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	<title>L&#039;Autre Sexe &#187; Chroniques de la sexualité extensive</title>
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	<description>Le magazine des sexualités au pluriel (manifestement)</description>
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		<title>Qu’une pipe n’ait pas d’odeur, cela reste à prouver. (proverbe fidjien)</title>
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		<pubDate>Tue, 09 Mar 2010 12:09:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Fau</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Mars 2010]]></category>
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		<description><![CDATA[Je me demande parfois sur quel autre sujet que le sexe les média sont-ils capables de dire autant, et en si peu de temps, de stupidités ? Le football et la musique peut-être, mais ce serait l’objet d’autres webzines, ici c’est l’Autre Sexe, alors bon. Le battage médiatique (le « buzz » ?) qui a suivi une récente campagne [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/fau_mars_20101.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-941" title="fau_mars_2010" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/fau_mars_20101.jpg" alt="" width="300" height="400" /></a>Je me demande parfois sur quel autre sujet que le sexe les média sont-ils capables de dire autant, et en si peu de temps, de stupidités ? Le football et la musique peut-être, mais ce serait l’objet d’autres webzines, ici c’est <em>l’Autre Sexe</em>, alors bon. Le battage médiatique (le « buzz » ?) qui a suivi une récente campagne de lutte anti-tabagisme passif (et à conduit finalement à son retrait) en est un exemple criant : c’est bien simple, au bout de quelques jours de débat, j’avais envie de réunir partisans intégristes et opposants farouches dans un abri anti-atomique fermé à clef de l’extérieur, de leur donner des armes et d’attendre la fin du boucan pour rouvrir la porte en espérant ne pas trouver de survivants. Mais je m’égare : je suis non-violent et partisan de la résolution des conflits par le dialogue et les bisounours. Ce qui n’est pas une raison suffisante pour fermer ma gueule, ceci dit.</p>
<p>Rappelons les faits : la campagne était destinée à sensibiliser au sort des non-fumeurs (j’en suis) qui respirent la fumée des fumeurs. Vous allez me dire : il est déjà interdit de fumer au bureau et dans les lieux publics, ils veulent interdire quoi maintenant ? De fumer dans la rue ? – On ne rigole pas, merci, c’est une idée (<a href="http://www.liberation.fr/vous/0101559533-l-interdiction-de-fumer-dans-la-rue-c-est-pour-bientôt" target="_blank">http://www.liberation.fr/vous/0101559533-l-interdiction-de-fumer-dans-la-rue-c-est-pour-bientôt</a>). Le fond est donc : les non-fumeurs sont les victimes des fumeurs autour d’eux, et risquent par leur faute de développer de vilaines maladies liées au tabac, quand bien même ils n’auraient pas tiré la moindre taffe de toute leur vie – ce qui est un peu injuste, reconnaissons-le. Soit. La forme maintenant : sur chaque affiche, un jeune homme ou une jeune fille, visiblement agenouillé(e), fait face à un homme hors champ, dont on devine le ventre bedonnant, le costard mal taillé et la boucle de ceinture de nanti. A leurs lèvres, au lieu du chibre qui aurait été de circonstances dans un porno hard 70’s : une cigarette. Un slogan, ensuite : « Fumer, c’est être esclave du tabac. » Comprenons : pour un non-fumeur, respirer la fumée d’un fumeur est comparable à une fellation. Forcée, doit-on ajouter. Et c’est là, forcément, que le bât (résille) blesse. Car aucune des identifications que fait jouer cette affiche ne résiste à l’analyse.</p>
<p>Le slogan est trompeur : il pourrait faire croire que l’on se préoccupe de l’intérêt des fumeurs à proprement parler, en rappelant qu’ils sont les victimes d’une dépendance (médecins et chercheurs spécialisés comparent la capacité addictive de la nicotine à celles de la cocaïne et de l’héroïne, au moins quant à la rapidité de sa phase d’ « accroche »). Mais non : l’association commanditaire de la campagne n’est autre que l’association des Droits des Non-fumeurs. Le message est donc : les fumeurs dominent et violent les non-fumeurs lorsqu’ils fument en leur présence. Dire que la métaphore est excessive est trop peu : c’est une insulte à l’intelligence. Respirer la fumée d’un fumeur n’est pas anodin, et autant l’éviter, c’est bien meilleur pour la santé, mais cela ne fait qu’augmenter (un peu) la <em>probabilité</em> d’être touché par une maladie liée au tabac. Etre forcé(e) à une fellation, ou à n’importe quel acte sexuel par quelqu’un usant de son pouvoir de domination n’a pas de répercussion sur la santé physique, mais imprime une marque traumatique réelle et inévitable. On n’en meurt pas comme d’un cancer, mais cela a forcément des répercussions sur la psyché, le rapport à autrui et à sexualité, bref la vie. Et c’est ainsi que je me retrouve avec certains représentants d’associations d’aide aux victimes, à me demander ce que peut ressentir face à cette affiche quelqu’un qui a réellement vécu la scène représentée, mais avec une grosse bite à la place de la clope.</p>
<p>Et si je dis « grosse bite », là, ce n’est pas pour être vulgaire gratuitement, c’est pour détendre l’atmosphère.</p>
<p>Une autre association d’idées en jeu dans cette affiche identifie la fellation à un viol. Une autre encore, immédiatement concomitante, identifie la soumission à un viol. Que la fellation soit une manifestation de soumission sexuelle, l’idée n’est pas neuve, mais les féministes n’ont pas été les dernières à la combattre. Que le gars parmi vous qui ne s’est pas senti, un jour ou l’autre, vachement dominé par la fille occupée à lui lubrifier vigoureusement l’extrémité sensible me jette la première pierre. Je n’irai pas jusqu’à dire que les rôles s’y inversent systématiquement, mais quand même. Ici comme ailleurs, tout passe le dialogue, la communication entre les partenaires. Une chose est sure, en tout cas : la fellation n’est pas (forcément) un acte violent. Quant aux ceusses qui parlent pédophilie pour dénoncer cette campagne, qu’ils aillent s’acheter des yeux à défaut d’un cerveau : les modèles sont clairement, bien que sans doute légèrement, majeurs. Et la publicité militante d’user ici des mêmes ressorts que les vendeurs de porno au kilomètre, qui rivalisent sur le net et ailleurs de « Barely Legal », « Club Seventeen » ou autre « Teen sluts » en précisant en bas de page que tous leurs modèles ont l’âge légal. Comme quoi les pornographes sont avant tout des commerciaux et des publicitaires. Et vice-versa.</p>
<p>Mais bref. Le problème majeur vient qu’ici comme <span style="text-decoration: line-through;">partout</span> souvent, on utilise l’imagerie sexuelle pour l’associer à des idées fortement anxiogènes : le viol, le cancer, la pédophilie, la domination. Pas facile ensuite de vivre une vie quotidienne sexuelle responsable mais détendu et décomplexée. Il n’y a pas d’images, il n’y a pas de symboles innocents. Quand on les utilise pour dire n’importe quoi, on marque les esprits en même temps qu’on en fait glisser, plus ou moins perceptiblement le sens. Et la confusion qui née alors ne profite qu’à nos névroses. Alors que bon, il y avait tant d’autres façons d’inciter les gens à ne pas fumer… Combattre par exemple l’idée que fumer est chic (on dira ce qu’on voudra : une affiche comme celle qui a occupé cette chronique emprunte aux codes visuels du « porno chic », et il y a quelque chose de malsain à la voir ainsi associer esthétisme tendance classieuse et condamnation morale) ou rappeler que fumer rend idiot, c’est prouvé c’est scientifique (<a href="http://lci.tf1.fr/science/sante/2010-02/fumer-rend-idiot-c-est-prouve-5705625.html" target="_blank">http://lci.tf1.fr/science/sante/2010-02/fumer-rend-idiot-c-est-prouve-5705625.html</a>). Mon non, la voie choisie a une nouvelle fois été celle de la facilité : peu importe le message pourvu qu’on en parle. Et l’intelligence de passer par-dessus bord, avec ses potes l’éthique et la raison.</p>
<p>Bon, c’est pas tout ça, mais à force d’être de mauvaise humeur et de ronchonner sur des publicités débiles (pléonasme), j’en oublie qu’il va falloir que je songe sérieusement à trouver un moyen de présenter les hommages de mon vit à quelques amygdales consentantes, de me faire humecter le poireau, arroser la carotte ou mouiller la courgette (si je varie les légumes, c’est seulement pour assurer l’anonymat de ma bite, hein), de dépuceler quelques dents de sagesse, de faire coulisser le divin trombone, bref de lancer la distribution générale de sucres de gorges. Tout ça dans le respect d’autrui, bien entendu. Puis d’aller m’en griller une.</p>
<p>Ou pas.</p>
<p>Et c’est ça qui est bien.</p>
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		<title>Canines allongées et virginité fantasmée : culture extensive oui, mise en jachère non !</title>
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		<pubDate>Thu, 31 Dec 2009 06:15:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Fau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques de la sexualité extensive]]></category>
		<category><![CDATA[Janvier 2010]]></category>
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Le mois dernier, j’ai commis une erreur : j’ai accepté de regarder non pas un, mais les deux volets de la saga Twilight sortis au cinéma. Des yeux de biches, de gentils froufrous, deux trois plaisanteries plutôt largement au-dessus de la moyenne compte tenu de l’âge de la demoiselle (1), et hop ! en tout bien tout [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="aligncenter size-full wp-image-695" title="tendresse" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/01/tendresse1.jpg" alt="tendresse" width="600" height="450" /></p>
<p>Le mois dernier, j’ai commis une erreur : j’ai accepté de regarder non pas un, mais les deux volets de la saga <em>Twilight</em> sortis au cinéma. Des yeux de biches, de gentils froufrous, deux trois plaisanteries plutôt largement au-dessus de la moyenne compte tenu de l’âge de la demoiselle (1), et hop ! en tout bien tout honneur au cinéma, histoire d’essayer de comprendre ce qu’autant de gens peuvent bien trouver à cette histoire de vampire amoureux d’une mortelle, ou vice-versa, qui me semblait de loin aussi niaiseuse que rebattue. Eh bien je n’ai pas été déçu. C’est encore pire que je ne l’imaginais.</p>
<p>Vous, je ne sais pas, mais moi j’en étais resté à Murnau, à Tod Browning ou à la limite à Polanski et Coppola (qui déjà, pour ce dernier, me tombait des yeux dès qu’il essayait de parler d’amour). J’avais bien regardé d’un œil distrait, un soir d’ennui, l’assommant « Entretien avec un vampire », qui ne vaut que pour sa lecture crypto-gay presqu’aussi manifeste que les tétons pointus de la combinaison du Batman de Joel Schumacher. J’avais bien regardé quelques épisodes épars de « Buffy contre les Vampires », une série où l’héroïne passe la moitié des épisodes à flirter avec des beaux garçons dans les surpattes du campus ou à consoler sa copine lesbienne, et au cours de laquelle, tout au long de 144 épisodes, on ne voit pas une SEULE goutte de sang à l’écran. Mais je ne m’étais pas rendu compte que la symbolique du vampire s’était désexualisée à ce point : dans <em>Twilight</em>, voici notre vampire devenu petit ami idéal, chevalier servant protecteur, preux et chaste. Pas une goutte de sang (le sang menstruel, c’est sale), même pas le moindre petit croc (le phallus, berk). C’était à n’y rien comprendre, et je n’y ai rien compris. Dans l’histoire de la littérature, il doit falloir remonter à Chrétien de Troyes pour trouver des personnages qui portent aussi haut l’étendard de la virginité et de l’abstinence triomphante. Merde alors, un vampire chrétien tendance fondamentaliste. J’aurais donc tout vu dans ma petite vie.</p>
<p>Evidemment, j’étais entré dans la salle obscure du mauvais pied : dans <em>Twilight</em>, le fantastique n’est qu’un trompe-l’œil, et la caractéristique vampirique du personnage principal masculin un artifice de scénario qui empêche ou retarde la romance, moteur principal du récit. En d’autres temps, il aurait suffit qu’il soit noir, et l’histoire pouvait être la même (2). Ou alors d’une famille « en guerre », pour une raison ou une autre, contre celle de la jeune fille, et nous voici chez Shakespeare ou Corneille, qui avait quand même beaucoup plus la classe quand il s’agissait de trouver des prétextes pour empêcher leurs héros de faire crac-boum-hue tranquillement. Dans un imaginaire pré-adolescent ou adolescent, les caractéristiques du vampire idéalisé façon <em>Twilight </em>ne sont que des arguments de séduction supplémentaire : toujours disponible (il ne dort jamais), ultra-protecteur (il est vachement fort, presqu’autant que Wolverine mais sans les poils et les vilaines griffes), mystérieux (mais jamais vraiment inquiétant puisqu’on ne doute jamais de son « bon fond »), et finalement asexué (puisqu’un interdit fondamental pèse sur le rapport sexuel entre humain et vampire), c’est à la fois le petit ami idéal pour les jeunes filles et le gendre idéal pour leurs mères. Idéal donc inexistant, impossible à atteindre, irréaliste. Et c’est encore heureux.</p>
<p>La vraie question à se poser n’est pas comment <em>Twilight </em>peut parler à des jeunes filles de 12 ou 14 ans. La réponse est tellement évidente que ça en perd tout intérêt. Mais voilà : quand un film fait 2,4 millions d’entrées sur sa première semaine d’exploitation, c’est qu’il n’attire pas que les pucelles (ou alors les statistiques françaises sont méchamment faussées). Du coup, je me demande jusqu’à quel point un aussi grand succès ne témoigne pas d’un refus grandissant, quoiqu’en grande partie inconscient, de la sexualité, ou plutôt des représentations non sublimées de la sexualité. Une sorte de réponse à la saturation de l’imagerie pornographique, à la démocratisation des pratiques sexuelles : le sexe, « c’est l’infini à la portée des caniches », comme disait Céline, alors faisons d’une certaine chasteté un idéal, histoire d’avoir l’impression de se distinguer de la masse des caniches – et même si notre quotidien ne ressemble pas à ça, allons y rêver ensemble lorsqu’une mère de famille de l’Arizona trouve le moyen d’en faire cinq volumes avec un peu d’aventure et beaucoup de beaux sentiments. Soyons clair : une survalorisation de la chasteté (et de la virginité) est aussi peu souhaitable, à mes yeux, qu’une survalorisation de la double pénétration ou du bondage en extérieur avec cordelettes en nylon. Sexualité extensive, oui ; mise en jachère des ressources naturelles, non. Toute survalorisation, symbolique ou non, d’une pratique d’ordre strictement privée, comme l’est n’importe quelle pratique sexuelle, créé du déséquilibre et des névroses – individuelles ou sociétales.</p>
<p><em>Twilight</em> n’en ai pas à mettre forcément au pilori pour autant (je n’en connais que deux des cinq épisodes, il paraît que la suite est bien plus sombre, donc ambiguë, donc forcément plus intéressante – mais en même temps on m’a déjà fait le coup avec les <em>Harry Potter</em>), encore ce que j’en ai vu me soit paru extrêmement faible, tant narrativement que mythologiquement (sans parler de cinématographiquement). C’est seulement l’avatar ultime (jusqu’au prochain) d’un mythe qui a perdu en un siècle et demi la majeure partie de sa charge sexuelle, dans une société qui n’a jamais été à un tel point saturée de représentations de la sexualité, pour le meilleur ou le moins meilleur. C’est un symptôme, et je n’ai pas l’habitude d’appeler à brûler des symptômes. Mais ce n’est pas compliqué : autant de virginité subconsciente, ça me donne d’aller tringler Suzette dans la pâte à crêpe, d’aller faire infuser mes boudoirs™ dans le sucre glace, d’aller apprendre le moonwalk à l’étudiante en droit qui loge de l’autre côté de ma cour, d’aller tirlipimponner sur le chiwawa de quelque fêtarde attardée à quelques jours de la Saint-Sylvestre, d’aller m’entrainer au tir aux penalties sur terrain humide, d’aller remuer le chou dans le pot au feu pour éviter que ça attache, bref de redonner leurs lettres de noblesse à certains muscles de mon anatomie que je n’ai pas sollicité depuis un moment, et je ne parle pas seulement des abdominaux, de sonner la charge sur Fort Alamo, de réveiller la Légion des Morts, de planter mon drapeau sur les Monts Jumeaux-ou-quasi.</p>
<p>Ou pas.</p>
<p>Et c’est ça qui est bien.</p>
<p>(1) oui, je sais, cette phrase est quelque peu misogyne, mais rappelez-vous, mesdames, de l’humour de vos dix-huit ans, et jetez-moi la première pierre si vous trouvez vraiment qu’une jeune fille de 2009 qui aime et cite les Monty Pythons ne mérite pas plus mon intérêt que, disons, une jeune fille de 2009 qui aime et cite Gad Elmaleh.</p>
<p>(2) <em>True Blood</em>, série toute récente de HBO, parle ainsi purement et simplement de l’exclusion d’une communauté dans une petite ville de Louisiane. Que cette communauté soit une communauté de vampires n’a finalement pas tant d’importance que cela : on y parle surtout de ségrégation et de droits civiques, et il n’est pas besoin d’être immortel avec des longues canines pour souffrir de celle-là ou de réclamer ceux-ci.</p>
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		<title>Comme un aveugle dans un club de strip</title>
		<link>http://lautresexe.com/2009/11/03/comme-un-aveugle-dans-un-club-de-strip/</link>
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		<pubDate>Tue, 03 Nov 2009 10:04:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Fau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques de la sexualité extensive]]></category>
		<category><![CDATA[Novembre 2009]]></category>
		<category><![CDATA[Numéros]]></category>
		<category><![CDATA[camilles d'or]]></category>
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		<description><![CDATA[Cette chronique (enfin, au moins son titre) est dédiée à Jérôme Gautheret.
Benjamin Fau, reporter de terrain

 
Préliminaire* : cette chronique était destinée au numéro d’octobre de l’Autre Sexe, ce qui explique qu’on y traite d’un événement alors d’actualité : la remise des Camille d’Or au Pink Paradise. Laissons le temps au temps, et nos amours auront quinze [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cette chronique (enfin, au moins son titre) est dédiée à Jérôme Gautheret.</em></p>
<p style="text-align: center;"><em><img class="aligncenter size-full wp-image-589" title="fion" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2009/11/fion.jpg" alt="fion" width="288" height="384" />Benjamin Fau, reporter de terrain<br />
</em></p>
<p><em> </em></p>
<p>Préliminaire* : cette chronique était destinée au numéro d’octobre de l’Autre Sexe, ce qui explique qu’on y traite d’un événement alors d’actualité : la remise des Camille d’Or au Pink Paradise. Laissons le temps au temps, et nos amours auront quinze ans, comme disait le poète de droite.</p>
<p>Ma vie est formidable : si l’on m’avait dit, il y a dix ans, que j’assisterai un jour à une remise de prix sur le thème de la sexualité dans une boîte de strip-tease des Champs-Elysées, j’aurais sans doute répondu quelque chose comme : « Et puis quoi encore, dans dix ans, je donnerai des cours sur « La figure maternelle et l’utilisation de l’épanadiplose chez Bossuet » à l’Université de Dijon, alors hein ! Et puis de toute façon, ils laissent pas entrer les gens en costume de velours côtelé, sur les Champs, alors moi, hein… » Et pourtant, <em>Autre Sexe </em>oblige, j’ai assisté, fin septembre dernier, à la remise des Camille d’Or à l’occasion du premier anniversaire de l’excellent blog <a href="http://www.rue89.com/rue69" target="_blank">Rue69</a>, organisée au Pink Paradise, temple parisien du strip-tease chicos – mais on y reviendra.</p>
<p>De la soirée elle-même, j’ai promis sous la torture de ne pas en dire trop de mal : disons simplement que, déjà trop longue par excès de prix à remettre (les catégories étaient intéressantes, pourtant), elle a été souvent plombée par manque d’expérience (mais ça, c’est normal, et ultra-pardonnable) et de préparation (et, bien que compréhensible, c’est déjà plus gênant – en même temps, rien qu’imaginer pouvoir tenir une cérémonie de près de deux heures <em>sans répétitions</em>, comme cela a été avoué sur le blog, c’est déjà de l’inconscience pure et simple). Mais il y a quand même eu de belles interventions, un montage hilarant réalisé par les gars de <a href="http://www.nanarland.com/">www.nanarland.com</a> dont je n’arrêterai de dire du bien qu’à ma mort ou en échange de faveurs sexuelles très précises et très difficiles à réaliser, la rencontre d’une sympathique éditrice de <em>La Musardine</em> ( <a href="www.lamusardine.com" target="_blank">www.lamusardine.com </a>) etc. Finalement, mon principal malaise a été suivant : pourquoi cette cérémonie, malgré ses postulats très louables, s’est-elle retrouvée parasitée d’un bout à l’autre par tous les avatars (légaux, j’entend) du marché du sexe ? Où que l’on regarde, l’on tombait sur l’un ou l’autre « entrepreneur » du sexe, de ceux qui font commerce de notre sexualité et de nos fantasmes. Je m’explique et développe.</p>
<p>Organisée en partenariat avec <em>Passage du Désir</em>, la soirée s’est par moment transformée en distribution de sex-toys. Fun. De toutes les manières de faire de l’argent avec le sexe, le commerce de gadgets débiles et plus ou moins inutiles censés pimenter les ébats des moins imaginatifs n’est certes pas la plus indigne. Rigolos quand on nous en offre, comme ça en soirée pour déconner allez faites pas les coincés les gars, les sex-toys d’aujourd’hui, lancés dans une surenchère du concept tiré par les poils et du design moisi, font jouer tous les sens du terme « indécent » quand on découvre le prix auxquels ils sont vendus. La simple retranscription de la bannière publicitaire du site de la boutique suffit à provoquer un fou-rire nerveux :</p>
<p>« Compteur d’allers-retours : il se place sur le pénis et compte  vos allers-retours pendant vos ébats. Décalé et drôle ! – 6,90 euros »</p>
<p>« La Rolls-Royce des lubrifiants : à base de silicone, totalement indolore et inodore, une noisette suffit pour un résultat renversant ! – 18 euros les 150 ml »</p>
<p>« Le Glaçon Frisson Vibreur : il se met au congélateur avec de l’eau et hop ! il se transforme en glaçon sensations ! – 29 euros »</p>
<p>Attention, j’ai gardé le meilleur pour la fin : « Tout simplement le meilleur sex-toy du monde ! Certaines femmes ont confié atteindre l’orgasme en « dix secondes chrono » - 99 euros» « Paiement sécurisé. Livraison discrète 48h », nous rassure quand même le site. On a failli avoir des doutes sur leur sérieux.</p>
<p>Je suis le seul à être plongé dans la consternation, là ? Difficile d’oublier, en tout cas, que chaque remerciement des organisateurs de la soirée envers leur partenaire <em>Passage du Désir</em> allait avant tout à un entrepreneur qui prend ses consommateurs pour de gros faisans débiles. Ce n’est certes pas le seul, mais quand même : ça fait mal à la légitimité.  Je dois noter également que de tous les présents, nominés, jurés et/ou récompensés, l’un s’est détaché par son application à exploiter au mieux le potentiel publicitaire de la soirée : Marc Dorcel Productions et son armée de jeunes représentants sympathiques et dynamiques, qui ont même réalisé un petit film (tout public) sur la soirée et qui, décidemment, sont prêts à tout pour donner de leur boîte une image branchée, moderne et respectable, alors que bon, hein, ce sont juste des gars qui font des films de boules industriels, quasiment impossibles à différentier les uns des autres et jouant sur les fantasmes les plus banals pour toucher un maximum de public (et rassurer les mères de famille sur la psyché de leurs maris parce que bon, si c’est ça qui les excitent, c’est bien, ils sont comme tout le monde, tout va bien). Et puis il y avait le Pink Paradise.</p>
<p>Je me souviens d’un jour où un gars était venu examiner les murs d’un vieil appartement montmartrois que j’habitais alors, et devant une fissure d’au moins un centimètre de large qui parcourait tout un mur, il avait dit : « Oh, ça, avec un petit coup de peinture pour cacher la misère, on n’y verra que du feu. » Eh bien, on dira ce qu’on voudra, mais c’est à ça que m’a fait penser le Pink Paradise : strings et seins refaits pour cacher la misère. Un décor tout en tapisseries soyeuses ou moutonnantes <em>motif panthère noir et rose</em>, des coins sombres avec des poufs en cuir (quand je dis poufs, je parle des sièges, hein), des néons roses et bleu pastel comme dans le premier sex shop pigallien venu, des hôtesses en porte-jarretelles et décolletés pigeonnants, de la musique d’ascenseur d’entreprise et des consommations à dix euros. Le Buddha’s Bar ou le Café Costes du sexe. La vulgarité banale quoi. La libido uniformisée, le faux chic et un résultat aussi classieux qu’une glace sans teint de peep-show. De quoi me tuer dans l’œuf la moindre velléité d’érection. Faut sans doute que j’en parle un jour ou l’autre à un psy, mais c’est un fait : Nathalie Portman, Evangeline Lilly ou Amandine Farges seraient venues me mettre leurs seins à deux centimètres du nez que, dans un tel cadre, ma virilité, comme on dit, n’aurait pas moufté d’un millimètre.</p>
<p>Dès la fin de la cérémonie, la piste centrale s’est rempli de jeunes femmes en strings microscopiques et tétons chercheurs. Trop nombreuses pour le petit espace de la piste, elles ont esquissé des petits pas de danse, un peu comme moi au mariage de ma belle-sœur l’été dernier, en ayant l’air de se demander ce qu’elles faisaient là, et puis elles sont passés en salle, entamant la discussion ici et là avec quelques mâles esseulés dans une salle qui se vidait doucement. Pour pas cher, on pouvait avoir une petite danse perso, mais dans la salle commune. Pour un tête-à-tête dans une petite cellule privative, c’était plus cher. Beaucoup plus cher. Et puis on ne touche qu’avec les yeux, hein, on est pas chez les prostiputes, ici, c’est le Pink Paradise, le joyau des nuits parisiennes, c’est du sexe, oui, mais avant tout du chic et du glamour.</p>
<p>Du coup, je suis allé boire des bières avec mes amis. C’était bien, ça a fait disparaître mon début de nausée.</p>
<p>Ou pas.</p>
<p>Et c’est ça qui est bien.</p>
<p>* J’ai d’abord pensé écrire « Prolégomènes : », mais finalement, le terme « préliminaire » convient mieux à l’ambiance générale de ce webzine, non ?</p>
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		<title>Réveil du gros ours qui hibernait bien au chaud, ou comment j’ai passé six mois sans parler de sexe sur la toile</title>
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		<pubDate>Fri, 28 Aug 2009 10:55:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Fau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques de la sexualité extensive]]></category>
		<category><![CDATA[Septembre 2009]]></category>
		<category><![CDATA[couple]]></category>
		<category><![CDATA[sexualité extensive]]></category>

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		<description><![CDATA[De ce côté-ci de Paris, l’été s’achève bientôt, et c’est bien heureux parce que je sentais quasiment les premiers effluves de ma libido commencer à se réveiller timidement. Encore un peu et j’allais me mettre à jeter un œil libidineux sur jupettes courtes, robes à fleurs et débardeurs échancrés, y compris sur mon lieu de travail. Et j’ai envie de dire : manquerait plus que ça.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-295" title="benjamin_septembre09" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2009/08/benjamin_septembre09.jpg" alt="benjamin_septembre09" width="320" height="240" />Alors comme ça, <em>l’Autre Sexe</em> renaît, tout neuf, tout beau, encore plus riche et pratique que sa formule précédente ? Heureux lecteurs qui naviguez déjà dans les douces pages du web 3.4.5 sexuel et sexué ! A l’heure où j’écris ces lignes (et où je ferais mieux de faire autre chose de mon samedi soir, genre allez dragouiller Germaine ou Gertrude dans tel ou tel bar de la rue Oberkampf – ou entre la Madeleine et les Grands Boulevard à l’heure de sortie des bureaux si jamais je me décide enfin à cibler la trentenaire active…), je n’ai pas encore vu la moindre petite fenêtre, cadre, bout de code HTML, méga-super-applet de la mort qui tue ou autre, de cette nouvelle version de votre site préféré. Le suspense n’en est pour moi que plus prenant – j’en suis tout saisi jusqu’aux tréfonds de mon être. Et j’aime mieux vous dire que les tréfonds de mon être, ce n’est pas vraiment la porte à côté. Plutôt porte de Champerret ou porte d’Orléans.</p>
<p>L’écrin change, la perle demeure. Oui, dorénavant, quand je parlerai de ma prose, je dirai « la perle », et je ne tolérerai aucune remarque. Chaque mois, je vous parlerai donc de sexualité extensive, de la sexualité de ceux pour qui la sexualité « c’est cool/bien/carrément bon mais pas si grave que ça, au fond, il y a plein d’autres choses à faire dans la vie, quoi », ceux qui ne comprennent pas que la quasi-totalité des discours, en ce début de XXIe siècle (juste pour souligner que Néanderthal ou nos cousins les grands singes, c’était pas hier, ni même avant-hier), soient à ce point éro-centrés, ceux pour qui une sexualité réussie tient plus de la sexualité sereine et satisfaisante que de la sexualité de compétition ou d’exploration systématique, pour qui le couple est quelque chose de plus complexe que la simple entente/complicité sexuelle (sans en nier l’importance, cependant). Le mot d’ordre ne serait même pas « faisons peu l’amour, mais faisons-le bien » &#8211; ce qui serait pourtant déjà bien préférable à pas mal de situations actuelles – mais plutôt « faisons l’amour si et seulement si nous en avons envie, et non parce qu’il le faut, non parce qu’une sorte de pression sociale et d’air du temps nous ordonne instamment autant qu’inconsciemment de le faire ». Je vous parlerai, enfin, au nom de ceux qui acceptent et comprennent que, d’un individu à l’autre &#8211; et plus encore : indépendamment du sexe – les désirs et nécessités varient, parfois drastiquement, et qu’appliquer à la sexualité humaine un modèle unique qui garantirait félicité et vie réussie à tous et à chacun est aussi dangereux que contre-productif.</p>
<p>La sexualité « naturelle » n’existe pas : elle ne serait, si l’on en tire bien toutes les conséquences, que la satisfaction sans frein d’un désir animal. L’homme est un animal civilisé, et la civilisation – la « culture » &#8211; est indissociable de son animalité, pour le meilleur comme pour le pire. La sexualité « rationalisée » n’existe pas plus : l’intellectualisation à outrance ne mène qu’à une autre sorte de névrose, et à l’exclusion quasi-eugéniste, la systématisation des situations de détresse sentimentale et/ou sexuelle. Entre ces deux extrêmes, nous évoluons, ballottés comme de Charybde en Scylla, incapables de nous fixer, incapable de faire consciemment la part des choses entre notre culture et le discours social d’une part, les mouvements profonds de notre psyché (et de notre bas-ventre, hein, n’oublions jamais notre bas-ventre, il va de pair avec notre psyché) d’autre part. La sexualité extensive se voudrait, sinon une réponse, du moins une ébauche de compromis nécessaire, les premiers articles d’une constitution que tout un chacun sera amené (et encouragé) à amender.</p>
<p>Vous l’aurez compris : la chronique de ce mois-ci n’est qu’une petite parenthèse, et le gros du travail (oui, oui, vous pouvez m’appelez le gros du travail, j’assume embonpoint et incapacité à prendre de vraies vacances) reprendra le mois prochain, si vous le voulez bien, avec a priori la suite de la série de chroniques « Petit traité de résistance au porno con ». De ce côté-ci de Paris, l’été s’achève bientôt, et c’est bien heureux parce que je sentais quasiment les premiers effluves de ma libido commencer à se réveiller timidement. Encore un peu et j’allais me mettre à jeter un œil libidineux sur jupettes courtes, robes à fleurs et débardeurs échancrés, y compris sur mon lieu de travail. Et j’ai envie de dire : manquerait plus que ça. Manquerait plus qu’il me reste finalement quelques hormones, et qu’elles se décident à danser la gigue, la java et le menuet dans mon slip. Dieu sait ce dont je serais capable alors : expliquer à la serveuse des <em>Gais Lurons</em> les bienfaits<em> </em>du calcul intégral et du bronzage tout aussi intégral ; écrire des nouvelles érotiques et engager une jeune étudiante en lettre pour qu’elle prétende en être l’auteur, signe un contrat juteux avec un célèbre éditeur germano-pratin et pose en petite culotte sur la couverture (non, non, quelque chose comme cela n’arrivera jamais, c’est impossible, c’est de la pure fiction, bien entendu) ; raconter à la prochaine ouvreuse que je croise qu’elle ferait mieux d’ouvrir une autre sorte de salle obscure, et ce côté jardin autant que côté cour ; me rendre en string léopard et jabot de dentelles à la première cérémonie des <a href="http://www.rue89.com/rue69/2009/07/25/camille-dor-une-soiree-pour-souffler-la-premiere-bougie-de-rue69">Camille d’Or</a> (c’est bientôt, et à ne pas manquer, bien entendu). Enfin rien faire que des bêtises, quoi. Comme dit John Wayne, décidemment l’homme le plus classe du monde, dans <em>Rio Lobo</em> d’Howard Hawks : « Permettez que je tire ? Moi, ça m’fait plaisir. »</p>
<p>Ou pas.</p>
<p>Et c’est ça qui est bien.</p>
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		<title>Petit traité de résistance au porno con, mais surtout pas aux cons pornos, hein (2eme partie)</title>
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		<pubDate>Sat, 31 Jan 2009 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Fau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques de la sexualité extensive]]></category>
		<category><![CDATA[Février 2009]]></category>
		<category><![CDATA[pornographie]]></category>
		<category><![CDATA[sexualité extensive]]></category>

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		<description><![CDATA[Mais justement : l’homme, là-dedans, hein ? L’image masculine véhiculée par le porno contemporain, quoi. Vaut-elle vraiment mieux, en définitive, que celle de la femme ? Qui, dans l’honorable lectorat qui est sans aucun doute celui d’une publication de haute volée comme L’Autre Sexe, a vraiment envie de ressembler aux porno-boys américains aussi pleins de stéroïdes anabolisants que vides de matière grise ? A ces étalons priapiques dont l’existence se résume finalement à bander suffisamment longtemps pour appliquer à sa partenaire une série de positions souvent imbéciles – car dictées par les besoins du cadrage et non par le plaisir que les pratiquants en retirent – jusqu’à ce qu’elle crie suffisamment fort pour s’imaginer qu’elle jouit ? A ces mâles crétins dont la testostérone a bouffé le cerveau et qui appliquent le libéralisme sexuel dans ce qu’il a de plus injuste, inégalitaire et humainement destructeur ?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://lautresexe.com/images/benjamin_fevrier09.jpg" border="0" alt="" width="320" height="240" align="left" />Le mois dernier, j’ai commencé à discourir devant vous de choses et d’autres tournant autour du porno, et aussi un peu autour du pot, avouons-le. Nous en étions resté au moment où il était entendu que l’image pornographique était devenue, pour le meilleur et/ou pour le pire, une composante de l’imagerie contemporaine – c’est-à-dire que plus grand monde ne peut prétendre n’avoir jamais d’images ou de films représentant des actes sexuels non simulés. Soit. Reste à savoir ce que notre petite tête en fait, de toutes ces informations classées X. Et là, ça se corse (dans les montagnes, du côté de Calvi, à regarder le soleil se coucher sur les remparts de la vieille ville, oh oui c’est là que j’aimerai tellement être – je sais, j’ai besoin de vacances).</p>
<p>L’une des critiques les plus fréquemment émises à l’encontre de la pornographie, et pas des moins recevables repose sur la piètre image qu’elle véhiculerait de la Femme. Instrumentalisées, soumises, « réifiées » hasarderait l’étudiant en lettre s’il s’égarait dans ces pages, les porno-women interchangeables se résumeraient dans l’esprit du porno-matteur à une série de mensurations et de notations objectives : seins plus ou moins gros, fessiers plus ou moins rebondis, clitoris plus ou moins proéminents, lèvres roses, rouges ou n’importe quelle teinte intermédiaire, émissions de sons plus ou moins fréquents et/ou stridents, tout cela compose un tableau anatomique un peu consternant si l’on croit qu’il suffit à distinguer un être humain d’un autre. Certes. Réduites ainsi à une question de centimètres en plus ou en moins, de discriminations physiques arbitraires ou relevant des préférences purement subjectives du spectateur, les centaines d’incarnations féminines qui défilent devant les pupilles du porno-matteur, se confondent et se fondent, ne se distinguent qu’exceptionnellement et finissent au mieux dans un coin de cerveau au rayon des « est parvenue à me faire hisser pavillon pendant quelques minutes, juste le temps de parvenir à me soulager de quelques grammes de substance superflue ». L’objectif de toute une vie, la consécration, le panthéon, quoi. L’objectivisation de la femme dans la pornographie est une évidence, qu’il est impossible de nier à moins de disposer d’un stock de mauvaise foi comparable à celle des administrations Bush père et fils – ou de ne pas même savoir ce qu’est une femme. Les personnalités ne passent pas la pellicule du porno – et pourtant, dans la vraie vie, ce sont quand même les personnalités qui prolongent la plupart du temps la bandaison au-delà des premières semaines de lapinage passionnel. Sinon, tous les hommes se contenteraient de vagins en caoutchouc et autres poupées gonflables et jamais gonflantes.</p>
<p>Mais justement : l’homme, là-dedans, hein ? L’image masculine véhiculée par le porno contemporain, quoi. Vaut-elle vraiment mieux, en définitive, que celle de la femme ? Qui, dans l’honorable lectorat qui est sans aucun doute celui d’une publication de haute volée comme <em>L’Autre Sexe</em>, a vraiment envie de ressembler aux porno-boys américains aussi pleins de stéroïdes anabolisants que vides de matière grise ? A ces étalons priapiques dont l’existence se résume finalement à bander suffisamment longtemps pour appliquer à sa partenaire une série de positions souvent imbéciles – car dictées par les besoins du cadrage et non par le plaisir que les pratiquants en retirent – jusqu’à ce qu’elle crie suffisamment fort pour s’imaginer qu’elle jouit ? A ces mâles crétins dont la testostérone a bouffé le cerveau et qui appliquent le libéralisme sexuel dans ce qu’il a de plus injuste, inégalitaire et humainement destructeur ? A ces caricatures de ce que l’homme a de plus à vomir dans son comportement social et sexuel, qui ne sont finalement pas moins indifférenciés (et généralement encore moins « beaux ») que leurs contreparties féminines ? Tout homme qui s’est masturbé devant un porno connaît la crainte du plan de coupe sur le mâle au moment de l’orgasme : une mauvaise inspiration du monteur, un vieux coup de malchance et nous voilà à asperger de foutre la face rubiconde d’un acteur gominé aux veines saillantes et à la bouche entrouverte en rond façon anus. Reconnaissons quand même que cette circonstance traumatique est un peu extrême. Profiteur béat et abêti, figure larvaire de l’humanité, l’acteur porno n’est pas moins chosifié que sa contrepartie féminine – et ce n’est pas pour rien, du même coup, qu’on peut imaginer qu’un sex-toy un tant soit peu perfectionné puisse procurer à son utilisatrice autant sinon plus de plaisir qu’un homme dans leur plumard. Ce n’est là qu’un retour de bâton, si je puis me permettre cette image un peu osée : quand on pense qu’on n’a pas besoin des gens, les gens se rendent compte très vite qu’ils n’ont pas besoin de vous. Merdum, voilà que je me mets à écrire comme un scénariste de <em>Grey’s Anatomy</em>…</p>
<p>Bon, c’est pas tout ça, mais me voilà tout échauffé d’avoir devisé galipettes avec d’aussi désirables personnes que vous, lectrices, et d’aussi troublants éphèbes que vous, lecteurs. Il me faut à présent retourner à mon travail d’exégèse de l’œuvre de Jean-Marie Pallardy. « Nichons et aréoles – usages de l’imagerie mammaire dans <em>L’Arrière-Train Soufflera Trois Fois</em> et <em>Règlements de Femmes à OQ Corral</em> », que ça va s’appeler. Rien que ça. Si je laisse mon taux d’hormones sexuelles monter encore un petit peu, je n’aurai plus qu’à m’acheter un camescope et filmer mes ébats torrides avec la fille de ma boulangère (la même dont je vous parlais déjà en octobre, c’est pour voir s’il y en a qui suivent), histoire de faire péter le marché du gonzo farineux, d’exposer les plus belles miches du XVIIIe arrondissement, d’exploser les quotas de raisins dans mes petits pains et de fourrage à la crème dans mes gros beignets, de bien garnir en confiture les contours de mes tartes aux pommes (1).</p>
<p>Ou pas.</p>
<p>Et c’est ça qui est bien.</p>
<p>(1)<span> </span><span> Cette phrase prouve par l’exemple qu’on peut écrire à peu près n’importe quoi et qu’il y aura toujours le moyen d’y voir un sous-entendu salace ou sexuel quelconque… Suffit d’y mettre le ton adéquat (comme Sheila). Cool, non ?</span></p>
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		<title>Petit traité de résistance au porno con, mais surtout pas aux cons pornos, hein (1ere partie).</title>
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		<pubDate>Wed, 31 Dec 2008 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Fau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques de la sexualité extensive]]></category>
		<category><![CDATA[Janvier 2009]]></category>
		<category><![CDATA[pornographie]]></category>
		<category><![CDATA[sexualité extensive]]></category>

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&#171;&#160;Monsieur Fau, ça ne prend pas : ce n&#8217;est pas vous sur la photo, on sait tous très bien que vous ne mettez jamais le pied chez la manucure.&#160;&#187;
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			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><img src="http://lautresexe.com/images/benjamin_janvier09.jpg" border="0" alt="" width="320" height="240" /><span style="color: #808080;"><br />
&laquo;&nbsp;Monsieur Fau, ça ne prend pas : ce n&#8217;est pas vous sur la photo, on sait tous très bien que vous ne mettez jamais le pied chez la manucure.&nbsp;&raquo;</span></p>
<p>Le porno, c’est comme l’innovation technologique, c’est une question de génération. Mon maître (quatre-vingt quinze au moins, il avait un physique de basketteur. De basketteur un peu fort, certes. Et anglais. De grand rugbyman anglais, ça vous va, bande de tatillons ?) Douglas Adams l’avait bien énoncé, et carrément sous forme d’une série de règles : « 1. Tout ce qui existe déjà quant on naît est normal, ordinaire, et s’intègre dans le fonctionnement naturel du monde. 2. Tout ce qui est inventé alors qu’on a entre quinze et trente-cinq ans est nouveau, enthousiasmant, révolutionnaire, et on peut probablement y faire carrière. 3. Tout ce qui est inventé alors qu’on a plus de trente-cinq ans est contraire à l’ordre naturel. » (1) Eh bien, pour le porno, c’est la même chose : certains spectacles luxurieux paraissent de la plus haute indécence (et donc, la plupart du temps, de la plus haute excitation) aux yeux de certaines générations déjà un peu emplumées par les ans mais de la plus grande banalité aux yeux des générations nouvelles, frais terreau de l’avenir de l’humanité ou vils sauvageons dénués de moralité prêts à entraîner la civilisation dans la perte et la damnation, c’est selon. Que cela soit bien ou mal, progrès ou régression n’est pas ici (et ne sera jamais) mon propos : je me limite à noter un fait statistique – 99,9 % des adolescents du XXIe siècle savent à quoi ressemblent deux adultes se consacrant à la plus ancienne activité de l’histoire humaine, juste après manger, boire et dormir. Il y a un siècle, un homme pouvait arriver à sa nuit de noces sans savoir de quoi avait l’air un clitoris (et passer sa vie sans savoir à quoi cela sert, ce qui est bien pire encore). Evidemment, ce n’est pas parce qu’on dispose de monceaux d’informations qu’on arrive à construire quelque chose qui tient debout avec. Il en est sur ce point du sexe comme de la culture : la mise en pratique efficace du savoir n’a pas grand chose à voir avec la capacité de stockage dudit savoir. Le porno, c’est ça aussi : de l’information sexuelle brute (épaisse), sans grille de lecture intégrée, sans guide ni comment(r)aire.</p>
<p>Parler de porno dans un machin qui s’appelle l’Autre Sexe, ça t’a une de ses gueules de redondance maousse, un peu comme de dire « Patrick Sébastien est vulgaire », « Christophe Hondelatte est mégalomane » ou « Carla Bruni est une starfuckeuse ». Certes. D’autant que le sujet est pratiquement sans fond, et qu’il y a peu de chance que je fasse autre chose que l’égratigner ce mois-ci. Mais c’est comme ça : en 2009, je vois grand, je cause démesure et titanesque, je m’attaque à Bach, Michel-Ange et John B. Root. Le Petit Larousse nous apprend que la pornographie est « la représentation complaisante de sujets, de détails obscènes, dans une œuvre littéraire, artistique ou cinématographique. » Voilà qui nous fait une belle jambe, puisqu’il reste du coup à définir « complaisante » et « obscène », avec tout ce que cela comporte de hasardeux, d’évolutif selon les époques ou les lieux et de difficile à appréhender (un peu comme ma bite après un plongeon dans l’eau des fjords hivernaux – enfin, si j’étais parti en vacances en Suède, si seulement…).</p>
<p>L’histoire de la pornographie est intimement liée à celle des médias, au sens large. Dès que les hommes ont cherché à communiquer, ils ont montré comment niquer. Dès qu’ils ont su peindre, ne serait-ce que sur des murs, ou sculpter ou je ne sais quoi d’autres, ils se sont mit à représenter force femelles alanguies et moult coïts plus ou moins acrobatiques. Pourquoi s’en priver ? Il s’agit après tout à la fois d’assurer la perpétuation de l’espèce par les voies naturelles et de prendre du sacré bon temps, voire du bon temps sacré, dans toutes les civilisations où sexe et religion étaient intimement liés. Dans les temps modernes, la représentation pornographique a suivi au plus près l’évolution des moyens techniques de reproduction et de diffusion. Les premiers livres « largement » diffusés – par colportage notamment &#8211; furent bien souvent des ouvrages grivois (à l’exception de la Bible, hein, bien entendu, qui a toujours été le livre le plus diffusé – mais, quitte à parler d’obscène, il faudrait parler quand même de pas mal de scènes de l’Ancien Testament qui se déroulent nettement au-dessous de la ceinture). Invente-t-on la photographie que l’on voit s’échanger sous le manteau les reproductions de donzelles en tenue d’Eve (cependant, la plupart du temps, fort peu excitantes selon les critères de notre temps : <em>sic transit gloria genitali</em>, comme dit le pédant, soit « ainsi passe la gloire des grosses chatasses poilues »). Fait-on bouger les images qu’aussitôt l’on se pique se faire évoluer à l’écran des corps dénudés et de leur faire accomplir quelque acte obscène, comme dit Larousse (et de toute façon, je rappelle qu’un des premiers films de l’histoire du cinéma met en scène un train qui rentre dans une gare – au niveau psychanalytique, difficile de faire plus clair). Trouve-t-on un moyen de stocker ces images sur des petites bobines de bande magnétique que tout le monde peut regarder chez soi, qu’aussitôt l’honnête homme des années 80 se retrouve à crouler sous les VHS en même temps que sous les vestes trop larges, les mini-shorts, la cocaïne et les chansons de pop électronique interchangeables. Sans parler de l’internet, avatar jusqu’à présent ultime de la diffusion de l’image pornographique. Moins connu mais tout à fait exemplaire : la micro-mode des jeux vidéos pornographiques qui a explosé au début des années 80, en même temps que l’informatique ludique personnelle. Tout est bon pour montrer fentes, mamelons et fessiers, quoi.</p>
<p>Le tableau est clair : la communication de l’obscène a toujours existé et existera toujours, seul son média de prédilection change (et changera). Et, à cause de cela, change également notre rapport de familiarité avec l’image pornographique. On ne regarde plus une fellation en 2008, pardon 2009, comme en 1972. On ne la filme plus de la même façon non plus d’ailleurs. Je fais partie d’une génération qui a découvert le sexe filmé à travers les « érotiques soft » diffusés le dimanche en deuxième partie de soirée sur M6 ou, un peu auparavant, en prime time sur la 5 de Berlusconi : pas de plans rapprochés, pas de sexe turgescents, aucune scène « classée X ». Il s’agissait parfois de téléfilms tournés spécifiquement selon les critères de l’érotique non-porno, parfois de films X (souvent des années 70) amputés de leurs scènes explicites – et donc la plupart du temps assez ridiculement elliptiques. Pour regarder du porno, il fallait attendre le premier samedi du mois, et regarder le traditionnel porno hard de Canal + &#8211; sans décodeur, bien sûr, ce qui nous fatiguait les yeux et la tête bien avant de nous épuiser la verge.</p>
<p>Résultat de cette éducation filmique à base de gens qui se frottent les uns au autres en gardant leurs sous-vêtements et en poussant des soupirs de caribous en rut : lors de mon premier rapport sexuel, je ne savais même pas que j’avais le droit de m’aider de la main pour pénétrer ma partenaire. Si, si, je vous jure. Je ne sais pas ce que je croyais – peut-être que la nature était si bien faite que les deux sexes s’emboîtaient exactement et sans effort… Bien sûr, j’ai vite compris ce qu’on attendait de moi, mais ce fût quand même un moment de trouble que j’aurais préféré éviter. Peu après, je découvris la pornographie proprement dite, et la plupart de mes doutes de jeunesse furent levés – d’autres me vinrent, mais c’est une autre histoire…</p>
<p>Tout cela pour souligner qu’il existe une dimension informative dans la pornographie. Je n’ai pas dit « éducative », car, je le répète, ce n’est pas parce qu’on sait quelque chose qu’on sait forcément quoi en faire. Que cela soit un bien ou un mal, peu me chaut : je me borne à constater que l’image pornographique est une composante de la culture iconographique contemporaine, et puis basta.</p>
<p>Bon, je vois gros comme ma b… euh, comme une maison, on va dire comme une maison plutôt, question de vraisemblance – que j’arrive déjà à la fin de ma chronique du mois, et que j’en suis à peine à l’introduction de mon sujet. Va falloir penser à bosser la concision, monsieur Fau. Et non, ce n’est pas la peine d’essayer de vous enfuir, je n’ai pas dit circoncision. Ou alors étaler votre propos sur plusieurs mois, hein, c’t’une solution aussi. Ah ben oui, vous allez faire ça. Comme ça, vous êtes libre, pour l’heure, d’aller dresser le grand mât, faire claquer au vent votre fier étendard, visiter la soute avec votre moussaillonne préférée, décharger à la main sur quelque quai exotique, explorer les grottes humides et sombres de quelque île inexplorée, bref mettre la main de l’homme là où la nature commande de la mettre, et pas que la main, si vous voulez mon avis.</p>
<p>Ou pas.</p>
<p>Et c’est ça qui est bien.</p>
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		<title>Nos lecteurs sont formidables, nos lectrices sont désirables –  1ere édition</title>
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		<pubDate>Sun, 30 Nov 2008 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Fau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques de la sexualité extensive]]></category>
		<category><![CDATA[Décembre 2008]]></category>
		<category><![CDATA[sexualité extensive]]></category>

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Eh non, ce mois-ci, point de « Chronique de la sexualité extensive » proprement dite ! Je profite de ce bon vieux mois de décembre – frimas, célébrations, dépression : les trois mamelles de Dame Hiver – pour répondre à plusieurs questions qu’ont pu soulever mes précédentes livraisons dans « L’Autre Sexe ». [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong> <span style="line-height: 115%;font-family: Trebuchet MS"> <img src="http://lautresexe.com/images/benjamin_decembre08.jpg" border="0" alt="" width="320" height="240" align="left" /></span></strong></p>
<p><span style="line-height: 115%;font-family: Trebuchet MS">Eh non, ce mois-ci, point de « Chronique de la sexualité extensive » proprement dite ! Je profite de ce bon vieux mois de décembre – frimas, célébrations, dépression : les trois mamelles de Dame Hiver – pour répondre à plusieurs questions qu’ont pu soulever mes précédentes livraisons dans « L’Autre Sexe ». Certains penseront que l’auteur de cette chronique s’est trouvé fort dépourvu face à la dead-line, cette impérieuse, qu’il était déjà à moitié entré en hibernation et totalement à court d’inspiration. Ils n’auront pas forcément tort. Ceci dit, <em>alea jacta est</em> à la va-comme-je-te-pousse, premier mail d’honorable lecteur sélectionné par l’aimable rédaction : </span></p>
<p><span style="line-height: 115%;font-family: Trebuchet MS"> Une question de Jennifer D. (<a href="mailto:trokikkouuuu264@ado-surf.fr">trokikkou264@ado-surf.fr</a>) : <em>lol le pusso ! c klair queue ta jamé couché avek 1meuf ! g pijé qedal a t vane et mé pin-ko non+ ! tro la looooose le mec !</em></span></p>
<p><span style="line-height: 115%;font-family: Trebuchet MS"> Bon, les gars, allez, qui est-ce qui sélectionne les questions, là ? Un peu de sérieux, quoi, on n’est pas là que pour déconner. D’autant qu’au sens étymologique du terme, « déconner », c’est pas forcément ce que je vous souhaite trop couramment. Bisou sur le téton gauche, sans rancune et mail suivant.</span></p>
<p><span style="line-height: 115%;font-family: Trebuchet MS"> Une question de Natacha S. (maitresse_domina_666@veryhot-mail.com) : <em>(…)</em> <em>dites-moi, monsieur le trublion, seriez-vous exhib tendance narcissique ? Non content de signer de votre vrai nom votre aimable babillage (…) vous êtes le seul contributeur de ce site à trôner à visage découvert en plein milieu de la page d’accueil (…) ce que je pourrais comprendre si vous étiez joli garçon (…) mais là, franchement…</em></span></p>
<p><span style="line-height: 115%;font-family: Trebuchet MS"> Chère Natacha, je dois avouer que ceci tient plus de la private joke au sein de la rédaction que d’une véritable volonté d’exposition de ma part. Au lancement du premier numéro, j’avais ironisé sur l’emploi par une partie de la rédaction de pseudonymes qui ne s’imposaient pas vraiment. Autant, quand il s’agit de protéger sa vie privée, je peux comprendre, autant, parfois, le choix de la dérobade nominale ne semblait pas s’imposer. J’ai donc, pour rire, lancer l’idée de non seulement signer de mon nom (quitte à raconter sur l’internet que ma vie sexuelle ressemble plus au lac Léman qu’à l’océan Atlantique un jour de tempête, attend assumer jusqu’au bout, sinon c’est moins drôle), mais également d’accompagner ma chronique d’une photo prise à l’arrache sur la web-cam domestique le jour même de la rédaction de la bafouille mensuelle. Juste histoire de marquer le coup et de me rappeler de la tête que j’avais le jour où j’ai dû me creuser la caboche pour trouver quelque chose de rigolo et de pas complètement stupide à raconter sur la question sexuelle. Ne croyez pas que c’est à chaque fois de gaité de cœur : de fait, la vue de ma gueule aurait plutôt tendance à me faire débander direct, mais il faut bien avouer que, par nature, je ne suis pas très porté sur les grands joufflus mal rasés et mal coiffés, alors je ne suis pas bon juge. Alors que pour d’autres chroniqueurs ou –niqueuses, par contre je ne dis pas. Par exemple, BOB, auteure des hilarants « meetocards du mois » (mi-hommes, meetocards, les dragueurs de l’ère numérique) que je vous invite tous à aller lire de ce pas, est très jolie en plus d’être redoutablement drôle. Monsieur R., quant à lui, est… aussi très drôle. En plus, tout de monde sait qu’il s’appelle Stéphane Richefeu et qu’il est, dans le civil, cadre supérieur chez HSBC. Alors, hein : bas les masques et les sous-vêtements ! Nous n’avons rien à cacher ! Bientôt les auteurs de l’Autre Sexe défileront en tenue d’Eve et d’Adam de la République à la Bastille. Comment ça : et puis quoi encore ?</span></p>
<p><span style="line-height: 115%;font-family: Trebuchet MS"> Une question de Manuel G. (<a href="mailto:poin-g-danstaface@universit%C3%83%C2%A9-prol%C3%83%C2%A9tarienne-autonome.fr">poin-g-danstaface@université-prolétarienne-autonome.fr</a>) : <em>Avant toute chose, laissez-moi vous assurer que, dans notre petit phalanstère, nous rions beaucoup de vos vigoureuses saillies comico-sexuelles. C’est très rafraîchissant tout ça, tant au niveau de la critique des idéalisations totalitaires de la pensée bourgeoise qu’à celui du renouvellement du concept d’érotisation raisonnée. Cependant, une question me taraude : l’expérience du sexe de groupe est-elle une étape indispensable à la juste libération des consciences, préalable indiscutable à toute révolution sociétale durable ?</em></span></p>
<p><span style="line-height: 115%;font-family: Trebuchet MS"> Quand vous dites « sexe de groupe », vous pensez plutôt aux Beatles ou aux Rolling Stones ? </span></p>
<p><span style="line-height: 115%;font-family: Trebuchet MS"> Une question de Pauline M., de Paris : <em>Cher inconnu et pourtant si proche (…) depuis que je vous lis (…) je brûle de désir, le désir fou de vous sentir en moi et de me sentir enfin pleinement femme dans vos bras (…). Un mot de vous et je vous suivrais jusqu’au bout du monde, où le temps s’arrête autour des amoureux enlacés dans une valse sensuelle et sans fin (…). Prenez-moi, oh oui, prenez-moi, voyez comme je m’offre toute entière à vos baisers de braise. (…)</em></span></p>
<p><span style="line-height: 115%;font-family: Trebuchet MS"> Euh, vous êtes sûr qu’il n’y a pas erreur sur le destinataire ? Non ? Bon. Alors il va falloir me soigner ce méchant style, hein, car je ne copule pas avec des bougresses qui se croient dans un roman d’Alexandre Jardin qui imiterait Marc Lévy qui imiterait Madelaine Chapsal. Non mais. C’est qu’on a sa petite fierté. Ceci dit, si vous voulez me voir en chair (grasse) et en os (épais), l’occasion se présente bientôt : le 8 décembre prochain, je participerai avec enthousiasme, allégresse et émotion (respectivement guitariste, batteur et bassiste du groupe) à la remise des Gérard 2008 de la télévision, en vraie vie à 22h au Théâtre Michel à Paris, et à la télé en direct sur Paris Première. Plus de renseignements par là : www.lesgerard.tv</span></p>
<p><span style="line-height: 115%;font-family: Trebuchet MS"> Sinon, ce n’est pas tout ça, mais il faut que j’aille vous préparer un peu plus sérieusement la chronique du mois prochain, pour laquelle je mettrais en danger ma proverbiale moralité en devisant avec vous de pornographie, mais par le petit bout de… euh, de la lorgnette. Mr. R. m’ayant prêté une partie de son imposante collection de VHS allemandes et néerlandaises, je me dois d’aller de ce pas triturer ma libido, réveiller le grand dormeur, introduire ma grosse cassette dans ton petit magnétoscope, travailler au corps nubile l’adolescente batave et baveuse, ouvrir ma conscience à la pénétration intime du grand tout transcendant même que c’est mieux sans les dents, me peler le bâton de berger en attendant la décrue, régler les mensualités en retard de mon abonnement au « Petit Freudien Illustré (en couleurs, avec des schémas et même des flèches là où il faut) ».</span></p>
<p><span style="line-height: 115%;font-family: Trebuchet MS">Ou pas.</span></p>
<p><span style="line-height: 115%;font-family: Trebuchet MS">Et c’est ça qui est bien.</span></p>
<p><span style="line-height: 115%;font-family: Trebuchet MS"> Benjamin Fau</span></p>
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		<title>De l’intérêt pratique, scientifique et séculier de ne point Convoiter la femme de son prochain</title>
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		<pubDate>Fri, 31 Oct 2008 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Fau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques de la sexualité extensive]]></category>
		<category><![CDATA[Novembre 2008]]></category>
		<category><![CDATA[adultère]]></category>
		<category><![CDATA[frustration]]></category>
		<category><![CDATA[polygamie]]></category>
		<category><![CDATA[sexualité extensive]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://lautresexe.com/images/benjamin_novembre_08.jpg" border="0" alt="" width="320" height="240" align="left" />Parmi la masse de saints commandements que nous ont légués à peu près tous les corpus religieux connus, l’un revient à peu près systématiquement (c’est facile à trouver, en général c’est juste après « Tu ne régleras pas tes problèmes existentiels en décapitant ton prochain à coup de pelle ») : Tu ne nourriras pas de pensées impures en posant les yeux sur une femme avec laquelle tu n’es point engagé par les liens du mariage. Ou encore : dégage minus, la gonzesse là, elle est à moi, j’ai dis preums.</p>
<p>Même dans les sociétés où la polygamie est prescrite ou acceptée, il est généralement très mal vu de lorgner sur la pelouse du voisin, si je puis me permettre cette image hardie bien que bucolique. Allez comprendre pourquoi. La première hypothèse qui vient à l’esprit serait d’y voir une survivance d’un très vieil instinct de possessivité animale : c’est moi le chef de la meute puisque je suis plus fort que vous tous et que je peux donc choisir la femelle que je souhaite pour copuler, même que je vais me choisir la plus gironde, forcément, et que si vous n’êtes pas content, c’est ma patte dans la gueule. D’un point de vue darwinien, la chose est plutôt bien pensée : pour faire le « meilleur » bébé, donc celui le plus apte à survivre, il convient de choisir les « meilleurs » parents, donc les plus beaux et les plus forts (en effet, l’évolution des espèces telle que la conçoit Darwin n’avait sans doute pas prévu l’invention des lunettes, qui permettent à des bigleux dans mon genre de survivre au-delà de leur septième année, et de la livraison de pizza à domicile, qui permet à des paresseux bedonnants dans mon genre de passer l’hiver sans perdre de graisse ni d’entrain – normalement, dans la logique de l’évolution, un gars comme moi devrait être mort depuis longtemps, tellement je suis physiquement peu adapté au monde tel qu’il va). D’un point de vue darwinien, certes, mais du point de vue du pratiquant du sexe extensif, c’est encore mieux penser. Limiter son champ des possibles sexuels à un certain nombre de membres d’un seul sexe est une manière simple de limiter ce que ces fichus cuistres de psys ricains ont appelé « coûts d’opportunité ».</p>
<p>Comme je viens de balancer une terminologie barbare, que même une chatte n’y retrouverait pas ses petits, alors je ne vous parle même pas d’une bite, je me permets de développer quelque peu, dans le but d’une part de clarifier mon propos, d’autre part d’arriver à peu de frais à la barrière fatidique des huit mille caractères qui signifie que je suis arrivé au bout de cette chronique et que je peux retourner regarder Drucker à la télé, y’a Arielle Dombasle. Ou Carla Bruni. Ou Arielle Dombasle. Ou Carla Bruni.</p>
<p>A la fin du siècle dernier, deux psychologues américains (Sheena Iyengar, de l’Université de Columbia, et Mark Leeper de l’Université de Stanford) ont imaginé l’expérience suivante : un panel de cobayes se voyait offrir une boîte de chocolat parmi six boîtes différentes. Si les participants le désiraient, ils pouvaient aussi ne choisir aucune des boîtes, et repartir alors avec une somme d’argent équivalente. Un deuxième panel devait, de son côté, choisir entre <em>trente</em> boîte de chocolat différentes (en conservant la possibilité de repartir avec la même somme d’argent). Les résultats furent très tranchés : la plupart des membres du premier panel choisirent de repartir avec une des six boîtes de chocolat, tandis que la plupart des membres du second panel choisirent de repartir avec la somme d’argent. Comment l’expliquer ?</p>
<p>C’est ici qu’interviennent les fameux « coûts d’opportunités ». Lorsqu’un individu opère un choix entre plusieurs éléments, il projette en imagination ce que tel ou tel autre élément va lui rapporter de beau, de bon et de jouissif. Dans l’exemple des chocolats, il imaginera le fondant du praliné de l’un, la liqueur de l’autre, l’amertume du troisième etc. Il conserve donc en esprit les bons côtés de l’élément qu’il choisit, <em>mais également ceux des éléments qu’il abandonne.</em> Ce qui provoque l’hydre majeure de l’homme du siècle, le maux de tous les maux du XXIe siècle et des suivants : de la frustration. Or, lorsque les choix sont limités, la frustration est minime (ici dans le cas des cinq boîtes) ; lorsque le choix est fait parmi trente options, il n’y a plus quatre mais vingt neuf pertes déchirantes, et donc beaucoup plus de frustration potentielle. Et c’est pour cela que l’individu rejette cette charge de frustration et refuse de choisir.</p>
<p>En bref, plus le champ d’une offre est étendu, plus les coûts d’opportunité sont élevés, et plus l’insatisfaction est importante. Remplaçons les boîtes de chocolat par autant de partenaires sexuels et nous comprenons aussitôt l’intérêt psychologique qu’il y a à exclure d’emblée du champ des possibilités niquatoires toute une frange de la population, celles des gens mariés. Imaginer que l’on peut choisir son partenaire sexuel parmi l’ensemble des femmes du monde entier n’est qu’une pratique auto-masochiste particulièrement perverse : non, monsieur R., on ne peut pas faire l’amour au monde entier, et ce n’est vraiment pas la peine de se faire du mouron pour si peu. La situation est la même que celle du zappeur devant sa télévision par satellite – 300 chaînes, internet illimité et téléphone vers le monde entier (sauf que personne ne pense vraiment que disposer d’un bouquet de 300 est moins bien que de recevoir les bonnes vieilles six chaînes hertziennes – alors que tout le monde devrait, ça ferait méchamment chier les vendeurs de bouquets TV, en plus). Un choix plus étendu est, <em>dans une certaine limite</em>, une bonne chose, mais voilà : personne ne se demande ce qu’il se passe une fois la limite franchie.</p>
<p>Voilà pourquoi limiter la population cible de son désir sexuel est une bonne chose : en limitant le champ des possibles, on limite du même coup la frustration potentielle. Et que la femme du prochain reste où elle est, ce n’est pas à nous de nous faire piétiner la psyché en pensant à toutes les femmes de nos prochains que nous n’aurons jamais (à part quelques-unes), nous nous faisons déjà bien assez de mal en pensant à toutes les femmes disponibles que nous n’aurons jamais (à part quelques-unes).</p>
<p>Bon, sinon, c’est pas tout ça, mais vous comprendrez qu’après tant de ratiocinations vaseuses qui ont donc, de toute évidence, échouées à me convaincre de quoi que ce soit, je sois pris de la brusque et impérieuse envie d’aller passer mon dimanche après-midi à draguer l’honnête mère de famille, à faire dévier du droit chemin la prude épousée, à pervertir la bien-aimée du Seigneur son Dieu, à catapulter la chaste femme au foyer dans les affres de l’adultère sordide, à orgasmatouzer la morne vie quotidienne de la pieuse matrone de Paris ou d’ailleurs.</p>
<p>Ou pas.</p>
<p>Et c’est ça qui est bien.</p>
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		<title>De la Masturbation masculine dans son apport social (indéniable)</title>
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		<pubDate>Tue, 30 Sep 2008 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Fau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques de la sexualité extensive]]></category>
		<category><![CDATA[Octobre 2008]]></category>
		<category><![CDATA[masturbation]]></category>

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		<description><![CDATA[Précisons d’entrée que quiconque entendrait priver de majuscule le terme « Masturbation » est un sacré hypocrite (ou dispose encore d’une majorité de ses dents de lait, et ferait mieux de réviser ses tables de multiplication plutôt que de traîner sur ce webzine). Parmi les expériences et les pratiques partagées de tous temps et par [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://lautresexe.com/images/benjamin_octobre_08.jpg" border="0" alt="" width="320" height="240" align="left" />Précisons d’entrée que quiconque entendrait priver de majuscule le terme « Masturbation » est un sacré hypocrite (ou dispose encore d’une majorité de ses dents de lait, et ferait mieux de réviser ses tables de multiplication plutôt que de traîner sur ce webzine). Parmi les expériences et les pratiques partagées de tous temps et par tous les hommes et femmes de toutes les civilisations (auxquelles viennent s’ajoutent certains animaux, comme par hasard les plus évolués), celle-ci se pose quand même un peu là. Je souhaiterais ce mois-ci soulever une question on ne peut plus pratique, et dont je conçois cependant sans peine qu’elle concerne de plus près le célibataire extensif contemporain que le prêtre maya, le charpentier taïwanais, le guerrier viking ou le peintre italien de la Renaissance (et pourtant, eux aussi ils se pignolaient, non mais des fois !) : faut-il, ou non, pratiquer une P.D.H.P. (« Petite Danse Habile du Poignet » dans le jargon certes un peu technique que je partage avec moi-même) avant de se rendre à un rendez-vous potentiellement amoureux avec une petite donzelle bien roulée qui vous aurait plus tapé dans l’œil – et, plus surprenant, vous aurait répondu positivement lorsque vous lui avez bredouillé quelque chose comme « euh… et si… euh… enfin je connais un café où… ou pas, hein ! euh… ailleurs aussi… juste… enfin tous les deux… mais non…. Ah ? Bon c’est cool. On se fait la bise ? » ? (pour ceux qui ne se souviennent plus à quoi se rapporte ce point d’interrogation, merci de remonter le regard d’une demi-douzaine de lignes).</p>
<p>Dans une comédie américaine d’il y a quelques années, et qui valait surtout pour une poignée de gags suffisamment débiles pour faire pouffer nerveusement l’amateur d’humour gras voire obèse (et pour les ponctuations musicales d’un Jonathan Richman lunaire), l’ami du héros<span> (un acteur fort sympathique dont j’ignore pourtant le nom) explique longuement à celui-ci (Ben Stiller, dont je me souviens du nom même si je ne suis pas certain qu’il le mérite) qu’il est nécessaire de se masturber avant un rendez-vous amoureux, sous peine d’être submergé par ses bas instincts libidineux au moment critique et de se révéler ainsi incapable de renvoyer l’image du brave homme poli, civilisé et bien coiffé sous les bras qu’une jeune fille attend forcément de celui dont elle acceptera qu’il lui fasse des bébés, qu’il l’accompagne au traditionnel déjeuner dominical chez ses parents, et accessoirement qu’il lui broute la toison pubienne de temps à autre. On devinera aisément la suite : la quête d’un endroit adéquat juste avant l’entrevue décisive avec sa belle (Cameron Diaz, dans un de ses rares rôles sympathiques et volontairement comiques) provoquera force rebondissements burlesques et drolatiques. Coinçage de verge dans fermeture éclair, sperme malencontreux dans les cheveux, humour, encule un mouton, tout ça tout ça. Soit.</span></p>
<p>Mais pour le pratiquant sexuel extensif, le danger est autre, et presque inverse : une satisfaction sexuelle préalable risque de tellement le détendre (intérieurement comme extérieurement) qu’il ne verra plus sa compagne de rencard comme une potentielle partenaire de galipettes ou de trousse-chemise, mais tout simplement comme une personne du sexe opposée certes fraiche et jolie mais surtout très intéressante, d’une conversation passionnante et qui s’intéresse à plein de choses – comme le mouvement fauviste, les différentes interprétations des Nocturnes de Chopin, l’évolution de la politique extérieure du Costa Rica dans les années 80 ou la culture du cannabis (bio-médicinal, évidemment) en appartement. En se trouvant délivré de toute tension sexuelle, il se positionnera tout naturellement et avec brio comme un excellent ami – et hypothéquera ainsi durablement ses chances de passer à des questions de culbutes et de bizoutages coquins dans un délai honorable. Sans parler des cas, finalement pas si exceptionnels que cela, où la jeune personne en question attend de son <em>date qu’il s’intéresse de près au contenu de ses sous-vêtements plutôt qu’à celui de sa thèse sur <em>La dialectique parole/silence chez les penseurs néo-thomistes réformateurs. Comment ça : vous n’êtes jamais sorti avec une thésarde en philo ?</em></em></p>
<p><em><em>La leçon donnée par les personnages de <em>Mary à tout prix reste cependant valable dans la plupart des situations, où la tension sexuelle d’un premier rendez-vous est réellement contre-productive. Baver dans son assiette, les yeux exorbités (un calembour, quelqu’un ?) fixés sur le sillon mammaire de sa partenaire, n’est pas la meilleure façon de provoquer le désir chez autrui. Je sais, ce serait beaucoup plus simple comme cela, mais on ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie. Une P.D.H.P. pratiquée au bon moment est un excellent moyen de s<span> aupoudrer ses pulsions d’une petite dose de raison de fort bon aloi. Elle présente cependant le danger de plonger le sujet de plein pied dans une <em>friend zone qu’il aura envie de quitter au plus vite dès que ses hormones auront battu le rappel à la hausse. D’un point de vue social, la masturbation est donc à double tranchant : sa principale caractéristique (satisfaire momentanément un besoin sexuel, même de façon moins satisfaisante qu’en duo) risque de faire, pour un temps, passer au second plan le véritable objectif d’un tête-à-tête (passer au plus vite au bouche-à-bouche puis au sexe-à-sexe). Comme d’habitude, tout est donc question de dosage et de timing. Un peu comme pour tirer un bon coup franc pleine lucarne depuis les 25 mètres. Oui, je sais, ce n’est pas top comme comparaison, mais il y a la ligue 1 à la radio, là, et ça parasite un peu mes neurones fatigués.</em></span></em></em></em></p>
<p><em><em><em><em>Bon, ce n’est pas tout ça : le sujet est sans fond, un peu comme le décolleté de ma boulangère (105 boulevard Ornano, fermé le samedi) ou le vide dans le cerveau de Patrick Sébastien. Il est donc plus que probable que nous ayons à en rediscuter à l’occasion de cette chronique, sous un angle ou un autre (attention, si celui-ci dépasse 90°, on risque d’être interdit aux moins de dix-huit ans, ce qui serait méchamment contre-productif au point de vue didactique). Le mois prochain, je vous expliquerai pourquoi il ne faut pas convoiter la femme d’autrui, avec force arguments très rationnels et aucunement religieux/moraux/éthiques/cul-cul-kantien. Mais en attendant, je dois se retirer dans mes appartements, car toutes ces allusions à une sexualité débridée m’ont drôlement émoustillé, et il faut que j’aille battre les œufs en neige, génocider mes gamètes sur un coin de drap crasseux, dessiner une carte d’Afrique format A4, dégorger le petit caporal, faire pleurer mini-Ben, m’auto-réguler les hormones, prendre mon putain de pied.</em></em></em></em></p>
<p><em><em><em><em>Ou pas.</em></em></em></em></p>
<p><em><em><em><em>Et c’est ça qui est bien.</em></em></em></em></p>
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		<title>Mise en bouche</title>
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		<pubDate>Sun, 31 Aug 2008 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Fau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques de la sexualité extensive]]></category>
		<category><![CDATA[Septembre 2008]]></category>

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		<description><![CDATA[Que serait un site web se voulant porteur d’un discours novateur sur le sexe et la sexualité sans parole donnée à une frange remarquablement silencieuse dans nos médias modernes pourtant d’habitude si bavards : les pratiquants d’une sexualité « modérée », que l’auteur de ces chroniques appellera désormais « extensive » &#8211; et s’en expliquera [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://lautresexe.com/images/benjamin_septembre_08.jpg" border="0" alt="" width="320" height="240" align="left" />Que serait un site web se voulant porteur d’un discours novateur sur le sexe et la sexualité sans parole donnée à une frange remarquablement silencieuse dans nos médias modernes pourtant d’habitude si bavards : les pratiquants d’une sexualité « modérée », que l’auteur de ces chroniques appellera désormais « extensive » &#8211; et s’en expliquera plus avant, mais aussi plus tard.</p>
<p>Ceux qui reconnaissent que le sexe, c’est bien, c’est même super agréable, hein, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, mais qui n’y accordent finalement qu’une part minoritaire de leur temps et de leurs pensées quotidiennes. Ceux qui peuvent, sans effort ni sacrifice, se contenter de rapports sexuels sporadiques étalés tout au long de leur célibat (ou de leur vie de couple, ça marche aussi). Ceux qui ne comprennent pas tout à fait l’intérêt des films pornographiques de plus de dix minutes – soit qu’ils trouvent que l’imagination, c’est mieux et ça se perd, soit qu’ils considèrent la pornographie comme un objet strictement utilitaire et n’ont pas besoin d’en faire durer le spectacle. Ceux qui ont des fantasmes mais n’en ont rien à battre de les réaliser ou pas : si ça se fait, c’est cool, mais sinon, eh bien il y a plein d’autres choses à faire dans la vie, alors on va pas se ronger les sangs pour si peu. Ceux qui peuvent trouver une fille super jolie, voire super excitante, voire super bandante (il faudra revenir un jour sur tout ce tas de termes pas vraiment équivalents), sans pour autant s’imaginer en train de la prendre en levrette sur le bureau, là maintenant, tout de suite, ah tu aimes ça, hein petite salope – ni entamer les démarches pour y parvenir dans un futur proche. Ceux qui trouvent que le concept de transfert de l’énergie sexuelle en énergie créatrice, c’est à peu près la meilleure chose qui soit arrivée à l’Humanité en tout plein de siècle d’errances absurdes et de conneries comportementales diverses.</p>
<p>Ces gens-là sont partout, tout autour de vous, vous en connaissez forcément un ou plusieurs, même si tous ne l’avouent pas. Peut-être même êtes-vous l’un d’entre eux. L’idée reçue voudrait que ce soit un comportement plutôt féminin, selon une conception assez grotesque mais très répandue de la dissymétrie des besoins sexuels chez l’homme et chez la femme. L’idée reçue aurait mieux fait d’être recalée. La conception doit être revue dans les grandes largeurs. Dissymétrie, certes, mais entre les individus, sûrement pas entre les sexes pris comme deux (ou trois, ça revient à peu près au même) grosses entités monolithiques, fades et oppressants.</p>
<p>Je pratique depuis des années cette sorte de « sexualité extensive ». Mon sujet d’étude de prédilection, dans ces chroniques, sera donc évident, puisque je l’ai sous les yeux, 24 heures sur 24, même que je vis avec et que ce n’est pas drôle tous les jours. Je ne l’ai pas choisie, mais je ne peux pas dire que je fasse grand-chose pour passer à une sexualité plus « intensive ». Cette dernière, je l’ai expérimenté à certaines périodes (restreintes) de ma vie, ça c’est plutôt bien passé et j’en garde de très bons souvenirs – mes partenaires d’alors aussi, merci pour elles – mais il y a plein de choses qui me manquent plus que de faire l’amour sur une base quotidienne ou pluri-quotidienne, ou de multiplier les expériences et autres expérimentations des sens.</p>
<p>Cependant, il m’apparaît clairement que cet état de fait, que je vis très bien en assumant complètement, ne cadre pas avec l’image de la réussite que nous renvoient le monde, ce sagouin, et la société, cette catin. Réussir sa vie, ce serait réussir sa sexualité – et réussir sa sexualité, ce serait réussir à jouir/baiser beaucoup, ou réussir à jouir/baiser plus fort et plus longtemps que les autres. Vaste connerie contre-productive et castratrice, qui contribue à alimenter deux erreurs gangrenant méchamment l’esprit humain : l’autosuffisance bouffie et méprisante du queutard bourrin satisfait de son sort et de ses performances qui lui assurent, à ses yeux, la supériorité sur le commun de ses semblables (et du coup, il n’a pas besoin de faire d’efforts pour servir à quelque chose, ni pour réaliser quoi que ce soit) d’une part ; et d’autre part la frustration névrotique nourrissant le complexe d’infériorité de toute une frange de l’humanité à qui l’on donne l’impression de se trouver en état sinon de misère, au moins de sévère déficit sexuel, ce qui la conduit souvent à consacrer le plus clair de son temps à combler un manque qui n’existe pas, au détriment de tout un tas d’activités réellement constructives et satisfaisantes. Bien entendu, ces deux faux-semblants ne se manifestent pas toujours sous des atours aussi extrêmes que ceux que je leur fait revêtir dans ma phrase précédente. Bien entendu, il faut tenir compte d’une réelle disparité des besoins entre les individus. Bien entendu, en matière de vérité humaine, il y aura toujours des exceptions, des cas limites et des surprises – et c’est bien pour ça qu’on les aime, ces espèces d’animaux qui savent qu’ils vont mourir, ces cons, on n’a vraiment pas idée…</p>
<p>Bien entendu. C’est bien pour cela que quelques lignes de théorisation expresse ne suffisent pas à épuiser le sujet, ni même à en définir les contours. Alors, le mois prochain, on commence les travaux pratiques.</p>
<p>Le mois prochain, on a dit. Là, faut que j’aille trousser mémère, culbuter la gueuze, troncher le jambonneau, défoncer de la rondelle, conter fleurette à Colombine, faire grimper aux rideaux la fille du libraire de la rue Norvins, faire un gamin à ma prof de bio, faire juter l’aubergine, te faire reluire l’entre-jambe, accorte lectrice, accomplir le devoir conjugal, prendre mon putain de pied.</p>
<p>Ou pas.</p>
<p>Et c’est ça qui est bien.</p>
<p align="right"><span style="color: #808080;"> </span></p>
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