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	<title>L&#039;Autre Sexe &#187; acomoclitisme</title>
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	<description>Le magazine des sexualités au pluriel (manifestement)</description>
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		<title>L’acomoclitisme</title>
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		<pubDate>Sat, 31 Jan 2009 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
				<category><![CDATA[Février 2009]]></category>
		<category><![CDATA[La consultation du docteur Von Laks]]></category>
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		<category><![CDATA[fétichisme]]></category>
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Avec l’acomoclitisme, cette consultation devient glissante si j’ose dire.
De fait, elle glisse à la fois vers les limites et l’abus du terme même de « paraphilie ». En effet, avec l’acomoclitisme, il est particulièrement difficile de distinguer la pratique de sa perversion, et inversement. La définition stricte de l’acomoclitisme, c’est le fétichisme des pubis glabres. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><img src="http://lautresexe.com/images/acomoclitisme.jpg" border="0" alt="" width="731" height="531" /></p>
<p>Avec l’acomoclitisme, cette consultation devient glissante si j’ose dire.</p>
<p>De fait, elle glisse à la fois vers les limites et l’abus du terme même de « paraphilie ». En effet, avec l’acomoclitisme, il est particulièrement difficile de distinguer la pratique de sa perversion, et inversement. La définition stricte de l’acomoclitisme, c’est le fétichisme des pubis glabres. Le hic, que la pratique – l’épilation, le rasage ou à la rigueur un élevage de chèvres – n’est pas exceptionnelle. Aujourd’hui, elle se généralise à nouveau, comme à d’autres périodes de l’histoire (Egypte antique, monde gréco-romain, Moyen-Âge occidental pour partie, etc&#8230;). Du coup, distinguer le fétichiste de l’amateur ou du type qui s’en fout est à peu près impossible. Le seul acomoclitisme qu’on pourrait interroger, c’est celui d’une société, d’une pornographie ou de certains médias à la rigueur – à considérer qu’il s’agit effectivement d’une mode obsessionnelle, d’un fétichisme collectif et non d’une pratique culturelle comme autrefois.</p>
<p>Bref, pour cette consultation, votre gentil docteur a du mal à reconnaître son thermomètre. Il ne sait plus de la température de quel orifice il s’agit. A tout prendre, je plongerai donc dans les (bas-) fondements de l’individu comme du collectif – tête baissée. Cela ne va pas ressembler à grand-chose, mais cela donne à penser.</p>
<p>D’un point de vue historique, donc, un pubis glabre n’est pas du tout exceptionnel. Nombre de cultures le considèrent d’un bon œil d’un point de vue symbolique (en signe de pureté) ou médical. On raconte ainsi que Ramsès II imposait une épilation intégrale à son harem. Dans le monde musulman, dans la culture juive, à certaines périodes du Moyen-Âge chrétien, dans le monde gréco-romain, l’épilation est encouragée. Il faut d’ailleurs remonter à la préhistoire pour trouver les premières pinces à épiler. Autrement dit, la chasse au poil est contemporaine de la chasse au mammouth (ce qui d’un point de vue pileux n’est pas absurde, convenons-en). Mais dans ces cas-là, on ne parlera pas d’acomoclitisme. Car ce n’est pas le fait d’individus qui veulent voir les grandes lèvres de leurs partenaires à tout prix, c’est un mouvement collectif pris dans les méandres de la conscience collective. L’individuel, le collectif, la norme, l’écart : ou comment on passe du fétichisme à la culture.</p>
<p>Aujourd’hui, depuis le milieu des années 90, nous assistons à un bouleversement des représentations qui perturbe justement cette distinction claire entre la culture et le fétichisme. Ce n’est pas la résurgence ponctuelle d’une norme culturelle, c’est une normalisation par l’image d’une sexualité féminine qui impose (indirectement) les pubis glabres. Comme diraient certains de mes patients au comptoir de leur bistrot préféré, c’est encore un coup des fabricants de rasoirs. En fait non, mais laissons-les dire.</p>
<p>C’est la pornographie, les magazines féminines, Internet et les leaders d’opinions sexuels (si, si, cela existe) qui se retrouvent au cœur du poil et du pubis. Par une conjonction probablement hasardeuse de nécessités et d’enjeux à la fois industriels et culturels, au gré des circonstances (politiques, féministes), ces forces à l’œuvre dans l’inconscient collectif ont fait une promotion terrible et miraculeuse du non poil généralisé – qui s’apparenterait presque, effectivement, à un acomoclitisme de masse. De plus en plus nombreux et surtout de plus en plus jeunes, les filles – et maintenant les garçons – se rasent et s’épilent. Les chiffres les plus récents dont on dispose (surtout venant d’Amérique du Nord) indiquent que 3 filles sur 4 et 1 garçons sur 2 entre 20 et 30 ans se rasent ou s’épilent les parties génitales. Dans l’industrie pornographique, c’est devenu une norme. Les représentations du poil sont devenues exceptionnelles. En vidéo, on parle de genre : poilu, hirsute, etc. Et généralement, on en rajoute, on densifie parce qu’on débroussaille, on renchérit parce qu’on rafraîchit. Pour aller vite, la pornographie propose 95% de femmes glabres et 5% de femmes anormalement poilues. La pilosité naturelle est désormais absente du débat et des ébats.</p>
<p>Rien de grave, cependant, à cet endroit de notre exposé. On rase gratis – et après ? C’est après que cela dérape, justement.</p>
<p>Parce que dans le même temps, on impose à coup de magazines et de médias une image de la performance sexuelle. C’est une évidence bien connue sur laquelle je ne reviens pas. Mais dans cette performance, un pubis glabre vaut mieux qu’un pubis poilu (voir un prochain article sur les sports de glisse).</p>
<p>Dans le même temps aussi, on sexualise (dans le discours, dans le vêtement, dans les pratiques) de plus en plus tôt les très jeunes filles. Aujourd’hui, d’après mes amis qui font fortune dans l’épilation au laser, ce sont des fillettes de 12 ou 13 ans qui viennent avec leur mère pour faire disparaître un léger duvet – mais insupportable, semble-t-il.</p>
<p>Du coup, si l’on fait le compte, si l’on additionne tout cela, on en arrive à cette conclusion : les filles et les femmes se confondent. Ou dit autrement, les très jeunes filles se féminisent jusqu’au grotesque et les femmes s’infantilisent jusqu’à l’absurde. Au regard des combats féministes, c’est certes un peu gênant, disons-le. Et au centre de tout cela, variante nécessaire mais non suffisante, il y a ce poil que l’on enlève. Ce n’est pas cet acomoclitisme de masse qui est la cause de tout, non, mais c’en est un moyen. Il est indispensable, de fait.</p>
<p>Le mouvement global est à la normalisation sexuelle et la comptabilité. Il faut baiser beaucoup et baiser bien. Ceux qui baisent mal et peu, c’est foutu, désolé. Vous n’avez pas le droit. Vous devez être épanouis sexuellement, les cocos, c’est une question de morale et d’impératif catégorique. Non mais. Et pour baiser bien et beaucoup, mesdames, il y a des choses qui aident… Quoi ? Vous ne trouvez pas ? Le non poil, mais oui !</p>
<p>D’une sexualité probablement indigente, l’humanité passe à une sexualité imbécile. Dans un même mouvement, on ouvre et on ferme. Des étreintes, toujours plus d’étreintes – mais il y a des règles pour tout cela. Les caisses sont vides. Il faut être réaliste. On ne pourra pas faire n’importe quoi, quand même. Depuis quand les poilues ont-elles une chance ? Elles ne sont pas désirables, vous le savez bien. Les femmes normales n’ont pas de poils. Les hommes normaux n’aiment pas cela. Bande de pervers, va.</p>
<p>Pour résumer (et pour conclure sur les pervers, justement), aujourd’hui, je n’ai pas traité d’un certain type de perversions mais de représentations perverties. Cela change. Je suis sorti de mon rôle et de ma juridiction. J’ai passé la frontière. J’ai pensé le poil.</p>
<p>Sur ce, cela fera 80 euros. Merci bien. Parce que penser le poil, ce n’est pas donné. Vous le savez bien.</p>
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