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	<title>L&#039;Autre Sexe &#187; La question sexo</title>
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	<description>Le magazine des sexualités au pluriel (manifestement)</description>
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		<title>Une question de Séverine, 19 ans : « Je voudrais que mon copain me paye pour me baiser. Ça craint ou pas ? »</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Apr 2010 08:16:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Candice Elias-Dubosc</dc:creator>
				<category><![CDATA[Avril 2010]]></category>
		<category><![CDATA[La question sexo]]></category>
		<category><![CDATA[Numéros]]></category>
		<category><![CDATA[fantasme]]></category>
		<category><![CDATA[prostitution]]></category>

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		<description><![CDATA[Une question de Séverine, 19 ans : « Je voudrais que mon copain me paye pour me baiser. Ça craint ou pas ? » 
Je ne peux hélas pas répondre catégoriquement à ta question, la réponse dépendant surtout de ton histoire personnelle, si bien qu’un travail d’analyse de ce que à quoi tu aspires exactement dans la réalisation de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Une question de Séverine, 19 ans : « Je voudrais que mon copain me paye pour me baiser. Ça craint ou pas ? » </strong></p>
<p>Je ne peux hélas pas répondre catégoriquement à ta question, la réponse dépendant surtout de ton histoire personnelle, si bien qu’un travail d’analyse de ce que à quoi tu aspires exactement dans la réalisation de ce fantasme serait nécessaire pour ce faire. Ce type de fantasme de prostitution – non pas le recours aux services d’un/e prostitué/e, mais le fait de se prostituer soi-même – est assez fréquent pour les femmes, mais sa réalisation est plus rare. Je ne parle ici que de la réalisation d’un fantasme, et non pas de prostitution subie par contrainte économique, ou exercée par la violence – si toutefois cette distinction est pertinente. Les motivations sont alors diverses. Dans l’acte de prostitution, l’échange d’argent peut avoir plusieurs finalités. Il peut servir à concrétiser une séparation entre toi et ton « partenaire », entre toi et l’autre, plus généralement entre le besoin de satisfaire tes pulsions sexuelles et l’amour que tu pourrais ressentir pour cet autre. Il peut ainsi permettre, réalisant cette séparation, de ne pas vivre ta sexualité comme une dépendance à l’autre, et se révéler désinhibiteur, permettre les transgressions. Pour les femmes se prostituant à des hommes, l’échange d’argent peut aussi représenter une prise de pouvoir, une prise du « pouvoir viril », d’abord en leur permettant d’adopter les comportements traditionnellement accaparés par les hommes – aborder l’autre, suggérer la sexualité, faire des propositions sexuelles directes, et notamment, en ce qui concerne les prostituées, par le biais du registre du langage, ou de la tenue vestimentaire – ensuite, en transférant symboliquement le phallus du client à la prostituée, le passage de l’état tumescent à l’état flaccide symbolisant ce transfert. Il peut aussi, pour certaines, représenter dépréciation de soi, une souillure, une punition de son corps.</p>
<p>Il conviendrait donc de t’interroger plus avant de concrétiser ce fantasme. En tout état de cause, si tu choisis de le vivre, je ne peux que te conseiller de t’en ouvrir à ton copain en choisissant soigneusement tes arguments, en lui expliquant exactement ce que tu recherches, de façon à t’assurer qu’il comprendra exactement ce que tu attends de lui, qu’il ne risquera pas d’en prendre peur, et ne cherchera pas non plus à en tirer profit à tes dépens. Il faudra que tu lui expliques exactement le rôle de l’argent dans ce jeu, son rôle séparateur. Tu devras insister sur ce que tu ne cherches pas à te séparer de lui, mais à séparer la satisfaction de tes pulsions sexuelles de l’amour que tu éprouves pour lui. Pour augmenter tes chances de le voir adhérer à ce projet, tu pourras lui présenter ce qu’il aura de profitable pour lui aussi : vous ne serez plus dans un rapport de séduction, et, dans une certaine mesure, il n’aura plus à se soucier de ton plaisir, tu t’en chargeras pour toi-même. Lui faire comprendre aussi que tu prendras les devants, que tu suggèreras l’acte sexuel, et que tu pourras appuyer tes propositions par le registre de ton discours, ou par ton apparence. Lui faire valoir aussi que cette séparation pourrait vous permettre à chacun de chercher d’autres partenaires sexuels, « d’aller voir ailleurs », sans que cela ne risque d’affecter votre amour.</p>
<p>Tu comprends ?</p>
<p>Non, il ne comprendra pas encore. Pas encore bien. Son attention aura certes été aiguillonnée, notamment par cette histoire d’autres partenaires, et de ton plaisir dont il n’aurait plus à se soucier, mais en revanche, quant à l’argent, quelque chose lui échappera encore : si c’est pour faire ça, autant aller aux putes, ou bien ?</p>
<p>Mieux vaudra t’efforcer de masquer ta consternation, et de feindre l’enthousiasme devant la perspicacité du gars.</p>
<p>—Oui, voilà, c’est ça, aller aux putes, c’est exactement ça. Et ce sera moi la pute. Je serai ta pute. Je m’habillerai comme une pute, je porterai la lingerie que tu voudras que je porte, les chaussures que tu voudras que je porte, on ira faire ça à l’hôtel, tu pourras me traiter comme une pute, tu pourras me faire ce que tu voudras. Tu me donneras de l’argent, et je serai ta pute. Tu es d’accord ? Tu comprends ?</p>
<p>Mmm.</p>
<p>M’non.</p>
<p>Non, pas encore.</p>
<p>Pas encore tout à fait.</p>
<p>Ah, ça oui, le gars sera très attentif, très éveillé, tout à fait avec toi, tout à fait intrigué par tes arguments, mais l’œil encore terni par un voile d’incompréhension, cherchant encore à savoir où, exactement, tu veux en venir.</p>
<p>—Les chaussures avec les talons de dix centimètres ?</p>
<p>—Douze, si tu veux.</p>
<p>—Avec la, comment, la guêpière, là ?</p>
<p>—Tout ce que tu veux.</p>
<p>—Et je pourrai dire, mettons, euh, « salope » ?</p>
<p>—Tout ce que tu veux.</p>
<p>—Et tu feras tout ce que je voudrai ?</p>
<p>—Tout ce que tu veux.</p>
<p>Faut admettre, ça aura l’air bien. Il restera pensif un instant, fixant le vague en se caressant la joue, essayant encore de faire s’imbriquer les pièces.</p>
<p>—Bon, d’accord, très bien, mais ce que je vois pas bien, quand même, c’est en quoi c’est différent d’aller aux putes ?</p>
<p>Courage, ma fille, courage. Courage, patience, et didactisme.</p>
<p>—Mais non, mais oui, voilà, exactement, c’est tout pareil qu’aller aux putes. Avec moi. C’est moi la pute. C’est moi que tu vas choisir sur Internet, c’est mon zéro-six que tu vas appeler, tu vas demander à parler à Shana, ou Kallina, ou Ruby, comme tu voudras, je m’appellerai comme tu voudras, tu me diras que tu as vu mon annonce sur Internet, que tu es intéressé par un « moment sensuel », tu vas me demander le « tarif de la prestation », tu l’accepteras sans discuter, et tu me donneras rendez-vous dans un hôtel, voilà, tout comme aller aux putes.</p>
<p>Il te faudra encore consacrer un peu de persévérance à expliquer que non, tu n’as pas de site web, que, certes, tu ne t’appelles pas Shana ou Kallina ou Ruby, mais que c’est important pour toi de revêtir une autre identité, que, oui, Thalita si tu préfères, pourquoi pas Thalita, très bien, Thalita, que ton zéro-six, il le connait déjà, il est déjà dans son répertoire – ah ben ça, si on lui avait dit qu’il avait le numéro d’une escort dans son répertoire, faudra qu’il raconte ça aux copains – et enfin que oui, oui, oui, il faudra vraiment te donner de l’argent, et que non, non, non, tu ne le lui rendras pas après, qu’il est crucial que tu le gardes, mais l’un dans l’autre, il deviendra de plus  en plus manifeste que ces tergiversations ne seront plus que de façade : le gars était déjà pas mal émoustillé par les talons de douze et la guêpière – oui, oui, des bas gris perle sans jarretière autofixante, si tu veux – mais c’est la soudaine réalisation que ces affaires se dérouleraient à l’hôtel qui achèvera d’emporter sa pleine adhésion : le gars adore séjourner à l’hôtel, il adore ça, rapport aux minibars et aux petits-déjeuners servis au lit, il adore ça.</p>
<p>Il te faudra donc encore en passer par une dernière petite tractation pour préciser que non, non, non, vous ne serez pas en couple, vous ne vous connaitrez pas, et tu ne fais pas la nuit, tu ne travailles que l’après-midi, après 16 heures, avant 19 heures, c’est très important, 16 heures 19 heures, à ces heures-là, tu devrais être au turbin, ou au service des mioches sortis de l’école, alors 16 heures 19 heures, c’est ce qui te semblera le plus transgressif, et, quant à toi, il est quand même salement question de transgresser, si bien que, non, non, non, on ne gardera pas la chambre, on ne passera pas la nuit à l’hôtel, bonjour madame, salope, salope, salope, au revoir madame, et quand on se séparera, et il fera encore jour.</p>
<p>Il maugréera un peu pour la forme, mais quand même, là, oui, là, d’accord, c’est rentré, c’est en route, il lui reste quand même les talons, la guêpière, le ce-que-tu-voudras et le minibar, alors il a le petit cinéma déjà bien en branle, au point qu’il n’est plus trop loin de considérer que l’idée vient de lui, que c’est heureux qu’il soit là pour vous éviter la routine, et que c’est ta libido, qui en a de la chance, qu’il soit à la manœuvre.</p>
<p>Sans perdre plus de temps, il se jettera sur son portable et entreprendra de t’appeler. N’écoutant que ta patience, tu l’arrêteras en faisant mine de te demander si ça ne serait plus excitant si vous n’étiez pas face à face quand il appellera. Il passera dans la pièce d’à côté, rappellera. Tu prendras l’appel pour préciser que, peut-être, ce serait encore mieux s’il appelait alors que tu n’es pas à portée de voix, et que, généralement, tu ne t’y attends pas.</p>
<p>—Pas con, il admettra. Pas con.</p>
<p>Une dernière vérification de la hauteur des talons – 12 centimètres, hein, on est d’accord ? –, de la couleur des bas – gris perle, n’est-ce pas ? –, et du programme – tout ce que je voudrai, oui ? –,  une gentille bise, et le voilà parti.</p>
<p>Force sera d’apprécier la rapidité des progrès du gars : il attendra le lendemain, en fin d’après-midi, pour te rappeler, faisant de toi la proie d’une interminable journée d’anticipation, d’attente et de projections au terme de laquelle tu seras bonne à essorer, et respectera scrupuleusement le script, demandant à parler à Thalita, indiquant avoir obtenu ton zéro-six sur ton site, disant – dispensable improvisation – espérer, vu l’heure, ne pas te déranger en plein travail – on l’entendra hurler un clin d’œil – demandant à passer avec toi un « moment sensuel », et ce que serait le « tarif de cette prestation » – on entendra aussi, hélas, les guillemets, mais, passant outre, tu lui annonceras ce tarif, et tu feindras de ne pas l’entendre réprimer une tentative de négociation réflexe, bref, tout le monde y mettra du sien, il ne discutera pas le tarif, acceptera tes conditions, et te fixera rendez-vous, le lendemain – grands dieux, encore une journée à savonner – 16 heures, chambre 17, premier étage, gauche, fond du couloir, Hôtel Des Usagers Du Rail Et Des Mariniers Réunis, celui qui est après la gare, près du port fluvial, là, en face de l’écluse, tu vois ?</p>
<p>Oui, oui, tu vois, et, très bien, c’est noté, rendez-vous est pris, à demain.</p>
<p>Demain venu, tu te rendras, à l’heure dite, au lieu dit. Passée la porte de l’hôtel, tu en traverseras le vestibule en t’efforçant d’adopter une démarche assurée malgré les talons impossibles et la crainte qu’un mouvement un peu trop vif ne donne à voir que tu n’es guère plus vêtue que de ton manteau, balayant l’interrogation muette du concierge d’un Je‑suis‑attendue définitif dont toi seule saura combien l’aplomb qu’il laissera paraître s’accordera peu avec le tumulte des émotions qui te malmèneront le système, et feignant d’ignorer, mais t’en réjouissant secrètement, l’attention rapace que te porteront les trois usagers du rail et les deux mariniers qui se trouveront installés au bar de l’hôtel. Ayant atteint l’escalier, tu monteras rapidement au premier étage, gauche, fond du couloir, chambre 17, toc-toc.</p>
<p>—C’est ouvert, entrez.</p>
<p>Cet inattendu recours au vouvoiement ne fera rien pour te tempérer le transport. Tu entreras vibrante d’excitation, et elle redoublera quand tu découvriras la chambre : elle est miteuse. Les murs sont recouverts d’un papier qui, à force de défraîchir, a fini par prendre sur lui de représenter des fleurs fanées. Les vitres de l’unique fenêtre, jamais nettoyées, ne laissent plus filtrer qu’une lumière tout juste suffisante pour réaliser qu’il doit être entre 16 et 17 heures, et que tu devrais vraiment être ailleurs. Le plafond a été blanc, est désormais ocre-cigarette. La moquette a été rugueuse, est désormais accidentée. Quant au paddock, son matelas est mou, son sommier est mou, et son édredon tente une reconversion en champignonnière. Son chevet est surmonté d’une petite peinture encadrée-dorurée représentant une biche en sous-bois bravant stoïquement une tempête de poussière. Se borner à considérer les draps douteux est faire acte pensée positive : on y a tant épanché qu’ils proposent un nuancier exhaustif des teintes du craspec, un camaïeu terminal du salingue, et tu devras prendre sur toi pour ne pas t’abîmer à imaginer qui et comment a pu produire la tâche, là, énorme, en forme de cœur, ou de foie, ça n’est pas très net, et cette autre encore, oh, la belle teinte cuivrée, et, cette autre, là, jaune-beurre-frais strié gris-taupe. Il n’y a évidemment pas de salle d’eau, mais un évier dans la chambre même. Divine surprise, il est flanqué d’un bidet. Un authentique bidet. Dans tes rêves les moins avouables, tu n’osais prétendre au bidet, or il se trouve là un bidet. La perfection est donc finalement bien de ce monde.</p>
<p>Jules sera là, debout, près de la fenêtre, débardeur et jean, mains dans les poches. Il se contentera de te saluer d’un hochement de tête, ou plutôt de signifier qu’il a pris acte de ta présence. Il ne semblera pas disposer à parler, encore moins à converser, et te fera grâce des « Enchanté », des « Vous allez bien ? », des « Vous n’avez pas eu trop de mal à trouver ? » et autres considérations météorologiques, et tu lui en sauras, davantage encore, gré : décidément, le gars s’appliquera à te contenter. Son lexique ne sera que de brefs mouvements de la tête, secs, indiscutables. D’un coup de menton, il t’indiquera une petite liasse de talbins sur le lit. Pas du billet de Monopoly, du bon euro, par fois cent, des coupures neuves – délicate attention : leur odeur parviendra à s’imposer sur le remugle de la chambre, et sur la vanille synthétique de ton parfum. Un autre mouvement du menton pointera la patère fixée à la porte. Tu ôteras donc ton manteau, et te présenteras à lui, conditionnée guêpière-bas-gris-perle-stiletto ainsi que convenu, te vivant plus nue que si tu l’étais complètement. Les mains toujours aux poches, il tournera autour de toi pour s’assurer de la qualité du deal, te scrutant des pieds – mesurant presque les talons – à la tête – passant outre les yeux, non pas par gêne, mais pour signifier que ce qu’il pourrait y lire ne le concerne vraiment pas – et terminant son inspection d’une légère pression sur un de tes seins – vraiment pas une caresse, mais un geste comparable à celui que ferait, de la pointe du pied, sur un pneu, l’acquéreur d’une voiture, sans raison autre que rituelle. D’un nouveau hochement de tête, il indiquera juger la livraison conforme à la commande, et d’un dernier, désignera – enfin – le bidet.</p>
<p>Tu en seras déjà, et depuis un bout, à lutter pour contenir un orgasme – une pute ne doit pas jouir, une pute ne doit pas jouir, une pute ne doit pas jouir, tu t’es jurée de ne pas jouir, ce sera pour plus tard, après, une fois seule – et ton installation sur l’inespéré bidet ne fera rien pour te faciliter la tâche : tu la vivras comme une montée en chair, le contact froid de sa faïence ne faisant qu’amplifier encore, par contraste, la fièvre de ton tabernacle, et il te faudra salement serrer les dents pour éviter de partir immédiatement à grosse, grosse dame. Une fois assise, stabilisée, ton self un poil rééquilibré, tu hésiteras encore à t’arroser la craquette, de peur qu’un simple effleurement ne t’affole à nouveau l’envoyeur-à-dame. Bien heureusement, la maison ne propose qu’une eau glaciale et calcaire au point de faire de toute ablution un prélude à la lapidation : dans ces conditions, la toilette te permettra au contraire de relâcher un peu la pression, de rapprocher terre, et d’apaiser du même coup la crise de priapisme tétonnier qui menaçait de causer des dommages aux bonnets de ta guêpière. Une grande inspiration, une grande expiration plus tard, un peu d’eau sur les joues, et tu pourras enfin pivoter sur toi-même, restant assise sur le bidet, mais maintenant dos au mur et face à Jules, ouvrant les jambes au vaste monde, faisant bien commun de ton intimité.</p>
<p>Jules, toujours debout, toujours mains aux poches, et qui ne t’aura pas quittée des yeux alors que tu lui tournais le dos, s’arrogera le crachoir.</p>
<p>—Ça fait quand même plaisir de voir une fille de chez nous. Je suis dans la marine marchande. Des mois que j’avais pas approché nos côtes. Des mois que je contracte avec des filles d’ailleurs. Oh, j’ai rien contre elles, hein, rien contres elles, au contraire. On peut dire que j’ai su la goûter, la beauté du monde. J’ai su l’éprouver. Mais qu’est-ce que vous voulez ? Il y a quand même la barrière de la langue. De la culture. On n’arrive pas à se faire comprendre. On n’arrive pas à expliquer ce qu’on voudrait. Et puis ces filles-là ne sont pas sophistiquées. Elles ne vont pas au devant. Elles n’anticipent pas. La plupart s’allongent, ouvrent, attendent, voilà. Avec vous, je sens que ça va être différent. Je sens qu’on va se comprendre. Je sens que vous allez me comprendre. Je sens que vous ferez – n’est-ce pas ? – tout ce que je voudrai.</p>
<p>Tu acquiesceras péniblement, ne tenant plus de fébrilité, t’efforçant de repousser encore une charge orgasmique.</p>
<p>—À la bonne heure. Je vais nous préparer.</p>
<p>Toujours juchée sur ton bidet, toujours moins vêtue que si tu étais nue, tu le regarderas, intriguée, récupérer un havresac dans l’armoire, et en tirer divers articles qu’il disposera méthodiquement sur une petite table, un réchaud à gaz, un couteau, des cuillères, une poêle, une plaquette de beurre.</p>
<p>—Ce que j’aime moi, reprendra-t-il, quand je descends à l’hôtel, c’est les petits-déjeuners au lit. J’adore ça. À mon âge, c’est un peu puéril, n’est-ce pas ? Mais j’adore ça.</p>
<p>Pendant qu’il terminera de disposer ses accessoires – deux tasses, deux thermos, un paquet de biscottes, un pot de confiture, le journal du jour, des œufs, et, vraisemblablement, une barquette de chipolatas – tu te seras mis en branle la machine à anticiper-ses-désirs-et-faire-ce-qu’il-voudra, et tu te verras déjà, ondoyant d’impatience sur ton bidet, prête à lui jouer une variante de la grande scène du fantasme ancillaire canonique, où Martine la soubrette apporte à Monsieur le Comte son petit-déjeuner au lit, « Monsieur le Comte a bien dormi ? », « Très bien Martine, merci, posez ça là », répond Monsieur le Comte, montrant ses cuisses, mais Martine, mal à l’aise sur ses talons de douze et troublée par la prestance matinale de Monsieur le Comte, fait un faux mouvement en déposant le plateau, la théière verse sur le côté, le thé s’écoule du plateau sur le drap, une tâche s’en forme à hauteur du bassin de Monsieur le Comte, « Oh ! Monsieur le Comte ! Quelle maladroite je fais ! », et Martine se met en devoir d’éponger la tâche, « Ça n’est rien Martine, laissez, laissez », mais non, Martine insistera, « Non, Monsieur le Comte, non, permettez, je suis confuse, quelle maladroite je fais, dites que je suis une maladroite, dites que je suis une sotte, dites que je suis une souillon », en continuant de frotter non plus la tâche, mais bien le membre tumescent de Monsieur le Comte, qui, partant, lui donnera de la « Petite sotte » tant qu’elle en voudra, « Astique, petite sotte », « Suce, petite sotte », cependant que, dans la salle d’eau attenante, Madame la Comtesse, occupée, avec l’assentiment patelin de Monsieur le Comte, à se faire tanner les muqueuses par James, le vigoureux majordome, et qui aura perçu la rumeur de l’amour voisin, proposera, à travers la cloison, « Une partie carrée, ou bien ? »</p>
<p>Vivant intensément la fin de ta répétition, passant encore à pas ça d’un orgasme, et décidant, pour t’aider à reprendre tes esprits, de récapituler les accessoires nécessaires, tu finiras par déplorer à voix haute de ne pas avoir pensé à amener ton tablier, ta coiffe, et ton plumeau, et regretter ne pas voir comment, dans ces circonstances, tu pourrais amener à Monsieur le Comte son petit-déjeuner au lit selon les règles de l’art.</p>
<p>—Monsieur le Comte ? s’étonnera Jules, qui terminait de beurrer une biscotte. Monsieur le Comte ? Non, il ne s’agit pas de ça. Thé ou café ?</p>
<p>—Pardon ?</p>
<p>—Vous prenez du thé, ou du café ?</p>
<p>—Du thé, avec un peu de lait, s’il vous plait, répondras-tu sans réfléchir, avant de te décider à réévaluer la situation, vraisemblablement moins canonique qu’attendu, d’un œil neuf.</p>
<p>Vue de cet œil neuf, la situation sera la suivante : Jules sur une chaise, occupé à tartiner des biscottes, une à une, beurre, confiture, méthodiquement, et à les disposer sur la table. Sur cette même table, un réchaud, allumé, sous une poêle, grésillante, où terminent de cuire des chipolatas et des œufs sur le plat.</p>
<p>Cependant que tu termineras de reconsidérer le contexte, Jules, lui, terminera de beurrer puis de tartiner la dernière biscotte, qu’il posera sur la table, à côté des autres, où elle complètera un carré de quatre rangées de quatre, parfaitement alignées. Puis il se lèvera, ouvrira une thermos, et servira deux tasses de thé qu’il ira déposer chacune sur une table de chevet. D’un coup de menton, il t’indiquera que le thé est servi, mais tu comprendras bien qu’il n’est pas question de le boire, et que, généralement, il n’est pas réellement question de prendre d’initiative. Il prendra ensuite les tartines sur la table et ira les émietter, une à une, sur le lit, à peu près à la hauteur où se trouveraient vos bassins si on cherchait encore à envisager une utilisation tant soit peu rationnelle du mobilier. Il éteindra ensuite le réchaud, amènera la poêle près du lit, et disposera sur le matelas, à l’aide d’une pince, les chipos, quatre de chaque côté du lit, verticalement, en partant du chevet. S’aidant cette fois d’une spatule, il déposera délicatement les œufs sur l’édredon, à peu près en son centre, en prenant soin de ne pas percer les jaunes, et ira reposer la poêle sur la table. Il terminera en déposant le journal sur l’édredon, à droite des œufs, et une tranche de pain de mie sur un chevet.</p>
<p>Il se tournera ensuite vers toi, et se mettra en devoir de t’expliquer ce qu’il attend de toi.</p>
<p>—C’est très simple. Il y aura trois tableaux, très simples, rien d’exotique, rien d’acrobatique, vous verrez. Dans le premier tableau, vous serez allongée sur le dos, un peu en retrait de l’édredon, la tête sur le matelas de façon à ne pas être en contact avec les œufs, les reins et les fesses sur le tapis de biscottes, les jambes ouvertes. Un simple missionnaire sur biscottes, si vous voulez. Avant de vous pénétrer, je vous demanderai si, « Bonjour ma chérie, tu as bien dormi ? » – vous voudrez bien excuser ce recours au tutoiement, c’est important – et vous devrez me répondre que, « Oui, mais tu devrais quand même faire quelque chose pour ce problème ronflement ». J’écarterai le soupçon de reproche d’un geste agacé, vous pénètrerai, puis irai et viendrai pendant quelques minutes, en silence. Vous voudrez bien, en réponse, vous efforcer d’appuyer aussi pesamment que possible des reins et des fesses, en d’amples mouvements circulaires, le tapis de biscottes. Vous comprenez, les biscottes émiettées par les coups de reins répétés symbolisent l’unité de la cellule familiale réduite en miettes par l’usure du quotidien, le mépris né de la familiarité, la routine chaque jour répétée, et il est important que tout soit bien-bien émietté à la fin du tableau, sans quoi ça n’ira pas. De fait, vu l’état du matelas, j’ai pris sur moi de les pré-émietter un peu, sans quoi ça risquerait de ne pas aller. Et vous serez gentille de ne pas feindre de signes de plaisir. On ne peut pas éprouver de plaisir en ayant autant de miettes dans le dos, ce ne serait pas crédible. Et puis ça n’est pas le propos.</p>
<p>—Pendant tout ce premier tableau, je vous considèrerai aussi peu que possible, et feindrai de lire le journal, posé là, un peu en surplomb à droite de votre tête. Quand j’estimerai qu’on aura assez meulé les biscottes, je m’exclamerai que, « Ah ben tiens, ça m’aurait étonné, ça, ils vont encore augmenter les taxes ! », et vous me répondrez que, « Mais c’est le drame de l’assistanat et de l’état-maman, mon ami, tant qu’on aura des gauchistes au pouvoir, les honnêtes gens paieront pour les feignants, voilà tout. », ce qui m’indiquera que vous avez compris qu’on change de tableau.</p>
<p>—Le deuxième tableau est une levrette, nous serons donc à genoux, vos fesses bien tendues vers mon bassin, en ne vous tenant pas sur les mains, mais en allongeant au contraire le dos et les bras vers l’avant, le plus loin possible en avant, jusqu’à toucher le chevet, et en prenant soin, cette fois, de bien poser le visage sur les œufs. N’ayez crainte, ils seront déjà froids, et ne sont évidemment pas assaisonnés, ni sel, ni poivre, pas de risque d’irritation, c’est juste de l’albumine et du jaune d’œuf, j’ai idée que c’est même plutôt bon pour le teint. Quant à moi, je me contenterai donc de vous tringler en levrette, toujours vigoureusement, mais avec un tonus renouvelé et aimant, avec une énergie qui n’est plus de désespoir, mais de retour à la vie : les œufs symbolisent bien entendu le grand cycle de la vie, et vous m’indiquez, en y appuyant le visage et en tendant les bras vers l’avant, loin, loin, toujours plus loin vers le grand chevet de l’Eros, que vous êtes prête à repartir, à recommencer d’un bon pied, que vous décidez d’embrasser résolument la vie, qu’elles sont oubliées, les biscottes, oubliées, les miettes, oubliés, les ronflements, oublié, le perpétuel aujourd’hui, demain, me voilà ! C’est le retour du printemps, en somme – vous pouvez voir les œufs comme étant de Pâques, si ça vous facilite la gamberge, et moi comme Jésus se relevant du tombeau, et vous comme Marie-Madeleine, mais une Marie-Madeleine dont je ne repousse pas le contact, parce que c’est elle qui m’entraîne dans son élan de vie, et c’est à son bassin que je m’accroche comme une demoiselle à la ceinture de son motard de copain qui met les gaz en pétaradant, et je vous prie de croire qu’alors on s’en met une bonne tranche pour fêter ça, et tiens, prends ça, et ça, et ça encore, « Ah ! Mais c’est qu’elle aime ça, la Madeleine, hein, cochonne, ah, mais ça, si on m’avait dit, que madame Jésus était une telle goulue, je ne l’aurais pas cru, je ne l’aurais pas cru ! », et je ne sais pas quoi encore, en général j’improvise un peu, c’est parfois un peu cru, mais jamais violent, jamais vulgaire, toujours vivant. À la toute fin du tableau, je vous collerai une petite tape sur la fesse droite, vous me tendrez la gauche pour m’indiquer que vous avez compris qu’on change de tableau et que vous me pardonnez, et je lui collerai une autre petite tape pour confirmer.</p>
<p>—Le troisième tableau est beaucoup plus court : vous vous remettrez sur le dos – on balaiera rapidement les miettes de biscottes à l’entracte, hein, elles n’auront plus lieu d’être, on sera alors dans la vie, plus du tout dans la biscotte – vous prendrez cette tranche de pain de mie, là, sur le chevet, vous vous la poserez sur le nombril, et j’éjaculerai dessus, en m’efforçant de ne pas en mettre à côté, parce que, merde, quoi, on a beau faire la putain et chercher absolument la souillure, on peut aussi aspirer à faire une pause fraîcheur de temps à autres. Pas plus compliqué. Et, franchement, n’allez pas chercher de symbole : y a un moment, faut que je débonde, voilà tout, et, alors, oui, bien entendu, je pourrais faire ça dans un mouchoir, mais je me suis dit que du pain de mie, c’était quand même un peu plus raccord avec la thématique du petit-déjeuner, et si je vous mets le pain de mie sur le nombril, franchement, c’est pas tellement pour faire de vous, en occultant votre nombril, un genre d’Eve actualisée, c’est plutôt parce que je trouve ça rigolo. Pas plus compliqué. Pas chercher midi à quatorze heures non plus, hein, on a déjà bien creusé le symbolique, on va pas passer la nuit là-dessus. D’autant que vous êtes d’après-midi.</p>
<p>—Tout ça vous semble-t-il clair ? Vous avez des questions ? Vous voulez qu’on fasse une petite répétition ?</p>
<p>Une question, oui, juste une, question. Pas du tout que la réponse t’importera,  mais tu seras alors tellement abasourdie, déroutée, perdue, que tu prendras la première échappatoire qui se présentera à toi :</p>
<p>—Et les chipos ?</p>
<p>—C’est pour la déco. Cela dit, si vous avez un creux après, on pourra toujours les réchauffer. Autre chose, ou on s’y colle ?</p>
<p>Autre chose ?</p>
<p>Autre chose ?</p>
<p>Non mais des fois, autre chose ?</p>
<p>Ah, ça oui, putain, autre chose : prise d’un sursaut d’énergie, tu essayeras de te secouer de l’abattement dans lequel l’exposé de cette invraisemblable saynète t’aura plongée, de reprendre la main et de renvoyer fermement Dudule à ses obligations michetonnières :</p>
<p>—Mon petit bonhomme, tu vas arrêter de me saloper mon fantasme avec tes enfantillages hôteliers, tu vas me remballer tout ton petit bordel à pique-nique, tu vas me remettre des draps proprement sales sur ce lit, je vais me resaper, sortir, aller m’efforcer de rectifier mon maquillage et ma moiteur, refaire mon entrée, tu vas à nouveau me vouvoyer, m’ignorer, me mépriser tout bien ostensiblement comme tout à l’heure, me refiler mes biftons, je vais me désaper, tu vas me regarder encore comme un objet sexuel, une incarnation de tes désirs, un truc à consommer, j’irai refaire mes ablutions sur ce délicieux bidet, et m’abandonner sur ce pieu salingue sur lequel on voudra bien ne trouver qu’un édredon dégueulasse, des draps repoussants, et une pute à laquelle tu voudras bien t’efforcer de transférer symboliquement ton phallus par le truchement de sa détumescence provoquée par les services que tu lui auras payés, et on se quittera bons étrangers, après quoi j’irai vomir, jouir, ou jouer avec mon phallus symbolique dans mon coin, j’aviserai. Des questions ? Tu veux qu’on répète ?</p>
<p>Mais non, non plus.</p>
<p>Il veut pas qu’on répète, et il n’entend même pas se laisser faire. Il n’aura pas pu dissimuler complètement l’effroi que lui aura causé cette inédite confrontation à ta sainte colère, mais malgré ça, et malgré d’étonnantes prédispositions à la couardise, il trouvera encore le cran de s’accrocher à son viatique – tout-ce-que-tu-voudras – pour persister dans ses errements. Alors il jouera le tout pour le tout, et s’enquillera dans le colérique en beuglant.</p>
<p>—Non mais des fois ? Qu’est-ce qui lui prend, à la greluche ? Ça promet des ce-que-tu-voudras, et ça crie au loup quand on lui offre une tartine ? T’es pas des fois sujette aux humeurs ? Aux dépressions saisonnières ? Aux carences en lithium ? Quand je pense, non mais quand je pense que j’ai poussé la délicatesse jusqu’à faire le tour des hôtels de la région pour dénicher le seul dont les chambres sont encore équipées de bidets, et qui est aussi le seul sans minibars, hein, je te prie de noter, quand je pense que j’ai gentiment opté pour un breakfast traditionnel, quasi continental, qu’est quand même plus aimable à la novice, hein, alors que moi, ce qu’il me faut, le matin, c’est du roboratif, du consistant, du viandeux, non mais, je te jure, c’est des coups à se mettre la prévenance en deuil, tiens. Et moi qui dégoisais sur les filles d’ailleurs, pauvre de moi, comme je regrette, comme j’ai honte. Mais les filles d’ailleurs, malheureuse, les filles d’ailleurs, elles m’ont vendu plus de joie que tu ne pourras jamais m’en offrir, tiens. Tu crois vraiment, non mais tu crois vraiment qu’il reste des barrières culturelles qui ne banderont pas pour un bifton ? Mais je disais ça pour te mettre à l’aise, moi, ma pauvre fille. Qu’est-ce que tu crois, on paye, on obtient, et voilà tout. Tiens, tiens, prends la petite Trésor – ah, voilà une belle gosse, voilà une gentille gosse – qui turbine à la Maison Pour La Tempérance Et La Bonne Entente Entre Les Peuples de Maman Céleste, à Bangui-la-Coquette, là, à l’angle de l’avenue Mobutu et de la rue de Navarre, eh ben, deux-trois talbins, un petit cadeau par là-dessus, rien, une petite attention, un peu de verroterie, et je te prie de croire qu’elle ne faisait pas tant d’histoires pour s’allonger sur son lit de haricots blancs sauce tomate, pour se carrer son œuf coque dans le cloaque, et pour me laisser y tremper ma mouillette, hein, et de bonne humeur, encore, active, enjouée, réclamant son supplément beurre et sa giclée d’albumine. Alors ? Hein ? J’ai pas fait des efforts ? J’y ai pas mis du mien ? J’ai pas tempéré mes attentes ? Et toi, non, rien, pas un geste, pas un effort ? Madame fera tout ce qu’on voudra, madame veut qu’on la souille, madame veut qu’on la déprécie, mais madame chipote au jaune d’œuf ? Et tu crois vraiment qu’on va en rester là ? Non-non-non, ma fille, ça ne va pas se passer comme ça. Je vais chercher monsieur Alban. »</p>
<p>Et il sortira en claquant la porte.</p>
<p>Tu resteras pétrifiée de stupeur sur ton bidet, fixant sans le voir le lit couvert de biscottes émiettées, d’œufs sur le plat, et de chipos pour la déco, à récapituler les événements pour essayer de comprendre comment, exactement, tu t’étais retrouvée dans cette situation, et à quel moment de ton exposé sur tes attentes de l’acte de prostitution tu avais entr’ouvert la porte dans laquelle le fétichiste du petit-déjeuner avait passé son pied pour mieux la défoncer ensuite, anéantissant au passage l’intégralité de ta libido.</p>
<p>Pas trois minutes plus tard, Jules reviendra dans la chambre comme une furie, claquant à nouveau la porte derrière lui. Il aura trouvé le temps, entre son départ précipité et son brusque retour, de changer de vêtements, et reviendra portant un costume en lin blanc sur une chemise de satin prune, cravate rayée turquoise-chocolat, chaussures bicolores blanc-marron, chaussettes noires motif Snoopy, chevalière monogrammée M.A., gourmette gravée « Monsieur Alban », moustache bord-de-lèvre dessinée au crayon, cure-dents, lunettes noires, et il se remettra à beugler.</p>
<p>—Qu’est-ce que j’apprends ? Non mais qu’est-ce qu’on me rapporte ? Le premier client depuis des mois, et tu trouves le moyen de me le contrarier ? T’es tournée zinzine ? Tu te rends compte ? Non mais tu te rends compte ? Tu te rends compte de la situation ? La crise d’un côté, la mondialisation de l’autre, et madame Thalita bégueule un continental ? Avec toute la misère du monde qui nous débarque dans la zone d’activité, le cours du brunch anal qui s’effondre, le pancake au sirop doré qui trouve plus preneur, et tu rechignes à la biscotte ? Non mais tu veux qu’on ferme, c’est ça ? Tu sabotes ? Tu cherches à saper ? T’as des parts chez la concurrence ? Ou si des fois t’es prise d’un spleen de la mandale ? D’une nostalgie de la beigne ? Qu’est-ce qui te prend, non mais qu’est-ce qui te prend, dis-moi ?, qu’il terminera, en hurlant.</p>
<p>Et c’en sera trop pour tes nerfs. Trop d’émotions en si peu de temps : tu éclateras en sanglots.</p>
<p>Excédé lui aussi, monsieur Alban se mettra à tourner rageusement en rond dans la carrée, pestant dans ses dents, « Et voilà, c’est toujours pareil, avec les gisquettes », gémonivouant, maugréant, puis il finira par s’apaiser, par regretter son éclat, par s’émouvoir de ton gros chagrin, et il viendra te libérer de ton bidet, t’invitant à te relever en te prenant délicatement par le bras, et t’emmenant t’asseoir sur le lit, où il aura vivement ménagé un espace sans biscottes, sans œufs, sans chipos.</p>
<p>—Allons-allons, ma petite fille, ça n’est rien, ça n’est rien. Sèche donc, apaise donc. Je me suis un peu emporté, pardonne-moi, mais tu me connais, je t’ai à la bonne, tu n’as rien à craindre. C’est que j’ai peur pour ton avenir, moi. Le marché du whore &amp; breakfast est devenu impitoyable, et je vois que tu ne t’y adaptes pas, alors ça m’inquiète, voilà tout. Tu sais quoi ? Je pense que tu devrais penser à une reconversion. Qu’est-ce que tu dirais de passer à l’encadrement ? On pourrait s’ouvrir un petit clandé pépère, en loucedé, pour habitués uniquement, sur recommandation, le genre traditionnel, pain frais, beurre de baratte, miel artisanal, jus de fruits, viennoiseries sur commande, et c’est tout. Le truc honnête. La bonne maison. Tiens, justement, j’en causais avec monsieur Ferdinand, le concierge d’ici, et il me disait que dans sa partie non plus, ça va pas fort, les gens ne prennent plus guère le train, et je te parle pas péniche, alors s’il atteint les 20% de taux d’occupation sur l’année, c’est déjà miraculeux, pas compliqué, bon an mal an, il lui reste toujours chaque jour une demi-douzaine de chambres libres, alors on se disait comme ça, tiens, ça sent le gagnant-gagnant, ou des fois ? On s’installe un petit business parallèle ici, à la coule, 3 ou 4 filles en free-lance, pas de contrat de travail ou quoi, monsieur Ferdinand à l’accueil, aux relations publiques, et à la cuisine, moi à l’administration, à la sécurité, et à la prospection, et toi à l’intendance et à la gestion des petits problèmes quotidiens des filles. Hein ? Qu’est-ce que tu en dis ? Un petit turbin pépère en attendant la fin de la mondialisation ? Qu’est-ce que tu en dis ?</p>
<p>Séverine, ma fille, ce que tu en dis, moi, j’en sais rien, je te laisse voir avec ton histoire, mais vraiment, vraiment, j’insiste : si tu veux y aller, prends bien le temps de tout bien expliquer à ton copain, et de bien cadrer serré vos petites affaires. Sans quoi tu pourrais aussi bien te retrouver à faire carrière à l’Hôtel Des Usagers Du Rail Et Des Mariniers Réunis, à faire des cafés, à essuyer des verres, et à te démener pour que Shana ne passe pas ses journées à se foutre sur la gueule avec Évanescente.</p>
<p>Et, franchement ?</p>
<p>Que ce soit sur le pécuniaire, sur la prise du pouvoir viril, ou sur la réalisation de ton indépendance pulsionnelle vis-à-vis de l’autre, j’ai idée qu’on pourrait trouver à parfaire.</p>
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<p class="MsoNormal"><strong>Une question de Séverine, 19 ans : « Je voudrais que mon copain me paye pour me baiser. Ça craint ou pas ? » </strong></p>
<p class="MsoNormal">Je ne peux hélas pas répondre catégoriquement à ta question, la réponse dépendant surtout de ton histoire personnelle, si bien qu’un travail d’analyse de ce que à quoi tu aspires exactement dans la réalisation de ce fantasme serait nécessaire pour ce faire. Ce type de fantasme de prostitution – non pas le recours aux services d’un/e prostitué/e, mais le fait de se prostituer soi-même – est assez fréquent pour les femmes, mais sa réalisation est plus rare. Je ne parle ici que de la réalisation d’un fantasme, et non pas de prostitution subie par contrainte économique, ou exercée par la violence – si toutefois cette distinction est pertinente. Les motivations sont alors diverses. Dans l’acte de prostitution, l’échange d’argent peut avoir plusieurs finalités. Il peut servir à concrétiser une séparation entre toi et ton « partenaire », entre toi et l’autre, plus généralement entre le besoin de satisfaire tes pulsions sexuelles et l’amour que tu pourrais ressentir pour cet autre. Il peut ainsi permettre, réalisant cette séparation, de ne pas vivre ta sexualité comme une dépendance à l’autre, et se révéler désinhibiteur, permettre les transgressions. Pour les femmes se prostituant à des hommes, l’échange d’argent peut aussi représenter une prise de pouvoir, une prise du « pouvoir viril », d’abord en leur permettant d’adopter les comportements traditionnellement accaparés par les hommes – aborder l’autre, suggérer la sexualité, faire des propositions sexuelles directes, et notamment, en ce qui concerne les prostituées, par le biais du registre du langage, ou de la tenue vestimentaire – ensuite, en transférant symboliquement le phallus du client à la prostituée, le passage de l’état tumescent à l’état flaccide symbolisant ce transfert. Il peut aussi, pour certaines, représenter dépréciation de soi, une souillure, une punition de son corps.</p>
<p class="MsoNormal">Il conviendrait donc de t’interroger plus avant de concrétiser ce fantasme. En tout état de cause, si tu choisis de le vivre, je ne peux que te conseiller de t’en ouvrir à ton copain en choisissant soigneusement tes arguments, en lui expliquant exactement ce que tu recherches, de façon à t’assurer qu’il comprendra exactement ce que tu attends de lui, qu’il ne risquera pas d’en prendre peur, et ne cherchera pas non plus à en tirer profit à tes dépens. Il faudra que tu lui expliques exactement le rôle de l’argent dans ce jeu, son rôle séparateur. Tu devras insister sur ce que tu ne cherches pas à te séparer de lui, mais à séparer la satisfaction de tes pulsions sexuelles de l’amour que tu éprouves pour lui. Pour augmenter tes chances de le voir adhérer à ce projet, tu pourras lui présenter ce qu’il aura de profitable pour lui aussi : vous ne serez plus dans un rapport de séduction, et, dans une certaine mesure, il n’aura plus à se soucier de ton plaisir, tu t’en chargeras pour toi-même. Lui faire comprendre aussi que tu prendras les devants, que tu suggèreras l’acte sexuel, et que tu pourras appuyer tes propositions par le registre de ton discours, ou par ton apparence. Lui faire valoir aussi que cette séparation pourrait vous permettre à chacun de chercher d’autres partenaires sexuels, « d’aller voir ailleurs », sans que cela ne risque d’affecter votre amour.</p>
<p class="MsoNormal">Tu comprends ?</p>
<p class="MsoNormal">Non, il ne comprendra pas encore. Pas encore bien. Son attention aura certes été aiguillonnée, notamment par cette histoire d’autres partenaires, et de ton plaisir dont il n’aurait plus à se soucier, mais en revanche, quant à l’argent, quelque chose lui échappera encore : si c’est pour faire ça, autant aller aux putes, ou bien ?</p>
<p class="MsoNormal">Mieux vaudra t’efforcer de masquer ta consternation, et de feindre l’enthousiasme devant la perspicacité du gars.</p>
<p class="MsoNormal">—Oui, voilà, c’est ça, aller aux putes, c’est exactement ça. Et ce sera moi la pute. Je serai ta pute. Je m’habillerai comme une pute, je porterai la lingerie que tu voudras que je porte, les chaussures que tu voudras que je porte, on ira faire ça à l’hôtel, tu pourras me traiter comme une pute, tu pourras me faire ce que tu voudras. Tu me donneras de l’argent, et je serai ta pute. Tu es d’accord ? Tu comprends ?</p>
<p class="MsoNormal">Mmm.</p>
<p class="MsoNormal">M’non.</p>
<p class="MsoNormal">Non, pas encore.</p>
<p class="MsoNormal">Pas encore tout à fait.</p>
<p class="MsoNormal">Ah, ça oui, le gars sera très attentif, très éveillé, tout à fait avec toi, tout à fait intrigué par tes arguments, mais l’œil encore terni par un voile d’incompréhension, cherchant encore à savoir où, exactement, tu veux en venir.</p>
<p class="MsoNormal">—Les chaussures avec les talons de dix centimètres ?</p>
<p class="MsoNormal">—Douze, si tu veux.</p>
<p class="MsoNormal">—Avec la, comment, la guêpière, là ?</p>
<p class="MsoNormal">—Tout ce que tu veux.</p>
<p class="MsoNormal">—Et je pourrai dire, mettons, euh, « salope » ?</p>
<p class="MsoNormal">—Tout ce que tu veux.</p>
<p class="MsoNormal">—Et tu feras tout ce que je voudrai ?</p>
<p class="MsoNormal">—Tout ce que tu veux.</p>
<p class="MsoNormal">Faut admettre, ça aura l’air bien. Il restera pensif un instant, fixant le vague en se caressant la joue, essayant encore de faire s’imbriquer les pièces.</p>
<p class="MsoNormal">—Bon, d’accord, très bien, mais ce que je vois pas bien, quand même, c’est en quoi c’est différent d’aller aux putes ?</p>
<p class="MsoNormal">Courage, ma fille, courage. Courage, patience, et didactisme.</p>
<p class="MsoNormal">—Mais non, mais oui, voilà, exactement, c’est tout pareil qu’aller aux putes. Avec moi. C’est moi la pute. C’est moi que tu vas choisir sur Internet, c’est mon zéro-six que tu vas appeler, tu vas demander à parler à Shana, ou Kallina, ou Ruby, comme tu voudras, je m’appellerai comme tu voudras, tu me diras que tu as vu mon annonce sur Internet, que tu es intéressé par un « moment sensuel », tu vas me demander le « tarif de la prestation », tu l’accepteras sans discuter, et tu me donneras rendez-vous dans un hôtel, voilà, tout comme aller aux putes.</p>
<p class="MsoNormal">Il te faudra encore consacrer un peu de persévérance à expliquer que non, tu n’as pas de site web, que, certes, tu ne t’appelles pas Shana ou Kallina ou Ruby, mais que c’est important pour toi de revêtir une autre identité, que, oui, Thalita si tu préfères, pourquoi pas Thalita, très bien, Thalita, que ton zéro-six, il le connait déjà, il est déjà dans son répertoire – ah ben ça, si on lui avait dit qu’il avait le numéro d’une escort dans son répertoire, faudra qu’il raconte ça aux copains – et enfin que oui, oui, oui, il faudra vraiment te donner de l’argent, et que non, non, non, tu ne le lui rendras pas après, qu’il est crucial que tu le gardes, mais l’un dans l’autre, il deviendra de plus<span> </span>en plus manifeste que ces tergiversations ne seront plus que de façade : le gars était déjà pas mal émoustillé par les talons de douze et la guêpière – oui, oui, des bas gris perle sans jarretière autofixante, si tu veux – mais c’est la soudaine réalisation que ces affaires se dérouleraient à l’hôtel qui achèvera d’emporter sa pleine adhésion : le gars adore séjourner à l’hôtel, il adore ça, rapport aux minibars et aux petits-déjeuners servis au lit, il adore ça.</p>
<p class="MsoNormal">Il te faudra donc encore en passer par une dernière petite tractation pour préciser que non, non, non, vous ne serez pas en couple, vous ne vous connaitrez pas, et tu ne fais pas la nuit, tu ne travailles que l’après-midi, après 16 heures, avant 19 heures, c’est très important, 16 heures 19 heures, à ces heures-là, tu devrais être au turbin, ou au service des mioches sortis de l’école, alors 16 heures 19 heures, c’est ce qui te semblera le plus transgressif, et, quant à toi, il est quand même salement question de transgresser, si bien que, non, non, non, on ne gardera pas la chambre, on ne passera pas la nuit à l’hôtel, bonjour madame, salope, salope, salope, au revoir madame, et quand on se séparera, et il fera encore jour.</p>
<p class="MsoNormal">Il maugréera un peu pour la forme, mais quand même, là, oui, là, d’accord, c’est rentré, c’est en route, il lui reste quand même les talons, la guêpière, le ce-que-tu-voudras et le minibar, alors il a le petit cinéma déjà bien en branle, au point qu’il n’est plus trop loin de considérer que l’idée vient de lui, que c’est heureux qu’il soit là pour vous éviter la routine, et que c’est ta libido, qui en a de la chance, qu’il soit à la manœuvre.</p>
<p class="MsoNormal">Sans perdre plus de temps, il se jettera sur son portable et entreprendra de t’appeler. N’écoutant que ta patience, tu l’arrêteras en faisant mine de te demander si ça ne serait plus excitant si vous n’étiez pas face à face quand il appellera. Il passera dans la pièce d’à côté, rappellera. Tu prendras l’appel pour préciser que, peut-être, ce serait encore mieux s’il appelait alors que tu n’es pas à portée de voix, et que, généralement, tu ne t’y attends pas.</p>
<p class="MsoNormal">—Pas con, il admettra. Pas con.</p>
<p class="MsoNormal">Une dernière vérification de la hauteur des talons – 12 centimètres, hein, on est d’accord ? –, de la couleur des bas – gris perle, n’est-ce pas ? –, et du programme – tout ce que je voudrai, oui ? –,<span> </span>une gentille bise, et le voilà parti.</p>
<p class="MsoNormal">Force sera d’apprécier la rapidité des progrès du gars : il attendra le lendemain, en fin d’après-midi, pour te rappeler, faisant de toi la proie d’une interminable journée d’anticipation, d’attente et de projections au terme de laquelle tu seras bonne à essorer, et respectera scrupuleusement le script, demandant à parler à Thalita, indiquant avoir obtenu ton zéro-six sur ton site, disant – dispensable improvisation – espérer, vu l’heure, ne pas te déranger en plein travail – on l’entendra hurler un clin d’œil – demandant à passer avec toi un « moment sensuel », et ce que serait le « tarif de cette prestation » – on entendra aussi, hélas, les guillemets, mais, passant outre, tu lui annonceras ce tarif, et tu feindras de ne pas l’entendre réprimer une tentative de négociation réflexe, bref, tout le monde y mettra du sien, il ne discutera pas le tarif, acceptera tes conditions, et te fixera rendez-vous, le lendemain – grands dieux, encore une journée à savonner – 16 heures, chambre 17, premier étage, gauche, fond du couloir, Hôtel Des Usagers Du Rail Et Des Mariniers Réunis, celui qui est après la gare, près du port fluvial, là, en face de l’écluse, tu vois ?</p>
<p class="MsoNormal">Oui, oui, tu vois, et, très bien, c’est noté, rendez-vous est pris, à demain.</p>
<p class="MsoNormal">Demain venu, tu te rendras, à l’heure dite, au lieu dit. Passée la porte de l’hôtel, tu en traverseras le vestibule en t’efforçant d’adopter une démarche assurée malgré les talons impossibles et la crainte qu’un mouvement un peu trop vif ne donne à voir que tu n’es guère plus vêtue que de ton manteau, balayant l’interrogation muette du concierge d’un Je‑suis‑attendue définitif dont toi seule saura combien l’aplomb qu’il laissera paraître s’accordera peu avec le tumulte des émotions qui te malmèneront le système, et feignant d’ignorer, mais t’en réjouissant secrètement, l’attention rapace que te porteront les trois usagers du rail et les deux mariniers qui se trouveront installés au bar de l’hôtel. Ayant atteint l’escalier, tu monteras rapidement au premier étage, gauche, fond du couloir, chambre 17, toc-toc.</p>
<p class="MsoNormal">—C’est ouvert, entrez.</p>
<p class="MsoNormal">Cet inattendu recours au vouvoiement ne fera rien pour te tempérer le transport. Tu entreras vibrante d’excitation, et elle redoublera quand tu découvriras la chambre : elle est miteuse. Les murs sont recouverts d’un papier qui, à force de défraîchir, a fini par prendre sur lui de représenter des fleurs fanées. Les vitres de l’unique fenêtre, jamais nettoyées, ne laissent plus filtrer qu’une lumière tout juste suffisante pour réaliser qu’il doit être entre 16 et 17 heures, et que tu devrais vraiment être ailleurs. Le plafond a été blanc, est désormais ocre-cigarette. La moquette a été rugueuse, est désormais accidentée. Quant au paddock, son matelas est mou, son sommier est mou, et son édredon tente une reconversion en champignonnière. Son chevet est surmonté d’une petite peinture encadrée-dorurée représentant une biche en sous-bois bravant stoïquement une tempête de poussière. Se borner à considérer les draps douteux est faire acte pensée positive : on y a tant épanché qu’ils proposent un nuancier exhaustif des teintes du craspec, un camaïeu terminal du salingue, et tu devras prendre sur toi pour ne pas t’abîmer à imaginer qui et comment a pu produire la tâche, là, énorme, en forme de cœur, ou de foie, ça n’est pas très net, et cette autre encore, oh, la belle teinte cuivrée, et, cette autre, là, jaune-beurre-frais strié gris-taupe. Il n’y a évidemment pas de salle d’eau, mais un évier dans la chambre même. Divine surprise, il est flanqué d’un bidet. Un authentique bidet. Dans tes rêves les moins avouables, tu n’osais prétendre au bidet, or il se trouve là un bidet. La perfection est donc finalement bien de ce monde.</p>
<p class="MsoNormal">Jules sera là, debout, près de la fenêtre, débardeur et jean, mains dans les poches. Il se contentera de te saluer d’un hochement de tête, ou plutôt de signifier qu’il a pris acte de ta présence. Il ne semblera pas disposer à parler, encore moins à converser, et te fera grâce des « Enchanté », des « Vous allez bien ? », des « Vous n’avez pas eu trop de mal à trouver ? » et autres considérations météorologiques, et tu lui en sauras, davantage encore, gré : décidément, le gars s’appliquera à te contenter. Son lexique ne sera que de brefs mouvements de la tête, secs, indiscutables. D’un coup de menton, il t’indiquera une petite liasse de talbins sur le lit. Pas du billet de Monopoly, du bon euro, par fois cent, des coupures neuves – délicate attention : leur odeur parviendra à s’imposer sur le remugle de la chambre, et sur la vanille synthétique de ton parfum. Un autre mouvement du menton pointera la patère fixée à la porte. Tu ôteras donc ton manteau, et te présenteras à lui, conditionnée guêpière-bas-gris-perle-stiletto ainsi que convenu, te vivant plus nue que si tu l’étais complètement. Les mains toujours aux poches, il tournera autour de toi pour s’assurer de la qualité du deal, te scrutant des pieds – mesurant presque les talons – à la tête – passant outre les yeux, non pas par gêne, mais pour signifier que ce qu’il pourrait y lire ne le concerne vraiment pas – et terminant son inspection d’une légère pression sur un de tes seins – vraiment pas une caresse, mais un geste comparable à celui que ferait, de la pointe du pied, sur un pneu, l’acquéreur d’une voiture, sans raison autre que rituelle. D’un nouveau hochement de tête, il indiquera juger la livraison conforme à la commande, et d’un dernier, désignera – enfin – le bidet.</p>
<p class="MsoNormal">Tu en seras déjà, et depuis un bout, à lutter pour contenir un orgasme – une pute ne doit pas jouir, une pute ne doit pas jouir, une pute ne doit pas jouir, tu t’es jurée de ne pas jouir, ce sera pour plus tard, après, une fois seule – et ton installation sur l’inespéré bidet ne fera rien pour te faciliter la tâche : tu la vivras comme une montée en chair, le contact froid de sa faïence ne faisant qu’amplifier encore, par contraste, la fièvre de ton tabernacle, et il te faudra salement serrer les dents pour éviter de partir immédiatement à grosse, grosse dame. Une fois assise, stabilisée, ton self un poil rééquilibré, tu hésiteras encore à t’arroser la craquette, de peur qu’un simple effleurement ne t’affole à nouveau l’envoyeur-à-dame. Bien heureusement, la maison ne propose qu’une eau glaciale et calcaire au point de faire de toute ablution un prélude à la lapidation : dans ces conditions, la toilette te permettra au contraire de relâcher un peu la pression, de rapprocher terre, et d’apaiser du même coup la crise de priapisme tétonnier qui menaçait de causer des dommages aux bonnets de ta guêpière. Une grande inspiration, une grande expiration plus tard, un peu d’eau sur les joues, et tu pourras enfin pivoter sur toi-même, restant assise sur le bidet, mais maintenant dos au mur et face à Jules, ouvrant les jambes au vaste monde, faisant bien commun de ton intimité.</p>
<p class="MsoNormal">Jules, toujours debout, toujours mains aux poches, et qui ne t’aura pas quittée des yeux alors que tu lui tournais le dos, s’arrogera le crachoir.</p>
<p class="MsoNormal">—Ça fait quand même plaisir de voir une fille de chez nous. Je suis dans la marine marchande. Des mois que j’avais pas approché nos côtes. Des mois que je contracte avec des filles d’ailleurs. Oh, j’ai rien contre elles, hein, rien contres elles, au contraire. On peut dire que j’ai su la goûter, la beauté du monde. J’ai su l’éprouver. Mais qu’est-ce que vous voulez ? Il y a quand même la barrière de la langue. De la culture. On n’arrive pas à se faire comprendre. On n’arrive pas à expliquer ce qu’on voudrait. Et puis ces filles-là ne sont pas sophistiquées. Elles ne vont pas au devant. Elles n’anticipent pas. La plupart s’allongent, ouvrent, attendent, voilà. Avec vous, je sens que ça va être différent. Je sens qu’on va se comprendre. Je sens que vous allez me comprendre. Je sens que vous ferez – n’est-ce pas ? – tout ce que je voudrai.</p>
<p class="MsoNormal">Tu acquiesceras péniblement, ne tenant plus de fébrilité, t’efforçant de repousser encore une charge orgasmique.</p>
<p class="MsoNormal">—À la bonne heure. Je vais nous préparer.</p>
<p class="MsoNormal">Toujours juchée sur ton bidet, toujours moins vêtue que si tu étais nue, tu le regarderas, intriguée, récupérer un havresac dans l’armoire, et en tirer divers articles qu’il disposera méthodiquement sur une petite table, un réchaud à gaz, un couteau, des cuillères, une poêle, une plaquette de beurre.</p>
<p class="MsoNormal">—Ce que j’aime moi, reprendra-t-il, quand je descends à l’hôtel, c’est les petits-déjeuners au lit. J’adore ça. À mon âge, c’est un peu puéril, n’est-ce pas ? Mais j’adore ça.</p>
<p class="MsoNormal">Pendant qu’il terminera de disposer ses accessoires – deux tasses, deux thermos, un paquet de biscottes, un pot de confiture, le journal du jour, des œufs, et, vraisemblablement, une barquette de chipolatas – tu te seras mis en branle la machine à anticiper-ses-désirs-et-faire-ce-qu’il-voudra, et tu te verras déjà, ondoyant d’impatience sur ton bidet, prête à lui jouer une variante de la grande scène du fantasme ancillaire canonique, où Martine la soubrette apporte à Monsieur le Comte son petit-déjeuner au lit, « Monsieur le Comte a bien dormi ? », « Très bien Martine, merci, posez ça là », répond Monsieur le Comte, montrant ses cuisses, mais Martine, mal à l’aise sur ses talons de douze et troublée par la prestance matinale de Monsieur le Comte, fait un faux mouvement en déposant le plateau, la théière verse sur le côté, le thé s’écoule du plateau sur le drap, une tâche s’en forme à hauteur du bassin de Monsieur le Comte, « Oh ! Monsieur le Comte ! Quelle maladroite je fais ! », et Martine se met en devoir d’éponger la tâche, « Ça n’est rien Martine, laissez, laissez », mais non, Martine insistera, « Non, Monsieur le Comte, non, permettez, je suis confuse, quelle maladroite je fais, dites que je suis une maladroite, dites que je suis une sotte, dites que je suis une souillon », en continuant de frotter non plus la tâche, mais bien le membre tumescent de Monsieur le Comte, qui, partant, lui donnera de la « Petite sotte » tant qu’elle en voudra, « Astique, petite sotte », « Suce, petite sotte », cependant que, dans la salle d’eau attenante, Madame la Comtesse, occupée, avec l’assentiment patelin de Monsieur le Comte, à se faire tanner les muqueuses par James, le vigoureux majordome, et qui aura perçu la rumeur de l’amour voisin, proposera, à travers la cloison, « Une partie carrée, ou bien ? »</p>
<p class="MsoNormal">Vivant intensément la fin de ta répétition, passant encore à pas ça d’un orgasme, et décidant, pour t’aider à reprendre tes esprits, de récapituler les accessoires nécessaires, tu finiras par déplorer à voix haute de ne pas avoir pensé à amener ton tablier, ta coiffe, et ton plumeau, et regretter ne pas voir comment, dans ces circonstances, tu pourrais amener à Monsieur le Comte son petit-déjeuner au lit selon les règles de l’art.</p>
<p class="MsoNormal">—Monsieur le Comte ? s’étonnera Jules, qui terminait de beurrer une biscotte. Monsieur le Comte ? Non, il ne s’agit pas de ça. Thé ou café ?</p>
<p class="MsoNormal">—Pardon ?</p>
<p class="MsoNormal">—Vous prenez du thé, ou du café ?</p>
<p class="MsoNormal">—Du thé, avec un peu de lait, s’il vous plait, répondras-tu sans réfléchir, avant de te décider à réévaluer la situation, vraisemblablement moins canonique qu’attendu, d’un œil neuf.</p>
<p class="MsoNormal">Vue de cet œil neuf, la situation sera la suivante : Jules sur une chaise, occupé à tartiner des biscottes, une à une, beurre, confiture, méthodiquement, et à les disposer sur la table. Sur cette même table, un réchaud, allumé, sous une poêle, grésillante, où terminent de cuire des chipolatas et des œufs sur le plat.</p>
<p class="MsoNormal">Cependant que tu termineras de reconsidérer le contexte, Jules, lui, terminera de beurrer puis de tartiner la dernière biscotte, qu’il posera sur la table, à côté des autres, où elle complètera un carré de quatre rangées de quatre, parfaitement alignées. Puis il se lèvera, ouvrira une thermos, et servira deux tasses de thé qu’il ira déposer chacune sur une table de chevet. D’un coup de menton, il t’indiquera que le thé est servi, mais tu comprendras bien qu’il n’est pas question de le boire, et que, généralement, il n’est pas réellement question de prendre d’initiative. Il prendra ensuite les tartines sur la table et ira les émietter, une à une, sur le lit, à peu près à la hauteur où se trouveraient vos bassins si on cherchait encore à envisager une utilisation tant soit peu rationnelle du mobilier. Il éteindra ensuite le réchaud, amènera la poêle près du lit, et disposera sur le matelas, à l’aide d’une pince, les chipos, quatre de chaque côté du lit, verticalement, en partant du chevet. S’aidant cette fois d’une spatule, il déposera délicatement les œufs sur l’édredon, à peu près en son centre, en prenant soin de ne pas percer les jaunes, et ira reposer la poêle sur la table. Il terminera en déposant le journal sur l’édredon, à droite des œufs, et une tranche de pain de mie sur un chevet.</p>
<p class="MsoNormal">Il se tournera ensuite vers toi, et se mettra en devoir de t’expliquer ce qu’il attend de toi.</p>
<p class="MsoNormal">—C’est très simple. Il y aura trois tableaux, très simples, rien d’exotique, rien d’acrobatique, vous verrez. Dans le premier tableau, vous serez allongée sur le dos, un peu en retrait de l’édredon, la tête sur le matelas de façon à ne pas être en contact avec les œufs, les reins et les fesses sur le tapis de biscottes, les jambes ouvertes. Un simple missionnaire sur biscottes, si vous voulez. Avant de vous pénétrer, je vous demanderai si, « Bonjour ma chérie, tu as bien dormi ? » – vous voudrez bien excuser ce recours au tutoiement, c’est important – et vous devrez me répondre que, « Oui, mais tu devrais quand même faire quelque chose pour ce problème ronflement ». J’écarterai le soupçon de reproche d’un geste agacé, vous pénètrerai, puis irai et viendrai pendant quelques minutes, en silence. Vous voudrez bien, en réponse, vous efforcer d’appuyer aussi pesamment que possible des reins et des fesses, en d’amples mouvements circulaires, le tapis de biscottes. Vous comprenez, les biscottes émiettées par les coups de reins répétés symbolisent l’unité de la cellule familiale réduite en miettes par l’usure du quotidien, le mépris né de la familiarité, la routine chaque jour répétée, et il est important que tout soit bien-bien émietté à la fin du tableau, sans quoi ça n’ira pas. De fait, vu l’état du matelas, j’ai pris sur moi de les pré-émietter un peu, sans quoi ça risquerait de ne pas aller. Et vous serez gentille de ne pas feindre de signes de plaisir. On ne peut pas éprouver de plaisir en ayant autant de miettes dans le dos, ce ne serait pas crédible. Et puis ça n’est pas le propos.</p>
<p class="MsoNormal">—Pendant tout ce premier tableau, je vous considèrerai aussi peu que possible, et feindrai de lire le journal, posé là, un peu en surplomb à droite de votre tête. Quand j’estimerai qu’on aura assez meulé les biscottes, je m’exclamerai que, « Ah ben tiens, ça m’aurait étonné, ça, ils vont encore augmenter les taxes ! », et vous me répondrez que, « Mais c’est le drame de l’assistanat et de l’état-maman, mon ami, tant qu’on aura des gauchistes au pouvoir, les honnêtes gens paieront pour les feignants, voilà tout. », ce qui m’indiquera que vous avez compris qu’on change de tableau.</p>
<p class="MsoNormal">—Le deuxième tableau est une levrette, nous serons donc à genoux, vos fesses bien tendues vers mon bassin, en ne vous tenant pas sur les mains, mais en allongeant au contraire le dos et les bras vers l’avant, le plus loin possible en avant, jusqu’à toucher le chevet, et en prenant soin, cette fois, de bien poser le visage sur les œufs. N’ayez crainte, ils seront déjà froids, et ne sont évidemment pas assaisonnés, ni sel, ni poivre, pas de risque d’irritation, c’est juste de l’albumine et du jaune d’œuf, j’ai idée que c’est même plutôt bon pour le teint. Quant à moi, je me contenterai donc de vous tringler en levrette, toujours vigoureusement, mais avec un tonus renouvelé et aimant, avec une énergie qui n’est plus de désespoir, mais de retour à la vie : les œufs symbolisent bien entendu le grand cycle de la vie, et vous m’indiquez, en y appuyant le visage et en tendant les bras vers l’avant, loin, loin, toujours plus loin vers le grand chevet de l’Eros, que vous êtes prête à repartir, à recommencer d’un bon pied, que vous décidez d’embrasser résolument la vie, qu’elles sont oubliées, les biscottes, oubliées, les miettes, oubliés, les ronflements, oublié, le perpétuel aujourd’hui, demain, me voilà ! C’est le retour du printemps, en somme – vous pouvez voir les œufs comme étant de Pâques, si ça vous facilite la gamberge, et moi comme Jésus se relevant du tombeau, et vous comme Marie-Madeleine, mais une Marie-Madeleine dont je ne repousse pas le contact, parce que c’est elle qui m’entraîne dans son élan de vie, et c’est à son bassin que je m’accroche comme une demoiselle à la ceinture de son motard de copain qui met les gaz en pétaradant, et je vous prie de croire qu’alors on s’en met une bonne tranche pour fêter ça, et tiens, prends ça, et ça, et ça encore, « Ah ! Mais c’est qu’elle aime ça, la Madeleine, hein, cochonne, ah, mais ça, si on m’avait dit, que madame Jésus était une telle goulue, je ne l’aurais pas cru, je ne l’aurais pas cru ! », et je ne sais pas quoi encore, en général j’improvise un peu, c’est parfois un peu cru, mais jamais violent, jamais vulgaire, toujours vivant. À la toute fin du tableau, je vous collerai une petite tape sur la fesse droite, vous me tendrez la gauche pour m’indiquer que vous avez compris qu’on change de tableau et que vous me pardonnez, et je lui collerai une autre petite tape pour confirmer.</p>
<p class="MsoNormal">—Le troisième tableau est beaucoup plus court : vous vous remettrez sur le dos – on balaiera rapidement les miettes de biscottes à l’entracte, hein, elles n’auront plus lieu d’être, on sera alors dans la vie, plus du tout dans la biscotte – vous prendrez cette tranche de pain de mie, là, sur le chevet, vous vous la poserez sur le nombril, et j’éjaculerai dessus, en m’efforçant de ne pas en mettre à côté, parce que, merde, quoi, on a beau faire la putain et chercher absolument la souillure, on peut aussi aspirer à faire une pause fraîcheur de temps à autres. Pas plus compliqué. Et, franchement, n’allez pas chercher de symbole : y a un moment, faut que je débonde, voilà tout, et, alors, oui, bien entendu, je pourrais faire ça dans un mouchoir, mais je me suis dit que du pain de mie, c’était quand même un peu plus raccord avec la thématique du petit-déjeuner, et si je vous mets le pain de mie sur le nombril, franchement, c’est pas tellement pour faire de vous, en occultant votre nombril, un genre d’Eve actualisée, c’est plutôt parce que je trouve ça rigolo. Pas plus compliqué. Pas chercher midi à quatorze heures non plus, hein, on a déjà bien creusé le symbolique, on va pas passer la nuit là-dessus. D’autant que vous êtes d’après-midi.</p>
<p class="MsoNormal">—Tout ça vous semble-t-il clair ? Vous avez des questions ? Vous voulez qu’on fasse une petite répétition ?</p>
<p class="MsoNormal">Une question, oui, juste une, question. Pas du tout que la réponse t’importera,<span> </span>mais tu seras alors tellement abasourdie, déroutée, perdue, que tu prendras la première échappatoire qui se présentera à toi :</p>
<p class="MsoNormal">—Et les chipos ?</p>
<p class="MsoNormal">—C’est pour la déco. Cela dit, si vous avez un creux après, on pourra toujours les réchauffer. Autre chose, ou on s’y colle ?</p>
<p class="MsoNormal">Autre chose ?</p>
<p class="MsoNormal">Autre chose ?</p>
<p class="MsoNormal">Non mais des fois, autre chose ?</p>
<p class="MsoNormal">Ah, ça oui, putain, autre chose : prise d’un sursaut d’énergie, tu essayeras de te secouer de l’abattement dans lequel l’exposé de cette invraisemblable saynète t’aura plongée, de reprendre la main et de renvoyer fermement Dudule à ses obligations michetonnières :</p>
<p class="MsoNormal">—Mon petit bonhomme, tu vas arrêter de me saloper mon fantasme avec tes enfantillages hôteliers, tu vas me remballer tout ton petit bordel à pique-nique, tu vas me remettre des draps proprement sales sur ce lit, je vais me resaper, sortir, aller m’efforcer de rectifier mon maquillage et ma moiteur, refaire mon entrée, tu vas à nouveau me vouvoyer, m’ignorer, me mépriser tout bien ostensiblement comme tout à l’heure, me refiler mes biftons, je vais me désaper, tu vas me regarder encore comme un objet sexuel, une incarnation de tes désirs, un truc à consommer, j’irai refaire mes ablutions sur ce délicieux bidet, et m’abandonner sur ce pieu salingue sur lequel on voudra bien ne trouver qu’un édredon dégueulasse, des draps repoussants, et une pute à laquelle tu voudras bien t’efforcer de transférer symboliquement ton phallus par le truchement de sa détumescence provoquée par les services que tu lui auras payés, et on se quittera bons étrangers, après quoi j’irai vomir, jouir, ou jouer avec mon phallus symbolique dans mon coin, j’aviserai. Des questions ? Tu veux qu’on répète ?</p>
<p class="MsoNormal">Mais non, non plus.</p>
<p class="MsoNormal">Il veut pas qu’on répète, et il n’entend même pas se laisser faire. Il n’aura pas pu dissimuler complètement l’effroi que lui aura causé cette inédite confrontation à ta sainte colère, mais malgré ça, et malgré d’étonnantes prédispositions à la couardise, il trouvera encore le cran de s’accrocher à son viatique – tout-ce-que-tu-voudras – pour persister dans ses errements. Alors il jouera le tout pour le tout, et s’enquillera dans le colérique en beuglant.</p>
<p class="MsoNormal">—Non mais des fois ? Qu’est-ce qui lui prend, à la greluche ? Ça promet des ce-que-tu-voudras, et ça crie au loup quand on lui offre une tartine ? T’es pas des fois sujette aux humeurs ? Aux dépressions saisonnières ? Aux carences en lithium ? Quand je pense, non mais quand je pense que j’ai poussé la délicatesse jusqu’à faire le tour des hôtels de la région pour dénicher le seul dont les chambres sont encore équipées de bidets, et qui est aussi le seul sans minibars, hein, je te prie de noter, quand je pense que j’ai gentiment opté pour un breakfast traditionnel, quasi continental, qu’est quand même plus aimable à la novice, hein, alors que moi, ce qu’il me faut, le matin, c’est du roboratif, du consistant, du viandeux, non mais, je te jure, c’est des coups à se mettre la prévenance en deuil, tiens. Et moi qui dégoisais sur les filles d’ailleurs, pauvre de moi, comme je regrette, comme j’ai honte. Mais les filles d’ailleurs, malheureuse, les filles d’ailleurs, elles m’ont vendu plus de joie que tu ne pourras jamais m’en offrir, tiens. Tu crois vraiment, non mais tu crois vraiment qu’il reste des barrières culturelles qui ne banderont pas pour un bifton ? Mais je disais ça pour te mettre à l’aise, moi, ma pauvre fille. Qu’est-ce que tu crois, on paye, on obtient, et voilà tout. Tiens, tiens, prends la petite Trésor – ah, voilà une belle gosse, voilà une gentille gosse – qui turbine à la Maison Pour La Tempérance Et La Bonne Entente Entre Les Peuples de Maman Céleste, à Bangui-la-Coquette, là, à l’angle de l’avenue Mobutu et de la rue de Navarre, eh ben, deux-trois talbins, un petit cadeau par là-dessus, rien, une petite attention, un peu de verroterie, et je te prie de croire qu’elle ne faisait pas tant d’histoires pour s’allonger sur son lit de haricots blancs sauce tomate, pour se carrer son œuf coque dans le cloaque, et pour me laisser y tremper ma mouillette, hein, et de bonne humeur, encore, active, enjouée, réclamant son supplément beurre et sa giclée d’albumine. Alors ? Hein ? J’ai pas fait des efforts ? J’y ai pas mis du mien ? J’ai pas tempéré mes attentes ? Et toi, non, rien, pas un geste, pas un effort ? Madame fera tout ce qu’on voudra, madame veut qu’on la souille, madame veut qu’on la déprécie, mais madame chipote au jaune d’œuf ? Et tu crois vraiment qu’on va en rester là ? Non-non-non, ma fille, ça ne va pas se passer comme ça. Je vais chercher monsieur Alban. »</p>
<p class="MsoNormal">Et il sortira en claquant la porte.</p>
<p class="MsoNormal">Tu resteras pétrifiée de stupeur sur ton bidet, fixant sans le voir le lit couvert de biscottes émiettées, d’œufs sur le plat, et de chipos pour la déco, à récapituler les événements pour essayer de comprendre comment, exactement, tu t’étais retrouvée dans cette situation, et à quel moment de ton exposé sur tes attentes de l’acte de prostitution tu avais entr’ouvert la porte dans laquelle le fétichiste du petit-déjeuner avait passé son pied pour mieux la défoncer ensuite, anéantissant au passage l’intégralité de ta libido.</p>
<p class="MsoNormal">Pas trois minutes plus tard, Jules reviendra dans la chambre comme une furie, claquant à nouveau la porte derrière lui. Il aura trouvé le temps, entre son départ précipité et son brusque retour, de changer de vêtements, et reviendra portant un costume en lin blanc sur une chemise de satin prune, cravate rayée turquoise-chocolat, chaussures bicolores blanc-marron, chaussettes noires motif Snoopy, chevalière monogrammée M.A., gourmette gravée « Monsieur Alban », moustache bord-de-lèvre dessinée au crayon, cure-dents, lunettes noires, et il se remettra à beugler.</p>
<p class="MsoNormal">—Qu’est-ce que j’apprends ? Non mais qu’est-ce qu’on me rapporte ? Le premier client depuis des mois, et tu trouves le moyen de me le contrarier ? T’es tournée zinzine ? Tu te rends compte ? Non mais tu te rends compte ? Tu te rends compte de la situation ? La crise d’un côté, la mondialisation de l’autre, et madame Thalita bégueule un continental ? Avec toute la misère du monde qui nous débarque dans la zone d’activité, le cours du brunch anal qui s’effondre, le pancake au sirop doré qui trouve plus preneur, et tu rechignes à la biscotte ? Non mais tu veux qu’on ferme, c’est ça ? Tu sabotes ? Tu cherches à saper ? T’as des parts chez la concurrence ? Ou si des fois t’es prise d’un spleen de la mandale ? D’une nostalgie de la beigne ? Qu’est-ce qui te prend, non mais qu’est-ce qui te prend, dis-moi ?, qu’il terminera, en hurlant.</p>
<p class="MsoNormal">Et c’en sera trop pour tes nerfs. Trop d’émotions en si peu de temps : tu éclateras en sanglots.</p>
<p class="MsoNormal">Excédé lui aussi, monsieur Alban se mettra à tourner rageusement en rond dans la carrée, pestant dans ses dents, « Et voilà, c’est toujours pareil, avec les gisquettes », gémonivouant, maugréant, puis il finira par s’apaiser, par regretter son éclat, par s’émouvoir de ton gros chagrin, et il viendra te libérer de ton bidet, t’invitant à te relever en te prenant délicatement par le bras, et t’emmenant t’asseoir sur le lit, où il aura vivement ménagé un espace sans biscottes, sans œufs, sans chipos.</p>
<p class="MsoNormal">—Allons-allons, ma petite fille, ça n’est rien, ça n’est rien. Sèche donc, apaise donc. Je me suis un peu emporté, pardonne-moi, mais tu me connais, je t’ai à la bonne, tu n’as rien à craindre. C’est que j’ai peur pour ton avenir, moi. Le marché du whore &amp; breakfast est devenu impitoyable, et je vois que tu ne t’y adaptes pas, alors ça m’inquiète, voilà tout. Tu sais quoi ? Je pense que tu devrais penser à une reconversion. Qu’est-ce que tu dirais de passer à l’encadrement ? On pourrait s’ouvrir un petit clandé pépère, en loucedé, pour habitués uniquement, sur recommandation, le genre traditionnel, pain frais, beurre de baratte, miel artisanal, jus de fruits, viennoiseries sur commande, et c’est tout. Le truc honnête. La bonne maison. Tiens, justement, j’en causais avec monsieur Ferdinand, le concierge d’ici, et il me disait que dans sa partie non plus, ça va pas fort, les gens ne prennent plus guère le train, et je te parle pas péniche, alors s’il atteint les 20% de taux d’occupation sur l’année, c’est déjà miraculeux, pas compliqué, bon an mal an, il lui reste toujours chaque jour une demi-douzaine de chambres libres, alors on se disait comme ça, tiens, ça sent le gagnant-gagnant, ou des fois ? On s’installe un petit business parallèle ici, à la coule, 3 ou 4 filles en free-lance, pas de contrat de travail ou quoi, monsieur Ferdinand à l’accueil, aux relations publiques, et à la cuisine, moi à l’administration, à la sécurité, et à la prospection, et toi à l’intendance et à la gestion des petits problèmes quotidiens des filles. Hein ? Qu’est-ce que tu en dis ? Un petit turbin pépère en attendant la fin de la mondialisation ? Qu’est-ce que tu en dis ?</p>
<p class="MsoNormal">Séverine, ma fille, ce que tu en dis, moi, j’en sais rien, je te laisse voir avec ton histoire, mais vraiment, vraiment, j’insiste : si tu veux y aller, prends bien le temps de tout bien expliquer à ton copain, et de bien cadrer serré vos petites affaires. Sans quoi tu pourrais aussi bien te retrouver à faire carrière à l’Hôtel Des Usagers Du Rail Et Des Mariniers Réunis, à faire des cafés, à essuyer des verres, et à te démener pour que Shana ne passe pas ses journées à se foutre sur la gueule avec Évanescente.</p>
<p class="MsoNormal">Et, franchement ?</p>
<p class="MsoNormal">Que ce soit sur le pécuniaire, sur la prise du pouvoir viril, ou sur la réalisation de ton indépendance pulsionnelle vis-à-vis de l’autre, j’ai idée qu’on pourrait trouver à parfaire.</p>
<p class="MsoNormal">
</div>
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		<title>Mon copain ne veut plus jamais faire l’amour sans utiliser de sextoys. Ça craint ou pas ?</title>
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		<pubDate>Tue, 09 Mar 2010 12:10:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Candice Elias-Dubosc</dc:creator>
				<category><![CDATA[La question sexo]]></category>
		<category><![CDATA[Mars 2010]]></category>
		<category><![CDATA[Numéros]]></category>
		<category><![CDATA[préservatif]]></category>
		<category><![CDATA[sextoy]]></category>

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		<description><![CDATA[Une question de Ludivine, 19 ans : « Mon copain ne veut plus jamais faire l’amour sans utiliser de sextoys. Ça craint ou pas ? »
Ta question est intéressante en ce qu’elle me semble pointer un risque de dérive de l’utilisation des sextoys. Je suis tout à fait favorable à leur usage raisonné dans le couple, surtout si, comme [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Une question de Ludivine, 19 ans : « Mon copain ne veut plus jamais faire l’amour sans utiliser de sextoys. Ça craint ou pas ? »</strong></p>
<p>Ta question est intéressante en ce qu’elle me semble pointer un risque de dérive de l’utilisation des sextoys. Je suis tout à fait favorable à leur usage raisonné dans le couple, surtout si, comme ça semble être votre cas, vous en avez parlé pour déterminer les conditions de cet usage. Mais je veux aussi prévenir des risques qu’il y aurait à leur donner trop d’importance – ce que tu sembles, à raison, redouter dans les attentes de ton copain.</p>
<p>Le risque de surinvestissement dans le sextoy me semble en effet réel, et causé pour partie par les vertus émancipatrices dont ils sont parés dans leur perception sociétale. Les sextoys ne sont plus présentés comme de simples jouets, de simples accessoires visant au plaisir sexuel, mais quasiment comme des émancipateurs, des libérateurs, spécialement des femmes. C’est grotesquement disproportionné. Ce ne sont que des jouets. Il serait certes inquiétant de vivre dans une société qui en condamnerait l’usage, mais, à l’inverse, encenser celle qui ne le fait pas est inepte. Les sextoys ne sont pas un moyen d’émancipation : au mieux leur non-réprobation est-elle l’indicateur d’une (toute relative) tolérance. Et même ce constat est déjà excessif, tant le seul fait de considérer ensemble, sur un même plan intellectuel, sextoy et liberté, me semble déjà être le signe d’une grossière dérive. Pour moi, je me méfie davantage de ce que l’atmosphère cherche à me vanter, que de ce qu’elle cherche à m’interdire. Ainsi, à force d’être assaillie de messages louant les qualités libératrices du sextoy, je finis par me demander, au contraire, s’il n’est pas un objet d’asservissement. Et à force de me faire rabattre les oreilles, je vous préviens, je vais finir par considérer le gode comme une ceinture de chasteté actualisée. Car enfin, d’accord, très bien, tu peux pourvoir toi-même à ton plaisir, tu ne dépends plus des hommes. Très bien. Mais tu « peux » aussi, du même coup, rester chez toi, et te cantonner à quelque chose entre zéro et un « partenaire ». Et si le un doit s’absenter longuement, peut-être pas pour partir en croisade, mais quand même longuement, eh bien très bien, tu es enfin « libre » de rester chez toi, où tu pourras te carrer le machin dans la niche sans être « contrainte » de chercher d’autres « partenaires », pouvant alors te prévaloir d’encore moins de justifications qu’avant pour le faire – car oui, oui, ce point, lui, n’a pas changé, tu dois toujours te justifier si tu veux faire état de plus de un « partenaire », à défaut de quoi tu continueras de te voir décerner, comme nombre de tes ainées, ton certificat de salope.</p>
<p>Alors la liberté par le sextoy, merci bien, vous repasserez.</p>
<p>Mais je digresse, et ta question reste parfaitement pertinente indépendamment de ces considérations. Oui, les sextoys peuvent être utilisés dans le couple, oui, ils peuvent vous permettre de varier, voire d’augmenter les plaisirs, mais attention : ils doivent rester un moyen, et pas une fin. Ils doivent servir votre entreprise de recherche de plaisir, et ne pas s’y substituer. Et le risque est réel. Imagine par exemple un instant que ton copain se mette en tête d’essayer des préservatifs fluorescents. C’est anodin, c’est rigolo, c‘est ludique, ça ne mange pas de pain. Passons sur ce que ça vous oblige quand même, mine de rien, à tringler dans le noir (nouvelle indication du caractère tout relatif des prouesses émancipatrices des sextoys, si tu veux mon avis), et considérons simplement les impacts potentiels d’un divertissement de cet ordre, car ils peuvent en avoir, et d’assez inattendus. Tu sais comme Jules est joueur, il te suffit de te figurer la scène : le voilà trépignant d’anticipation, qui déroule sa capote fluo sur son sexe fringant, fait quelques pas en arrière pour t’offrir une vue panoramique, et éteint la lumière. Stupeur enchantée : facta est lux. Certes pas Vegas vue du ciel, mais quand même, très distincte, une lueur. Le gars est ravi. Il s’agite, sautille, remue le bassin, et, à contretemps mais docile, la luciole chibrière s’agite, sautille, et remue avec lui. Le gars est aux anges. Il tourne sur lui-même pour prévenir les navires de la dangereuse proximité de votre table de chevet, se jette au sol du haut de la commode en beuglant à la queue de la comète et te pressant de faire un vœu, caracole sur le lit en exhortant ses troupes à suivre son panache vert, bref, le gars joue, le gars s’amuse, le gars est jouasse. D’un coup, il se fige, s’empoigne le manche au pommeau, et porte au néant un violent un coup de taille. La simple possibilité du geste le laisse saisi d’extase. Il recommence, encore, puis encore, de gauche à droite, de droite à gauche, tantôt avançant d’un pas, tantôt amorçant une esquive, et accompagnant bientôt chaque coup d’onomatopées visant à reproduire le bruit que ferait une bourrasque de lumière : il vient de se découvrir armé d’un sabre laser. Il exulte. Il n’envisage pas d’autre félicité. Il taille, frappe, tranche, esquive, attaque, cogne, pare, s’active, bref, il se démène, à coups de fluomandrin, pour sauver son empire. D’un nouveau coup, il se fige encore, et se précipite hors de la pièce, prenant à peine le temps de t’assurer qu’il revient. Et certes il revient, le chibre toujours fanal, et ayant cette fois revêtu une cape noire, et couvert son chef de cet invraisemblable casque de Darth Vader qu’à des vingt-cinq ans révolus il lui avait absolument fallu acheter, celui avec le micro qui lui fait une voix de volaille asthmatique, celui qui avait failli être pour vous cause de rupture, parce qu’il voulait absolument le porter en soirée, et que quant à toi, non, non, non, pas question, à la cave ou ceinture, et, bon, très bien, bongréant maugréant, il avait quand même préféré ton intimité à Star Wars, mais voilà que d’un coup de capote fluorescente il vient de trouver le moyen de vous réunir : à peine revenu, toujours en garde, il t’enjoint à lui présenter ton Côté Obscur –on l’entend distinctement prononcer les majuscules – et se met en devoir de d’estoquer l’oignon à coups de chibre laser, énergiquement, râlant sous son casque dans son micro catarrheux, et, juste avant d’à la fin de l’envoi te doucher, gueuler qu’il est ton père, qu’il est ton père, qu’il est ton père, qu’il est ton père.</p>
<p>Tu ne me croiras sans doute pas, mais, sauf à avoir déjà formé le projet de concevoir – à ton jeune âge, à quelque âge, quelle idée – avec lui, ce ne sera pas encore trop inquiétant. Certes, tu ne pourrais pas confier l’assaut final, proto-incestueux, à toutes les oreilles, mais au moins était-il le produit du désir. L’affaire était encore sexuée, érotisée, rugueuse border violente, occasionnellement craspec, résolument tringlière. Le jeu, par le truchement du déguisement, aura ici servi l’objectif de plaisir. Mais tu dois quand même veiller à ce que tout ça ne se répète pas trop souvent : à force de réitérations, ton copain pourrait bien se mettre par errer, perdre de vue vos objectifs, se focaliser sur le jeu, et finir par oublier que vous n’êtes pas tant là pour jouer que pour jouir.</p>
<p>Et ne prends l’affaire à la légère, ma fille : tout ça peut aller très vite.</p>
<p>Très, très vite, nous l’allons voir.</p>
<p>Ainsi, ton copain aura adoré l’expérience Star Wars, mais en gardera quand même une petite gêne, un truc qui l’aiguillonnera aux heures solitaires, un caillou dans la conscience, il ne saurait dire quoi – en fait, ne saurait se l’avouer, mais c’est bien le sentiment d’avoir souillé la belle princesse Léïa, chaste, pure, et dénuée d’orifices, qui le hante – alors il aimerait bien réessayer, tout pareil, mais un peu autrement quand même. Un truc un peu moins ambigu. Plus carré. Plus angulaire. Moins, comment, tu vois ? Sexué ?</p>
<p>Et d’un coup il verra : il voudra tringler Transformers. Voilà, ça c’est bien, c’est propre, c’est net, ça va faire comme Star Wars, mais sans filles, sans garçons, sans confusions possibles : du vérin, du piston, du moyeu tant que t’en veux, mais pas de princesse prude-chaste qu’on risquerait de souiller, pas d’impair, pas de problème de conscience.</p>
<p>Voilà, c’est dit : lui fera Mégatron, toi Optimus Prime, parce que quand même, ça l’amuserait joliment de te voir clignoter des nichons. Mais si, mais si, le genre burlesque, tu vois ? Et puis, pardon, mais jouer à pouet-pouet-camion avec une fille qui peut se transformer en camion – n’est-ce pas, elle ne va pas se contenter de le dire, elle va le faire – t’imagines la qualité du pouet-pouet ? Ah, ça, parlez-moi d’une mise en abîme. Alors, très bien, c’est dit, va pour une partie de Transformers – non, enfin, non, va-t-il se reprendre un peu tard, on va faire l’amour, mais déguisés en Transformers, le genre cosplay pour adultes responsables et consentants, hein, si t’aimes mieux – si bien qu’il va se mettre en devoir d’en trouver, des costumes de Transformers. Pour toi, pas de problème, des panoplies d’Optimus Prime, treize à la douzaine qu’on en trouve, mais pour Mégatron, vous aurez beau chercher, non, rien, vous ne trouverez rien, décidément rien – Y aura bien un gars, dans une friperie, qui aura essayé de lui vendre une veste, comme neuve, dont il jurera qu’elle a été portée,  mais à peine, par Éric Besson en personne, et qui vous croyez que c’est, le vrai patron des Decepticans ? Hein ? Mégatron ? Mais vous plaisantez, allons. Mégatron ? T’une marionnette. Un pantin. Le vrai taulier, c’est lui, là, qu’il dira, en pointant la veste – mais sans ça, rien.</p>
<p>À force, tout ça va finir par le contrarier, ton copain. D’autant qu’à la réflexion, ça le dérange pas de faire le méchant, mais il aimerait autant gagner. C’est rien, c’est juste que quand il joue, il préfère gagner. C’est comme ça. Il est joueur, mais joueur gagnant. Et puis, et puis, qu’est-ce que c’est que cette histoire de nichons, finalement ? On avait dit pas de filles, pas de garçons, non ? Alors pas de nichons, ou bien ? Non, non, décidément, ça ne va pas, ça ne va plus, laissons tomber l’idée, faisons autrement. Ce qu’on va faire, voilà, plutôt, c’est qu’on va tringler, hein, bien entendu, c’est le but, et comment, qu’on va tringler, ah-ah, pardon, ça oui, on va tringler, mais en usant de figurines Transformers comme de sextoys. Voilà. Mais si, comme des sextoys, pour adulte consentant et désireux et tout. Et aussitôt dit, aussitôt fait : il lui suffira de plonger dans son placard – à des vingt-cinq ans révolus, je te jure – pour produire un Optimus Prime et un Mégatron flambants neufs, et tout le monde à poil.</p>
<p>Ah, ça, mais c’est ça, quand on ouvre la voie : on ne sait pas nécessairement où aller. Ainsi, vous passerez les premiers instants à tâtonner. D’un côté ton copain, à poil, très, très, trop humblement érigé, indécis, manifestement mal à l’aise, dansant d’un pied sur l’autre, Optimus Prime dans une main, Mégatron dans l’autre, et toi de l’autre, à poil aussi, ne sachant vraiment pas quoi faire, t’inquiétant déjà de l’insistance que ton copain semble mettre à ne pas bander, pensant que c’est peut-être de ta faute, peut-être ne fais-tu pas ce qu’il faudrait : après tout, toi, les Transformers, faut bien admettre, tu n’en sais rien, alors à tout hasard, souriante, aguichante, tu avances un peu, dansant un peu, chaloupant un peu, et tu tends une main hésitante vers Mégatron – ah, l’indulgente fille, déjà prête à le laisser gagner – mais non, voilà que ton copain recule, brusquement, et amorce un geste protecteur autour de sa figurine, alors tu interromps ton mouvement, ta progression, continuant à danser sur place, continuant à sourire malgré tout, regardant ton copain jusqu’à ce qu’il se détende à nouveau, et puis tu oses une question, mutine, « Peut-être qu’on devrait lubrifier Optimus ? », mais non, « Touche pas à Optimus, morue ! », qu’il te crache au visage, pour toute réponse, et, franchement, si l’ambiance était déjà curieuse, elle devient carrément sordide, et tu n’as plus vraiment le cœur à aguicher, sans parler de tringler.</p>
<p>Le gars va quand même reprendre ses esprits, te faire des excuses, il ne sait pas ce qu’il lui a pris, c’est la nervosité, tu comprends, puis il se résoudra à poser Mégatron sur le paddock, doucement, sans te quitter des yeux, pour bien te faire comprendre, sans nouvel esclandre, qu’il ne faut pas y toucher, qu’il s’occupe de tout. Et, grands dieux, ne sachant quand même trop quoi faire, à défaut d’autre inspiration, il se résoudra à essayer de te caresser avec Optimus. Qu’est certes beau comme un camion, mais quand même salement angulaire, conséquemment pointu, et tellement fait d’arêtes qu’on en vient à chercher les surfaces qu’elles devraient joindre. Moyennant quoi, ton réchauffement n’ira pas de soi, ce dont ton copain, quand même, s’apercevra à sa prompte exaspération, qui lui fera abandonner sa pataude tentative d’érotisation. À tout hasard, laissant quand même assez clairement percevoir qu’il ne sait pas du tout où il va, il t’invitera à t’allonger, et essaiera de poster sa figurine à divers endroits de ton anatomie, te demandant tantôt de lever un genou, de bouger un bras, de soutenir tes nichons, et – enfin – d’ouvrir les cuisses, au creux desquelles il renoncera finalement à embusquer Mégatron, estimant que ça risquerait de le salir, mais continuant quand même à essayer d’organiser son affaire, récupérant de nouvelles figurines dans son placard, donnant des ordres, dirigeant la manœuvre, s’emportant progressivement, s’enfiévrant, poussant des cris, puis jouant tout à fait, beuglant des « Attention ! », des « À moi ! », des « Optimus, derrière toi ! » – Gigatron et Thundercracker avaient essayé une manœuvre en tenaille, contournant tes nichons à plat ventre, les ordures – bref, s’absorbant tout à fait dans la fièvre de la bataille, oubliant complètement de lui conférer la plus petite touche de lascivité, et semblant finalement considérer que ton consentement portait sur l’usage de ton corps comme d’un théâtre d’opérations. Consternée, tu essaieras quand même de le ramener à la déraison, de lui rappeler qui vous êtes et ce à quoi il était convenu que vous vous consacreriez, et il semblera se raviser, réaliser qu’effectivement, il avait un peu perdu le fil, alors il retournera dans le placard, cette fois pour y récupérer ce mignon canard vibratoire offert dans un paquet de lessive, ou de céréales, on sait plus, par quelque industriel soucieux de ton émancipation sexuelle, et s’efforcera quand même, t’ayant rapidement salivé l’abricot, de sexualiser un peu la scène. Las, ce sera compter sans Bonecrusher, qui s’était planqué un instant à l’abri de ton aine pour se ressouder deux plaques, se changer un pneu, et généralement se remettre d’une peignée infligée par Oméga Suprême, et qui, avisant le canard, décidera que, bordel, c’est sans doute pas juste, mais rien à foutre, il est avec les méchants, alors tant pis, c’est le mignon canard qui va prendre pour les autres. Et il va morfler, le canard. Ah, ça, putain, tu peux me croire, il va morfler. Une dégelée d’anthologie, qu’il va prendre, avec plumaison définitive au laser, et colmatage du cloaque à coups de tatane-camion-benne dans le fondement. Ah, ça, il s’en va y faire passer le goût de vibrer, à la volaille. Y va rien en rester, du bestiau. On pourra même pas compter récupérer le foie. Sans parler d’un jour, espérer pouvoir s’en taquiner à nouveau l’engrenage.</p>
<p>Passant outre ce regrettable incident, après quelques nouveaux cris et autant gesticulations, ton copain décrétera la partie terminée, l’amour fait, l’orgasme éprouvé, victoire totale pour les Autobots, défaite cuisante pour les Decepticans, une seule victime collatérale, autant dire rien quand on considère les moyens déployés – sur la fin, on dénombrait une grosse douzaine de robots à te danser sur la couenne – bref, tout lui semblera pour le mieux, et, dans un soudain effort d’observance du rituel amoureux canonique, il te demandera – et sa voix laissera quand même assez paraître combien il est fier que vous ayez contribué à le dépoussiérer, ce rituel – si « Alors, heureuse ? »</p>
<p>Et, non. Bien entendu non, pas heureuse. D’autant que, là, maintenant, d’accord, tu pourras vraiment commencer à t’inquiéter. Car il sera désormais manifeste que ton copain ne considère déjà plus le jeu comme un moyen d’accéder au plaisir sexuel, mais comme une source de plaisir en soi. Ainsi, il ne réclamera désormais plus, aux heures où vos corps s’approcheront, de pouvoir user de sextoys, mais simplement de jouer, de jouer, et encore de jouer. Et à force de jeux, de jeux, et encore de jeux, il retombera inéluctablement en enfance, en enfance propre, savonnée, asexuée.</p>
<p>Dès votre étreinte suivante, que du reste il te réclamera très vite, et avec encore plus de presse que d’habitude, il demandera à recommencer, là, tu sais, comme la dernière fois ? Il aura toutefois noté, lors de la première expérience, que le théâtre des opérations était décidément trop petit, mais il n’aura pas le cœur à essayer de l’étendre en invitant d’autres filles (retournant rapidement en enfance, il commencera déjà à reconsidérer que les filles, c’est bête, et l’amour, dégoûtant), alors il décidera de remballer ses Transformers, et de leur préférer des Playmobils. Un monde de perspectives s’ouvrira à ce qu’il s’obstinera à appeler vos jeux : les Playmobils, ça se nettoie facilement, c’est pas trop gros, et c’est tout en rondeur, alors, oui, là, vraiment, il pourra sereinement envisager la réintégration de ton vagin à l’aire de jeux. Volontiers, même. La caverne enchantée, là, avec la fontaine magique? Ah, oui, pensez, si on va savoir l’exploiter. Pensez. On va pouvoir en réfugier, du monde. On va pouvoir en organiser, des retournements de situation, avec des gentils qui se prennent une déculottée, parviennent à faire retraite, trouvent refuge dans la caverne enchantée, prient la Bonne Fée de faire pleuvoir son Baume Salvateur, et se refont une santé avant de repartir coller une dérouillée aux méchants. Ah, ça, on va pouvoir. Très sage décision, les Playmobils. Très bien vu. Il s’en félicitera vivement. Il te priera, en outre, pour parfaire, de bien vouloir de porter de la lingerie, beaucoup de lingerie. Il n’y aura hélas rien de tant soit peu érotisant dans sa requête, son objectif sera de maximiser le métrage de bretelles, jarretelles, brides, baleines, nœuds, rubans, volants, bref, de fanfreluches, parce qu’il estimera qu’elles vous offriront tout un tas de nouvelles possibilités, le gars pressentant notamment une épique reconstitution de l’ascension du K2 par la face Nord. Tiens, du reste, tu seras gentille de passer des serviettes hygiéniques aux tampons, on n’aura jamais trop de cordage.</p>
<p>Et ainsi iront désormais vos ébats, de « Pirates, à l’abordage ! » à « La prise de la forteresse du dragon rouge », de « Premier de cordée » à « L’attaque de la diligence ». De l’aventure, de l’action, du suspense, de l’angoisse, tant que t’en veux, mais de plaisir, plus jamais.</p>
<p>Rapidement, les scènes deviendront trop complexes, certaines nécessitant de synchroniser les déplacements de plusieurs groupes de personnages. Jules ne pourra plus faire tout seul, et ne pourra pas requérir plus de ta participation, ton immobilité étant le plus souvent requise, sans parler des postures acrobatiques qu’il te faudra adopter. Il appellera donc des petits camarades de son âge à la rescousse, et tu finiras le plus souvent par te retrouver, dévêtue en mi-pute et chaussée de talons impossibles entre lesquels il arrivera qu’on ait tendu une ficelle (« La traversée du ravin maudit » : allongée sur le dos, les cuisses repliées sur ton ventre, les mollets contre les cuisses de sorte que tes pieds se retrouvent en suspension au-dessus de ton sexe, une ficelle tendue entre les talons, et nos valeureux héros qui devront traverser d’un pied à l’autre, sans tomber dans le ravin, donc, maudit – ce que fera quand même immanquablement l’un d’entre eux, sans quoi c’est pas drôle, mais, ouf, heureusement, il pourra se rattraper à la végétation qui pousse dans le coin, hein, il faudra donc, bien entendu, cesser de t’épiler, sauf si tu veux qu’on risque de perde un homme, inconsciente), entourée d’une bande de pré-trentenaires affairés à déplacer des figurines, à remanier le script, à brailler, courir, s’agiter, et s’exciter jusqu’à s’en faire parmi, sans qu’aucun d’entre eux n’ait eu simplement l’idée d’essayer de te voler un baiser, de se désaper, sans parler même de bander – mais si, tu sais, c’est quand tu as le zizi tout dur, le matin. Bien entendu, il faudra aussi que tu leur prépares de quoi goûter, « Des crêpes ! Des crêpes ! Ludivine, des crêpes ! », en n’oubliant surtout pas que le petit Théo, vingt-sept ans, est allergique au gluten, c’est très, très important, il pourrait en mourir, sa maman a bien insisté là-dessus quand elle l’a amené – c’est peut-être quand même bien ça le pire, tiens, devoir socialiser avec les mères quand elles amènent les mioches, hein, faut bien au moins leur offrir un café, discuter cinq minutes, et va parler de la pluie et du beau temps alors que tu n’es vêtue que d’une guêpière ornée de mousquetons, et que tu surplombes ton interlocutrice de quinze centimètres de talons – alors il faudra bien penser à prévoir quelque chose spécialement pour le petit Théo, je sais pas moi, un yaourt, une crème aux œufs, si bien que, évidemment, le petit Maxence, vingt-trois ans, qui a déjà eu ses trois crêpes, va réclamer lui aussi une crème aux œufs, « Ludivine, moi aussi, j’en veux, une crème ! Ludivine, une crème ! Ludivine, une crème ! », il fait suer, tiens, celui-là, toujours à réclamer un truc, Ludivine ceci, Ludivine cela, et le plus souvent c’est la fontaine, hein, évidemment, « Ludivine, la fontaine ! Ludivine, la fontaine ! », c’est toujours le premier à réclamer la fontaine, et quand c’est pas la fontaine, c’est jamais tellement loin – tiens, l’autre jour, c’est pas lui qui voulait remanier « La traversée du ravin maudit » en « La traversée du geyser cocasse » ? C’est pas lui ? Tout le monde se tuait à lui expliquer qu’on ne traverse pas un geyser, au pire on attend cinq minutes et on le contourne, mais lui, non, « Il est dans le ravin, le geyser, on peut pas le contourner ! Ludivine, le geyser ! Ludivine, le geyser ! »</p>
<p>Non mais, je te jure, le geyser.</p>
<p>Est-ce que tu en demandes, toi, des geysers ?</p>
<p>Est-ce que tu en demandes à Jules ?</p>
<p>Jules, le geyser ! Jules, le geyser !</p>
<p>Mais non. Jules joue, Jules ne geysère plus. Jules a abdiqué toute forme de virilité. Jules ne mérite plus son mâle petit nom, et devrait en endosser un autre, propre, savonné, imberbe, inodore, frais talqué, un prénom qui n’a pas mué, un prénom qui trouve que les filles c’est bête et l’amour dégoûtant. Jules n’éjacule plus, Jules ne bande plus, Jules n’entreprend plus, il a envoyé paître sa sexualité, oblitéré jusqu’à son dernier fantasme, s’est soustrait à toute urgence du désir, et a laissé son Kâma-Sûtra s’étioler jusqu’à ne plus maîtriser que la position du mictionnaire.</p>
<p>Et encore oublie-t-il le plus souvent de relever la lunette.</p>
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		<title>Mon copain pense qu’on devrait essayer le fist-fucking pour trouver mon point G, ça craint ou pas ?</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Feb 2010 15:04:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Candice Elias-Dubosc</dc:creator>
				<category><![CDATA[Février 2010]]></category>
		<category><![CDATA[La question sexo]]></category>
		<category><![CDATA[Numéros]]></category>
		<category><![CDATA[fist-fucking]]></category>
		<category><![CDATA[lubrifiant]]></category>
		<category><![CDATA[point G]]></category>

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		<description><![CDATA[Une question de Perle, 19 ans : « Mon copain pense qu’on devrait essayer le fist-fucking pour trouver mon point G, ça craint ou pas ? »
Si ça craint ?
Ton copain se propose de t’enquiller 400 cm3 de phalanges dans le tabernacle pour y pêcher un pouième de brisure d’hostie, et si ça craint ?
Je vais t’expliquer, si ça craint.
Faisons [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Une question de Perle, 19 ans : « </strong><strong>Mon copain pense qu’on devrait essayer le fist-fucking pour trouver mon point G, ça craint ou pas ?</strong><strong> »</strong></p>
<p>Si ça craint ?</p>
<p>Ton copain se propose de t’enquiller 400 cm<sup>3</sup> de phalanges dans le tabernacle pour y pêcher un pouième de brisure d’hostie, et si ça craint ?</p>
<p>Je vais t’expliquer, si ça craint.</p>
<p>Faisons comme si, et je vais t’expliquer.</p>
<p>Vous allez donc essayer le fist-fucking. Je vous fais confiance, vous n’êtes plus des enfants, vous êtes déjà mûrs et responsables, encore trop peu expérimentés pour avoir pris la pleine mesure de l’élasticité de ton Saint-Siège, mais déjà suffisamment pour réaliser que, quoi qu’il en soit, l’affaire va nécessiter beaucoup de douceur, de lubrifiant, de tendresse, de lubrifiant, de patience, de lubrifiant, de complicité, de lubrifiant, de confiance, de lubrifiant, d’amour, et de lubrifiant. Vous saurez donc attendre la faveur d’une soirée d’été, un tête à tête, un souper léger, en amoureux, quelques coquillages, l’un ou l’autre crustacé, des fruits de saison, une cuillère de sorbet, un verre de cet excellent vin, et puis un autre, et encore un autre, peut-être un myorelaxant, ou un dé de GHB, et les corps se rapprochent, les langues se lient, les vêtements s’effacent, les peaux se rencontrent, les chairs s’alanguissent, les muqueuses s’émollient. D’adoration, Monsieur s’humilie, prend langue avec ton abricot, et fait si bien qu’il obtient vite ton assentiment : l’ingression peut débuter. Doucement, progressivement, lubrifiant, un doigt d’abord, un doigt bourgeois, l’index, peut-être, puis un deuxième, le majeur, certainement, tendrement, lubrifiant, puis un troisième, l’annulaire, vraisemblablement, lubrifiant, mais d’abord en faisceau avec les deux autres, puis, délicatement, frontalement, lubrifiant. L’auriculaire ensuite, et l’affaire devient invasive, singulièrement : lubrifiant. Enfin le pouce, qui continuait de te faire tourner l’engrenage, va, petit à petit, précautionneusement, lubrifiant, rejoindre les autres doigts, en faisceau, et la chair (rouge) va s’ouvrir, les laisser passer, pour se refermer sur le poignet. Vous v’là rendus : lui sénestré, toi muée en demi-manchon, et en tout cas l’un parfaitement et réciproquement tributaire de l’autre.</p>
<p>Vous en passerez alors par un petit instant de flottement, de doute, pas très confortable, à vous demander, l’un et l’autre, ce que, exactement, vous foutez là, et à mesurer combien, effectivement, il va vous falloir de douceur, de lubrifiant, de tendresse, de lubrifiant, de patience, de lubrifiant, de complicité, de lubrifiant, d’amour, et de lubrifiant, pour en revenir à une situation un peu moins embarrassante. Vous resterez ainsi un petit moment, à vous sonder du regard, l’une cherchant dans les yeux de l’autre la promesse qu’il ne va surtout pas paniquer et chercher à extirper sa main brutalement, l’autre cherchant dans les yeux de l’une l’assurance qu’elle le laissera bientôt reprendre son autonomie, tout en essayant de lui cacher l’effroi que lui cause le brusque constat de la puissance de sa musculature vaginale, et la certitude qu’il vient de concevoir qu’à ce très inattendu bras de fer, il serait quoi qu’il advienne douloureusement perdant. « Mon amour », dira-t-il alors, d’une voix peu assurée, presque chevrotante, dans l’espoir que cette déclaration fera suffisamment diversion pour t’empêcher de percevoir la terreur qui l’assaille, et agira sur ton vagin comme d’autres incantations, dans les contes de son enfance, sur les portes qui barraient l’accès à des grottes que, de l’extérieur, on rêvait de pouvoir explorer, et dont, de l’intérieur, on n’avait plus que, rapport aux trolls, la hâte de s’échapper. Et de fait, ce mot, ainsi que le geste rassurant que tu le verras esquisser de sa main libre vers un tube de lubrifiant encore plein, auront bien un effet rassérénant, et te permettront de relâcher un peu l’étreinte exercée par ton vagin. Un peu rassuré, ton copain s’efforcera alors de refermer doucement sa main, restée faisceau, en un poing plus conforme à l’idée qu’un travail de documentation préalable lui avait permis de se forger du bon déroulé de la pratique du fist-fucking, et, ayant imprimé de très légers mouvements de rotation à cette main devenue poing, cherchera à nouveau ton regard avant de formuler la seule question qui lui semblera alors valoir, celle qui brûle ses lèvres, et fait béer les tiennes : « Alors ? »</p>
<p>Alors, effectivement.</p>
<p>Ce sera un peu exactement ce que tu te demanderas aussi : alors ?</p>
<p>Parce que, d’accord, il l’aura peut-être trouvé, ton point G, mais il aura aussi trouvé le reste de l’alphabet, et une tétrachiée d’idéogrammes planqués au bas bout de ton intimité. Il l’aura peut-être trouvé, mais au terme d’une découverte à la Pyrrhus : il aura aussi trouvé tellement d’autres trucs au passage qu’on ne sera plus foutus de retrouver le point G dans le butin – butin très discutable par ailleurs, car, si le point G est un vecteur de plaisir, il se trouve aussi là un bon paquet de points dont tu auras tout le loisir de réaliser qu’ils sont manifestement consacrés à tout autre chose, et notamment à faire mal. Salement mal. Après tout, il est convenu que tu enfanteras dans la douleur, et le bon Dieu, tout ubiquitaire soit-Il, ne peut pas passer Son temps derrière chaque parturiente, si bien qu’Il a intégré des trucs à faire mal au principe même de ta matrice, s’assurant ainsi que toute une chacune morflera automatiquement aux passages de chiards, même s’Il ubiquite ailleurs. Parce que, franchement, non, à l’époque, Il est désolé, mais Il avait vraiment pas pensé qu’on pourrait vouloir se carrer des poings au tréfonds des cavités. Non. Il s’excuse bien, notez. Il est désolé. Il a quand même un peu d’imagination, hein, on peut pas le Lui enlever, mais ça, Il est bien désolé, mais non, Il avait pas prévu. Ah, ça, quand ce sera à refaire, hein, comptez sur Lui, Il a bien noté le problème, et Il fera en sorte que nos successeurs puissent conjuguer harmonieusement enfantement dans la douleur et fist‑fucking récréatif. Mais d’ici là, Il est navré, Il a pas de solution à proposer.</p>
<p>Moyennant quoi, la réponse à son « Alors ? », ton copain va facilement la déduire du mutisme que t’imposeront tes mâchoires bravement serrées : ton point G, vous ne le tenez encore pas.</p>
<p>Flûte alors, qu’il jurera, à part lui.</p>
<p>Flûte alors.</p>
<p>Raté.</p>
<p>Mais le gars, toujours animé par l’optimisme des gens curieux, n’est pas du genre à se laisser abattre : une tape sur la fesse pour dédramatiser la situation, beaucoup douceur, de lubrifiant, de tendresse, de lubrifiant, de lubrifiant, de lubrifiant, de complicité, de lubrifiant, d’amour, et de lubrifiant pour vous libérer sans heurts, et il s’emploiera déjà à t’exposer un nouveau plan d’action pour le trouver, ce point G. Il se serra justement souvenu avoir eu vent, peu auparavant, d’une étude scientifique ayant visé à le caractériser en sondant des sœurs jumelles, et le gars, qui se pique de science, aura choisi d’en comprendre qu’il s’agissait là d’une approche stéréoscopique de la question: il sait en effet que la technique stéréoscopique facilite la perception du relief, et est, dans sa foi bonhomme en l’arrangement cohérent et harmonieux de toutes choses, persuadé que le point G, puisqu’il n’est certes pas visible à l’œil nu sur un sujet vivant, doit donc nécessairement pouvoir être repéré par palpation, à la faveur d’un changement de texture, d’un renflement, d’une dépression, d’un cairn ou d’un fanion qui aurait été laissé là afin que tout soit pour le mieux, bref, d’un relief spécifique dont il aura conçu qu’il devrait être d’autant plus facile à percevoir dans le cadre d’une palpation stéréodactyle. Son plan sera donc simple : te trouver une jumelle, et vous baiser au poing de concert dans l’espoir de « mieux sentir un truc ».</p>
<p>L’ineptie du projet te laissera coite, au moins après que tu lui auras rappelé que tu es fille unique.</p>
<p>Qu’à cela ne tienne, le gars nourrit une conception toute comptable de la qualité, partant, de la similarité : il maintiendra que l’essence d’un individu se caractérise par quelques chiffres clés – nombre de genoux, nombre de seins, nombre de nez – si bien qu’il aura tôt fait de te découvrir, dans la première gourgandine croisée, une jumelle – « Regarde, ma chérie, deux-deux-un, exactement comme toi, quel pot, allons lui parler » – et, comble de bonne fortune, non seulement vous serez tombés sur une parfaite jumelle deux-genoux-deux-seins-un-nez, mais encore elle se trouvera être un esprit libre dans un corps non moins tel, ayant voué son existence à la réalisation en groupe de figures conçues pour maximiser le nombre de cavités comblées, et de membres et/ou accessoires employés à ce faire, et se déclarera donc enchantée par ce projet de double fist-fucking, d’autant qu’elle éprouve elle aussi quelque peine à se localiser le G – ah, mais si, bien entendu, elle l’a déjà trouvé, pensez, mais jamais vraiment au même endroit, et c’est quand même un peu agaçant, à la fin –, et que voilà bien une figure, le fist-fucking gémellaire, qu’elle n’avait simplement jamais envisagée, hein, c’est idiot, mais il en va ainsi des grandes découvertes, raisonnera-t-elle, enthousiaste, ça n’est qu’une fois qu’on les a sous le nez que l’on réalise pleinement leur évidence, alors allons-y, allons-y, allons-y.</p>
<p>Vous irez, vous irez, vous irez.</p>
<p>Bien entendu, ce nouveau contexte obligera à une approche un peu moins précautionneuse de l’objectif, si bien qu’il faudra faire une croix sur le souper, les crustacés, les sorbets, tout ça, et aller droit au carné : le temps de remonter une grosse de tubes de lubrifiants de la cave, et tout le monde à poil, au paddock, et au turf, la jumelle à main gauche, toi à main droite. Toi et ta jumelle devrez bien évidemment vous charger des postes de lubrification, puisque ton copain se trouvera alors un peu court en mains, mais n’empêche qu’il vous faudra toujours beaucoup douceur, de lubrifiant, de tendresse, de lubrifiant, de lubrifiant, et de lubrifiant, cependant que ton copain, tout à fait absorbé par le caractère novateur de sa démarche scientifique de recherche de plaisir, s’efforcera de progresser aussi symétriquement que possible chez l’une et chez l’autre – « C’est fou, pour des jumelles, vous n’êtes vraiment pas foutues pareil en d’dans, j’ai idée que ça annonce de la grosse découverte sur la question du G » – et que ta jumelle, qui se révèlera être aussi pleine de ressources qu’exempte d’inhibitions, et qui aura exhumé de son sac, et déjà embouché, un monumental gode flexible, double, nervuré, translucide, effroyablement teinté d’une couleur sise à l’impossible conjonction du vieux-rose, du mauve, et de la lavande – une couleur dont le Créateur Lui-même, qui se trouvera ubiquiter dans le coin au même moment (ce qui s’y prépare L’intéresse, rapport à une étude qu’Il doit encore mener, fist-fucking récréatif et enfantement douloureux, hein, Il a bien noté, Il ne vous oublie pas), se demandera bien comment elle a pu se retrouver là, parce qu’Il s’en souvient distinctement, de la création des couleurs, c’était juste après le commencement, au premier jour, Tu peux décemment pas oublier ça, merde, le premier jour, c’était quand même quelque chose, eh ben, ce premier jour, juste après qu’il avait eu fait en sorte que la lumière, donc les couleurs, furent, Il l’avait bien repéré, ce vieux-rose-mauve-lavande, hein, y a quand même un contrôle qualité, tout incréé qu’On soit, On n’est pas à l’abri d’une bourde, la preuve, le vieux-rose-mauve-lavande, là, y avait manifestement eu gourance, ça n’aurait pas dû être, et ça ne sera pas, allez-allez, au rebut, hop-hop, pas de discussion, alors tu penses s’Il est jouasse de le retrouver là, le vieux-rose-mauve-lavande qui ne devrait pas être, ah, non, décidément, tout va de travers aujourd’hui, Je vais te la reprendre par le menu, la Création, Moi, ça va pas traîner – t’exhortera à te carrer l’autre extrémité dans le gosier, au motif qu’il « Haut hermer ha houcle, haut hermer ha houcle ! », hein, va parler distinctement, avec un machin pareil entre les dents, et fermer la boucle, fermer la boucle, d’accord, toi, tu veux bien, un peu de mysticisme, au point où vous en serrez, ça ne risquera pas vraiment de déparer le tableau, mais vous auriez aussi bien pu vous tenir les mains, au moins ça aurait été raccord – « hou hu héfères l’ahus ? », qu’elle finira par interroger, voyant que tu ne réagis pas, alors, non, non, allez, ha hour ha houche, ha hour ha houche, en espérant qu’elle l’aura quand même un peu nettoyé, son gode : créative comme elle se révèle, va deviner le dernier truc qu’il aura pu obturer.</p>
<p>Ces digressions auront au moins eu l’avantage de te permettre de ne pas te crisper sur la progression de la main de ton copain, et, alors que tu te seras finalement résolue à fermer la boucle par voie orale, tu constateras en reportant ton regard vers lui que, ça y est, vous voilà réunies en un fier manchon, le gars a touché au but, et vous regarde alternativement l’une et l’autre, manifestement agacé du peu d’attention que vous lui portez, et surtout du peu de réponses qu’il semble avoir obtenu à sa grande question du « Alors ? »</p>
<p>Alors, pour ce qui te concerne, pas plus. Et un coup d’œil vers la jumelle te suffira pour comprendre que, alors, elle non plus. « Hai hien henhi hun huc… » – l’heure étant plus à la suspicion de fiasco qu’à  l’expérience mystique, elle préfèrera briser la boucle et recracher le gland avant de reprendre – « J’ai bien senti un truc, mais ça a encore bougé ».</p>
<p>Flûte alors.</p>
<p>Décidément, flûte.</p>
<p>Ton copain connaîtra un moment d’abattement, peu courant chez lui, perceptible à l’affaissement de ses épaules, et restera un instant dans le vague, la tête basse, toujours agenouillé, toujours emmanché, à ruminer la situation, à se demander ce qui pourra bien avoir foiré.</p>
<p>Soudain, il relèvera la tête vivement, vous regardera brièvement l’une et l’autre, esquissera un mouvement de la main droite qui te fera tressaillir, puis un autre, de la main gauche, qui fera visiblement réagir la jumelle, et tonnera, l’œil vif, l’enthousiasme retrouvé, qu’il vient de concevoir une idée.</p>
<p>« Gwendo » – Gwendoline, ce sera nécessairement le prénom de la jumelle – « Gwendo, à mon signal ? » – et d’un mot, de ce mot, elle aura compris ce qu’on attend d’elle, alors que toi, non, tu ne comprendras vraiment pas de quoi on cause, et encore moins pourquoi ton copain criera « Rideau ! », et que, oui, tiens, le lourd rideau de velours rouge derrière lequel tu constateras tout soudain que vous vous teniez s’ouvrira, à l’italienne, pour révéler une petite salle garnie de quelques fauteuils profonds, non moins velours, non moins rouges, ayant certainement été confortables en leur temps mais se montrant désormais surtout râpés, tassés, et poussiéreux, à l’exemple des quelques vieillards se trouveront assis là, à vous regarder attentivement, sur la scène sur laquelle vous vous trouvez – mais oui, tiens, qu’est-ce que vous foutez sur une scène ? –, la plupart bouche bée à force d’expectative, certains singulièrement mal mis, débraillés, défaits, même, leurs pantalons de tweed élimés ouverts sur de confuses résurgences d’une virilité qu’ils s’emploieront à pétrir, plus par habitude que dans l’espoir d’y convoquer quelque tumescence.</p>
<p>Sans te laisser la plus petite marge de réalisation, ton copain se mettra alors à agiter inopinément sa main droite, la tienne, provoquant chez toi une série de réactions très perceptibles par l’assistance, certaines sonores, pas toutes désagréables, mais en tout cas très inconvenantes dans cet impénétrable contexte, et s’adressera à ce qu’il faudra bien te résoudre à comprendre comme un public : « Attention, les enfants, voilà le gendarme, et Guignol ne le voit pas venir ! ». Le public se lèvera comme un seul homme, provoquant la dégringolade de plus d’un pantalon et la brutale exposition d’une triste collection de cous de dindon, avant de se mettre à hurler à l’adresse de la jumelle, « Attention ! Guignol ! Voilà le gendarme ! Guignol ! Le gendarme ! », ce à quoi la jumelle, décidément très vive dans ce genre d’exercice, et motivée par la gigue de main gauche que lui dansera ton copain, s’emparera du monstrueux gode vieux-rose-mauve-lavande resté là, et se mettra en devoir de t’en avoiner le travers de la gueule, « Tiens ! Prends ça pour ta peine, gendarme ! Prends ça, inique représentant d’une autorité que le peuple ne reconnaît plus ! Prends ça, fasciste ! Et ça ! Et encore  ça!», et il pleuvra des coups de gode, souple, nervuré, translucide, vieux-rose-mauve-lavande, sur pauvre de toi, cependant que ton copain s’emploiera, en guise de final, à t’essorer la niche, et que les quelques gérontes du public entameront, ravis, culs nuls, la grande ronde de la célébration libertarienne.</p>
<p>Rideau.</p>
<p>La sortie de scène demandera encore pas mal de lubrifiant, de lubrifiant, de lubrifiant, de lubrifiant, et de lubrifiant pour vous désolidariser, si bien qu’il vous faudra quand même un peu de temps avant d’en revenir à vos costumes civils, généralement trop pour la patience de votre public qui aura eu de son côté divers problèmes de vessie à régler urgemment, moyennant quoi vous ne pourrez quasiment jamais le rencontrer, ce public, ce qui vous privera d’abord d’un intéressant retour critique sur leur appréciation de la séance, et ensuite et surtout, de l’essentiel, pour ne pas dire la totalité, de vos revenus, puisque vous aurez choisi de faire votre recette au chapeau. Il vous faudra donc rejoindre votre roulotte les poches vides, et vous hâter, dans l’espoir d’y gagner enfin quelques subsides, vers la prochaine étape de votre tournée des anciens cinémas pornos en cours de reconversion en scènes ouvertes de one-man, stand-up, slam et autres installations pour public consentant de la région « Coteaux du Lyonnais – Pays de Beaujolais », sélectionnée par ton copain dans la conviction que les locaux verraient dans la tournée des spectacles de la troupe « Guignol, Gendarme &amp; Gräfenberg » une audacieuse actualisation de l’héritage de Laurent Mourguet, le très lyonnais créateur de Guignol, ce qui contribuerait à susciter leur curiosité, et à emporter leur pleine adhésion.</p>
<p>Las, force sera de constater vous jouerez le plus souvent devant des salles quasi vides, et que même votre tentative d’extension du champ de vos représentations aux cabines de peep-show des sex-shops du coin ne changera pas décisivement la donne : votre entreprise ira, inéluctablement, périclitant. Lubrifiant.</p>
<p>Ton copain succombera aux boissons locales, que l’on sait charmeuses, joufflues et fruitées, mais qui n’aideront en rien à tempérer l’hémorragie pécuniaire dont vous serez frappés. Pour limiter les frais de fonctionnement, vous devrez vous résoudre à cesser d’acheter du lubrifiant, dont vous tenterez de pallier le cruel, cruel, cruel, cruel, cruel, cruel, et cruel manque par une consommation accrue de ce Chiroubles dont ton copain se sera amouraché, et dont il fera alors rentrer une douzaine de caisses, arguant de l’opportunité d’économies d’échelle. Ce douteux investissement terminera de parfaire votre ruine : la pauvre mule qui tirait votre roulotte, et qui supportait déjà mal le régime avoine/lubrifiant, trépassera après quelques jours de la diète « économie d’échelle, Chiroubles toutes » que ton copain lui aura imposée, et vous devrez alors vous relayer pour que la roulotte puisse se mouvoir sans la précieuse contribution de cet admirable et déjà très regretté bestiau.</p>
<p>L’abus de Chiroubles te fera tourner cirrhotique, les fist-fuckings répétés entraîneront d’incessantes mycoses vaginales, et le trait de la roulotte perclura ton pauvre dos. C’en sera trop : ton point G, ils pourront se le foutre où tu penses – pour toi, ce sera déjà fait, merci, à cause cette foutue fistule recto-vaginale – tu rendras ton tablier, et tu retourneras bossue, le foie saillant, allant à l’amble dans l’espoir de diminuer les irritations vulvaires, chez ta mère, ta pauvre mère, celle-là même qui, quand tu étais encore fillette, te passait la zézette au gant de crin si elle te prenait à te l’agacer.</p>
<p>Terrible, terrible bilan d’une pourtant bien légitime quête de connaissance et de plaisir.</p>
<p>Terrible bilan.</p>
<p>Alors, oui, ma fille, oui, ça craint : ton G, mieux vaut le trouver toi-même. D’autant qu’il n’est pas question de le trouver – un coup d’œil à la littérature te fournira toutes les indications topographiques nécessaires – mais bien de le mettre en branle. Et un truc qui se met en branle à coups de poing, c’est soit un ennemi, soit un téléviseur : à l’un ou à l’autre, je serais toi, je ne confierais pas mon émoi.</p>
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		<title>Une question de Prudence, 19 ans : Mon copain voudrait que j’avale son sperme quand je lui fais une fellation. Ça craint ou pas ?</title>
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		<pubDate>Thu, 31 Dec 2009 06:20:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Candice Elias-Dubosc</dc:creator>
				<category><![CDATA[Janvier 2010]]></category>
		<category><![CDATA[La question sexo]]></category>
		<category><![CDATA[Numéros]]></category>
		<category><![CDATA[bukkake]]></category>
		<category><![CDATA[éjaculation]]></category>
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		<category><![CDATA[sperme]]></category>

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		<description><![CDATA[Une question de Prudence, 19 ans : Mon copain voudrait que j’avale son sperme quand je lui fais une fellation. Ça craint ou pas ?
Hélas, hélas, je n’aime rien tant que de pouvoir encourager les expériences sensorielles, mais ici, franchement, force est d’admettre ? Ça peut craindre. Ça peut. Désir, partage, réciprocité, consentement, ouverture, notamment d’esprit, tout ça [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Une question de Prudence, 19 ans : Mon copain voudrait que j’avale son sperme quand je lui fais une fellation. Ça craint ou pas ?</strong></p>
<p>Hélas, hélas, je n’aime rien tant que de pouvoir encourager les expériences sensorielles, mais ici, franchement, force est d’admettre ? Ça peut craindre. Ça peut. Désir, partage, réciprocité, consentement, ouverture, notamment d’esprit, tout ça très bien, tout ça très joli, mais quant à avaler n’importe quoi, pardon : circonspection, pondération, et planification. Sans quoi, oui, ça peut craindre. Ça peut joliment craindre.</p>
<p>Évacuons d&#8217;abord l&#8217;aspect strictement prophylactique de ma réponse, car tu es une grande fille, et tu devrais déjà savoir ces choses-là: tu ne dois jamais te laisser vernir la glotte si vous n&#8217;avez pas fait le test. Jamais. Le VIH peut se transmettre lors de rapports oraux-génitaux, si bien que même une innocente plume peut te valoir le tombeau. Pas de test, pas d&#8217;épanchement, et pas même de pompier décapoté. C&#8217;est la règle, non négociable, intangible, marbrière, sauf à vouloir te choisir un linceul pour première robe de mariée. Et je sais, je sais bien, ça peut sembler terriblement romantique – tu te vois déjà, rédigeant les invitations, « <em>Prudence et la Camarde sont heureux de vous faire part…</em> », planifiant une soirée d’enterrement de<span style="text-decoration: line-through;"> jeune fille</span> vie de jeune fille dont on ne reviendra pas, puis la cérémonie, toi, entrant dans l’église aux bras de ces messieurs des PFG, en ressortant à celui de ton terminal époux, et t’arrêtant sur le parvis sous la joyeuse pluie de cendres que vous feront tes amis réunis, pour lancer un bouquet de chrysanthèmes à tes demoiselles d’honneur – mais la petite fiancée de la mort ferait bien de se tempérer l’humecteur quant à ce qu’elle s’imagine de ce que sera la nuit de noces : elle va certes n’en plus finir, mais n’en pas plus débuter, car pour sépulcral qu’il soit, le corps de la Camarde n’a rien de caverneux. Alors je te prie, jeune fille, tempère ton romantisme, et ne porte rien au bec qui ne soit hermétiquement emballé, ou n’ait bénéficié de toute garantie de traçabilité.</p>
<p>Reste que pour répondre complètement à ta question, on ne peut pas se contenter de la considérer sous son aspect prophylactique. Il faut aussi s’interroger sur les motivations profondes de ton copain, et, les ayant identifiées, se demander s’il est raisonnable de les satisfaire.</p>
<p>En réalité, et tu t’en doutes, le gars ne demande pas simplement à pouvoir te gratifier les joues du produit de ses burettes. Il veut surtout que tu manifestes bruyamment le plaisir qu’il entend que tu éprouves à cette occasion. En clair, il ne te demande pas une faveur, mais t‘invite à considérer qu’il est enclin à t’en faire une, tant il estime son jus précieux – et ce quoi qu’il lui en coûte par ailleurs, car enfin, quoi, comme il préfèrerait, lui, se tenant nu, debout, fier, légèrement cambré, une main assurant sa prise, l’autre largement ouverte en signe d’amour adressé à la foule de ses fidèles assemblés devant l’autel, comme il préfèrerait donner à voir son jaillissement, en recueillir le produit dans le Calice de Vie, puis, ayant prononcé la bénédiction rituelle (« Voyez ! Les Cataractes de Semence! », « Voyez ! Je Dispense la Vie ! », « Voyez ! Je suis le Grand Grainetier ! », on sait plus, ça change tout le temps), entreprendre de faire passer le Calice de Vie pour la communion, et la Corbeille de Partage pour la quête, comme il le préfèrerait, alors, tu penses, s’il te propose ça, lui, c’est pour toi, tant il est vrai que ça n’est encore rien dire que de dire qu’il t’aime, tiens.</p>
<p>Non mais, franchement ?</p>
<p>Le toupet du gars ?</p>
<p>Il ne t’aura donc pas suffi de rire à son humour, de t’ébahir à sa carrure, et de tressaillir à ses coups de reins pour conforter le narcissisme du gonzier ? Il faudrait en plus que tu te régales de son saint-chrême pour lui parfaire la vanité ?</p>
<p>On a perdu le littoral de vue, ou bien ?</p>
<p>Parce qu’on veut bien, on veut bien se montrer arrangeante, on veut bien s’efforcer, on veut bien y mettre tout son sien, mais lui raffoler le suc, au débotté, sans préparation, ça ne va quand même pas de soi. Je préfère te prévenir, la potion pourrait se révéler un poil sapide. Et du genre de sapidité qui en ferait passer l’amertume pour une faveur. Et je te parle pas consistance. Je te parle pas texture. Je t’en parle pas, j’ai pas les mots. Mais voilà bien le péril : tu pourrais être tentée d’accepter, en bonne fille, généreuse, oublieuse, pétrie d’abnégation, mais, constatant à la première tentative que la rasade est quand même pas mal rance, pas mal gluante, et en tout cas grumeleuse au-delà du concevable, avoir un réflexe malheureux, de préservation, qui te ferait grimacer, recracher, et te précipiter vers ton dentifrice, et voilà Narcisse blessé, meurtri, prostré sur son giron, adressant consolations et cajoleries à son morne sexe, « Mais non, tu n’es pas répugnant, mais non, tu n’es pas vilain, c’est elle, tout est de sa faute, c’est une béotienne, c’est une rustaude, n’y prends pas garde, viens, redresse-toi, laissons la mécréante, rentrons, allons préparer le service de Vêpres. »</p>
<p>Et les voilà partis, te laissant seule avec ta nausée vespérale. Triste conclusion d’un pourtant courageux effort. Bel exemple de bonne action qu’on n’aura pas traîné à punir.</p>
<p>Dès lors, si tu veux accepter, il te faut t’assurer que tu pourras accepter vraiment,  c’est-à-dire, non seulement avaler, mais encore t’en réjouir, ou au moins parvenir le feindre. Et voilà bien une certitude qu’il n’est pas simple de concevoir. Tu ne peux pas décemment demander un échantillon à ton copain : il serait bien capable de tirer des conclusions d’un refus ultérieur. Tu ne peux pas non plus espérer t’en procurer un en loucedé, le gars est aux aguets. Et, non, non, tu ne vas pas collecter ses préservatifs usagés. Non, répugnante. Non, vilaine. Un peu de tenue, grands dieux. Un peu d’amour hygiénique, à défaut de propre. Sans compter qu’une fois tiré, le sperme s’oxyde rapidement, et que ça altère encore dramatiquement son goût. Et même en ayant citronné les génitoires à Dudule, hein. Même. Alors, non, décidément non, pas de ça Lisette.</p>
<p>Par ailleurs, je te conjure, jeune fille, non seulement un peu de tenue, mais encore un peu de bon sens : ne va pas prêter la plus petite oreille à ces malhonnêtes qui voudraient te faire croire que le régime alimentaire de ton copain peut influer sur le goût de son sperme. C’est une ineptie intégrale, qu’aucune démarche scientifique ne valide. Et plus qu’une ineptie, c’est surtout le fruit d’une grossière manipulation orchestrée par la phallocratie décomplexée, qui use désormais des méthodes dialectiques de la droite du même bois pour se faire reluire le message. Ainsi, on commence par poser ta fonction de mange-foutre comme naturelle, normale,  non discutable – c’est un jeu amoureux, sois donc joueuse – puis on t’invite à repasser derrière les fourneaux si d’aventure tu prétends améliorer – encore – ton sort. Et de très ludique façon : tu n’aimes pas le goût de son sperme ? Pas de <span style="text-decoration: line-through;">problème</span> souci, tu es libre de cuisiner pour t’affranchir de la nausée. Pimp your date, ma fille, pimp your date. Tune ton Jules. Comme d’autres sont libres de travailler pour gagner plus, tu es libre de cuisiner pour vomir moins.</p>
<p>Tu vois comme il serait dangereux de souscrire à ce discours : s’il rencontre un écho positif, alors la prochaine étape sera de proposer d’amusantes sessions de coaching « liberté-de-la-femme », où l’on dispensera de très émancipateurs cours de pole-dancing, de strip-tease, de fellation, suivis d’ateliers cuisine où l’on préparera de rafraîchissants smoothies que tu pourras proposer à ton copain pour améliorer – à son insu, car tu es libre, et c’est ton choix – le goût de son sperme. Et puis on inventera de nouveaux jeux érotiques de soumission soft, durant lesquels tu devras émietter ta carte d’électrice et/ou de crédit devant ton amant. Et puis, tiens, si on réorganisait un peu l’Éducation Nationale ? Tu vas voir, on va arrêter avec la mixité, ça sera plus excitant, ça te permettra de développer tes fantasmes. Et ça simplifiera la logistique : les garçons n’ont vraiment pas besoin de poteaux métalliques dans leurs classes.</p>
<p>Donc, n’est-ce pas ?</p>
<p>Tu le vois bien, le mur, maintenant ?</p>
<p>Alors range ton tablier, il est dépourvu d’airbag : si Dudule est rance, rance Dudule restera. Que tu choisisses de l’avaler, non parce que l’ambiant t’y enjoint, mais uniquement pour lui faire plaisir, c’est une chose, mais si c’est pas bon, c’est pas bon, et, tu te débrouilles comme tu veux, mais il faudra quand même déglutir, et assumer.</p>
<p>N’est-ce pas ?</p>
<p>Bien.</p>
<p>À la bonne heure.</p>
<p>Cela posé, attention.</p>
<p>Ma fille, attention.</p>
<p>Grande attention.</p>
<p>Car je n’ai fait qu’évoquer l’hypothèse la moins navrante : celle qui suppose que ton copain est sincère. Or, malgré la déjà copieuse énormité de sa demande, peut-être celui-ci avance-t-il encore masqué, et n’espère pas vraiment te saucer le gosier, ainsi qu’il prétend le demander, mais bien le minois. Le minois, malheureuse. Le minois. Ton gentil minois, ton coquet minois. En d’autres termes, crus et directs, peut-être ton copain veut-il en réalité éjaculer sur ton visage, y étaler libéralement son foutre en quelques coups patauds de son membre tôt flaccide, et y contempler, plus ravi qu’une marmaille au spectacle des vitrines illuminées pour Noël, les indolentes dégoulinures de sperme, de rimmel, et de larmes mêlés.</p>
<p>Je conçois que cette hypothèse puisse te sembler peu vraisemblable, car enfin, raisonnes-tu, pourquoi voudrait-il agir de la sorte ? Hélas, la liturgie du culte Dorceliste se dérobe aux profanes, et l’ « éjac faciale », ainsi que s’y nomme ce sacrement, en est un pilier fondamental, qui marque la fin des cérémonies de <span style="text-decoration: line-through;">salopage de filles</span> célébration amoureuse. Et ton copain a peut-être simplement, comme beaucoup avant lui, cédé aux sirènes du Dorcelisme. Celles avec les seins monolithiques, là, et un tatouage au creux de la queue enrésillée, et un talon de douze fiché dans la nageoire. Il ne serait pas le premier, va. Elles en ont dévoyé, des gonziers. Par milliers, et milliers, et encore milliers. L’appel du large, probable. L’odeur entêtante de la marée. Alors pourquoi pas lui, hein ? Et si effectivement lui, eh bien il faut t’y résoudre : sa seule aspiration, désormais, est de t’éjaculer au visage. Pis qu’une aspiration, c’est devenu pour lui un devoir. Reste qu’il n’est pas complètement idiot, ou pas complètement courageux, si bien qu’il n’aura vraisemblablement pas osé formuler clairement son dessein, soit par crainte d’être dûment raillé pour son incongruité, soit parce que, encore chancelant sur sa nouvelle foi, il ne sera pas parvenu à se pousser de la vanité jusqu’à se convaincre que tu pourrais tenir ce genre d’humiliation pour une faveur, et aura préféré recourir à ce lamentable stratagème : te demander à pouvoir « venir dans ta gorge », jouant sur la charge d’intimité que recèle sa requête ainsi formulée pour s’assurer que tu n’oseras pas lui refuser, et, au fatidique instant, tressaillir, sursauter, avoir un mouvement lui permettant de s’affranchir de l’emprise de tes lèvres, et entreprendre de te repeindre le portrait, à grands traits. Dans la confusion de l’instant, éberluée, décontenancée, tu ne te demanderas pas pourquoi il aura hurlé « Headshot ! », ni pourquoi tu auras perçu ce flash de lumière avant qu’il ne te tende un mouchoir et ne te demande pardon – « Excuse-moi, ma chérie, je ne voulais pas, c’est un accident, l’orgasme a été si violent, j’ai perdu le contrôle de mes mouvements, quel imbécile je fais », et, murmurant, « Comme je suis désolé, j’aurais tellement voulu que nous communiions », puis, ayant apposé un tendre baiser sur l’une de tes joues opportunément essuyées, et chuchotant , maintenant, « Merci ». Non, sur le moment, tu ne te le demanderas pas. Ce ne sera que plus tard, alors qu’une amie t’aura recommandé d’aller visiter telle page, sur tel site, sur tel Ternet, parce qu’on y trouve une drôle de photo d’une fille, c’est dingue comme elle te ressemble, et, vrai, elle ne pourrait pas te ressembler d’avantage, puisque c’est bien une photo de toi que tu vas y trouver, un portrait, très peu flatteur, te montrant de face, hébétée, répugnée, enfoutrée, sur une page présentant d’autres portraits, d’autres jeunes filles, mêmement saligotées, l’ensemble composant la galerie dite de l’« Initiation Faciale », sous-titrée « Praise the Dorcelord ! », conçue, publiée et maintenue par un « Master_Bukkake_80 » dont tu comprendras rapidement qu’il s’agit du titre que s’arroge ton copain dans son petit hortillon secret, ce ne sera qu’alors que tu pourras te dispenser de toute interrogation, et passer directement au constat : le gars s’est quand même pas mal foutu de ta gueule, en plus que de te l’avoir salopée.</p>
<p>Dans ces circonstances, le seul bon conseil que je puisse te donner, c’est de ne pas laisser passer. Tu ne dois pas transiger. De même que tu dois courir chez pandore à la première mandale, tu dois contrer la première saucée usurpée, et ta réaction doit être taléonine : œil pour œil, giclée pour giclée. Ce que pour permettre, et n’être jamais prise de court, je te recommande d’ajouter à ton viatique une poire à lavement – voilà enfin l’occasion d’exhumer cette invraisemblable « Monogram Vernis Unisex Douche – Spring 09 Collection – Limited Edition » que ton copain t’avait offerte pour vos trois mois, avec le réservoir en croûte de porc vernie monogrammée Vuitton, et la canule chromée et gravée d’un « Aujourd’hui plus de derrière, et bien moins de vagin » – et la garder sur toi, serrée dans ton réticule, prête à l’emploi, scellée  à la Patafix et toujours emplie d’un bon quart de foutre de ménage dont je laisse la confection à ta libre appréciation, mais qui devra s’efforcer au pas mal rance, au pas mal gluant, et l’inconcevablement grumeleux : tu ne peux pas te tromper en travaillant une base lait caillé / blanc d’œuf / fécule de maïs, à laquelle il te suffira d’incorporer des agents de sapidité que je te recommande de sélectionner dans une palette radicale, du genre qui rime avec Maroilles. Et, tiens, tant qu’on tambouille, ajoute donc une bonne cuillérée de ce « Baume de Dessillement du Troisième Œil » qui accompagnait la poire, là. J’ai idée que ça peut aussi aider à dégager les bronches dans lesquelles je me propose de te faire souffler.</p>
<p>Ainsi parée, une femme avertie valant six douzaines d’éjaculateurs retors, tu pourras, si toutefois tu décides d’accorder à ton copain le bénéfice du doute et consens à le laisser t’incorporer son jus, te tenir sur tes gardes, et, cependant que tu le plumes, guetter le mouvement suspect : si d’aventure le gars, alors qu’il entonne le piteux lamento qui annonce la petite agonie, bouge ne serait-ce qu’une main, par exemple pour se la poser à la base du manche, ou, pire, pour, prétendant te caresser le visage, t’en couvrir le front, s’assurant ainsi, mine de rien, un parfait contrôle de la situation, alors au diable le bénéfice du doute, et à la réaction immédiate : taquet aux parties – pas méchant, juste pour lui couper la pression et le déstabiliser un instant, le temps de te relever, et tu enchaînes, low-kick au mollet – pas méchant, juste pour le faire tomber, cependant que tu enchaînes, volte, plongée vers ton sac où tu récupères ta caméra numérique d’une main, et ta poire à foutre de l’autre, tu fais sauter le sceau de Patafix du pouce, et tu enchaînes, re-volte, face à Dudule qui n’a pas encore bien trié les événements, et se redresse à peine, juste assez pour se mettre le museau à hauteur de ta main armée, alors lumière, caméra, action: Ah ça, mon pépère, tu veux jouer à gicle ? Eh ben on va jouer, tiens, on va jouer à deux, et hop, une bonne pression sur la poire, et Headshot !, te v’là crépi du menton, et, presse encore, presse encore, et, vlan, te v’là Dessillé du Premier Nez, et, tiens, encore un coup, et, tiens, des étoiles plein les yeux – eh, mais, quoi, Dudule, qu’est-ce qui t’arrive ? On a un gros chagrin ? Des larmes de foutre, qu’on pleure ? Des larmes de foutre ? Allez, allez, éponge donc, sèche donc, et écoute bien – en lui prenant un menton opportunément essuyé entre le pouce et l’index: Plus jamais, tu m’entends ? Plus jamais. Si je te reprends à manigancer de me rectifier le fard, je sors la poche à douille. La poche à douille, tu m’entends ? Et non seulement je t’organise un Déluge domestique, mais encore je le filme, et encore je le diffuse. « Le Bukkakeur Bukkaké », starring Master_Bukkake_80, ça t’évoque Hollywood, ou bien ? Alors modère tes spasmes, ou je t’y envoie, moi, en haut de l’affiche. À coups de poche à douille, que je t’y envoie. Je t’y vois déjà, tiens, en haut de l’affiche. En dix fois plus grumeleux que n’importe qui. Alors modère, Dudule. Modère.</p>
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		<title>Mon copain voudrait acheter des menottes pour m’attacher quand on fait l&#8217;amour, ça craint ou pas?</title>
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		<pubDate>Sat, 29 Aug 2009 21:38:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Candice Elias-Dubosc</dc:creator>
				<category><![CDATA[La question sexo]]></category>
		<category><![CDATA[Septembre 2009]]></category>

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		<description><![CDATA[Une question de Zoé, 19 ans: « Mon copain voudrait acheter des menottes pour m’attacher quand on fait l&#8217;amour. Ça craint ou pas? »

Je comprends ta défiance, et il faut effectivement traiter une demande de ce genre avec circonspection. Toutefois, peut-être ton copain ne cherche-t-il pas à t’assujettir, mais plutôt à vous affranchir l’un et l’autre des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Une question de Zoé, 19 ans: « Mon copain voudrait acheter des menottes pour m’attacher quand on fait l&#8217;amour. Ça craint ou pas? »</strong></p>
<p><img class="size-full wp-image-322 alignright" title="menottes" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2009/08/menottes.png" alt="menottes" width="260" height="200" /></p>
<p>Je comprends ta défiance, et il faut effectivement traiter une demande de ce genre avec circonspection. Toutefois, peut-être ton copain ne cherche-t-il pas à t’assujettir, mais plutôt à vous affranchir l’un et l’autre des grossières limites de l’amour physique en faisant de chacune de vos étreintes l’occasion d’un jeu de rôle, d’une situation fictive dans laquelle vous devrez évoluer en interprétant chacun un rôle, et en vous conformant à des règles qui ne sont pas celles du quotidien. Dans ce cas, non, ça craint pas, bien au contraire. Ces changements de contexte, de règles, de <em>personae</em> visent à faciliter l’abolition de vos inhibitions, à vous permettre de passer outre les tabous qui régissent vos comportements, notamment sexuels, et, partant, à maximiser votre plaisir : débarrassés, ne serait-ce que le temps de vos ébats, du fatras social réglementaire que nous trimballons tous, vous pourrez vous consacrer sans réserve à des usages créatifs, plastiques, et éveillés, qui de sa craquette, qui de son panais.</p>
<p>Ainsi, si ton copain te propose des menottes, c’est peut-être qu’il veut simplement jouer à « L&#8217;Outrage À Agent ». Un classique. Un indépassable. Un fondamental parmi les fondamentaux. Certes pas très inventif, mais si votre relation est récente, si vous vous connaissez encore mal, ou si vous n’êtes pas coutumiers de ces jeux, il est indiqué de commencer par là, ou en tout cas par un des classiques, comme « L&#8217;Outrage À Agent », donc, ou « Infirmière, Venez Voir, J’ai Comme Une Grosseur », ou « Le Vol Est Tellement Agité Que L’Hôtesse Vient De Me Tomber Sur Les Genoux, Si Bien Que Ma Boisson S’Est Renversée, Et A Tâché Mon Pantalon À L’Entrejambe », ou n’importe quoi qui pourrait nécessiter d’appeler le proverbial Voisin à la rescousse (« Quelle Guigne, Je Tombe En Panne De Mastic Silicone Cependant Que Je Refais Le Carrelage De Ma Salle D’Eau, Vous Pourriez Me Dépanner ? »). Une fois que vous vous connaitrez mieux, vous pourrez passer à des jeux plus complexes, nécessitant des accessoires élaborés, des rudiments de médecine générale, voire un brevet de secourisme (« Les Paniers Paysans, C’est Bien, Mais Qu’Est-Ce Qu’On Touche Comme Courges, Je Ne Sais Simplement Plus Quoi En Faire », ou « Une Coloscopie, Pour Une Migraine, Vous Croyez Vraiment ? »), voire, carrément, vous risquer au bizarre (« La Féminité Postmoderne : Un Colloque Animé Par Geneviève De Fontenay, Victoria Silvstedt, et Éric Zémour ») – les limites ne se mesurant ici plus en <span style="text-decoration: line-through;">secondes</span> minutes ou en centimètres, mais bien en unités-de-mesure-de-l’imagination, et pouvant donc être infiniment repoussées.</p>
<p>Cela dit, attention. Ce qui précède reste hypothétique, et part de l’optimiste principe que, si le pire n’est jamais certain, le meilleur n’est pas non plus hors de portée. Reste qu’avant d&#8217;accepter, il te faudra quand même t&#8217;efforcer de lever toute ambiguïté, et sonder ton copain pour l&#8217;aider à verbaliser exactement ses attentes. Est-ce qu&#8217;il ne veut vraiment que d&#8217;honnêtes menottes, réglementaires, administratives, chaîne deux maillons soudés, acier chromé, double sécurité, sans lesquelles toute partie de « L&#8217;Outrage À Agent » ne serait qu’une imposture, ou, comme on peut aussi, hélas, le redouter, est-ce qu&#8217;il ne cherche pas plutôt à céder docilement à l&#8217;injonction ambiante, et à t&#8217;affubler de « les » menottes? « Les » menottes, là, ubiquitaires, incompréhensiblement ornées de fourrure synthétique rouge-rose, en vente dans la plus petite supérette ou offertes avec ton féminin usuel, et dont le malicieux Marché aurait réussi à le convaincre qu&#8217;elles étaient le gage de votre liberté, sexuelle à défaut d&#8217;autre? Non, mais, sérieusement? Des menottes? Pour vous libérer? Allons, mon enfant, allons. Reprenons-nous. Reprenez-vous. Le Marché, je vais te dire, Sa main est peut-être invisible, mais mon troisième œil me dit que Son majeur est inflexiblement érigé au plus délicat de notre rondelle collective, et qu&#8217;Il S&#8217;est montré un peu négligent sur le chapitre de la manucure.</p>
<p>Non, Zoé, fillette, sœurette, des menottes pour jouer, oui, mais pas ces menottes-là. Ces menottes-là ne sont pas tolérables. Ces menottes-là, envisagées sous le seul angle de ce qu&#8217;elles vous donneraient accès à la conformité, ne vous mèneraient en fait qu&#8217;à votre perte commune par le truchement d&#8217;une très délétère soumission – pas de la tienne à ton copain, mais de la vôtre à ce qu&#8217;On attend de vous. Ces menottes-là ne sont, précisément, pas jouables. Pourquoi pas une nuisette satinée et des mules talon-pompon, hein, tant qu&#8217;à faire? Non mais, tu te vois, battre le pavé, toute de morue revêtue, protestant énergiquement contre Sarko-Facho, agitant ta pancarte Casse-toi-pauv’-con, et faisant mine de résister à un Jules déguisé en flic en civil, le biceps ceint d&#8217;un de ces brassards orange fluo qui disent tellement la Force Publique, et qui s&#8217;efforcera d&#8217;abord, courtoisement mais fermement, de te ramener au respect de la fonction présidentielle, puis, s&#8217;avisant du caractère outrageant et répété de ton inconduite, finira par décider que maintenant c&#8217;est bon, vous l&#8217;aurez voulu, refus d&#8217;obtempérer, rébellion, outrage à agent, état d&#8217;arrestation, je vous passe les menottes pour notre sécurité commune et je vous emmène au poste. Tu imagines? Votre arrivée au poste? Toi, dans cette tenue, et ton copain te traînant par ces grotesques menottes-fourrure-synthétique-rouge-rose? Non mais tu envisages une seconde les réactions de ses collègues? D&#8217;abord en te voyant débarquer dans ta nuisette, autant dire quasi-nue, hein, et on a beau être flic, tout entier fait de rectitude, d&#8217;ardeur pour la chose publique, de respect forcené du règlement, on n&#8217;en est pas moins joliment carné, alors vas-y que « Je te demanderais bien les tarifs, mais j&#8217;ai idée que tu vas me faire des facilités », et que « Regardez-moi comme l’ultra-gauche s&#8217;émancipe dans l’intime », et encore que « Je vais t&#8217;en faire faire, des révolutions, moi, autour de mon chibre », je t&#8217;en passe et des pas moins fleuries, jusqu&#8217;à ce que l&#8217;un d&#8217;eux avise les menottes, et là pardon, à vos gilets de secours, mettez les canots à l&#8217;eau, on va essuyer un grain de rires agricoles – les plus malchanceux feront les frais des premières assauts, à traits réels , chargés au « Zaza Navarro », au « tonfa nervuré », au « Dirty Karouchi », les autres ne pourront que se féliciter de la disjonction horrifiée de leurs tympans, qui leur aura épargné une de ces redoutables tempêtes d&#8217;esprit qui ne soufflent, Dieu nous garde, qu&#8217;en Pandorie.</p>
<p>Ainsi, tu le vois bien, si vous voulez jouer à « L&#8217;Outrage À Agent », il faudra le faire dans un scrupuleux respect des règles, sans quoi vous risquez de passer un très sale quart d&#8217;heure.</p>
<p>Les règles, donc.</p>
<p>Tu vas camper une précaire, une salariée pauvre, qui manifeste contre le pouvoir en place parce que pas de thunes et plus guère de liberté. Lui va camper un flic. Tu seras habillée en urbaine-street-wear – non, pas de dessous précieux , je te rappelle que tu n&#8217;as pas le rond, et non, non plus, pas de talons ou de nudité-sous-un-trench, parce qu&#8217;il faut pouvoir t&#8217;efforcer d&#8217;échapper aux pandores si jamais ça charge, donc liberté de mouvements, donc baskets, et peut-être même pantalon de survêtement. Je sais, c&#8217;est pas très engageant, mais « L&#8217;Outrage À Agent » est ainsi prescrit. Si ton copain veut des menottes et de la lingerie, eh bien recollez donc cette extravagante pièce de fourrure sur vos menottes de pacotille, déshabille-toi en pute et farde-toi itou, et allez jouer à « Je Suis Une Star Du X », comme tout le monde, ou même, puisque le ridicule ne semble pas vous rebuter, à « Je Suis Une Star Du X Qui A Décroché Un Petit Rôle Dans L&#8217;Outrage À Agent » – et dans ce cas, vous n&#8217;avez vraiment pas besoin de mes conseils, il vous suffit de lire la presse. Sinon, si vous êtes décidés à faire les choses sérieusement, ce sera baskets-survêt. Ton copain, lui, sera déguisé en flic en civil. J&#8217;insiste sur ce point: ça reste un déguisement. Il devra donc porter son casual usuel, mais comme le ferait un flic, c&#8217;est-à-dire en mettant en œuvre les attitudes et postures nécessaires à ce qu&#8217;on comprenne qu&#8217;on a affaire à un flic auquel sa hiérarchie a ordonné de ne pas avoir l&#8217;air d&#8217;un flic, mais qui voudrait quand même qu&#8217;on devine qu&#8217;il en est un, parce que vraiment, ce qu&#8217;il aime, dans le métier, c&#8217;est l&#8217;autorité, alors, hein, pour être payé ce qu&#8217;on est payé, et respecté ce qu&#8217;on est respecté, si en plus on ne peut pas faire les gros yeux, merde. Moyennant quoi, son blouson finira par projeter l&#8217;idée d&#8217;épaulettes ornées de pattes galonnées, et son bonnet, ou à défaut son crâne, celle d&#8217;une visière.</p>
<p>Une fois les déguisements au point, il vous faudra vous joindre à une manifestation quelconque. Pas besoin de s&#8217;assurer d’une unité de thème avec tes propres revendications, il ne faut pas non plus compliquer les choses au point de les rendre impossibles. Vous pourrez donc vous joindre à n&#8217;importe quelle manifestation ou réunion publique, aux parents qui attendent leur marmaille à la sortie de l&#8217;école du quartier, ou aux hordes attendant l’ouverture de je ne sais quelle semaine de la viande au supermarché du coin. C&#8217;est égal, il faut juste un peu de foule, un peu de presse, et un peu de mouvement. Mais attention, toutefois, si vous rejoignez une vraie manifestation, garnie de vrais flics, prenez garde de ne pas vous faire repérer: ton copain pourrait se faire alpaguer pour port illégal de l&#8217;uniforme – « Mais vous plaisantez, vous voyez bien que je ne porte pas d’uniforme » – « Me prends pas pour une bleusaille, on voit clairement la projection de la visière, et puis, ça, là, ça, c&#8217;est pas le spectre de l&#8217;idée de 3 galons, peut-être? Hein? Capitaine, rien que ça? On se refuse rien, pire-que-racaille » – « Je vais vous expliquer, c&#8217;était pour un simple jeu érotique avec ma copine, et… » – « Ben voyons, un jeu érotique qui nécessite de mettre la sûreté de l&#8217;État en péril, de mieux en mieux. Attends voir, puisque tu veux jouer au capitaine, je vais te le présenter, le capitaine, il va te faire passer le goût du Mardi Gras et de l&#8217;hétérosexualité réunis » – et voilà Jules embarqué pour de vrai, 24 heures de garde à vue, au terme desquelles tu le retrouveras devant le commissariat, harassé, chancelant, le regard fuyant, mais réprimant ponctuellement une esquisse de sourire, rêveur, distant, incrédule, et t&#8217;assurant que tout ça n&#8217;est pas si grave, que, non, non, pas d&#8217;avocat, ça n&#8217;est rien, il n&#8217;y aura pas de suites, il faut juste laisser passer un peu de temps, tout va s&#8217;arranger, et certes le temps passera, mais ton copain aussi, se montrant dans vos étreintes de moins en moins empressé, de plus en plus distant, puis ne te touchant finalement plus, jusqu&#8217;au jour où, n&#8217;y tenant plus, tu finiras par exiger de lui des explications, et il finira par craquer, par fondre en sanglots, par tomber à genoux à tes pieds, oui, oui, il t&#8217;aime encore, non, non, ça n&#8217;est pas toi, ça vient de lui, il a besoin d’aide : est-ce que tu voudrais bien passer un gode ceinture et te déguiser en flic en civil pendant qu&#8217;il va enfiler un survêtement et des baskets? Hein? Dis? Tu veux bien? Et puis on va sortir? Juste à la boulangerie, là, en bas, y a toujours plein de monde le dimanche matin, ça ira bien? Hein? Oui? Dis oui? Je t&#8217;en supplie, qu&#8217;il dit. Je t&#8217;en supplie.</p>
<p>Et, non.</p>
<p>Non, il se trouve que non. Tu veux pas.</p>
<p>Ah mais non, tu n&#8217;as rien contre l&#8217;idée d&#8217;une évolution bisexuelle de votre couple, qui pourrait même finir en trio, hein, c&#8217;est pas le problème, tu es d&#8217;ici et de maintenant, alors tu sais bien que la réponse, quelque soit la question, doit être positive, mais si on pouvait reparler de tout ça un peu plus tard ? Là, c&#8217;est pas l&#8217;heure, c&#8217;est juste l&#8217;heure d&#8217;une bonne vieille tringle, bordel, à l&#8217;ancienne, c&#8217;est quand même pas compliqué, ou bien?</p>
<p>Vous allez donc vraiment vous efforcer de ne pas vous faire repérer par les vrais flics, tu vas protester trente secondes devant Jules, et que « Le président du pouvoir d&#8217;achat, ah ben bravo », et que « Travailler plus pour gagner plus, ah ben tu penses », et que « La croissance avec les dents, alors ça », et que « Casse-toi pauv’ con », et que « Ray-Ban », et que « Rolex », et puis « Allez, vite, vite, ça presse, là, je commence à perdre les eaux, j&#8217;ai assez attenté à la Figure Présidentielle, là, non, monsieur l&#8217;agent, qu’est-ce qu’il vous faut de plus, le mariage à Disneyland sauf si tu reviens que j&#8217;annule tout, putain, si j&#8217;avais su j&#8217;aurais ouvert une épicerie à Tarnac, tiens, ça aurait été plus simple », alors il finira par se décider, « Outrage à agent, rébellion, refus d&#8217;obtempérer… », et prenant immédiatement goût à l’énonciation des gages de son autorité, il en rajoutera probablement un peu, et « …délit de fuite, défaut de présentation de carte grise… », mais la sanction finira par tomber, « Je vous passe les menottes, et je vous embarque au poste », et vous voilà partis – vous n&#8217;irez évidemment pas au poste, hein, ne soyez pas idiots, mais bien chez vous, quand même pas dans votre chambre, au pucier, comme monsieur-madame tout le monde, non, il faut terminer la partie, même si ça commence à urger salement, mettons que ça te fera une expérience du tantrisme, donc pas dans la chambre, mais, mettons, dans la salle de bain – non pas pour jouer à « Ma Bonne Fée, Ma Bonne Fée, Fais Pleuvoir De L&#8217;Or », hein, il n&#8217;est pas non plus question de confondre les jeux, surtout ceux-là – enfin, quoi, tu te vois, aller manifester déguisée en Bonne-Fée-Qui-Fait-Pleuvoir-De-L&#8217;Or, avec le grand chapeau en papier crépon et les rubans, la baguette magique avec l&#8217;étoile, la grande robe à crinoline, et les bâches en plastique pour pas tout saloper, franchement? Donc, non, la salle d’eau, simplement parce que c&#8217;est la pièce de votre appartement qui ressemble le plus à une de nos cellules-de-honte-de-la-République, alors oui, direction la salle d’eau, et « Déshabillez-vous pour la fouille au corps », qu&#8217;il va aboyer, le Jules, qui commencera à être sérieusement en route aussi, rapport à la trombe d&#8217;adrénaline qui lui inonde les canaux après avoir réalisé qu&#8217;il vient d&#8217;échapper de justesse à une garde à vue suivie d’une conversion tardive au bâtiment, mais toi tu pourras pas, te déshabiller, avec ces saloperies de menottes, alors il va le faire lui-même, minutieusement, en vérifiant chaque poche, chaque ourlet, chaque doublure, parce que décidément, il aime bien ça, exercer l’autorité, « Et l’tantrique, aussi, hein, et l’tantrique », qu&#8217;il s&#8217;empressera d&#8217;ajouter pour faire bonne figure, mais personne n&#8217;est dupe, allez, même si effectivement, il va la faire durer, sa fouille au corps, le salaud, et avec tes mains attachées dans le dos, tu pourras même pas envisager, bien qu&#8217;enfin débarrassée de ce survêtement informe et craquette au vent, de te faire toi-même tourner l&#8217;engrenage, alors tu devras attendre, attendre, et attendre encore, qu&#8217;il ait fini de vérifier tes papiers, et voilà, enfin, qu’il en termine avec une scrutation attentive de ta carte de fidélité Séphora, « M’a l’air en ordre », qu’il ponctue, l’imbécile, pour faire un peu plus flic, et enfin, il t&#8217;enjoint à te retourner, à te pencher en avant, et à tousser trois fois, et, « Non, y aura pas de lubrifiant », qu&#8217;il croit spirituel d&#8217;ajouter, parce que l&#8217;autorité mène invariablement au sadisme par le truchement de l&#8217;humour, mais qu&#8217;est-ce que t&#8217;en as à foutre, hein, de la carence en lubrifiant, s&#8217;il savait comme tu savonnes – et il le saurait s&#8217;il s&#8217;était décidé à te taquiner ne serait-ce que d’un doigt, bordel, s&#8217;il le savait, il s&#8217;inquiéterait plutôt de ses capacités chibrières, et puis, quoi, du lubrifiant, pour la toux, j’ai idée que t&#8217;es pas prête de lui confier la garde de vos futurs gosses quand ils seront malades, tiens, et même que tu commences sérieusement à te demander si tu veux vraiment en engendrer avec ce con, des gosses, parce qu&#8217;il commence sérieusement à te fatiguer avec son plan quinquennal avant pénétration, mais quand même, enfin, voilà qu&#8217;il reprend ses esprits, ou plutôt qu&#8217;il les perd, et se décide à laisser bramer la chair, te libère une main pour que tu puisses lui guider le système, tout en prenant soin d’attacher l’autre à une canalisation qui passe là, et enfin, grands dieux, enfin, voilà que ça va, et enfin, voilà que ça vient, alors toi, bonne fille, bonne joueuse, et déjà pas mal en voie de rémission, « Ah ! Monsieur le commandant », et lui, « Capitaine, contrevenante, capitaine, et pas ‘Monsieur’, juste ‘Capitaine’ », et ça continue d’aller, et ça continue de venir, et toi « Oui », et toi « Ah ! », et toi « Allez-y ! », et toi « Capitaine ! » encore, et lui, non mais quel con, « Contrevenante ! Contrevenante ! », à chaque coup de reins, « Contrevenante ! », qu’il gueule, et ça va encore, et ça vient encore, et ad libitum, et ad libitum, et ad libitum, et voilà que libitum, alors voilà qu’il s’extrait, qu’il trésaille et qu’il mousse, cependant que « L’Amour advient, Contrevenante, l’Amour advient ! », qu’il beugle, ce con, « L’Amour advient ! », non mais quel con, et voilà qu’il s’effondre, et voilà qu’il s’endort, et, oui, bien entendu, que tu es encore attachée à la canalisation qui passe là.</p>
<p>Parce qu’il est joueur, ce con.</p>
<p>Il est joueur.</p>
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		<title>Mon copain veut que je lui dise des cochonneries pendant l&#8217;amour, ça craint ou pas?</title>
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		<pubDate>Sat, 31 Jan 2009 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Candice Elias-Dubosc</dc:creator>
				<category><![CDATA[Février 2009]]></category>
		<category><![CDATA[La question sexo]]></category>
		<category><![CDATA[mots crus]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce mois ci, un e-mail de Lilou, 19 ans: "Mon copain veut que je lui dise des cochonneries pendant l'amour, ça craint ou pas?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left"><strong>Un e-mail de Lilou, 19 ans: mon copain veut que je lui dise des cochonneries pendant l&#8217;amour, ça craint ou pas?</strong></p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-327" title="loriginedumonde" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2009/02/loriginedumonde.jpg" alt="loriginedumonde" width="350" height="289" /></p>
<p><span>Il est tout à fait normal de parler pendant l&#8217;amour. C&#8217;est même recommandé. C’est ce qui te permettra d’une part d‘indiquer clairement tes attentes à ton copain, sans avoir à réprimer aucun de tes désirs, ou à te soumettre tacitement à tous les siens, et d’autre part d’instaurer d’inventifs jeux de rôles susceptibles de pimenter vos ébats.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Cela dit, attention: parler, d&#8217;accord, mais certainement pas pour débiter les sempiternelles invocations de la litanie tringlière. Les « Baise ta pute », « Je sens bien ta grosse queue », et je ne sais quel « Défonce-moi le cul ». Certainement pas. Je comprends bien, et toi aussi, que, même s&#8217;il n&#8217;ose pas le demander explicitement, c&#8217;est exactement dans cet assommant lexique que ton copain espère que tu vas puiser, mais il n&#8217;est pas question de le laisser se vautrer le trivial, et encore moins d’y entraîner votre couple. Ton copain a déjà assez de mal à admettre que le tout devrait être supérieur à la somme de ses parties pour ne pas l&#8217;encourager à t&#8217;y réduire davantage. On a assez du salariat pour son avilissement quotidien, merci bien. Tirer, d&#8217;accord, mais vers le haut. Et ne va pas te laisser influencer par les sermons retors d&#8217;une psychanalyse toute dédiée à la cause patriarcale, au terme desquels les « mots violents » ne seraient que des « transgressions » destinées à te « familiariser avec l&#8217;absence de respect », car « s&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;irrespect, il n&#8217;y a pas de plaisir », puisque cet irrespect n&#8217;est destiné qu&#8217;à « la mère ou la sœur » – la mère et la sœur de ton « partenaire », s&#8217;entend, puisque, quant à savoir si toi, tu voudrais continuer à les respecter, ta mère et ta sœur, c&#8217;est accessoire: pour l&#8217;heure, il est uniquement question d&#8217;aider ton « partenaire » à écarter, à grands coups d’irrespect, toute tentation incestueuse, si bien que, certes, tu essuies du « salope » à longueur de tringle, mais c&#8217;est uniquement pour préserver l&#8217;espèce de la dégénérescence endogame, alors tu vas pas non plus nous faire suer avec tes aspirations égocentriques, salope, d&#8217;autant que nous sommes dans « la magie des mots », qui sont autant de « remparts contre les actes », alors, hein, bon, mollo sur la revendication, y a pas mort d&#8217;homme. De femme, voire. Mais d&#8217;homme, y a pas.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Non, Lilou, ma fille, ma sœur, si tu assumes sans sourciller le rôle de la chienne, tu peux compter que ton copain se jettera sur celui de Pavlov, et finira par agiter une clochette afin te mettre la salivation en branle à chaque fois qu&#8217;il voudra te conter fleurette à coups de chibre. Bientôt, vous ne parlerez plus que pour permettre à ton copain de t’irrespecter au bénéfice de l&#8217;espèce, et le Verbe, celui-là même qui, excusez du peu, était au commencement, était tourné vers Dieu, était Dieu, et s’est fait chair et a planté sa tente parmi nous, ce Verbe-là s&#8217;étiolera peu à peu, pour finir, une fois réduit à une lugubre litanie de « salope », « chienne », « chatte », et « bite », par décamper définitivement. Et une fois qu’il aura fait son balluchon, le Verbe, la chair pourra bien se dandiner et faire sa maligne, et que je te l’avais bien dit, qu’on s’arrangera bien sans lui, allez, reviens-là que je t’enfile, salope, mais les premiers signes de flétrissement auront tôt fait d’apparaître, puis ce sera la dessiccation, puis le retour à la poussière, et puis plus rien. Rendus à ce stade, vous constaterez rapidement que vous n’avez plus rien à vous dire, que tu n’as plus rien à te mettre, que vous ne sortez jamais, que tu n’es qu’un meuble, et qu’il faut que tu fasses un break, deux semaines, loin, pour réfléchir. Et tu ne reviendras pas.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Tu ne peux donc pas accéder directement à la demande de ton copain. Bien au contraire, il te faut l&#8217;aider à prendre conscience de ce qu’elle a d&#8217;avilissant. Et pour ce faire, magie des mots effectivement, tu peux, comme il t’a fallu te résoudre à le faire pour l’orgasme, simuler l’énonciation de ces « cochonneries » qu’il te réclame. Pour comprendre les mécanismes en œuvre, il faut d’abord réaliser qu’il en va du papotage de tringle comme du soliloque avec son chien: l&#8217;intonation l&#8217;emporte sur le propos. Tu peux expliquer à Médor que son haleine est pestilentielle, si tu y enjoues le ton, il frétillera d&#8217;aise. De la même façon, entre deux coups de reins, avec cœur, avec conviction, même un « Passe-moi le sel » à l&#8217;oreille de ton copain, et il frétillera itou. Et c&#8217;est par ce biais que tu pourras l’extirper de l’ornière dans laquelle il cherche à vous entraîner. Ainsi, il veut du « Baise ta pute » ? Claque-lui un impérieux « Baise ta Groult », un comminatoire « Baise ta Fouque », ou un « Baise ta » quelque autre figure du combat féministe qui aurait ta préférence, et dont le nom s’adapterait à l’exercice (« Baise ta Théroigne de Méricourt » est hors de propos). Alternativement, si tu penses que cet artifice serait irrespectueux envers tes glorieuses ainées, tu peux aussi travestir de célèbres slogans féministes : « Je mouille comme la femme du soldat inconnu », « Défonce mon cul de prolétaire du prolétaire », « Je pars à dame, pourquoi pas vous », ou que sais-je. Dans l’urgence du moment, ton copain ne réalisera pas la substitution, croira avoir enfin posé un pied en Dorcelie promise, et redoublera de fougue, au péril de ses digues de balloches. Mais la graine séditieuse sera plantée, et s’épanouira de façon subliminale. À force de répétitions, ton copain finira par porter un regard lucide sur la condition féminine, par réaliser qu’il n’était jusqu’alors qu’un organe inconscient de la perpétuation des structures de pouvoir patriarcales en place, par résilier sa carte de membre du club Dorcel au bénéfice d’une adhésion aux Furieuses Fallopes dont il réalisera un peu tard que, foutu pénis oblige, il ne pourra pas tellement profiter, et surtout, par cesser de ponctuer chaque coup de bite d’un « salope » compulsif.</span></p>
<p><span> </span></p>
<p><span>Dès lors, vous pourrez enfin renouer avec une parole lucide, éclairée, dispensée au bénéfice de votre plaisir commun, en une geste perpétuelle, chaque fois réinventée, chantée à la gloire de vos muqueuses. Ainsi, à l’heure d’un prochain orgasme, alors que ton copain, après avoir ôté sa capote avec la nonchalance affectée d&#8217;un dandy ramenant un pan de son écharpe derrière son épaule, et l&#8217;urgence du gars qui sent bien que, sauf à vouloir foirer sa sortie, il ferait bien se mettre le dandysme en veilleuse pour le céder à l&#8217;empire de ses glaouis, alors qu&#8217;à cet instant qui le voit s&#8217;apprêter à exprimer son essence en longs traits dextrement dirigés vers ta craquette, plutôt que de l&#8217;encourager d&#8217;un embarrassant « Gicle-moi tout sur la chatte », tu pourras enfin prendre le risque de l&#8217;émulation intellectuelle et du jeu de l&#8217;esprit, et le défier d&#8217;un audacieux « Repeins-moi l&#8217;Origine du monde ». Avec un peu de chance, il relèvera le gant, ravalera dans l&#8217;instant son orgueil et sa montée de sève, enfilera sa blouse de Gustave Courbet, et t&#8217;invitera plutôt à te retourner afin de te « coller sa colonne Vendôme aux Invalides ». D’accord, ça continue de signifier qu’il veut t’enculer, mais au moins votre dernière visite à Orsay n’aura-t-elle pas été tout à fait vaine.</span></p>
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		<title>Mon copain veut que je le sodomise avec un sex-toy, ça craint ou pas?</title>
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		<pubDate>Wed, 31 Dec 2008 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Candice Elias-Dubosc</dc:creator>
				<category><![CDATA[Janvier 2009]]></category>
		<category><![CDATA[La question sexo]]></category>
		<category><![CDATA[sextoy]]></category>
		<category><![CDATA[sodomie]]></category>

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		<description><![CDATA[&#171;&#160;Mon copain veut que je le sodomise avec un sex-toy, ça craint ou pas?&#160;&#187; (Capucine, 19 ans)
La réponse de Candice : 
Non, ça craint pas. Au contraire. C&#8217;est une indication de son ouverture d&#8217;esprit en plus que de dargeot, et cette expérience lui permettra peut-être de mieux appréhender ton vécu de la pénétration.
Mais attention aux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center"><strong>&laquo;&nbsp;Mon copain veut que je le sodomise avec un sex-toy, ça craint ou pas?&nbsp;&raquo; (Capucine, 19 ans)</strong></p>
<p><strong>La réponse de Candice : </strong></p>
<p>Non, ça craint pas. Au contraire. C&#8217;est une indication de son ouverture d&#8217;esprit en plus que de dargeot, et cette expérience lui permettra peut-être de mieux appréhender ton vécu de la pénétration.</p>
<p>Mais attention aux modalités pratiques: ton copain n&#8217;est probablement pas conscient des efforts auxquels il te faut consentir pour que son membre reste rose et frais lorsqu&#8217;il te sodomise, et tu n&#8217;auras peut-être pas le temps d&#8217;aménager suffisamment son régime alimentaire pour que ses selles s&#8217;en trouvent moulées au point que leur excrétion ne laissera plus aucune trace. Tu devras donc certainement l&#8217;initier à l&#8217;usage de la poire anale. Là encore, c&#8217;est l&#8217;occasion de jeux intimes &amp; didactiques qui renforceront votre intimité. Tu peux lui prêter ta poire, mais attention à bien la nettoyer, avant et après, à l&#8217;eau vinaigrée &#8211; et pense à bien la rincer: même si ton copain est très viril, ses muqueuses ne sont pas moins délicates que les tiennes. De la même façon, si vous utilisez l&#8217;un de tes sex-toys et si vous n&#8217;avez pas fait le test, prends soin d&#8217;utiliser une capote, ou de le laver à l&#8217;eau très chaude (au moins 60 °C &#8211; en deçà, le virus résiste). Je te recommande par ailleurs de commencer avec un modèle oblong, modestement proportionné, et libéralement lubrifié: la perspective de voir émerger du fion de ton copain une adorable petite tête de canard &amp; sa colerette de plumes est certainement très réjouissante, mais tu risques de blesser bien plus que son amour propre. Tu ne voudrais pas que ton copain passe le reste de ses jours à trainer une poche intestinale suite à une crémation du rectum simplement parce tu as voulu poster une vidéo un peu fun sur YouTube.</p>
<p>Enfin, note que mes conseils ne sont valides que si ton copain ne demande rien d&#8217;autre qu&#8217;une saine, honnête, et franche pénétration. S&#8217;il veut le faire en portant de ta lingerie, un soupçon de blush, un peu de gloss, ou un trait d&#8217;eye-liner, alors c&#8217;est un dangereux inverti. Dans ce cas, le meilleur service que tu puisses lui rendre est de le signaler à la permanence de ta section locale du parti. Un stage en camp de rééducation lui permettra sans aucun doute de rentrer dans le droit chemin, tout en répondant largement aux attentes de sa nature, qui semble avoir horreur du vide.</p>
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