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	<title>L&#039;Autre Sexe &#187; paraphilie</title>
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	<description>Le magazine des sexualités au pluriel (manifestement)</description>
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		<title>L’amour à mort : la nécrophilie</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Apr 2010 08:15:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
				<category><![CDATA[Avril 2010]]></category>
		<category><![CDATA[La consultation du docteur Von Laks]]></category>
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		<description><![CDATA[Pour une fois, tentons de garder notre sérieux pour aborder une paraphilie à la fois curieuse et contradictoire, aussi répandue qu’exceptionnelle : la nécrophilie. Au sens propre, elle désigne une excitation sexuelle pour un corps mort, elle est condamnée dans la plupart des pays – et très rare, de fait. Quelles que soient les méthodes statistiques, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/04/necrophilie.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1029" title="necrophilie" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/04/necrophilie.jpg" alt="" width="276" height="400" /></a>Pour une fois, tentons de garder notre sérieux pour aborder une paraphilie à la fois curieuse et contradictoire, aussi répandue qu’exceptionnelle : la nécrophilie. Au sens propre, elle désigne une excitation sexuelle pour un corps mort, elle est condamnée dans la plupart des pays – et très rare, de fait. Quelles que soient les méthodes statistiques, on ne dépasse jamais plus de quelques dizaines de cas recensés à l’échelle européenne, la plupart concernant des hommes entre 20 et 50 ans qui exercent un métier en rapport avec la mort.</p>
<p>Au sens métaphorique, cependant, la nécrophilie est plus courante. On parle parfois de pseudo nécrophilie, ou de nécrophilie secondaire. Il s’agit de tout acte sexuel impliquant une personne « comme morte », c’est à dire inconsciente, endormie, ou jouant la comédie. On pensera par exemple à l’une des premières scènes du <em>Kill Bill</em> (2003-2004) de Quentin Tarantino quand un infirmier viole Uma Thurman plongée dans le coma. Rien à voir selon moi avec un jeu de rôle anodin où Gisèle fait sa poupée chiffon en roulant des yeux – mais bon.</p>
<p>En ce qui concerne la nécrophilie au sens propre, il faut néanmoins considérer qu’elle semble avoir été à l’occasion pratiquée ici et là dans les sociétés antiques. La systématisation de la condamnation judiciaire tenant principalement à l’effroi religieux, on peut imaginer l’inverse, le contre-pied, il est vrai. Rien ne s’y oppose. Mais en général, le respect des morts vaut immunité sexuelle, et la règle veut que l’incinération, l’inhumation ou l’embaumement soit plus populaires que la sodomie sauvage de Mémé Catherine par l’abbé Mons, post-mortem en ce qui la concerne – s’entend.</p>
<p>Le corps mort est sacré, il doit être préservé, y compris du pourrissement, a fortiori du commerce charnel. C’est pourquoi l’un des rares Etats américains qui n’avait pas de législation claire sur le sujet, la Californie, statua sur ce sujet dès l’élection d’Arnold Schwarzenegger, sous la pression des lobbies chrétiens.</p>
<p>D’un point de vue métaphorique, artistique ou fantasmatique, la nécrophilie ou pseudo nécrophilie ne souffre pas vraiment de condamnation morale. Elle est même cultivée et encouragée par les romantismes européens. Bien sûr, il ne s’agit en l’occurrence que de mises en scènes poétiques chez Shakespeare ou Baudelaire – ou encore de fantaisies comme le <em>Frankenstein</em> de Mary Shelley. Ce qui compte, c’est la perfection de la mort à l’instant M, sa beauté immobile et figée, ainsi que la sublimation de l’amant qui préfère la morte (qui préfère la mort). En d’autres termes, c’est une esthétique certes morbide, mais surtout il s’agit d’un absolutisme amoureux et suicidaire.</p>
<p>Le plus curieux, ceci étant, c’est que ce fantasme se retrouve chez les <em>vrais </em>nécrophiles, pour un quart desquels la réunion avec un être aimé et décédé est la motivation principale. En littérature, précisons cependant que les textes les plus récentes comme le merveilleux <em>Nécrophile </em>de Gabrielle Wittkop (1972, réédité en 2001 aux éditions Verticales), tendent plutôt à l’exploration esthétique qu’à l’adoration romantique du corps mort.</p>
<p>Et quand on dit exploration, Pépé Alphonse l’a senti passer, même cané.</p>
<p>Sur le même fil métaphorique, l’une des grandes motivations fantasmatiques de la nécrophilie participe de la victoire érotique d’un être rejeté sur un objet qui le rejette. Pour 60% des nécrophiles avérés, et pour un nombre mal quantifiés de nécrophiles secondaires, il s’agit d’une vengeance, d’une prise de pouvoir, d’une violence. D’un viol. Mort, le corps m’est soumis, si l’on peut dire, et la souillure religieuse, la profanation, est une manière de coloniser et de contaminer l’autre, ou alors de le condamner et de le bannir – ce qui revient en même.</p>
<p>En effet, qu’il soit mien ou qu’il ne puisse être à personne, Brandon est vaincu – petit bêcheur prétentieux, va ! Contemple ce bon coup de bite dans ton cul mort, car cette bite-là (la mienne, enfin, un pénis en général, quoi) est définitive. On rigole moins, hein ?</p>
<p>Dernier détail pourtant, avant de clore ce moment de solennité scientifique (et de recueillement mystique) : le nécrophile est quasi exclusivement un homme, et hétérosexuel : Brandon peut dormir tranquille.</p>
<p>Ce qui m’invite à penser que la <em>rigor mortis </em>doit y être pour quelque chose. Car avant d’être un pantin désarticulé, un corps mort est surtout un corps en train de raidir. Dans le cas des pendus, l’avant-garde de la raideur était même cette érection subite provoqué par l’afflux massif de sang.</p>
<p>Avec le sperme qui jaillissait de certains pendus, les sorcières ont longtemps fertilisé leurs jardinières de mandragore. On ne me dira pas que c’était en vain, non ?</p>
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		<title>La nanophilie ou la bêtise</title>
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		<pubDate>Tue, 09 Mar 2010 12:11:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
				<category><![CDATA[La consultation du docteur Von Laks]]></category>
		<category><![CDATA[Mars 2010]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Numéros]]></category>
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		<description><![CDATA[Depuis quelques semaines, les messages se font plus pressants. On trouve que je ne prends pas parti. Comme s’il le fallait. Certains d’entre mes lecteurs me demandent si je crois vraiment à cette différence entre le normal et le pathologique. Si les paraphilies existent – ou si ce n’est qu’un argument poétique. Je ferais dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/velasquez_portrait_d_un_nain_assis_a_terre_1645.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-913" title="velasquez_portrait_d_un_nain_assis_a_terre_1645" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/velasquez_portrait_d_un_nain_assis_a_terre_1645.jpg" alt="" width="202" height="267" /></a>Depuis quelques semaines, les messages se font plus pressants. On trouve que je ne prends pas parti. Comme s’il le fallait. Certains d’entre mes lecteurs me demandent si je crois vraiment à cette différence entre le normal et le pathologique. Si les paraphilies existent – ou si ce n’est qu’un argument poétique. Je ferais dans la paraphilie comme d’autre font des blasons érotiques ou des sermons pour la messe. Bref, toutes mes consultations ne sont-elles réductibles qu’à une figure de style ? Est-ce du vent ?</p>
<p>Le principe d’un bon thérapeute est de ne pas s’émouvoir. De garder une saine distance qui n’a rien à voir avec le silence des analystes (plus précisément : de certains analystes) ou les hauteurs avec vue des artilleurs (à dire vrai : cela dépend du terrain). Pourtant, parfois, je l’avoue, je sors de mes gonds. Je bous. Je ne l’exprime pas – ou très peu. Même quand, cette semaine, un patient me dit son angoisse d’avoir eu des relations sexuelles avec une personne de petite taille. Je corrige : « avec une naine ? » Il opine : « est-ce pervers d’être excité par une naine ? » Je garde pour moi : « et ta sœur, connard ! »</p>
<p>Je lui en aurais bien allongé une, pour tout vous dire. Mais j’ai gardé mon calme. Pourquoi faire tout un plat d’un triple imbécile qu’il faut avant tout mettre sous lexomil – et qui de toute façon est probablement irrécupérable.</p>
<p>Le soir venu, avec ma tisane et mon double scotch sans eau ni glace, j’ai repensé aux messages que je reçois ici. Au normal et au pathologique, cette vaste blague. A cette notion de paraphilie qui n’existe que pour le confort intellectuel des spécialistes de la chose. Si l’on regarde de plus près, il existe un mot pour définir une attirance particulière pour les nains et les naines : la nanophilie. Pour être franc, il existe aussi un mot pour dire l’excitation sexuelle pour les personnes handicapées, amputées, obèses, enceintes, poilues ou pas. Bref, cela n’étonnera pas les poètes : il y a un mot pour tout – et parfois les mots, ce sont des lâches à qui l’on ferait dire n’importe quoi.</p>
<p>Car de quoi parle-t-on ? En vérité, le principal problème est celui du registre. Parce que je me cherche souvent des excuses, je voudrais vous rappeler que c’est l’objet de cette chronique : le registre. Je m’efforce de considérer un mot qui désigne une paraphilie sous un certain registre : littéraire, juridique, psychologique, historique, médical, etc. Ce qui est une manière de l’interroger et de le démentir. Ou comme le dirait n’importe quel thérapeute de salon : il y a toujours un atome de vérité dans le plus grand des mensonges. Concernant la paraphilie en général, sa définition est aussi une question de registre.</p>
<p>Cliniquement parlant, tout d’abord, puisque l’on n’est pas censé parler de paraphilie à moins d’une exclusivité vérifiée dans la durée de l’excitation sexuelle à un certain fétichisme. On parle de six mois ou d’un an. Pour le dire autrement, on n’évoque une paraphilie que dans le cas très précis où vous ne parvenez à l’excitation que selon un certain schéma exclusif. On conviendra que ce n’est ni précis ni très pertinent, mais que cela relève de l’obsession. Pour autant, je n’arrive pas à mettre sur le même plan le zoophile, le masochiste radical, le nanophile ou l’exobiophile. En ce qui me concerne, cela heurte un autre de mes registres favoris, le registre politique – qui me semble bien plus juste, en l’occurrence.</p>
<p>D’un point de vue politique, en effet, certaines paraphilies sont problématiques. Ainsi le cas exemplaire de la zoophilie, mais pas seulement. Si vous ne parvenez à être excité qu’en présence d’un écoulement de sang de votre partenaire, cela peut être un peu risqué – surtout si l’on n’a gardé des couteaux à l’intérieur de la maison. En revanche, en quoi cela pourrait-il être un problème d’aimer les personnes de petite taille ? Ou obèses ? Ou handicapées ? — Oui, mais si c’est exclusif ? Je ricane. Je me gausse. Car en général, le cerveau se charge de ses propres illusions. Et l’obsession consumériste est souvent le fond des paraphilies qui se succèdent dans mon cabinet. Pour ne pas s’embarrasser d’hypocrisie, lâchons le mot : la bêtise. Souvent, c’est de la bêtise, et rien d’autre. Et certainement rien de psychiatrique. Juste une immense bêtise.</p>
<p>On peut en effet tout aussi bien être révolté par la pratique contemporaine des annonces sur les sites de rencontre. Des annonces qui regorgent de portraits racistes, intolérants et profondément stupides de l’âme sœur. Je veux qu’il soit noir. Je déteste les arabes. Je ne recherche que des gros seins. Je n’aime que les grandes bites et les couilles épilées. Voire : je le voudrais bien installé dans la vie, avec un vrai métier et de l’ambition (traduction : je veux un mec riche). Plans culs s’abstenir. Sarkozistes, allez voir ailleurs. Si l’amour, c’est l’infini mis à la portée des caniches, je vous prie de croire que le caniche est un grand démocrate. Lui. Et que la paraphilie, les préférences sexuelles (au-delà de considérations raisonnables concernant le genre, la maturité sexuelle ou la santé de ses partenaires), ce n’est souvent rien d’autre qu’un grand moment de fascisme régressif.</p>
<p><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/seneque_par_rubens.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-914" title="seneque_par_rubens" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/seneque_par_rubens.jpg" alt="" width="200" height="288" /></a>Ceci dit, revenons à la politique, car le sexe est avant tout social. Mieux encore, la définition du normal et du pathologique est avant tout sociale. Tout dépend du concept politique de référence. Dans les sociétés antiques (à Rome, par exemple), c’est la virilité qui prime. Pas l’hétérosexualité, mais la virilité, c’est à dire le rôle sexuel actif. La part dominante. Ces sociétés s’entendent comme une division entre dominants et dominés. Et le crime, c’est d’être dominé quand on appartient à une classe dominante. En revanche, femmes, esclaves, jeunes gens doivent être dominés, sauf rares exception. Sénèque – qui n’est pas un rigolo mais qui sait taquiner le brochet, à l’occasion – ne dit-il pas que « la passivité est un crime chez un homme de naissance libre ; chez un esclave, c&#8217;est son devoir le plus absolu » ?</p>
<p>Au dix-neuvième siècle, dans un grand nombre de pays occidentaux, la référence, c’est la reproduction. Autrement dit, une sexualité qui n’est pas reproductive est une transgression. Selon le moment et l’endroit, c’est un plaisir plus ou moins toléré. Pour les anarchistes (comme Fourrier et son <em>Nouveau Monde Amoureux</em>, 1817), rien n’est pathologique à partir du moment où les deux partenaires sont satisfaits – sans le déplaisir, la souffrance ou la spoliation d’un autre. A titre personnel, j’avoue que je ne trouve pas cela idiot, pour le coup.</p>
<p>C’est ce que je m’efforce de dire à mes patients : « mais votre partenaire, qu’est-ce qu’il en pense ? » Et selon la réponse, je sais rapidement à quoi m’en tenir. Car tous ceux qui cherchent la tangente, la sortie de secours ou l’escalier de service prouvent en fait que leur partenaire n’est pas un sujet qui mérite que l’on s’intéresse à lui. Il n’est qu’un objet sexuel parmi d’autres. Seul son propre plaisir compte, ce qui me choque infiniment plus – et m’inspire généralement plus de pitié que d’horreur ou de dégoût. On retrouve la politique. Ici, le maître et l’esclave, l’exploité et l’exploiteur. A partir du moment où ceux qui travaillent pour vous (et pour votre plaisir, votre jouissance, votre gratification égoïste) n’ont aucun droit, vous ne valez pas grand-chose. Malade, obsessionnel, peut-être. Mais surtout minable.</p>
<p>Sur ce : bien à vous. Et pour aller plus loin, lisez donc <em>Le normal et le pathologique</em> de Georges Canguilhem. Je vais le relire. Car je sens que mon agenda de la semaine va être moins rempli.</p>
<p><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/Canguilhem1.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-916" title="Canguilhem" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/03/Canguilhem1.jpg" alt="" width="200" height="304" /></a></p>
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<p class="MsoNormal">La nanophilie ou la bêtise</p>
<p class="MsoNormal">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Depuis quelques semaines, les messages se font plus pressants. On trouve que je ne prends pas parti. Comme s’il le fallait. Certains d’entre mes lecteurs me demandent si je crois vraiment à cette différence entre le normal et le pathologique. Si les paraphilies existent – ou si ce n’est qu’un argument poétique. Je ferais dans la paraphilie comme d’autre font des blasons érotiques ou des sermons pour la messe. Bref, toutes mes consultations ne sont-elles réductibles qu’à une figure de style ? Est-ce du vent ?</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Le principe d’un bon thérapeute est de ne pas s’émouvoir. De garder une saine distance qui n’a rien à voir avec le silence des analystes (plus précisément : de certains analystes) ou les hauteurs avec vue des artilleurs (à dire vrai : cela dépend du terrain). Pourtant, parfois, je l’avoue, je sors de mes gonds. Je bous. Je ne l’exprime pas – ou très peu. Même quand, cette semaine, un patient me dit son angoisse d’avoir eu des relations sexuelles avec une personne de petite taille. Je corrige : « avec une naine ? » Il opine : « est-ce pervers d’être excité par une naine ? » Je garde pour moi : « et ta sœur, connard ! »</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Je lui en aurais bien allongé une, pour tout vous dire. Mais j’ai gardé mon calme. Pourquoi faire tout un plat d’un triple imbécile qu’il faut avant tout mettre sous lexomil – et qui de toute façon est probablement irrécupérable.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Le soir venu, avec ma tisane et mon double scotch sans eau ni glace, j’ai repensé aux messages que je reçois ici. Au normal et au pathologique, cette vaste blague. A cette notion de paraphilie qui n’existe que pour le confort intellectuel des spécialistes de la chose. Si l’on regarde de plus près, il existe un mot pour définir une attirance particulière pour les nains et les naines : la nanophilie. Pour être franc, il existe aussi un mot pour dire l’excitation sexuelle pour les personnes handicapées, amputées, obèses, enceintes, poilues ou pas. Bref, cela n’étonnera pas les poètes : il y a un mot pour tout – et parfois les mots, ce sont des lâches à qui l’on ferait dire n’importe quoi.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Car de quoi parle-t-on ? En vérité, le principal problème est celui du registre. Parce que je me cherche souvent des excuses, je voudrais vous rappeler que c’est l’objet de cette chronique : le registre. Je m’efforce de considérer un mot qui désigne une paraphilie sous un certain registre : littéraire, juridique, psychologique, historique, médical, etc. Ce qui est une manière de l’interroger et de le démentir. Ou comme le dirait n’importe quel thérapeute de salon : il y a toujours un atome de vérité dans le plus grand des mensonges. Concernant la paraphilie en général, sa définition est aussi une question de registre.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Cliniquement parlant, tout d’abord, puisque l’on n’est pas censé parler de paraphilie à moins d’une exclusivité vérifiée dans la durée de l’excitation sexuelle à un certain fétichisme. On parle de six mois ou d’un an. Pour le dire autrement, on n’évoque une paraphilie que dans le cas très précis où vous ne parvenez à l’excitation que selon un certain schéma exclusif. On conviendra que ce n’est ni précis ni très pertinent, mais que cela relève de l’obsession. Pour autant, je n’arrive pas à mettre sur le même plan le zoophile, le masochiste radical, le nanophile ou l’exobiophile. En ce qui me concerne, cela heurte un autre de mes registres favoris, le registre politique – qui me semble bien plus juste, en l’occurrence.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">D’un point de vue politique, en effet, certaines paraphilies sont problématiques. Ainsi le cas exemplaire de la zoophilie, mais pas seulement. Si vous ne parvenez à être excité qu’en présence d’un écoulement de sang de votre partenaire, cela peut être un peu risqué – surtout si l’on n’a gardé des couteaux à l’intérieur de la maison. En revanche, en quoi cela pourrait-il être un problème d’aimer les personnes de petite taille ? Ou obèses ? Ou handicapées ? — Oui, mais si c’est exclusif ? Je ricane. Je me gausse. Car en général, le cerveau se charge de ses propres illusions. Et l’obsession consumériste est souvent le fond des paraphilies qui se succèdent dans mon cabinet. Pour ne pas s’embarrasser d’hypocrisie, lâchons le mot : la bêtise. Souvent, c’est de la bêtise, et rien d’autre. Et certainement rien de psychiatrique. Juste une immense bêtise.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">On peut en effet tout aussi bien être révolté par la pratique contemporaine des annonces sur les sites de rencontre. Des annonces qui regorgent de portraits racistes, intolérants et profondément stupides de l’âme sœur. Je veux qu’il soit noir. Je déteste les arabes. Je ne recherche que des gros seins. Je n’aime que les grandes bites et les couilles épilées. Voire : je le voudrais bien installé dans la vie, avec un vrai métier et de l’ambition (traduction : je veux un mec riche). Plans culs s’abstenir. Sarkozistes, allez voir ailleurs. Si l’amour, c’est l’infini mis à la portée des caniches, je vous prie de croire que le caniche est un grand démocrate. Lui. Et que la paraphilie, les préférences sexuelles (au-delà de considérations raisonnables concernant le genre, la maturité sexuelle ou la santé de ses partenaires), ce n’est souvent rien d’autre qu’un grand moment de fascisme régressif.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Ceci dit, revenons à la politique, car le sexe est avant tout social. Mieux encore, la définition du normal et du pathologique est avant tout sociale. Tout dépend du concept politique de référence. Dans les sociétés antiques (à Rome, par exemple), c’est la virilité qui prime. Pas l’hétérosexualité, mais la virilité, c’est à dire le rôle sexuel actif. La part dominante. Ces sociétés s’entendent comme une division entre dominants et dominés. Et le crime, c’est d’être dominé quand on appartient à une classe dominante. En revanche, femmes, esclaves, jeunes gens doivent être dominés, sauf rares exception. Sénèque – qui n’est pas un rigolo mais qui sait taquiner le brochet, à l’occasion – ne dit-il pas que « la passivité est un crime chez un homme de naissance libre ; chez un esclave, c&#8217;est son devoir le plus absolu » ?</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Au dix-neuvième siècle, dans un grand nombre de pays occidentaux, la référence, c’est la reproduction. Autrement dit, une sexualité qui n’est pas reproductive est une transgression. Selon le moment et l’endroit, c’est un plaisir plus ou moins toléré. Pour les anarchistes (comme Fourrier et son <em>Nouveau Monde Amoureux</em>, 1817), rien n’est pathologique à partir du moment où les deux partenaires sont satisfaits – sans le déplaisir, la souffrance ou la spoliation d’un autre. A titre personnel, j’avoue que je ne trouve pas cela idiot, pour le coup.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">C’est ce que je m’efforce de dire à mes patients : « mais votre partenaire, qu’est-ce qu’il en pense ? » Et selon la réponse, je sais rapidement à quoi m’en tenir. Car tous ceux qui cherchent la tangente, la sortie de secours ou l’escalier de service prouvent en fait que leur partenaire n’est pas un sujet qui mérite que l’on s’intéresse à lui. Il n’est qu’un objet sexuel parmi d’autres. Seul son propre plaisir compte, ce qui me choque infiniment plus – et m’inspire généralement plus de pitié que d’horreur ou de dégoût. On retrouve la politique. Ici, le maître et l’esclave, l’exploité et l’exploiteur. A partir du moment où ceux qui travaillent pour vous (et pour votre plaisir, votre jouissance, votre gratification égoïste) n’ont aucun droit, vous ne valez pas grand-chose. Malade, obsessionnel, peut-être. Mais surtout minable.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Sur ce : bien à vous. Et pour aller plus loin, lisez donc <em>Le normal et le pathologique</em> de Georges Canguilhem. Je vais le relire. Car je sens que mon agenda de la semaine va être moins rempli.</p>
</div>
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		<title>Tic et tac</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Feb 2010 15:01:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
				<category><![CDATA[Février 2010]]></category>
		<category><![CDATA[La consultation du docteur Von Laks]]></category>
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		<description><![CDATA[Ces dernières semaines, plutôt que de me consacrer au bien de l’humanité et de mes patients, la direction d’un certain site Internet m’a poussé au visionnage presque compulsif de séries télévisées. Quand je dis « presque », bien sûr, il s’agit d’un euphémisme.
Je l’avoue, j’ai tout à fait déserté mon cabinet. Ma secrétaire est furieuse, mon comptable [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/02/entourage.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-851" title="entourage" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/02/entourage-300x187.jpg" alt="" width="300" height="187" /></a>Ces dernières semaines, plutôt que de me consacrer au bien de l’humanité et de mes patients, la direction d’un certain site Internet m’a poussé au visionnage presque compulsif de séries télévisées. Quand je dis « presque », bien sûr, il s’agit d’un euphémisme.</p>
<p>Je l’avoue, j’ai tout à fait déserté mon cabinet. Ma secrétaire est furieuse, mon comptable ricane. Et certains de mes patients me menacent des pire sévices – difficile de dire cependant s’ils m’en veulent : les sévices sont parfois chez eux l’expression de l’affection.</p>
<p>Traquant le sexe dans les séries télévisées pour <em>L’Autre Sexe</em>, je suis tombé par hasard sur un épisode d’<em>Entourage</em> qui vaut cependant la peine de ces quelques lignes. Il s’agit du septième de la quatrième saison (on écrira 4.07, à l’américaine), diffusé en 2007, et intitulé (très) sobrement « The Day Fuckers » &#8211; tout un programme.</p>
<p>L’une des intrigues parallèles de l’épisode tient au fantasme assez rare de la mascotte en peluche. A la fois une forme de travestissement ou de déguisement (assez classique) – et une variation sur la pédiophilie (le fétichisme des poupées, des ours en peluches, etc.).</p>
<p>C’est assez innocent, c’est suave, c’est mignon. C’est assez peu contraignant sinon les déguisements (encombrants) et le partenaire (à trouver).</p>
<p>Au sens strict, ce n’est même pas tout à fait une paraphilie.</p>
<p>Dans l’ordre des perversions, c’est en effet à peu près aussi anodin que de s’enduire une ou plusieurs zones érogènes de confiture, de crème chantilly ou de sauce soja (quoique)… Il n’y a aucun rapport de domination, de souffrance ou de violence véritablement induite par la chose. C’est un jeu de rôle – et encore.</p>
<p>Un costume d’infirmière ou d’écolière, une robe d’avocat ou de bure, un uniforme de l’armée allemande ou d’académicien, impliquent des relations sociales supposées et fantasmées qui ont toutes à voir avec une forme de domination ou de transgression. Dans le cas de l’écureuil ou du lapin géant, c’est moins sûr. D’autant qu’en théorie, les deux partenaires se déguisent.</p>
<p>C’est pourquoi, à l’exception d’un casse-tête relatif pour un biologiste consciencieux, quand une tortue d’un mètre quatre-vingts pénètre un chiot de soixante kilos, cela ne déclenche pas un grand émoi du côté des ligues de vertu. Aussi puristes soient-elles. Pourtant, <em>Entourage </em>ne ment pas, ce fantasme existe bel et bien.</p>
<p>Mais de quoi s’agit-il ? Du contraire de ce qui nous occupe ici, finalement, et ce n’est pas sans charme.</p>
<p>En réalité, deux mascottes de NBA qui baisent, cela n’a pas de sens.</p>
<p>Du moins au sens strict.</p>
<p>Après, c’est comme pour tout, si les deux mascottes en peluches sont sado-masochistes, c’est autre chose. Mais c’est hors sujet. Je ne traite pas ici des lapins que l’on fouette et des écureuils que l’on entrave. Je ne traite même pas de lapins ou d’écureuils en fait. Ce ne sont évidemment pas des représentations réalistes de nos petits amis de la forêts – que les zoophiles se détournent, eux aussi.</p>
<p>S’il faut y voir quelque chose, c’est du côté pédophile que cela se passe (peut-être),ou en tout cas régressif (pour sûr).</p>
<p><a href="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/02/petitsourssympas.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-852" title="petitsourssympas" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2010/02/petitsourssympas.jpg" alt="" width="285" height="214" /></a>Se déguiser en animal en peluche géant revient dissimuler totalement son corps, à nier ses arguments, atouts et organes sexuels (ou quasi, mais ce n’est pas très important, ici). En ce sens, c’est une forme de régression épurée et fourrée qui ne rassure pas – sans trop inquiéter non plus. A l’évidence, Peter Pan rôde près du lit ou de la fenêtre de votre chambre.</p>
<p>L’assouvissement du désir dans le déni d’une quelconque maturité sexuelle, d’une puberté même animale.</p>
<p>Et puis, sous un déguisements comme celui-là, on n’est pas vraiment en mesure de reconnaître son partenaire (voir l’épisode d’<em>Entourage</em> pour plus d’exemples).</p>
<p>C’est un stade avancé de ce qui commence quand on refuse d’enlever la chemise de nuit de grand-mère ou quand on réclame l’obscurité totale. C’est l’inverse d’une soirées <em>Eyes Wide Shot</em> (on peut dire cela, désormais, l’échangiste est cinéphile) ou le masque (le loup) révèle autant qu’il cache. C’est d’ailleurs la fonction du masque.</p>
<p>Bref, ce n’est pas nous qui faisons l’amour, c’est Tic et Tac.</p>
<p>Il y en a que cela arrange.</p>
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		<title>La lactophilie</title>
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		<pubDate>Thu, 31 Dec 2009 06:22:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
				<category><![CDATA[Janvier 2010]]></category>
		<category><![CDATA[La consultation du docteur Von Laks]]></category>
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		<description><![CDATA[Parce que Noël, c’est après tout une affaire de petits Jésus et que nous sommes encore dans l’écoeurement des agapes de la fin 2009, j’ai choisi aujourd’hui une paraphilie de circonstance : la lactophilie. Fétichisme très singulier, la lactophilie a par ailleurs l’avantage de déborder un peu (si j’ose dire) sur d’autres fétichismes et d’autres [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-655" title="charite_romaine" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2009/12/charite_romaine1.jpg" alt="charite_romaine" width="464" height="360" />Parce que Noël, c’est après tout une affaire de petits Jésus et que nous sommes encore dans l’écoeurement des agapes de la fin 2009, j’ai choisi aujourd’hui une paraphilie de circonstance : la lactophilie. Fétichisme très singulier, la lactophilie a par ailleurs l’avantage de déborder un peu (si j’ose dire) sur d’autres fétichismes et d’autres paraphilies. Car si, au sens strict, la lactophilie est une attirance sexuelle pour les femmes allaitantes et un goût spécial pour le lait maternel, au sens décorseté de la chose, c’est de la maternité et de la fertilité dont il s’agit. De gros seins gonflés, de jolis tétons taquins, en sont ici le symbole et la métonymie.</p>
<p>Le patient X me le rappelle souvent (mais c’est un homme du gimmick verbal, de l’obsession et de la franchise), l’humanité mâle hétérosexuelle se scinde en deux groupes distincts. D’une part, il y a ceux qui vous regardent dans les yeux, Mesdames, c&#8217;est-à-dire qu’ils cherchent le sein pour chercher la femme. D’autre part, ceux qui vous regardent toujours dans les yeux, mais plus au fond des choses, qui se retournent sur votre passage et observent la danse de vos hanches, le mouvement marin de ces rotondités charnues qu’on appelle parfois les « fesses ». Le plus drôle – mais je n’ose le dire au patient X pour qui j’éprouve une tendresse déplacée – c’est que certaines théories mettent évidemment en parallèle le sillon des seins avec celui des fesses. Ce serait une seule et même chose. Car rien ne rappelle autant deux globes de chair (et de gras) serrés l’un contre l’autre, que deux autres globes. Après, c’est une question d’altitude.</p>
<p>Les anciens (les très anciens, les préhistoriques) ne s’y trompaient pas. Leurs Vénus et autres déesses de la fertilité se résumaient souvent à des fesses et des seins en proportions inégales – et à un ventre aussi, parce qu’ils avaient finalement l’esprit logique. Sans faire ici une apologie des rondes et des girondes (une autre chronique à venir), il est évident qu’à la célébration de la maternité et de la fertilité, il faut associer le culte et le fétichisme des seins, des hanches et du ventre. Et comme tout bon fétichiste le sait : plus il y en a, mieux c’est. On peut donc considérer (et de nombreux penseurs de la chose n’hésitent pas un instant à pouvoir) que le fétichisme des gros seins, la compulsion du tétin, la lactophilie sont une expression métonymique et sexualisé d’un rite de fertilité et de maternité. La maïeusophilie (l’attirance pour les femmes enceintes en général) en étant la traduction non fétichiste, plus directe et sincère, si l’on veut.</p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-656" title="venus" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2009/12/venus.jpg" alt="venus" width="399" height="600" />Souvent, la lactophilie laisse perplexe ou dégoûte. Ainsi, en Occident, si l’allaitement d’un nourrisson en public est largement toléré, l’allaitement d’un adulte peut jeter un froid le dimanche midi, chez belle-maman. Pour des raisons à l’évidence culturelles en grande partie, le sein d’une femme enceinte est tout autant un symbole de pureté maternelle que d’impureté sexuelle. C’est ainsi que le christianisme (dont on sait toute l’ambiguïté en ce qui concerne la maternité et la figure de la mère en général) collectionne des histoires de Saints allaités (oui, oui, ce n’est pas qu’un jeu de mots), souvent objets de représentations très équivoques. Si le sein qui n’allaite pas est une zone érogène classique, le sein allaitant, tout comme la femme enceinte, est encore partiellement l’objet d’un certain tabou.</p>
<p>Les sondages plus ou moins fantaisistes des sexologues contemporains estiment que plus de 50% des femmes avouent un plaisir sexuel à l’allaitement (d’un enfant ou d’un adulte) mais que 50% d’entre celles-ci en éprouvent de la culpabilité. Le partage remarquable de cette statistique trahit en fait la persistance d’une ligne de fracture, d’un interdit. La loi islamique (qui est attentive à tout) évoque en l’occurrence un âge et une situation légale en ce qui concerne l’allaitement. Encore une preuve. En quelque sorte, le sein est à l’image du sexe en général, indispensable à la procréation (le sein en tant qu’il nourrit le nourrisson), et source troublante (donc douteuse) de plaisir. C’est pourquoi votre fille est muette mais qu’elle a une jolie gorge. C’est pourquoi il y a des normes et des règles.</p>
<p>Il faut ajouter que très franchement l’humanité n’a pas de bol. Parce qu’en tant que primate, la norme (puisque ce n’est que de cela dont on parle) n’est pas au sein. Mais pas du tout. La femme est en l’occurrence le seul primate de sexe féminin à décolleté. Essayez de mettre une robe à Madame Chimpanzé (oui, cela a déjà été beaucoup tenté, y compris au cinéma), vous comprendrez rapidement qu’au balcon, c’est désert, nib, rien du tout. De fait, la règle en ce qui concerne la mamelle du primate, c’est de n’apparaître qu’au moment opportun, lorsqu’on a un petit à nourrir. Une seule exception : la femme. Les scientifiques se battent encore pour savoir la raison de tout cela. Pas de bol, je vous dis. L’humanité est condamnée à l’ambiguïté de ses objets de plaisirs, définitivement. Et je ne vous parle pas de saison des amours ou de période de rut, autres exceptions confirmées propre à l’humanité.</p>
<p>Leibniz faisant le moine (mais nul ne sait s’il se travestissait parfois ou mettait de faux seins), <em>nihil est sine ratione</em> – rien n’est sans raison. Fort de cette certitude, l’homme en cherche, des raisons, au prix parfois de la légende urbaine ou de la demi-vérité. Ainsi, une croyance populaire (impossible à contredire, cependant, il y aurait peut-être du vrai) affirme que la tétée régulière prévient le cancer du sein. Sachant qu’à raison de plusieurs tétées par jour, on peut entretenir et maintenir des montées de lait régulières, même hors périodes d’allaitement, cela vire chez certains au sacerdoce plutôt qu’à la gentille perversion. En 2005, une proportion assez conséquente d’hommes anglais (entre 25 et 40%, les sexologues anglais sont bien renseignés) avoue avoir un jour cédé à des pulsions lactophiles, cependant. Il y a de l’espoir (en Angleterre).</p>
<p>Phénomène relativement courrant, la lactophilie participe à l’occasion de comportements plus exceptionnels. Ainsi de l’infantilisme ou de l&#8217;autonepiophilie (selon la part de cuistre en vous), qui consiste à éprouver du plaisir à se faire traiter comme un enfant ou un nourrisson. Il faut noter en l’occurrence que dans cette dernière variante d’autant plus, la lactophilie n’implique pas forcément de relation sexuelle complète, ni de pénétration. Ou plus exactement, la relation hétérosexuelle normée s’inverse. L’homme n’est plus celui qui montre ses organes sexuels à tout va, qui se fait lécher, sucer et boire. Il n’est plus celui qui expulse un liquide blanchâtre après pénétration de sa partenaire. Dans un sens symbolique, c’est l’inverse. De la phallocratie, on passe à la mammocratie, si l’on peut dire. Au matriarcat. Et politiquement, cela donnerait presque envie d’être lactophile, parfois.</p>
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		<title>Coprolalie, autres nymphes et autres exercices de langues</title>
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		<pubDate>Sat, 03 Oct 2009 12:27:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Octobre 2009]]></category>
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Un jour, j’ai entendu cette phrase curieuse de la part d’une lointaine cousine – qui avait des pulsions incestueuses : « tu veux que je te montre mes gros mots ? » Et je n’avouerai même pas sous la torture ce que j’ai répondu. Ma famille lit à l’occasion cette chronique et je ne voudrai vexer personne. Pourtant, cette [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;"><img class="aligncenter size-full wp-image-410" title="langue" src="http://lautresexe.com/wp/wp-content/uploads/2009/10/langue.jpg" alt="langue" width="600" height="582" /></p>
<p style="text-align: left;">
<p style="text-align: left;">Un jour, j’ai entendu cette phrase curieuse de la part d’une lointaine cousine – qui avait des pulsions incestueuses : « tu veux que je te montre mes gros mots ? » Et je n’avouerai même pas sous la torture ce que j’ai répondu. Ma famille lit à l’occasion cette chronique et je ne voudrai vexer personne. Pourtant, cette phrase m’a beaucoup fait réfléchir parce qu’elle disait finalement sans métaphore ce dont elle est la métaphore.</p>
<p>Quand on prend rendez-vous avec moi (dans mon cabinet, s’entend), c’est toujours pour me montrer ses gros mots. Les mots pour le sexe qui trouble et qui gène. A moins que ce ne soit l’inverse et que le sexe, ce ne soit rien d’autre que des mots, des gros, des petits, des mots que je te mets bien profond, des mots que tu me tires des recoins les plus reculés de moi-même.</p>
<p>Le sexe est bien évidemment un langage – pas celui du corps, mais le vôtre, le nôtre. Il accompagne, il se substitue, il contredit, il prolonge notre discours perpétuel, celui de nos existences en marche ou coincées, celui du temps qui passe. Il est la métaphore perpétuelle de la naissance et de la mort, de la douleur et du plaisir, de toute une vie contenue en quelques minutes ou en quelques heures. C’est un récit en actes – avec sa grammaire, sa syntaxe, ses progressions, ses digressions et ses ruptures.</p>
<p>Bref, une parenthèse d’aventures de soi hors de soi, avec l’autre ou contre l’autre. A son tour, le sexe se raconte, il se commente, il s’annonce. Bref, il entretient avec la langue une relation si proche, si évidente et si intime que c’est une tarte à la crème de le dire. Mon collègue Fau, avec sa sexualité extensive / intensive, ne fait pas autre chose que faire l’amour, poursuivre le même but avec d’autres moyens – avec vous, avec nous, tout seul.</p>
<p>De manière très symptomatique, il est courrant de dire et de penser que le sexe ne se dit, ni ne se pense. Certains parlent de « ça », ou n’en parlent pas parce que ce ne sont pas des choses dont on parle. Le silence ou la glossolalie sexuelle, c’est la même chose. Le tabou et l’obsession, aussi. C’est pourquoi la contradiction des êtres sans paroles qui ont pourtant une sexualité ne tient pas. Ce ne sont pas des êtres sans paroles (que l’on parle de personnes muettes, handicapées, trop vieilles, trop faibles ou trop légumineuses), leur parole s’énonce sexuellement – et pas seulement.</p>
<p>De manière encore plus symptomatique encore, il existe toute une série de comportements ou de paraphilies verbales ou verbeuses – dont la coprolalie est la plus évidente et la plus connue. Parfois conséquence de la maladie de Gilles de Tourette (putain ! bordel ! merde !), elle est globalement l’expression incontrôlée d’une obscurité de soi et de la langue qui se fait grossièretés, insultes, paroles ordurières de tous ordres. C’est simplement une émotion, un exhibitionnisme, une violence, une transgression – ce qui, toutes choses égales et considérées ensemble par ailleurs, est une définition assez courante de la pulsion sexuelle. La tentation est une parole, bibliquement parlant, une parole qu’il ne faut pas entendre. Cela veut tout dire. Et ton sexe se trouve entre tes deux oreilles et ta langue. C’est du jus de cervelle articulée.</p>
<p>Ceci étant, plus sérieusement, le rapport d’intimité entre la langue et la sexualité est aussi – pour l’intellectuel ou le spécialiste – une immense déception, voire une impasse et une aporie. Que dire du sexe qui n’existe que disant / se disant (par les mots ou par lui-même) ? Le commentaire du sexe ou de la digression sexuelle apparaît comme un voile pudique, comme une pudeur, jetée sur le sexe lui-même. Ce n’est pas du sexe dont on parle, c’est le sexe qu’on rhabille. C’est ce que l’on fait ici, dans L’Autre Sexe. On vous le cache. On vous l’habille. Bien loin de nous mettre à nu, on se protège, on enquille nos expériences de cul sans chemises sur les rails bien droit du discours.</p>
<p>Comme dirait l’autre, rien ne ressemble plus à une brochette cuite au feu de bois qu’un groupe de nonnes enconnées et possédées. Merde, alors. Que faire ? Comme dirait Lapine (pardon, Lénine ! Tourette, fiche-moi la paix, maintenant)…</p>
<p>Finir bien sûr par une jolie citation du <em>Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation </em>(1926) de Pierre Louÿs : « <em>Quand vous êtes debout devant un monsieur qui bande au niveau de votre ceinture et se propose de vous enconner, montez sur un tabouret pour mettre votre petit con à la hauteur des circonstances</em> ».</p>
<p>C’est pas bien, « ça », Madame ?</p>
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		<title>L’acomoclitisme</title>
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		<pubDate>Sat, 31 Jan 2009 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
				<category><![CDATA[Février 2009]]></category>
		<category><![CDATA[La consultation du docteur Von Laks]]></category>
		<category><![CDATA[acomoclitisme]]></category>
		<category><![CDATA[fétichisme]]></category>
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Avec l’acomoclitisme, cette consultation devient glissante si j’ose dire.
De fait, elle glisse à la fois vers les limites et l’abus du terme même de « paraphilie ». En effet, avec l’acomoclitisme, il est particulièrement difficile de distinguer la pratique de sa perversion, et inversement. La définition stricte de l’acomoclitisme, c’est le fétichisme des pubis glabres. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><img src="http://lautresexe.com/images/acomoclitisme.jpg" border="0" alt="" width="731" height="531" /></p>
<p>Avec l’acomoclitisme, cette consultation devient glissante si j’ose dire.</p>
<p>De fait, elle glisse à la fois vers les limites et l’abus du terme même de « paraphilie ». En effet, avec l’acomoclitisme, il est particulièrement difficile de distinguer la pratique de sa perversion, et inversement. La définition stricte de l’acomoclitisme, c’est le fétichisme des pubis glabres. Le hic, que la pratique – l’épilation, le rasage ou à la rigueur un élevage de chèvres – n’est pas exceptionnelle. Aujourd’hui, elle se généralise à nouveau, comme à d’autres périodes de l’histoire (Egypte antique, monde gréco-romain, Moyen-Âge occidental pour partie, etc&#8230;). Du coup, distinguer le fétichiste de l’amateur ou du type qui s’en fout est à peu près impossible. Le seul acomoclitisme qu’on pourrait interroger, c’est celui d’une société, d’une pornographie ou de certains médias à la rigueur – à considérer qu’il s’agit effectivement d’une mode obsessionnelle, d’un fétichisme collectif et non d’une pratique culturelle comme autrefois.</p>
<p>Bref, pour cette consultation, votre gentil docteur a du mal à reconnaître son thermomètre. Il ne sait plus de la température de quel orifice il s’agit. A tout prendre, je plongerai donc dans les (bas-) fondements de l’individu comme du collectif – tête baissée. Cela ne va pas ressembler à grand-chose, mais cela donne à penser.</p>
<p>D’un point de vue historique, donc, un pubis glabre n’est pas du tout exceptionnel. Nombre de cultures le considèrent d’un bon œil d’un point de vue symbolique (en signe de pureté) ou médical. On raconte ainsi que Ramsès II imposait une épilation intégrale à son harem. Dans le monde musulman, dans la culture juive, à certaines périodes du Moyen-Âge chrétien, dans le monde gréco-romain, l’épilation est encouragée. Il faut d’ailleurs remonter à la préhistoire pour trouver les premières pinces à épiler. Autrement dit, la chasse au poil est contemporaine de la chasse au mammouth (ce qui d’un point de vue pileux n’est pas absurde, convenons-en). Mais dans ces cas-là, on ne parlera pas d’acomoclitisme. Car ce n’est pas le fait d’individus qui veulent voir les grandes lèvres de leurs partenaires à tout prix, c’est un mouvement collectif pris dans les méandres de la conscience collective. L’individuel, le collectif, la norme, l’écart : ou comment on passe du fétichisme à la culture.</p>
<p>Aujourd’hui, depuis le milieu des années 90, nous assistons à un bouleversement des représentations qui perturbe justement cette distinction claire entre la culture et le fétichisme. Ce n’est pas la résurgence ponctuelle d’une norme culturelle, c’est une normalisation par l’image d’une sexualité féminine qui impose (indirectement) les pubis glabres. Comme diraient certains de mes patients au comptoir de leur bistrot préféré, c’est encore un coup des fabricants de rasoirs. En fait non, mais laissons-les dire.</p>
<p>C’est la pornographie, les magazines féminines, Internet et les leaders d’opinions sexuels (si, si, cela existe) qui se retrouvent au cœur du poil et du pubis. Par une conjonction probablement hasardeuse de nécessités et d’enjeux à la fois industriels et culturels, au gré des circonstances (politiques, féministes), ces forces à l’œuvre dans l’inconscient collectif ont fait une promotion terrible et miraculeuse du non poil généralisé – qui s’apparenterait presque, effectivement, à un acomoclitisme de masse. De plus en plus nombreux et surtout de plus en plus jeunes, les filles – et maintenant les garçons – se rasent et s’épilent. Les chiffres les plus récents dont on dispose (surtout venant d’Amérique du Nord) indiquent que 3 filles sur 4 et 1 garçons sur 2 entre 20 et 30 ans se rasent ou s’épilent les parties génitales. Dans l’industrie pornographique, c’est devenu une norme. Les représentations du poil sont devenues exceptionnelles. En vidéo, on parle de genre : poilu, hirsute, etc. Et généralement, on en rajoute, on densifie parce qu’on débroussaille, on renchérit parce qu’on rafraîchit. Pour aller vite, la pornographie propose 95% de femmes glabres et 5% de femmes anormalement poilues. La pilosité naturelle est désormais absente du débat et des ébats.</p>
<p>Rien de grave, cependant, à cet endroit de notre exposé. On rase gratis – et après ? C’est après que cela dérape, justement.</p>
<p>Parce que dans le même temps, on impose à coup de magazines et de médias une image de la performance sexuelle. C’est une évidence bien connue sur laquelle je ne reviens pas. Mais dans cette performance, un pubis glabre vaut mieux qu’un pubis poilu (voir un prochain article sur les sports de glisse).</p>
<p>Dans le même temps aussi, on sexualise (dans le discours, dans le vêtement, dans les pratiques) de plus en plus tôt les très jeunes filles. Aujourd’hui, d’après mes amis qui font fortune dans l’épilation au laser, ce sont des fillettes de 12 ou 13 ans qui viennent avec leur mère pour faire disparaître un léger duvet – mais insupportable, semble-t-il.</p>
<p>Du coup, si l’on fait le compte, si l’on additionne tout cela, on en arrive à cette conclusion : les filles et les femmes se confondent. Ou dit autrement, les très jeunes filles se féminisent jusqu’au grotesque et les femmes s’infantilisent jusqu’à l’absurde. Au regard des combats féministes, c’est certes un peu gênant, disons-le. Et au centre de tout cela, variante nécessaire mais non suffisante, il y a ce poil que l’on enlève. Ce n’est pas cet acomoclitisme de masse qui est la cause de tout, non, mais c’en est un moyen. Il est indispensable, de fait.</p>
<p>Le mouvement global est à la normalisation sexuelle et la comptabilité. Il faut baiser beaucoup et baiser bien. Ceux qui baisent mal et peu, c’est foutu, désolé. Vous n’avez pas le droit. Vous devez être épanouis sexuellement, les cocos, c’est une question de morale et d’impératif catégorique. Non mais. Et pour baiser bien et beaucoup, mesdames, il y a des choses qui aident… Quoi ? Vous ne trouvez pas ? Le non poil, mais oui !</p>
<p>D’une sexualité probablement indigente, l’humanité passe à une sexualité imbécile. Dans un même mouvement, on ouvre et on ferme. Des étreintes, toujours plus d’étreintes – mais il y a des règles pour tout cela. Les caisses sont vides. Il faut être réaliste. On ne pourra pas faire n’importe quoi, quand même. Depuis quand les poilues ont-elles une chance ? Elles ne sont pas désirables, vous le savez bien. Les femmes normales n’ont pas de poils. Les hommes normaux n’aiment pas cela. Bande de pervers, va.</p>
<p>Pour résumer (et pour conclure sur les pervers, justement), aujourd’hui, je n’ai pas traité d’un certain type de perversions mais de représentations perverties. Cela change. Je suis sorti de mon rôle et de ma juridiction. J’ai passé la frontière. J’ai pensé le poil.</p>
<p>Sur ce, cela fera 80 euros. Merci bien. Parce que penser le poil, ce n’est pas donné. Vous le savez bien.</p>
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		<title>La chronophilie</title>
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		<pubDate>Wed, 31 Dec 2008 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
				<category><![CDATA[Janvier 2009]]></category>
		<category><![CDATA[La consultation du docteur Von Laks]]></category>
		<category><![CDATA[chronophilie]]></category>
		<category><![CDATA[paraphilie]]></category>

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La « chronophilie » ? Ah, le vilain mot. Le barbare, le pédant, le mot qui se la raconte. Encore un qui se balade chemise ouverte, dressé sur ses talons, le menton haut et le « h » proéminent entre deux consonnes… On ne pouvait pas dire tout simplement « pédophilie » ou « gérontophilie [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><img src="http://lautresexe.com/images/titien.jpg" border="0" alt="" width="570" height="427" /></p>
<p>La « chronophilie » ? Ah, le vilain mot. Le barbare, le pédant, le mot qui se la raconte. Encore un qui se balade chemise ouverte, dressé sur ses talons, le menton haut et le « h » proéminent entre deux consonnes… On ne pouvait pas dire tout simplement « pédophilie » ou « gérontophilie » ? Les pervers sont tous les mêmes : ils se cachent derrière le renflement de leurs mots compliqués et de leurs lettres muettes…</p>
<p>Oui, cher lecteur, tu as parfaitement raison, même si ce n’est pas toi qui parles – même si c’est moi qui te fais parler. Les pervers se payent toujours de mots. Je suis un pervers, donc je me paye de mots. Et pourtant, pourtant !</p>
<p>Si je dis « chronophilie », c’est pour ne pas dire « pédophilie », « gérontophilie » ou « éphébophilie » &#8211; justement ! Parce que je ne voudrais pas me limiter ici à un cas plutôt qu’un autre. Sois certain, mon beau lecteur au poil soyeux, ma belle lectrice sans sourcil mais sourcilleuse, que j’y reviendrais. Mais avant, je veux dire un mot en général de la différence d’âge en particulier. De toutes les différences d’âges. Car c’est cela, la chronophilie, c’est l’amour de la différence d’âge, sa passion, son excitation, dans un sens comme dans un autre. L’amour des vieilles comme des adolescentes. L’amour de l’homme mûr comme du jeune homme. Aujourd’hui, notre regard est un regard circulaire de 15 à 95 ans.</p>
<p>Le plus remarquable, c’est le nombre de mes patients qui le confesse, de tout âge et de toute condition. Ils viennent dans mon petit bureau couvert d’estampes obscènes et ils se confessent. Ils ont peur, ils sont gênés, et pourtant ils ne risquent pas grand-chose, comme je me tue à leur répéter. Car si la différence d’âge est parfois scandaleuse, tant que l’on reste dans les clous de la majorité sexuelle légale, on ne risque rien. Absolument rien. On peut se marier, faire des enfants, payer ses impôts et communier à l’église. Evidemment, titiller le trop jeune homme ou la trop jeune fille peut poser un certain nombre de petits problèmes avec la force publique – mais à l’évidence, un petit coup de carte d’identité ou un mot des parents permet de lisser tous ces petits incidents sans trop d’incidences.</p>
<p>Non, la différence d’âge n’est rien, si ce n’est – parfois – un scandale. On s’étonne, on s’embarrasse, mais tout cela n’est qu’une question de représentation. De comédie, d’ordre social. Ou presque.</p>
<p>La chronophilie est en effet avant tout un péril pour un certain pouvoir social – et pour sa représentation. L’âge est un critère d’égalité ou de hiérarchie, selon les circonstances. L’aîné prime sur le cadet. Avant de parler de classe sociale, on parle de classe d’âge. Et quand on s’apparie, la notion d’âge, de classe d’âge, est essentielle. Le ciment d’un couple, souvent, se juge d’abord à la cohérence de l’âge. On tolère jusqu’à une dizaine d’année de différence – et on espère que le mâle devance de quelques mois ou quelques années la femelle. C’est parce qu’il faut que l’homme domine et que la femme soit féconde – pour que le couple corresponde à la fonction traditionnelle et inséminatrice de la sexualité. L’ordre social est à ce prix : les masses doivent être égales devant une sexualité qui – même aujourd’hui – se cache derrière le paravent de la famille. Et au sein de la famille, l’homme domine la femme. C’est ainsi, Madame, Monsieur, que se perpétue le contrôle social. Par une représentation indirecte de la sexualité. Vous avez suivi ?</p>
<p>Bref, l’idée que l’on s’accouple en fonction de l’âge – et de la bonne concordance des temps – n’est qu’une affaire politique, elle n’a rien à voir avec le désir, forcément. La preuve en est, a contrario, la théorie des « inégalités dynamiques » envisagés par toute une série d’anarchistes du XIXe siècle, au premier rang desquels Fourier (on ne s’attendait pas à moins de sa part). Pour lui, en effet, la dissymétrie des désirs, et de leur satisfaction, est productrice d’énergie et de créativité sociale. Il y a un échange entre la jeunesse et la vieillesse. Un échange qui ne se contredit pas puisque les finalités du désir sont différentes. Un échange qui n’est pas prisonnier de l’ordre social puisque l’instruction et le plaisir mutuel ne sont pas perturbés par un quelconque but procréatif ou familial. La liberté, la liberté, la liberté.</p>
<p>C’est cette liberté, s’il faut plonger les deux mains dans la bouillie tiède des fantasmes, qui est probablement le facteur le plus puissant de l’attraction asymétrique entre deux êtres séparés par une grande différence d’âge. Au centre du désir : la liberté de ne pas être dans une perspective matrimoniale. Et parfois de se repaître d’un seul plaisir infécond. Ainsi, la fréquentation des femmes ménopausées – un ravissement que l’on devrait recommander à tous les sportifs en centre de formation, plutôt que les sorties en boîtes, les mannequins et les prostituées – présente justement cet avantage d’échapper à la fois à l’angoisse d’une grossesse accidentelle et à la contrainte des cycles menstruels. Et que dire de celle des hommes opérés de la prostate ? Miam !</p>
<p>La chronophilie a très justement été célébrée par les artistes. Au vide juridique répond le plein artistique. Finalement, Cupidon n’est-il pas plutôt le jeune amant de la gironde Vénus ? Quand on sert une déesse, ne faut-il aussi la saillir ? Certainement. Evidemment. L’âge se repaît des services de la jeunesse. Et même le « grand » âge. Il ne faut pas croire les protestations pudiques de Pépé. Avec l’âge, le désir ne s’émousse pas. Cicéron, lui-même, qui vantait la pacification des désirs comme l’un des avantages de la vieillesse (laissée libre de se consacrer à la philosophie, du coup), filait quand même un parfait amour avec sa jeune servante, Pubilia, âgée de 14 ans…</p>
<p>Pour finir avec ce premier coup d’œil sur la chronophilie : un peu de littérature. Le très bel « Eloge de la marâtre » de Mario Vargas Llosa dit ainsi de jolies choses des amours d’un adolescent et d’une femme de quarante ans – avant une chute ironique qui pourra satisfaire les plus prudes d’entre nous. Ecoutez plutôt :</p>
<p><em>« Je t’aime beaucoup, belle-maman », murmura la petite voix à son oreille. Doña Lucrecia sentit deux courtes lèvres qui s’arrêtaient au lobe inférieur de son oreille, le réchauffaient de leur souffle, le baisaient et le mordillaient, folâtres. Il lui sembla qu’en même temps qu’il la câlinait, Alfonsito riait. Son sein débordait d’émotion. Et dire que ses amies lui avaient prédit que ce beau-fils serait l’obstacle majeur, qu’à cause de lui elle n’arriverait jamais à être heureuse avec Rigoberto. Emue, elle l’embrassa aussi, sur les joues, sur le front, sur ses cheveux ébouriffés, tandis que vaguement, comme venue de loin, sans en avoir clairement conscience, une sensation différente l’envahissait d’un bout à l’autre de son corps, en se concentrant surtout sur ces parties – les seins, le ventre, le dessus des cuisses, le cou, les épaules, les joues, exposées au contact de l’enfant. « C’est vrai, tu m’aimes beaucoup ? » demanda-t-elle en essayant de s’écarter.</em></p>
<p>Et l’héroïne, pourtant sage quoique sensuelle se remémore :</p>
<p><em>(…) son esprit fut traversé par le souvenir d’une amie dévergondée qui, lors d’un thé destiné à recueillir des fonds pour la Croix-Rouge, avait suscité confusion et petits rires nerveux à sa table en racontant que, faisant la sieste toute nue avec un petit filleul en bas âge qui lui grattait le dos, elle s’embrasait comme une torche.</em></p>
<p>Une saine lecture, définitivement, que cet « Eloge de la marâtre », que vous pourrez aisément (parce qu’il n’est pas cher, 5 euros seulement, en poche) compléter avec le « Mémoire de mes putains tristes » de Gabriel Garcia Marquez, sorte de réponse joyeuse et grivoise au « De la vieillesse » de l’ami Cicéron.</p>
<p>On vous le recommande parce que c’est bon pour le moral de se dire qu’on est condamné à mourir d’amour – et pas forcément dans les bras d’un vieux ou d’une vieille. Parce qu’une agonie de plaisir, ce serait presque enviable. Parce que la morale n’est qu’une question de temps, elle – et que c’est bon pour le moral (bis).</p>
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		<title>L’Exobiophilie</title>
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		<pubDate>Sun, 30 Nov 2008 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
				<category><![CDATA[Décembre 2008]]></category>
		<category><![CDATA[La consultation du docteur Von Laks]]></category>
		<category><![CDATA[exobiophilie]]></category>
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Parfois, dans mon cabinet, je me fends la poire – ce qui vaut mieux que de se faire déchirer l’abricot, les plus masochistes en disconviendront, je le sais. Depuis longtemps, j’assiste au craquèlement du plus lisse des vernis sociaux, celui de la normalité sexuelle, et au renversement cul par-dessus tête de la bonne hétérosexualité gentiment [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><img src="http://lautresexe.com/images/lac_noir.jpg" border="0" alt="" width="301" height="450" /></p>
<p>Parfois, dans mon cabinet, je me fends la poire – ce qui vaut mieux que de se faire déchirer l’abricot, les plus masochistes en disconviendront, je le sais. Depuis longtemps, j’assiste au craquèlement du plus lisse des vernis sociaux, celui de la normalité sexuelle, et au renversement cul par-dessus tête de la bonne hétérosexualité gentiment libertine ou de l’homosexualité à la papa / (Peter) Pan-pan. Nous sommes tous – vous êtes tous – terriblement anormaux, déviants et parfois tout à fait à côté de la plaque. C’est du registre de l’évidence pour qui a lu son <em>Normal et [son] pathologique</em>, mais parfois on rigole bien. Je me souviens par exemple des sanglots réjouis d’un caissier principal lactophile : on aurait cru du Audiart&#8230;</p>
<p>Bref !</p>
<p>Parfois, je me fends la poire, certes, mais c’est d’un rire moqueur et cruel, un rire qui n’est pas socialiste, un rire méchant : les gens sont dans la merde et je me gondole. Je suis un odieux personnage, il faudra que je paye pour cela.</p>
<p>Mon éclat de rire le plus sadique, je l’ai eu au début de ma carrière, lors de ma première rencontre avec l’exobiophilie. Il s’agissait en l’occurrence d’une femme entre deux âges (le cheveu plat, avec des lunettes, un peu trop de fesses plutôt que pas assez, un mètre et soixante-dix centimètres, des escarpins en lézard orange, une syntaxe hésitante) qui se refusait à son mari – et même (plus rare, plus intéressant) à son jeune amant congolais et sans papiers. « <em>J’ai beau y faire, docteur, il n’y a que les extraterrestres qui m’excitent. Les petits bonshommes verts, il n’y a que cela qui me fait mouiller. </em>» Et c’était sérieux ! Un bon épisode d’<em>X-Files</em> valait tous les pornos du samedi soir pour cette femme.</p>
<p>Sur le moment, j’ai ri. Avant de penser que de choisir un jeune amant congolais et sans papier, c’était – dans son cas, dans le cas d’une exobiophile – d’un racisme assez confondant de grossièreté. Je ne sais pas s’il y a un racisme subtil, mais je sais qu’il y en a des grossiers. Je me tus, cependant, et bien m’en prit, puisque mon rire odieux l’avait déjà achevée. Elle m’avoua bientôt le pire : elle ne croyait pas aux extraterrestres…</p>
<p>J’ai appris par la suite que c’est le cas de beaucoup d’exobiophiles – et que tout le tragique est là. Vous pouvez vous enfoncer une pagaie dans le cul si cela vous excite, mais vous ne pouvez pas partager l’intimité d’un extraterrestre. Et le problème, c’est qu’il y a bien plus d’exobiophiles que de fous furieux de la pagaie dans l’anus.</p>
<p>Je calmai momentanément cette dame si chagrine en lui conseillant d’acheter de la littérature et des films spécialisés – et en lui rappelant que c’est bien moins gênant de demander la cassette vidéo de l’<em>Etrange</em> <em>créature du lac noir</em> que celle de <em>Défonce-moi en kayak, mon eskimo chéri.</em> Depuis, je cherche une solution au drame des exobiophiles, mais je n’en ai pas trouvé encore.</p>
<p>A ceux qui me lisent, cependant, et qui sont titillé par la tentacule, je voudrais rappeler que l’avantage de leur situation, c’est qu’aucune loi ne l’interdit, ni ne la proscrit. Il y a même un consensus scientifique et juridique pour dire que ce genre de déviation sexuelle ne menace pas à proprement parler l’ordre public. Nous verrons bien au moment de recevoir une délégation d’Andromède ou d’Alpha du Centaure – mais pour l’instant, tout va bien.</p>
<p>S’ils en ont besoin, je peux même les rassurer un peu, mes lecteurs exobiophiles : ils ne sont pas seuls et cela ne date pas d’hier. En effet, si le décor et les personnages sont renouvelés depuis un petit siècle, le fantasme est le même que lorsqu’il s’agit d’accouplement de femmes et de monstres mythologiques, ou d’hommes et de sirènes. Si l’on considère que les hydres, les sirènes, les dragons, Big Foot, les cyclopes, les Lilliputiens et les succubes n’existent pas plus que les extraterrestres, le parallèle est frappant. En fait, c’est <em>grosso modo </em>tout pareil.</p>
<p>Les exobiophiles sont des mégalomanes très malheureux qui cherchent hors du monde un compagnon à leur démesure. Ce sont des frigides compulsifs qui croient que s’ils n’ont pas d’orgasmes, c’est qu’on ne leur propose pas le bon organe. Et pour cause, l’organe en question n’est pas de ce monde.</p>
<p>La vérité est ailleurs, le plaisir, aussi. Et la vie sur cette terre, n’est vraiment pas très drôle. Pourtant, j’en rigole encore.</p>
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		<title>La sidérodromophilie</title>
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		<pubDate>Fri, 31 Oct 2008 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
				<category><![CDATA[La consultation du docteur Von Laks]]></category>
		<category><![CDATA[Novembre 2008]]></category>
		<category><![CDATA[paraphilie]]></category>
		<category><![CDATA[sidérodromophilie]]></category>

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L’automne est la saison des poètes – et je m’en voudrais de la troubler en noircissant quelques feuilles même pas mortes, même pas fauves, qui appellerait votre attention sur un trouble sexuel particulièrement vertigineux et / ou morbide (la nécrophilie en parachute, par exemple). C’est pourquoi je serai aujourd’hui particulièrement léger, presque printanier (un comble, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><img src="http://lautresexe.com/images/train.jpg" border="0" alt="" width="500" height="375" /></p>
<p>L’automne est la saison des poètes – et je m’en voudrais de la troubler en noircissant quelques feuilles même pas mortes, même pas fauves, qui appellerait votre attention sur un trouble sexuel particulièrement vertigineux et / ou morbide (la nécrophilie en parachute, par exemple). C’est pourquoi je serai aujourd’hui particulièrement léger, presque printanier (un comble, n’est-ce pas) et que j’honorerai à ma façon l’obsession novembriste des écrivains romantiques par un sujet à leur mesure : la sidérodromophilie. La quoi ? Attendez, vous allez voir.</p>
<p>Un peu d’étymologie pour les nuls : la sidérodromophilie est un néologisme hellénisant qu’on découvre au tournant des XIXe et XXe siècle. Pour aller vite, sidérodromo + quelque chose, c’est le qualificatif scientifique pour tout ce qui se rapporte au train, au chemin (dromo) de fer (sidéro). C’est plus clair, non ?</p>
<p>A l’origine, la sidérodromophilie se rattache principalement à l’inspiration érotique contenue dans la trépidation régulière des wagons sur les rails. Aujourd’hui, on constate que la plupart des constructeurs ferroviaires s’accordent à vouloir réduire au maximum lesdites trépidations – preuve s’il en est de la tentation aseptisée de l’époque moderne. Il ne vient à l’esprit de presque plus personne de tourner un bon vieux film pornographique ou de charme (sic) dans un TGV ou un InterCity. Le Corail s’y prêterait déjà mieux. J’ai le souvenir, notamment, d’une masturbation réciproque dans un Paris-Marseille de l’époque pré-TGV qui valait son pesant d’abonnement Fréquence – mais passons…</p>
<p>La sidérodromophilie est plus tentante dans un compartiment. La disparition progressive de ceux-ci est encore une manière de contraindre notre érotisme à quelques rituels dépourvus d’imagination – et surtout le signe d’une gestion de plus en plus agressive de l’ordre public. En effet, pendant les trente glorieuses, le répertoire des actes sidérodromophiles relevés par l’administration ferroviaire concerne surtout sa variante exhibitionniste : des couples se livrant à de joyeuses fornications démonstratives lors du passage du train en gare. Spectacle innocent et festif que l’on ne peut tolérer dans une société toujours plus sécuritaire et surveillée. Car à quoi sert donc la surveillance sinon au contrôle des comportements ? Avec la multiplication des caméras de vidéosurveillance et des contrôles roulants, ce genre d’exhibitionnisme sidérodromophile a malheureusement presque disparu. Aucune chance (ou presque) d’aller baguenauder sur un quai de gare et d’attraper un petit accouplement glissant contre le paysage. Pas de veine.</p>
<p>Heureusement, dans les quelques compartiments qui subsistent encore – et notamment dans les trains de nuit – les pulsions trouvent toujours leur charmante solution ferroviaire. On le sait depuis Tolstoï et sa <em>Sonate à Kreutzer</em>, le train est un espace particulier, en deçà et au-delà du temps et de l’espace. C’est une exception, une parenthèse, entre les rotondités graphiques de laquelle on croise des individus qu’on ne reverra jamais plus – dans un havre d’intimité et de confidence, unique et ponctuel. Pour preuve (et pour votre culture, petits béotiens), ces quelques vers de Blaise Cendrars :</p>
<p><em>Les inquiétudes<br />
Oublie les inquiétudes<br />
Toutes les gares lézardées obliques sur la route<br />
Les files télégraphiques auxquelles elles pendent<br />
Les poteaux grimaçant qui gesticulent et les étranglent<br />
Le monde s’étire s’allonge et se retire comme un accordéon qu’une main sadique tourmenteµ<br />
Dans les déchirures du ciel les locomotives en folies s’enfuient (…)</em></p>
<p>Et comme je suis bon – et que c’est la saison des poètes (oui, je me répète), je vous cite aussi Valery Larbaud :</p>
<p><em>J’ai senti pour la première fois toute la douceur de vivre<br />
Dans une cabine du Nord-Express, entre Wirballen et Pskow. </em></p>
<p>N’est-ce pas… La « <em>douceur de vivre</em> », j’en ricane encore… Cependant, le saisissement métaphysique est une chose, l’érotisme en est une autre – bien que l’un et l’autre soient liés, dans un rapport chronologique étroit – un peu comme le tournedos qui brunit dans la poêle, et le tournedos qui fond dans la bouche (et pas dans la main) : l’un précède l’autre, en général. Bref. La puissance émotionnelle et érotique du chemin de fer est perçue dès l’ouverture des premières lignes, au début du XIXe siècle, en France et en Angleterre. L’esprit littéraire anglais d’alors, très métaphorique, la traduit sous une forme gothique ou policière. Il la conceptualise, si l’on veut. Alors que la gaudriole franchouillarde s’en empare avec délices.</p>
<p>Alfred de Vigny, dans ses <em>Destinées</em>, est d’une naïveté confondante, dès 1842, mais cette naïveté est aussi un aveu. Pour mémoire, je vous rappelle le début de la douzième strophe de « La maison du Berger » :</p>
<p><em>Sur ce chemin de fer qui fume, souffle et beugle,<br />
L’homme a monté trop tôt. Nul ne connaît encor<br />
Quels orages en lui porte ce rude aveugle,<br />
Et le gai voyageur lui livre son trésor ;</em></p>
<p>On ne le sent pas rassuré, Alfred. Il faut dire que c’est l’époque des premiers accidents ferroviaires et que le garçon est un peu craintif… Mais le plus drôle, c’est que sa « Maison du Berger » est en fait une vision idyllique (retenez ce mot, il vaudra pour plus tard) d’un wagon ou d’un compartiment de chemin de fer… Il dit : plutôt ma bicoque de pâtre que la fumante flèche d’argent. Mais sa cabane pastorale de flûtiste zoophile est en réalité un train magique. Jugez plutôt (je coupe et je remonte ce long poème avec une grande mauvaise foi, mais la démonstration est probante) :</p>
<p><em>Si ton corps, frémissant des passions secrètes,<br />
S’indigne des regards, timide et palpitant ;<br />
S’il cherche à sa beauté de profondes retraites<br />
Pour la mieux dérober au profane insultant ; (…)</em></p>
<p><em>Pars courageusement, laisse toutes les villes ;<br />
Ne ternis plus tes pieds aux poudres du chemin, (…)<br />
Marche à travers les champs une fleur à la main.<br />
(…)</em></p>
<p><em>Il est sur ma montagne une épaisse bruyère<br />
Où les pas du chasseur ont peinte à se plonger,<br />
Qui plus haut que nos fronts lève sa tête altière,<br />
Et garde dans la nuit le pâtre et l’étranger.<br />
Viens y cacher l’amour et ta divine faute ;<br />
Si l’herbe est agitée ou n’est pas assez haute,<br />
J’y roulerai pour toi la Maison du Berger.<br />
Elle va doucement sur ses quatre roues,<br />
Son toit n’est pas plus haut que ton front et tes yeux ; (…)</em></p>
<p><em>Le seuil est parfumé, l’alcôve est large et sombre,<br />
Et là, parmi les fleurs, nous trouverons dans l’ombre,<br />
Pour nos cheveux unis, un lit silencieux.</em></p>
<p>Comme dit une amie à moi : « ça parle dans ta bouche, [Alfred] ». Passons. D’autant que je bavarde, je bavarde – et vous vous endormez déjà, bercés par le tremblement suave des roues sur les rails. Mais les poètes sont bavards. Et je ne suis pas qu’un bon docteur des pauvres névrosés impuissants, je suis aussi un joli rimailleur, quand cela me prend. Une plaquette éditée à mes frais, mon bon monsieur. Oui, oui, oui.</p>
<p>C’est à la fin du XIXe siècle que paraît le texte fondateur de la sidérodromophilie. Nous le devons à la plume sensuelle et précise de ce bon Guy de Maupassant – qui ne passait pas que les murailles, celui-là. Tout sidérodromophile qui se respecte connaît par cœur sa petite nouvelle intitulée <em>Idylle </em>(je vous avais bien dit de retenir le mot). Dans ce texte, une jeune nourrice embarrassée par une lactation trop importante est soulagée par un jeune voyageur « <em>avec</em> <em>ce teint noir des hommes qui travaillent la terre au grand soleil</em> », qui la tête. Rien que d’y penser… je sais, je sais, mais calmez-vous un peu. Cela commence par une remarque presque mondaine :</p>
<p><em>La nourrice haletait, le corsage ouvert, les joues molles, les yeux ternes ; et elle dit d’une voix accablée :<br />
« Je n’ai pas donné le sein depuis hier ; me voilà étourdie comme si j’allais m’évanouir.</em></p>
<p>En quelques lignes, la demande se fait plus suggestive :</p>
<p><em>Elle murmura : « Il suffit de presser dessus pour que le lait sorte comme d’une fontaine. C’est vraiment curieux à voir. On ne le croirait pas. A Casale, tous les voisins venaient me regarder. » Il dit : « Ah ! Vraiment. »</em></p>
<p>Personnellement, ce que j’aime chez Maupassant, ce sont ces petites notations l’air de rien : « Ah ! Vraiment. » On imagine tout à fait le jeune homme (car il est plus jeune qu’elle) sur le grill. Mais la timidité l’emporte encore. La dévergondée passe alors à l’offensive :</p>
<p><em>Et elle gémit : « Je ne peux plus tenir. Il me semble que je vais mourir. » Et, d’un geste inconscient, elle ouvrit tout à fait sa robe. Le sein de droite apparut, énorme, tendu, avec sa fraise brune. Et la pauvre femme geignait « Ah ! Mon Dieu ! Ah ! Mon Dieu ! Qu’est-ce que je vais faire ? » Le train s’était remis en marche et continuait sa route au milieu des fleurs qui exhalaient leur haleine pénétrante des soirées tièdes.</em></p>
<p>Enfin, le jeune travailleur – disons franchement le prolétaire – finit par bégayer qu’il pourrait bien lui rendre service et la soulager. Et l’autre faussement naïve, de répondre que s’il le veut bien, cela l’arrangerait. Ben voyons…</p>
<p><em>Et il se mit à téter d’une façon goulue et régulière.<br />
Il avait passé ses deux bras autour de la taille de la femme, qu’il serrait pour l’approcher de lui ; et il buvait à lentes gorgées avec un mouvement de cou pareil à celui des enfants. Soudain elle dit : « En voilà assez pour celui-là, prenez l’autre maintenant. » Et il prit l’autre avec docilité.</em></p>
<p>Et il téta, encore et encore. Le moment sidérodromophile le plus déterminant arrive. Toujours avec cette légèreté caractéristique de Maupassant. Soyez encore un peu attentif : c’est le moment le plus important de ma consultation. Vous allez savoir si vous êtes sidérodromophile :</p>
<p><em>Elle avait posé ses deux mains sur le dos du jeune homme, et elle respirait maintenant avec force, avec bonheur, savourant les haleines des fleurs mêlées aux souffles d’air que le mouvement du train jetait dans les wagons. Elle dit : « ça sent bien bon par ici. » Il ne répondit pas, buvant toujours à cette source de chair, et fermant les yeux comme pour mieux goûter. </em></p>
<p>Alors ? Un peu troublé ? Indifférent ? Si vous restez de marbre, c’est que vous n’avez pas de goût, certes, mais surtout que vous n’êtes pas sidérodromophile. D’un point de vue judiciaire, ce n’est pas forcément un mal, puisque la sidérodromophile n’est pas tolérée en France, par la SNCF. Quel que soit l’endroit – même dans un compartiment fermé, même dans les toilettes – la sidérodromophilie est en effet assimilé à un attentat à la pudeur sur la voie publique. Autrement dit, amende – et parfois, en cas de récidive, injonction de soins psychiatrique, voire prison (s’il y a des enfants – mais là, vous le faites exprès).</p>
<p>Sur ce, moi, pour la Toussaint, je vais prendre le train. Que ceux qui m’aiment n’hésitent pas – surtout si elles ont dans leur robe « deux gourdes vivantes qui [leur] gonflent la poitrine » !</p>
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		<title>La zoophilie : un retour en arrière</title>
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		<pubDate>Tue, 30 Sep 2008 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dr. Karl Gustav II von Laks</dc:creator>
				<category><![CDATA[La consultation du docteur Von Laks]]></category>
		<category><![CDATA[Octobre 2008]]></category>
		<category><![CDATA[animaux]]></category>
		<category><![CDATA[paraphilie]]></category>
		<category><![CDATA[zoophilie]]></category>

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Aujourd’hui, l’un des sujets les plus populaires de mon cabinet de consultations s’offre à nous – si j’ose dire : la zoophilie. L’étymologie ne posera pas de problèmes aux hellénistes distingués. En grec, « zoophilia » signifie l’amour des animaux (????, zôon, « animal » et ?????, philia, « amitié » ou « amour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://lautresexe.com/images/chat.jpg" border="0" alt="" width="320" height="240" /><strong> </strong></p>
<p>Aujourd’hui, l’un des sujets les plus populaires de mon cabinet de consultations s’offre à nous – si j’ose dire : la zoophilie. L’étymologie ne posera pas de problèmes aux hellénistes distingués. En grec, « zoophilia » signifie l’amour des animaux (????, zôon, « animal » et ?????, philia, « amitié » ou « amour »). Au sens large, Brigitte Bardot est zoophile. Les psychologues ou les psychiatres préciserait qu’elle est une « zoophile émotionnelle » puisqu’il est communément admis qu’elle n’entretient pas de commerce charnel avec les bébés phoques. Je suis sûr qu’ils rajouteraient pleins d’autres termes savants pour qualifier son cas, mais ce n’est pas notre sujet ici (voir une prochaine consultation « le curieux cas Brigitte Bardot »). Ce qui nous intéresse ici, d’ailleurs, ce sont les autres, les « zoosexuels » comme ils disent.</p>
<p>Puisqu’on a commencé grec, continuons grec. Le pays de la sauce blanche et du Parthénon a depuis longtemps une tradition intellectuelle et sexuelle zoophile. Comme toutes les grandes civilisations de l’Antiquité. En Inde, à Rome, à Athènes, la zoophilie existe en mythologie comme en réalité. Pasiphaé s’accoupla ainsi avec un taureau blanc pour donner naissance au Minotaure. On rapporte qu’au sixième siècle, l’impératrice Théodora ne dédaignait pas les plaisirs bestiaux pendant ses orgies du samedi soir.</p>
<p>Les religions libertaires de l’antiquité n’eurent cependant qu’un temps.</p>
<p>L’obscurantisme sexuel des monothéismes condamna la zoophilie comme d’autres plaisirs simples : sodomie, fellation, masturbation. La Bible avait prévu le coup : « Tu ne coucheras point avec une bête, pour te souiller avec elle. La femme ne s&#8217;approchera point d&#8217;une bête, pour se prostituer à elle. C&#8217;est une confusion » (Lévitique, 18.23). Elle se répétait même, un peu plus loin, pour les distraits : « Si une femme s&#8217;approche d&#8217;une bête, pour se prostituer à elle, tu tueras la femme et la bête ; elles seront mises à mort : leur sang retombera sur elles » (Lévitique, 21.16). Bigre !</p>
<p>L’un des procès en zoophilie les plus célèbres et les plus charmants demeure celui de Claudine de Culam (si ce n’est pas prédestiné, ça !) devant le Parlement de Paris, en 1601. Ladite Claudine, délicate enfant de 16 ans, domestique chez Monsieur le Prieur de Reverevourt depuis ses douze ans, était convaincue d’avoir eu « habitation charnelle avec un chien blanc tachetée de roux ». A la demande de la mère de la jeune fille, une cour d’experts uniquement composée de femmes accepta de procéder à un examen scientifique de l’affaire. On fit donc venir Claudine et le chien. A peine avait-on déshabillé la jeune fille – pour constater d’éventuelles griffures ou traces de pénétration canine – que le chien, saisi par l’apparition, se précipita sur elle pour la saillir. Le procès-verbal note : « une relation sexuelle s’est produite ». On étrangla les amants, on brûla leurs dépouilles et on dispersa leurs cendres.</p>
<p>Comme d’autres pays européens traversés par les lumières, la France, depuis 1791, avait dépénalisé dans un même geste généreux l’homosexualité et la zoophilie. On pouvait enfin filer le parfait amour avec son poulet ou connaître de tendres moments avec une jument. Cette période dorée a pris fin en 2004. La loi condamne désormais les amoureux des animaux un peu trop empressés. Et je ne parle toujours pas de Brigitte Bardot. La loi dit en effet : « Le fait, publiquement ou non, d&#8217;exercer des <a title="wikt:sévices" href="http://fr.wiktionary.org/wiki/s%C3%83%C2%A9vices"><span style="color: windowtext;text-decoration: none">sévices</span></a> graves <span>ou de nature sexuelle ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité, est puni de deux ans d&#8217;emprisonnement et de 30 000 euros d&#8217;amende. À titre de peine complémentaire, le tribunal peut interdire la détention d&#8217;un animal, à titre définitif ou non » (loi du 29 juillet 2004). On précise néanmoins que « les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu&#8217;une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Elles ne sont pas non plus applicables aux combats de coqs dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie. » Votre praticien préféré dit « mouais ». Pas convaincu, mais bon, c’est la loi. Et elle ne rigole pas. En 2007, un homme a ainsi été condamné à un an de prison avec sursis et 2000 euros d’amende pour avoir sodomisé son poney. Poney soit qui mal y pense, ai-je envie de rajouter.</span></p>
<p>Auparavant, la loi ne réprimait que les mauvais traitements. On ne considérait pas un petit coup dans la niche comme un mauvais traitement. Pénétrez ce chien, mais ne le battez pas comme plâtre. Au titre de la maxime « ne fais pas ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse », je suis assez d’accord. La pénétration, oui, les coups de pied, non. Mais le professionnel du bien public que je suis vous aura rappelé ce que la loi condamne. On vous aura prévenu.</p>
<p>Pourtant, comme je sais qu’une importante proportion de vicelards contamine progressivement mon public, je voudrais bien attirer l’attention générale sur un ou deux points creux de la loi (et de la logique) qui permettent au transi des bêtes de s’en sortir avec les honneurs et le plaisir. Rien ne vous empêche d’engraisser un animal jusqu’à lui péter le foie. Rien ne vous empêche en effet non plus de le tuer pour le manger. Il vous reste donc une solution, amis zoophiles, celle de tuer le compagnon rendu obèse. Et de le baiser ensuite. Je vous donnerai d’autres précisions dans une consultation prochaine intitulée « la nécro-zoophilie ». Mais retenez bien cela : personne ne vous reprochera jamais de parvenir au dernier bien avec un gros poulet mort. Sur ce, merci.</p>
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