je ne vois pas très bien ce que vient faire une chronique « séries télévisées » sur un site de cul aussi classe que L’Autre Sexe. Parce que classe peut-être, mais cul quand même. Surtout. Essentiellement. Néanmoins, je sais.
Car un esprit scientifique dans un corps dépravé le sait.
Les voies sont souvent pénétrables – comment [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A première vue, je ne vois pas très bien ce que vient faire une chronique « séries télévisées » sur un site de cul aussi classe que <em>L’Autre Sexe</em>. Parce que classe peut-être, mais cul quand même. Surtout. Essentiellement. Néanmoins, je sais.</p>
<p>Car un esprit scientifique dans un corps dépravé le sait.</p>
<p>Les voies sont souvent pénétrables – comment les prendre, c’est une autre histoire.</p>
<p>Donc, le cœur à l’ouvrage, la bite sous le bras.</p>
<p>Et surprise : je commence à comprendre l’intuition de la rédaction en chef de ce site, toujours brillante. Après deux ou trois cents heures devant ma télévision, ce dernier mois, je suis même en mesure d’écrire l’épisode zéro de cette chronique.</p>
<p>Commençons par des considérations simples, voire simplistes : le sexe, c’est mal. Donc c’est bien. A la télévision comme ailleurs, mais à la télévision surtout. A l’origine, la télévision, c’est le royaume de la censure. Pour le dire mieux : en général, c’est l’Etat. Néanmoins, avec le temps, avec l’apparition des chaînes à péage, du câble, du satellite, ainsi qu’avec l’évolution des réglementations relatives à ce qui choque le moutard (ou pas), le Yin est venu titiller son Yang (ou l’inverse), et tout cela s’est un peu rééquilibré. Il y a du pornographique, certes, mais aussi du libertin, de l’érotique, du troublant. La vie, quoi. Et dans un petit coin de cerveau (étroit comme un cabinet et privé comme un détective), on garde même en effigie quelques animateurs et animatrices (présentateurs et présentatrices) pour égayer un moment de solitude en train de faire l’amour – ou un rêve qu’on ne raconte pas, une pensée trop vulgaire rapidement chassée. Rien que du banal. Du quotidien. Un instrument parmi d’autres de la paluche mentale pas chère. Que personne ne s’inquiète.</p>
<p>Pour des raisons réglementaires et publicitaires, la fabrication des séries (nouvel eldorado romanesque contemporain, la littérature est morte, vive la télévision) a en général été associée aux contraintes de neutralité et d’aseptisation des programmes en prime time. Du moins, jusqu’à une période récente, jusqu’à la fin des années 80, disons, où le succès d’une chaîne américaine, HBO, a définitivement changé la donne. Il a existé évidemment, bien avant les années 80 des productions qui jouent sur la charge (l’intensité) sexuelle de tel ou tel personnage, de tel ou tel comédien. On pense à <em>Chapeau Melon et Bottes de Cuir</em>. Enfin, surtout à la partie <em>Bottes de Cuir</em>. Et puis demandez donc à Monsieur R. ce qu’il pense de l’inoubliable <em>Zora la Rousse</em>…</p>
<p>Cependant, jusqu’au succès des premières chaînes à péage, ce jeu se fait dans le détournement, le contournement, l’image, le décalage, la métaphore, l’allusion. A la télévision américaine, par exemple, on sait que les mots crus sont proscrits, sans parler d’un bout de sein ou d’un quart de fesse. Mais tout va changer. Tout change. La télévision va soudain prendre le train des mœurs en marche. La série avec elle. Grâce à HBO, donc, une chaîne que l’on choisit de voir, que l’on paye. Que l’on ne diffuse pas à n’importe qui – et qui ne dépend pas (que) de la publicité et des sponsors. Donc sur laquelle on peut entendre un « <em>Fuck</em> » ou voir un téton qui pointe (avé l’accent), sans que personne ne trouve à redire, biper ou réduire en mosaïque.</p>
<p>Idem pour la concurrence toute aussi payante (mais qui s’intéressera plus tard à la série) comme Showtime. Parfois, le capitalisme – le privé – c’est aussi la liberté (et cela pour Monsieur R. qui m’accuse d’être trop à gauche).</p>
<p><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/02/dreamon.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-866" title="dreamon" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/02/dreamon.jpg" alt="" width="500" height="288" /></a>C’est ainsi qu’au début des années 90, il y eut nos premiers émois, de ceux qui montrent autant de fesses que de littérature : <em>Dream On </em>(1990-1996), par exemple. La première série qui joue vraiment sur la vie sexuelle comme une intrigue (tout ou partie, c’est selon), avant bien d’autres, plus célèbres, comme <em>Sex and the city </em>(1998-2004), <em>Entourage</em> (depuis 2004), le <em>Journal Intime d’une Call Girl </em>(depuis 2007), etc.</p>
<p>Mais dès <em>Dream On</em>, l’essentiel est là, en filigrane, une pulsion érotique ininterrompue. En fait, la victoire du réalisme. En effet, si la série télévisée est la forme de récit qui peut le plus se rapprocher de la vie quotidienne (entre fiction de l’espace réel – les mockumentaries ou documenteurs –  et fiction de temps réel – <em>24 heures chrono</em>), il est impossible qu’elles ne parlent pas (et beaucoup) de sexualité. Sinon, ce ne sont que des fables. Des pubs pour la lessive. Et même les fables parlent cul.</p>
<p>En 20 ans, la série a radicalement changé. Aujourd’hui, la majorité des programmes vont au-delà de la simple allusion sexuelle ou érotique, y compris sur les chaînes classiques, y compris les genres les plus neutres. Il suffit ainsi de mesurer le fossé qui sépare de ce point de vue la sitcom classique des années 90, <em>Friends</em> (1994-2004) sur NBC, et la sitcom contemporaine la plus populaire, <em>How I Met Your Mother</em> (depuis 2005) sur CBS. Ce que l’on suggère dans l’un est avéré dans l’autre. Ce que l’on enterre sous un tonneau d’ironie ou de guimauve ici, est dénoté tout simplement là. Il suffit de comparer les personnages de <em>Joey</em> dans Friends et de Barney dans <em>How I Met Your Mother</em> – le même, dramatiquement parlant, mais deux époques différentes semble-t-il. La télé d’avant, la télé de maintenant.</p>
<p>Globalement, cependant, l’essentiel du dilemme critique ou moral en ce qui concerne le sexe dans une fiction télévisée est de savoir si on en montre – ou pas. Et par extension, si on en parle – ou pas. De ce point de vue, aujourd’hui, on en montre et on en parle. On fait même plus que cela, on (en) fait parler. La preuve – si l’en fallait une – de l’âge adulte de la série télévisée, c’est qu’elle fait scandale, désormais. On l’accuse de tous les maux, et pas seulement de rendre idiot. En fait, encore une fois, c’est la victoire d’un certain réalisme. C’est nous qui sommes scandaleux. Pas seulement dans notre vie de tous les jours, mais dans le récit qu’on en fait, dans les livres, les journaux, au cinéma et même à la télévision.</p>
<p>L’actualité <em>Sex and the Series</em> du mois ?</p>
<p><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/02/journal.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-867" title="journal" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/02/journal.jpg" alt="" width="460" height="276" /></a>Le retour du <em>Journal Intime d’une Call Girl</em> pour une troisième saison. Parce que c’est un parfait exemple du naturalisme sexuel dont on parle : l’adaptation pour la télévision du blog (puis du livre) d’un ancienne escort girl londonienne. Parce que c’est aussi une série régulièrement accusée de rendre la prostitution sympathique (et là, je dis : pas sûr). Mais aussi et surtout parce que c’est Billie Piper. Et que ça vaut deux ou trois années de Viagra sans même parler du contexte de la série. Dans le <em>Docteur Who </em>(depuis 2005), c’était pareil.</p>
<p>Enfin, pas seulement la bouche, les yeux, … et le reste… En fait, la voix. Parce que c’est quand on ferme les yeux que l’on bande, définitivement (bon, si vous ne comprenez pas du tout l’anglais, c’est un peu un truc à la con, ceci étant, mais vous pouvez essayer quand même).</p>
<p>Tout se joue là, en réalité, dans le contre-pied de ce qu’on voit et de ce qu’on entend.  Du cul, on en voit. Beaucoup. C’est le principe. Mais justement, c’est le souffle, le grain de la voix, ces sacrées cordes vocales et ce damné accent londonien qui rendent fou.</p>
<p>Et rien que pour cela, cette chronique mérite un épisode un. Sans cliffhanger.</p>
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		<title>La lactophilie</title>
		<link>http://lautresexe.com/2009/12/31/la-lactophilie/</link>
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		<pubDate>Thu, 31 Dec 2009 06:22:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Parce que Noël, c’est après tout une affaire de petits Jésus et que nous sommes encore dans l’écoeurement des agapes de la fin 2009, j’ai choisi aujourd’hui une paraphilie de circonstance : la lactophilie. Fétichisme très singulier, la lactophilie a par ailleurs l’avantage de déborder un peu (si j’ose dire) sur d’autres fétichismes et d’autres [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-655" title="charite_romaine" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2009/12/charite_romaine1.jpg" alt="charite_romaine" width="464" height="360" />Parce que Noël, c’est après tout une affaire de petits Jésus et que nous sommes encore dans l’écoeurement des agapes de la fin 2009, j’ai choisi aujourd’hui une paraphilie de circonstance : la lactophilie. Fétichisme très singulier, la lactophilie a par ailleurs l’avantage de déborder un peu (si j’ose dire) sur d’autres fétichismes et d’autres paraphilies. Car si, au sens strict, la lactophilie est une attirance sexuelle pour les femmes allaitantes et un goût spécial pour le lait maternel, au sens décorseté de la chose, c’est de la maternité et de la fertilité dont il s’agit. De gros seins gonflés, de jolis tétons taquins, en sont ici le symbole et la métonymie.</p>
<p>Le patient X me le rappelle souvent (mais c’est un homme du gimmick verbal, de l’obsession et de la franchise), l’humanité mâle hétérosexuelle se scinde en deux groupes distincts. D’une part, il y a ceux qui vous regardent dans les yeux, Mesdames, c&#8217;est-à-dire qu’ils cherchent le sein pour chercher la femme. D’autre part, ceux qui vous regardent toujours dans les yeux, mais plus au fond des choses, qui se retournent sur votre passage et observent la danse de vos hanches, le mouvement marin de ces rotondités charnues qu’on appelle parfois les « fesses ». Le plus drôle – mais je n’ose le dire au patient X pour qui j’éprouve une tendresse déplacée – c’est que certaines théories mettent évidemment en parallèle le sillon des seins avec celui des fesses. Ce serait une seule et même chose. Car rien ne rappelle autant deux globes de chair (et de gras) serrés l’un contre l’autre, que deux autres globes. Après, c’est une question d’altitude.</p>
<p>Les anciens (les très anciens, les préhistoriques) ne s’y trompaient pas. Leurs Vénus et autres déesses de la fertilité se résumaient souvent à des fesses et des seins en proportions inégales – et à un ventre aussi, parce qu’ils avaient finalement l’esprit logique. Sans faire ici une apologie des rondes et des girondes (une autre chronique à venir), il est évident qu’à la célébration de la maternité et de la fertilité, il faut associer le culte et le fétichisme des seins, des hanches et du ventre. Et comme tout bon fétichiste le sait : plus il y en a, mieux c’est. On peut donc considérer (et de nombreux penseurs de la chose n’hésitent pas un instant à pouvoir) que le fétichisme des gros seins, la compulsion du tétin, la lactophilie sont une expression métonymique et sexualisé d’un rite de fertilité et de maternité. La maïeusophilie (l’attirance pour les femmes enceintes en général) en étant la traduction non fétichiste, plus directe et sincère, si l’on veut.</p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-656" title="venus" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2009/12/venus.jpg" alt="venus" width="399" height="600" />Souvent, la lactophilie laisse perplexe ou dégoûte. Ainsi, en Occident, si l’allaitement d’un nourrisson en public est largement toléré, l’allaitement d’un adulte peut jeter un froid le dimanche midi, chez belle-maman. Pour des raisons à l’évidence culturelles en grande partie, le sein d’une femme enceinte est tout autant un symbole de pureté maternelle que d’impureté sexuelle. C’est ainsi que le christianisme (dont on sait toute l’ambiguïté en ce qui concerne la maternité et la figure de la mère en général) collectionne des histoires de Saints allaités (oui, oui, ce n’est pas qu’un jeu de mots), souvent objets de représentations très équivoques. Si le sein qui n’allaite pas est une zone érogène classique, le sein allaitant, tout comme la femme enceinte, est encore partiellement l’objet d’un certain tabou.</p>
<p>Les sondages plus ou moins fantaisistes des sexologues contemporains estiment que plus de 50% des femmes avouent un plaisir sexuel à l’allaitement (d’un enfant ou d’un adulte) mais que 50% d’entre celles-ci en éprouvent de la culpabilité. Le partage remarquable de cette statistique trahit en fait la persistance d’une ligne de fracture, d’un interdit. La loi islamique (qui est attentive à tout) évoque en l’occurrence un âge et une situation légale en ce qui concerne l’allaitement. Encore une preuve. En quelque sorte, le sein est à l’image du sexe en général, indispensable à la procréation (le sein en tant qu’il nourrit le nourrisson), et source troublante (donc douteuse) de plaisir. C’est pourquoi votre fille est muette mais qu’elle a une jolie gorge. C’est pourquoi il y a des normes et des règles.</p>
<p>Il faut ajouter que très franchement l’humanité n’a pas de bol. Parce qu’en tant que primate, la norme (puisque ce n’est que de cela dont on parle) n’est pas au sein. Mais pas du tout. La femme est en l’occurrence le seul primate de sexe féminin à décolleté. Essayez de mettre une robe à Madame Chimpanzé (oui, cela a déjà été beaucoup tenté, y compris au cinéma), vous comprendrez rapidement qu’au balcon, c’est désert, nib, rien du tout. De fait, la règle en ce qui concerne la mamelle du primate, c’est de n’apparaître qu’au moment opportun, lorsqu’on a un petit à nourrir. Une seule exception : la femme. Les scientifiques se battent encore pour savoir la raison de tout cela. Pas de bol, je vous dis. L’humanité est condamnée à l’ambiguïté de ses objets de plaisirs, définitivement. Et je ne vous parle pas de saison des amours ou de période de rut, autres exceptions confirmées propre à l’humanité.</p>
<p>Leibniz faisant le moine (mais nul ne sait s’il se travestissait parfois ou mettait de faux seins), <em>nihil est sine ratione</em> – rien n’est sans raison. Fort de cette certitude, l’homme en cherche, des raisons, au prix parfois de la légende urbaine ou de la demi-vérité. Ainsi, une croyance populaire (impossible à contredire, cependant, il y aurait peut-être du vrai) affirme que la tétée régulière prévient le cancer du sein. Sachant qu’à raison de plusieurs tétées par jour, on peut entretenir et maintenir des montées de lait régulières, même hors périodes d’allaitement, cela vire chez certains au sacerdoce plutôt qu’à la gentille perversion. En 2005, une proportion assez conséquente d’hommes anglais (entre 25 et 40%, les sexologues anglais sont bien renseignés) avoue avoir un jour cédé à des pulsions lactophiles, cependant. Il y a de l’espoir (en Angleterre).</p>
<p>Phénomène relativement courrant, la lactophilie participe à l’occasion de comportements plus exceptionnels. Ainsi de l’infantilisme ou de l&#8217;autonepiophilie (selon la part de cuistre en vous), qui consiste à éprouver du plaisir à se faire traiter comme un enfant ou un nourrisson. Il faut noter en l’occurrence que dans cette dernière variante d’autant plus, la lactophilie n’implique pas forcément de relation sexuelle complète, ni de pénétration. Ou plus exactement, la relation hétérosexuelle normée s’inverse. L’homme n’est plus celui qui montre ses organes sexuels à tout va, qui se fait lécher, sucer et boire. Il n’est plus celui qui expulse un liquide blanchâtre après pénétration de sa partenaire. Dans un sens symbolique, c’est l’inverse. De la phallocratie, on passe à la mammocratie, si l’on peut dire. Au matriarcat. Et politiquement, cela donnerait presque envie d’être lactophile, parfois.</p>
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		<title>Coprolalie, autres nymphes et autres exercices de langues</title>
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		<pubDate>Sat, 03 Oct 2009 12:27:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
				<category><![CDATA[La consultation du docteur Von Laks]]></category>
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		<category><![CDATA[Octobre 2009]]></category>
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Un jour, j’ai entendu cette phrase curieuse de la part d’une lointaine cousine – qui avait des pulsions incestueuses : « tu veux que je te montre mes gros mots ? » Et je n’avouerai même pas sous la torture ce que j’ai répondu. Ma famille lit à l’occasion cette chronique et je ne voudrai vexer personne. Pourtant, cette [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;"><img class="aligncenter size-full wp-image-410" title="langue" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2009/10/langue.jpg" alt="langue" width="600" height="582" /></p>
<p style="text-align: left;">
<p style="text-align: left;">Un jour, j’ai entendu cette phrase curieuse de la part d’une lointaine cousine – qui avait des pulsions incestueuses : « tu veux que je te montre mes gros mots ? » Et je n’avouerai même pas sous la torture ce que j’ai répondu. Ma famille lit à l’occasion cette chronique et je ne voudrai vexer personne. Pourtant, cette phrase m’a beaucoup fait réfléchir parce qu’elle disait finalement sans métaphore ce dont elle est la métaphore.</p>
<p>Quand on prend rendez-vous avec moi (dans mon cabinet, s’entend), c’est toujours pour me montrer ses gros mots. Les mots pour le sexe qui trouble et qui gène. A moins que ce ne soit l’inverse et que le sexe, ce ne soit rien d’autre que des mots, des gros, des petits, des mots que je te mets bien profond, des mots que tu me tires des recoins les plus reculés de moi-même.</p>
<p>Le sexe est bien évidemment un langage – pas celui du corps, mais le vôtre, le nôtre. Il accompagne, il se substitue, il contredit, il prolonge notre discours perpétuel, celui de nos existences en marche ou coincées, celui du temps qui passe. Il est la métaphore perpétuelle de la naissance et de la mort, de la douleur et du plaisir, de toute une vie contenue en quelques minutes ou en quelques heures. C’est un récit en actes – avec sa grammaire, sa syntaxe, ses progressions, ses digressions et ses ruptures.</p>
<p>Bref, une parenthèse d’aventures de soi hors de soi, avec l’autre ou contre l’autre. A son tour, le sexe se raconte, il se commente, il s’annonce. Bref, il entretient avec la langue une relation si proche, si évidente et si intime que c’est une tarte à la crème de le dire. Mon collègue Fau, avec sa sexualité extensive / intensive, ne fait pas autre chose que faire l’amour, poursuivre le même but avec d’autres moyens – avec vous, avec nous, tout seul.</p>
<p>De manière très symptomatique, il est courrant de dire et de penser que le sexe ne se dit, ni ne se pense. Certains parlent de « ça », ou n’en parlent pas parce que ce ne sont pas des choses dont on parle. Le silence ou la glossolalie sexuelle, c’est la même chose. Le tabou et l’obsession, aussi. C’est pourquoi la contradiction des êtres sans paroles qui ont pourtant une sexualité ne tient pas. Ce ne sont pas des êtres sans paroles (que l’on parle de personnes muettes, handicapées, trop vieilles, trop faibles ou trop légumineuses), leur parole s’énonce sexuellement – et pas seulement.</p>
<p>De manière encore plus symptomatique encore, il existe toute une série de comportements ou de paraphilies verbales ou verbeuses – dont la coprolalie est la plus évidente et la plus connue. Parfois conséquence de la maladie de Gilles de Tourette (putain ! bordel ! merde !), elle est globalement l’expression incontrôlée d’une obscurité de soi et de la langue qui se fait grossièretés, insultes, paroles ordurières de tous ordres. C’est simplement une émotion, un exhibitionnisme, une violence, une transgression – ce qui, toutes choses égales et considérées ensemble par ailleurs, est une définition assez courante de la pulsion sexuelle. La tentation est une parole, bibliquement parlant, une parole qu’il ne faut pas entendre. Cela veut tout dire. Et ton sexe se trouve entre tes deux oreilles et ta langue. C’est du jus de cervelle articulée.</p>
<p>Ceci étant, plus sérieusement, le rapport d’intimité entre la langue et la sexualité est aussi – pour l’intellectuel ou le spécialiste – une immense déception, voire une impasse et une aporie. Que dire du sexe qui n’existe que disant / se disant (par les mots ou par lui-même) ? Le commentaire du sexe ou de la digression sexuelle apparaît comme un voile pudique, comme une pudeur, jetée sur le sexe lui-même. Ce n’est pas du sexe dont on parle, c’est le sexe qu’on rhabille. C’est ce que l’on fait ici, dans L’Autre Sexe. On vous le cache. On vous l’habille. Bien loin de nous mettre à nu, on se protège, on enquille nos expériences de cul sans chemises sur les rails bien droit du discours.</p>
<p>Comme dirait l’autre, rien ne ressemble plus à une brochette cuite au feu de bois qu’un groupe de nonnes enconnées et possédées. Merde, alors. Que faire ? Comme dirait Lapine (pardon, Lénine ! Tourette, fiche-moi la paix, maintenant)…</p>
<p>Finir bien sûr par une jolie citation du <em>Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation </em>(1926) de Pierre Louÿs : « <em>Quand vous êtes debout devant un monsieur qui bande au niveau de votre ceinture et se propose de vous enconner, montez sur un tabouret pour mettre votre petit con à la hauteur des circonstances</em> ».</p>
<p>C’est pas bien, « ça », Madame ?</p>
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